samedi 14 juillet 2012

SYRIE : Refondation énergétique du Moyen-orient : la plaque tectonique syrienne

...Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile....L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye...
« Quand les riches se font la guerre, ce sont les pauvres qui meurent. » - Jean-Paul Sartre (extrait du livre Le Diable et le Bon Dieu)
Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe. Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et...Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.
Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar... Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou. Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une « approche » qu’il soumettra aux rebelles syriens.
La diabolisation des médias occidentaux
Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne ? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de « C dans l’air » du 14 juin 2012, sur France 5 : ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques. Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à-dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.
Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant : « Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les « Amis de la Syrie » y ont semé la violence. À Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011 : kidnapping, demandes de rançons... Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien. Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense. Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes. » (1)
« Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). À Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. À Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis. Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (...) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (...) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (...) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques. »(1)
L’argument énergétique
Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques. L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi : la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit : L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi. (2)
« Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (...) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (...) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. À partir de là, il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(...) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.
Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part. »(2)
« Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. À partir de là, écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban. Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban. (...) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il. » (2)
« De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (...) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à-dire, sur la Route de la soie. (...) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La « révolution syrienne » est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. » (2)
L’argument religieux : sunnite versus chiite
Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe. » (3)
« Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. « Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington. » L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis », conclut Bernard Haykel. » « Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes. » (3)
Le résultat de cette anomie
Quels sont les perdants et quels sont les gagnants ? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit - sans y participer - à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas !
Chems Eddine Chitour
URL de cet article 17225 http://www.legrandsoir.info/refondation-energetique-du-moyen-orient-la-plaque-tectonique-syrienne.html

jeudi 12 juillet 2012

Palestine : L’empoisonnement d’Arafat

Pour moi, il n’y a eu aucune sur­prise. Depuis le tout premier jour, j’avais la conviction que Yasser Arafat avait été empoi­sonné par Ariel Sharon. J’ai même écrit là-​​dessus à plu­sieurs reprises. C’était une conclusion de simple logique.

D’abord, un examen médical complet à l’hôpital français où il est mort n’a révélé aucune cause à son malaise soudain et à sa mort. On n’a trouvé aucun signe d’une affection mortelle.
Les rumeurs dif­fusées par la machine de pro­pa­gande israé­lienne selon les­quelles Arafat était malade du sida n’étaient que purs men­songes. C’était la suite des rumeurs répandues par la même machine selon les­quelles il était homo­sexuel –tout cela par­ti­cipant à la dia­bo­li­sation inces­sante du diri­geant pales­tinien, pour­suivie quo­ti­dien­nement depuis des décennies.
S’il n’y a pas de cause évidente de mort, il faut qu’il y ait une cause moins évidente.
En second lieu, nous savons main­tenant que plu­sieurs ser­vices secrets pos­sèdent des poisons qui ne laissent aucune trace détec­table par des ana­lyses ordi­naires. C’est le cas de la CIA, du FSB russe (suc­cesseur du KGB) et du Mossad.
En troi­sième lieu, les occa­sions étaient nom­breuses. Les mesures de sécurité d’Arafat étaient clai­rement légères. Il embrassait de par­faits étrangers qui se pré­sen­taient comme sym­pa­thi­sants de la cause pales­ti­nienne et les faisait souvent asseoir à côté de lui à table.
En qua­trième lieu, il y avait quantité de gens qui vou­laient le tuer et qui en avaient les moyens. Le plus évident d’entre eux était notre premier ministre Ariel Sharon. Il avait même évoqué en 2004 le fait qu’Arafat ne béné­fi­ciait “d’aucune police d’assurance”.
CE QUI ÉTAIT aupa­ravant une pro­ba­bilité logique est désormais devenu une certitude.
Une analyse de ses affaires per­son­nelles demandée par la chaîne de télé­vision Al Jazira et réa­lisée par un très sérieux ins­titut scien­ti­fique suisse a confirmé qu’Arafat a été empoi­sonné par du polonium, une sub­stace radio­active mor­telle qui échappe à la détection à moins que l’on ne recherche spé­ci­fi­quement sa présence.
Deux ans après la mort d’Arafat, le dis­sident russe Alexander Lit­vi­nenko, ancien membre du KGB/​FSB, était assassiné à Londres par des agents russes à l’aide de ce poison. La cause en fut décou­verte acci­den­tel­lement par ses médecins. Il mit trois semaines à mourir.
Plus près de chez nous, à Amman, le diri­geant du Hamas Khaled Mash’al fût presque tué en 1997 par le Mossad, sur ordre du premier ministre Ben­jamin Néta­nyahou. Le moyen utilisé était un poison qui tue en quelques jours après avoir été mis en contact avec la peau. L’assassinat échoua et la victime eut la vie sauve lorsque le Mossad fut contraint, à la suite d’un ulti­matum du roi Hussein, de fournir à temps un antidote.
Si la veuve d’Arafat, Suha, réussit à faire exhumer son corps du mau­solée de la Mukata à Ramallah, où il est devenu un symbole national, le poison sera sans aucun doute trouvé dans son corps.
QU’ARAFAT AIT MANQUÉ de dis­po­si­tions de sécurité conve­nables m’a tou­jours étonné. Les Pre­miers ministres israé­liens sont dix fois mieux protégés.
Je lui en ai fait plu­sieurs fois le reproche. Il haussait les épaules. C’était à cet égard un fata­liste. Après être sorti mira­cu­leu­sement indemne du crash de son avion dans le désert libyen alors que les gens qui l’accompagnaient y trou­vaient la mort, il avait la conviction qu’Allah le protégeait.
(Bien que diri­geant d’un mou­vement laïque dont le pro­gramme était clai­rement laïque, il était lui-​​même un musulman sunnite pra­ti­quant, priant aux moments pres­crits et ne buvant pas d’alcool. Il n’imposait pas sa piété à ses collaborateurs.)
Il lui est arrivé un jour d’être inter­viewé en ma pré­sence. Le jour­na­liste lui demanda s’il s’attendait à voir la création de l’État de Palestine de son vivant. Sa réponse : “Tant moi qu’Uri Avnéry nous le verrons de notre vivant.” Il était tout à fait sûr de cela.
LA VOLONTÉ D’ARIEL SHARON de tuer Arafat était bien connue. Déjà lors du siège de Bey­routh au cours de la guerre du Liban, ce n’était un secret pour per­sonne que des agents ratis­saient Bey­routh Ouest pour savoir où il était. À la grande déception de Sharon, ils ne l’ont pas trouvé.
Même après Oslo, lors du retour d’Arafat en Palestine, Sharon n’abandonna pas son projet. Lorsqu’il devint Premier ministre, ma crainte pour la vie d’Arafat se fit plus vive. Lorsque notre armée attaqua Ramallah au cours de « l’opération Rempart » elle fit irruption dans l’immeuble d’Arafat (Mukata est le mot arabe pour immeuble) et s’approcha à 10 mètres de ses locaux. Je les ai vus de mes propres yeux.
Deux fois au cours du siège qui a duré de longs mois mes amis et moi sommes allés séjourner à la Mukata pour faire office de bou­clier humain. Lorsque l’on demandait à Sharon pourquoi il ne tuait pas Arafat, il répondait que la pré­sence là-​​bas d’Israéliens rendait la chose impossible.
Pourtant, je crois que ce n’était là qu’un pré­texte. C’étaient les États-​​Unis qui le lui inter­di­saient. Les Amé­ri­cains crai­gnaient, de façon tout à fait fondée, qu’un assas­sinat évident pro­vo­querait dans l’ensemble du monde arabe une explosion de fureur anti-​​américaine. Je ne peux pas le prouver, mais je suis sûr que Washington a déclaré à Sharon : “Sous aucun pré­texte vous n’êtes autorisé à le tuer d’une façon à ce que l’on puisse vous l’imputer. Si vous pouvez le faire sans laisser de trace, alors allez-​​y.”
(C’est tout à fait comme lorsque le Secré­taire d’État dit à Sharon en 1982 qu’il n’était sous aucun pré­texte autorisé à attaquer le Liban, à moins d’une pro­vo­cation évidente et reconnue inter­na­tio­na­lement. Une condition qui fut rapi­dement remplie.)
Par une sinistre coïn­ci­dence, Sharon lui-​​même fut victime d’une attaque peu de temps après la mort de Yasser Arafat, et il est dans le coma depuis.
LE JOUR où les conclu­sions d’Al Jazira ont été rendues publiques cette semaine se trouve être le 30e anni­ver­saire de ma pre­mière ren­contre avec Arafat, qui était pour lui sa pre­mière ren­contre avec un Israélien.
C’était au plus fort de la bataille de Bey­routh. Pour arriver jusqu’à lui, il me fallait tra­verser les lignes des bel­li­gé­rants –l’armée israé­lienne, les milices des pha­langes chré­tiennes liba­naises, l’armée liba­naise et les forces de l’OLP.
Je me suis entretenu avec Arafat pendant deux heures. Là, en pleine guerre, dans une situation où il pouvait s’attendre à mourir à chaque instant, nous avons parlé de paix israélo-​​palestinienne, et même d’une fédé­ration d’Israël et de la Palestine, sus­cep­tible peut-​​être d’être rejointe par la Jordanie.
La ren­contre qui fut annoncée par les ser­vices d’Arafat fit sen­sation dans le monde entier. Mon compte-​​rendu de l’entretien fût publié dans plu­sieurs journaux importants.
Sur la voie du retour, j’entendis à la radio que quatre ministres du gou­ver­nement exi­geaient que l’on me tra­duise en justice pour tra­hison. Le gou­ver­nement de Menachem Begin demanda au Pro­cureur Général d’ouvrir une enquête cri­mi­nelle. Cependant, après plu­sieurs semaines, le Pro­cureur Général conclut que je n’avais violé aucune loi. (La loi fût dûment modifiée peu de temps après.)
LORS DES nom­breuses ren­contres que j’ai eues avec Yasser Arafat ensuite, j’ai acquis la conviction absolue qu’il repré­sentait une par­te­naire efficace et digne de confiance pour la paix.
Je me suis mis len­tement à com­prendre comment ce père du mou­vement pales­tinien moderne, considéré comme un super-​​terroriste par Israël et les États-​​Unis, était devenu le leader de l’effort de paix pales­tinien. Peu de gens dans l’histoire ont eu le pri­vilège de mener deux révo­lu­tions suc­ces­sives au cours de leur vie.
Lorsqu’Arafat a entrepris son œuvre, la Palestine avait disparu de la carte et de la conscience du monde. En faisant appel à la “lutte armée” (alias “ter­ro­risme”) il a réussi à remettre la Palestine à l’ordre du jour du monde.
Son chan­gement d’orientation s’est produit tout de suite après la guerre de 1973. Cette guerre, on s’en sou­vient, com­mença par d’éclatants succès arabes et se termina en déroute des armées égyp­tiennes et syriennes. Arafat, ingé­nieur de pro­fession, en tira la conclusion logique : si les Arabes ne pou­vaient l’emporter dans un affron­tement armé, même dans des condi­tions aussi idéales, il fallait trouver d’autres moyens.
Sa décision d’engager des négo­cia­tions de paix avec Israël allait tout à fait à l’encontre des sen­ti­ments du mou­vement national pales­tinien qui consi­dérait Israël comme un enva­hisseur étranger. Il fallut 15 années entières à Arafat pour convaincre son propre peuple d’accepter son orien­tation, mobi­lisant toutes ses ruses, son adresse tac­tique et son pouvoir de per­suasion. Lors de la réunion du par­lement pales­tinien en exil de 1988, le Conseil National, sa conception fût adoptée : un État Pales­tinien à côté d’Israël sur une partie du pays. Cet État, avec sa capitale à Jéru­salem Est et des fron­tières fondées sur la Ligne Verte, a été depuis lors l’objectif arrêté et inva­riable ; le legs d’Arafat à ses successeurs.
Ce n’est pas par hasard que mes contacts avec Arafat, d’abord indi­rec­tement par l’intermédiaire de ses col­la­bo­ra­teurs puis direc­tement ont com­mencé à la même époque : 1974. Je l’ai aidé à établir des contacts avec les diri­geants israé­liens et en par­ti­culier avec Yitzhak Rabin. Cela a conduit aux accords d’Oslo de 1993 –que l’assassinat de Rabin a fait échouer.
Lorsqu’on lui demandait s’il avait un ami israélien, Arafat donnait mon nom. Cela se fondait sur sa conviction que j’avais risqué ma vie lorsque j’étais allé lui rendre visite à Bey­routh. De mon côté, je lui étais recon­naissant pour la confiance qu’il m’avait faite lorsque je l’ai ren­contré là-​​bas, à un moment où des cen­taines d’agents de Sharon étaient à sa recherche.
Mais, au-​​delà de ces consi­dé­ra­tions per­son­nelles, Arafat était l’homme qui pouvait faire la paix avec Israël, ayant la volonté de la faire et –plus important– la volonté d’amener son peuple, y compris les isla­mistes, à l’accepter. Cela aurait mis un terme à l’entreprise de colonisation.
Voilà pourquoi il a été empoisonné.
Uri Avnery
Traduit de l’anglais pour l’AFPS par FL

mardi 10 juillet 2012

La Syrie ne tombera pas dans l’escarcelle de l’OTAN


Et de trois ! Après l’Irak et la Libye, la Syrie est donc tombée dans les mires de colonialistes, de racistes, de philosionistes et autres fauteurs de guerre d’Occident qui n’ont pas perdu d’arrogance à l’endroit du Monde arabe. Au nom d’une prétendue supériorité de la civilisation, ils se sont relancés dans cette même entreprise criminelle qui visait autrefois à « civiliser ces sauvages d’Arabes » et qui les amène aujourd’hui à vouloir leur dicter par la force de « frappes aériennes » et celle de la terreur les lois et les principes de la démocratie. Mais, alors qu’ils prétendent la combattre et l’éradiquer, ils ne font que renforcer la dictature et, au bout du compte, la légitimer.
  Décidément, le syndrome du conquérant est incurable. Malgré la conviction quasi générale que le colonialisme serait mort et enterré, depuis désormais plus d’un demi-siècle, il faut se rendre à l’évidence que l’ère coloniale n’est pas encore conclue, car la dépossession perdure.
 Tandis qu’Israël continue d’étendre imperturbablement ses colonies sur le territoire palestinien, les sionistes de tous pays se sont passé le mot et donné la main pour aider I’État hébreux à légitimer l’illégitime de sorte que l’idée même d’État palestinien est devenue au fil des ans et des promesses une simple et douloureuse chimère. De Paris à Londres, de Berlin à Rome, en passant par Madrid, les vieux démons qui avaient animé les rêves de conquêtes du temps où la vieille Europe se partageait le monde afro-asiatique au Congrès de Vienne ne cessent de se réveiller. Tels des volcans que l’on croyait éteints, ils s’agitent et se mettent à ravager des pays au nom de la liberté et de la démocratie. Et, faire triompher ces deux valeurs primordiales de l’humanité est devenu le prétexte de sionistes au profil de nazi de se manifester dans toute leur animosité et toute leur virulence.
Tels un Bernard Kouchner ou un Bernard Henri Lévy qui ont inventé et glorifié le « droit d’ingérence », lequel n’est qu’un artifice développé pour tenter de replacer d’anciennes colonies sous la tutelle des ex-puissances coloniales en leur imposant des dirigeants potiches.
 Et le concept de « guerre préventive » forgé par George W. Bush a donné à l’Amérique un alibi pour justifier d’abord l’agression portée à l’Irak et ensuite son concours et son appui à l’entreprise criminelle déclenchée par Nicolas Sarkozy en Libye. Poursuivant le même dessein qui a de tout temps animé le colonisateur dans le but de contrôler les richesses de pays plus faibles, en l’occurrence leurs importants gisements pétrolifères, l’Amérique impérialiste a jeté tout le poids de sa puissance militaire pour violer le droit des peuples de disposer d’eux-mêmes prôné par Thomas Woodrow Wilson, un de ses plus illustres présidents, qui avait défendu ce principe avec force à la Conférence de Paix de Paris au lendemain de la Première Guerre mondiale.
Barack Obama le traître
 Barack Obama l’avait peut-être oublié, ou bien cela ne devait-il être à ses yeux qu’un détail - dérisoire et des plus futiles - de l’Histoire. Aussi n’a-t-il pas hésité à trahir d’un seul coup les principes fondateurs de son pays, le rêve de Martin Luther King et les espérances des ces peuples d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine qui l’avaient vu apparaître comme Le Rédempteur. Ils avaient tellement cru en lui. Ils avaient tellement cru qu’il allait changer leur mauvais destin en réparant les cruelles injustices de l’Occident...
  Las ! Il s’est mis à parler à l’unisson avec Sarkozy et Cameron le même langage et de la même voix que Bush et Blair. À croire que l’Amérique des impérialistes avait choisi d’élire un Président noir dans le but d’utiliser une marionnette pour mieux poursuivre ses basses œuvres afin de mieux assouvir sa soif insatiable de puissance et de domination et garantir ses intérêts...
 Aussi, retirer d’Irak la soldatesque qui avait détruit et mis sous séquestre ce pays n’a été qu’un subterfuge pour tenter de présenter un visage pacifique sous lequel dissimuler l’acharnement à vouloir mettre au pas les pays arabes réfractaires au sionisme en jetant dans le chaos la Libye à son tour.
 L’Irak et la Libye ne sont pas plus démocrates, ni plus libres. Par contre, ces deux nations ont perdu la voie de la laïcité. La dictature et le despotisme ont fait place au laxisme et à la veulerie, à l’anarchie, au terrorisme et à l’obscurantisme. En un mot, à la décomposition. Ces deux pays ne sont pas près de se relever du malheur qui les a frappés et d’emprunter la voie d’une réelle révolution démocratique qui leur permettrait de se reconstruire.
 À vrai dire, leur sort menace de s’étendre à tous les pays où le « Printemps arabe » est en train de causer ses ravages, au grand plaisir de ces Occidentaux qui ne cessent de hurler à travers leurs médias leur colère haineuse et de clamer leur volonté guerrière en rêvant de déchaîner les foudres de l’OTAN contre les peuples récalcitrants qui refusent leur tutelle. Comme à présent celui de Syrie, qu’ils désirent soi-disant également libérer de l’autocratie et sur lequel ils s’acharnent en diabolisant Bachar el-Assad.
 Certes, Bachar el-Assad n’est pas un exemple de démocratie. Pour un esprit épris de liberté, lui et son régime ne peuvent inspirer aucune sympathie. Il est arrivé au pouvoir par voie héréditaire en juillet 2000, succédant à son père Hafez, à la mort de ce dernier. Celui-ci avait régné trente ans en tenant le pays d’une poigne de fer depuis qu’il avait accédé à la magistrature suprême en 1970 au moyen du dernier d’une succession de coups d’État militaires réalisés tantôt dans l’intention de redresser, tantôt de « rectifier les principes du parti », et à la fin de corriger la révolution socialiste prônée et inspirée depuis plus d’un demi-siècle par le même parti Baâth.
Des rives de la Tamise
 Depuis plus de 40 ans, la Syrie est donc une espèce de monarchie absolue travestie en république parlementaire, dont le président est élu pour sept ans par voie de référendum. Et, à chaque consultation populaire, les Assad père et fils ont régulièrement obtenu un consensus qui leur accordait une légitimation d’autant plus forte et réelle que le plébiscite est en fait l’expression d’un nationalisme exaspéré par le voisinage d’Israël que les Syriens abhorrent à cause de l’injustice que cet État représente d’une façon générale pour l’opinion arabe et qu’ils ressentent comme un ennemi mortel. De plus, le sentiment national est galvanisé par le Front national progressiste, dominé par le Baâth mais dans lequel ont conflué quelque huit autres partis, les uns communistes, d’autres nationalistes ou socialistes, ou encore d’obédience nassérienne. À peu près toutes les sensibilités populaires y sont représentées, de même qu’au Conseil du Peuple, assemblée où siègent les représentants de toutes les catégories sociales, des agriculteurs aux agents de l’État en passant par les commerçants et les fonctions libérales, en dehors des Frères musulmans, lesquels forment la principale force d’opposition au régime laïc qu’ils considèrent comme athée et qui doit être renversé pour cette unique et seule raison, et en dehors de toute autre considération politique.
  À la fin des années 1970, profitant des difficultés politiques et économiques surgies suite à l’intervention syrienne dans la guerre civile du Liban, ils crurent le moment favorable venu et tentèrent de provoquer un soulèvement populaire en se lançant dans la lutte armée. Cependant Hafez el-Assad réagit violemment et fit échouer l’insurrection. En 1980 il frappa d’anathème la confrérie en promulguant une loi condamnant à la peine de mort quiconque « est affilié à l’organisation de la communauté des Frères musulmans », contre lesquels il déchaîna son armée. Le bilan fut très lourd : plusieurs milliers de combattants islamistes périrent à Hama en 1982.
 Les leaders de cette organisation trouvèrent aussitôt refuge à Londres où l’internationale islamiste a constitué une sorte de tête de pont en Occident, un point de chute et un lieu de rencontre des chefs de l’islam politique, de l’Algérien Abassi Madani, au Soudanais Hassan Tourabi en passant par le Saoudien Oussama Ben Laden… Sur les rives de la Tamise, où les transfuges arabes de tout bord vont faire allégeance aux ennemis de leurs pays, le Syrien Ali Sadr ad-Din al Bayanouni a donc acquis le statut de réfugié politique ; en échange il se mit à réciter lui aussi la fable de l’islam démocratique et non violent composée par ceux-là mêmes qui avaient attisé et poussé le souffle islamiste ravageur à destination du monde arabe.
 Alors que Hassan el-Banna l’avait créée pour lutter contre l’occupation britannique de l’Égypte, la confrérie des Frères musulmans s’est mise sans hésiter au service des Britanniques et des forces de l’impérialisme occidental et s’est transformée en nébuleuse opaque et menaçante. Wahabites, salafistes et autres fanatiques assoiffés de sang se sont donc ligués sous les auspices de l’OTAN - dont ils sont même devenus un instrument politique ! - pour combattre par les armes les États arabes à tendance laïque.
Le printemps algérien
 Cela s’était déjà vérifié en Algérie dans les années 1990. Et l’Algérie avait déjà fait, à son heure, la douloureuse expérience du « Printemps arabe ». Le Front islamique du salut qui avait averti qu’il était résolu à prendre le pouvoir « par le vote ou par les balles », avait créé une Armée de libération du salut de 40.000 maquisards auxquels étaient venu s’ajouter les GIA et autres « afghans » qui avait plongé le pays dans la guerre civile, l’horreur et l’effroi. Bilan de ces dix années noires : 200.000 morts et destructions calamiteuses d’innombrables infrastructures. Mais l’Algérie n’a pas sombré dans le chaos. En dépit de l’aide financière massive de l’Arabie Saoudite et de l’Iran, du soutien des chancelleries et des grands médias occidentaux au FIS par le biais d’une campagne de désinformation, notamment à coups de « Qui tue qui ? » tendant à semer la confusion pour jeter l’opprobre sur l’État et ses forces armées auxquels étaient attribués les massacres effroyables accomplis par des islamistes sans foi ni loi, ces derniers furent mis hors de combat. Et les rescapés, bandes de quelques centaines de despérados, ont fui au Sahel où ils ont constitué al-Qaïda au Maghreb islamique…
  Quant aux démocrates algériens, qui avaient eu tant de mal à faire entendre leur voix en Occident, ils sont sortis non seulement indemnes, mais aussi vainqueurs de cette guerre, dont le véritable enjeu était la forme de société que le FIS désirait imposer au pays. Alors qu’ils avaient été la cible privilégiée des islamistes qui les auraient fait disparaître du panorama politique si le FIS avait pris le pouvoir, ils ont réussi à faire triompher le principe de liberté d’opinion et d’expression qui avait été confisqué par le système du parti unique depuis l’indépendance. Même s’ils n’ont pas réussi à investir de façon prépondérante le champ politique où les différents partis se réclamant de la démocratie restent marginaux, ils ont par contre pu marquer de leur empreinte la vie culturelle et médiatique du pays. Depuis 1989 les journaux indépendants n’ont cessé de prospérer, de même que l’édition, ce qui a favorisé une circulation des idées au point d’éveiller les consciences et d’influer sur la vie politique de sorte à provoquer - un peu comme ce qui s’était passé au Siècle des Lumières quand Rousseau, Voltaire, Diderot et D’Alembert libérèrent la pensée et déchaînèrent la vague qui allait déchirer le voile de l’obscurantisme et emporter la monarchie despotique - la révolution culturelle dont le monde arabe a besoin pour entrer sans drame et sans heurt dans l’ère démocratique à laquelle il aspire et qui l’attend. Et, sans l’aide et l’intervention de ces sociétés occidentales bien intentionnées...
La laïcité en péril
 En ce moment crucial que traverse la Syrie, il n’était pas inutile, il est même essentiel de faire ce rappel, du fait qu’une certaine similitude est en train de se profiler avec la tragédie algérienne des années 1990. D’autant que ces sociétés occidentales bien intentionnées se sont braquées sur le régime d’el-Assad, comme elles le furent contre le pouvoir algérien, sans faire de nuances et, chaque fois, sans tenir compte des réalités du pays, lesquelles sont en vérité le dernier de leur souci. Leur importe-t-il de savoir que, contrairement à l’Algérie déclarée islamique par la Constitution adoptée en septembre 1962, la Syrie est un pays laïc dont on peut dire que sa laïcité trouve ses racines dans les écrits de son écrivain du 11ème siècle Al Maâry et dont le fondement a été établi et consolidé par la charte du parti Baâth (Parti de la Résurrection) adoptée en 1947 et inspirée par Michel Aflak, lumineux représentant des chrétiens syriens ?
 Leur importe-t-il que les Frères musulmans et autres djihadistes de tout bord auxquels ils accordent leur soutien avec hargne et arrogance, ont justement pour projet d’éradiquer l’esprit laïc et d’instaurer la dictature de la charia, comme cela est en train de se passer en Tunisie, en Libye ou en Égypte où les réflecteurs des médias occidentaux les contraignent à porter pour l’instant le masque de la Démocratie ? Et que les femmes, c’est-à-dire la moitié de la population de ces pays, ne vont pas tarder à perdre leurs droits et leur liberté ?
  Évidemment, tout cela ne les intéresse pas. Pas plus que de savoir – si réellement elles ne le savaient pas – que les islamistes syriens, à l’instar de ceux d’Algérie en octobre 1988, ceux de Tunisie, de Libye ou d’Égypte de ces derniers mois, ont mis à profit des manifestations populaires, provoquées par des conditions de vie déplorables, pour transformer des révoltes pacifiques en rébellion armée. Par contre, faire passer pour de la répression brutale et sanglante de civils les ripostes des forces de l’ordre d’un État en position de légitime défense contre des rebelles armés qui ont pris l’initiative et la responsabilité de déclencher l’effusion de sang est un exercice de désinformation dans lequel brillent des journalistes qui ont introduit dans la déontologie journalistique la mauvaise foi comme chapitre fondamental. Ainsi font-ils apparaître sans pudeur et sans scrupule sur les chaînes de télévision et dans les pages des journaux des charlatans, présentés comme « opposants », que seules des rancunes et des aspirations personnelles ont amenés dans les capitales occidentales où ils exploitent tantôt la crédulité et l’ignorance, parfois le mépris et la mauvaise foi, et en tout cas le droit d’asile et la générosité consécutive des gouvernements en récitant leur profession de foi anti-Assad à coups de tirades et de couplets stéréotypés qui leur permettent de percevoir les subsides dévolus aux réfugiés politiques et les transforment en héros des plateaux de télévision, loin, très loin des malheurs du peuple syrien qu’ils contribuent à aggraver en réclamant, sans craindre l’opprobre et la perte de dignité, une ingérence des puissances occidentales conduisant à une intervention armée criminelle contre leur propre pays !
Amis de la Syrie, ennemis des Arabes
 Aussi, le Conseil National Syrien créé à Istanbul sous les auspices de l’OTAN et avec l’aide financière de l’Arabie Saoudite et du Qatar par le biais d’un rassemblement disparate de prétendus démocrates regroupés autour du noyau dur des Frères musulmans, n’est-il, comme l’a été le CNT libyen, qu’un instrument entre les mains de ceux qui se proclament « amis de la Syrie » et qui sont en fait de véritables ennemis du monde arabe.
 Les opposants du Forum démocratique syrien, eux, rejettent catégoriquement et à juste raison les appels à rejoindre le CNS. Ils ne veulent pas de l’aide occidentale, car renverser le régime de Bachar el-Assad est à leur sens du ressort de peuple syrien. Aussi entendent-ils l’entraîner dans la révolution de leurs vœux qu’ils espèrent catalyser et faire triompher. C’est ce que leur représentant à Paris, Boutros Hallaq va disant dans les médias qui acceptent de lui tendre leurs micros. Mais la logique de ces démocrates qui refusent et la tutelle occidentale et l’allégeance aux monarchies féodales d’Arabie Saoudite et du Qatar se heurte au mur de l’absurde qui renvoie comme écho à leur voix le leitmotiv stupide et lassant « Bachar el-Assad doit partir », donnant le sentiment d’une profession de foi qui finit par résonner aux oreilles de la majorité des Syriens, étrangers à toute opposition, comme les prodromes d’un danger menaçant leur patrie. Une menace d’autant plus réelle, que l’Irak et la Libye en ont pâti. Et, quand la patrie est en danger, l’on sait bien, les peuples se soudent autour de leurs dirigeants pour parer la menace et accordent ou renforcent du même coup la légitimation d’un régime. Fut-il détestable et honni.
 Ainsi, retranchés dans leurs fiefs de Homs, Hama ou Dar’a, les Frères musulmans et leurs suppôts, que les puissances de l’OTAN ont désigné dans leur propagande et leurs projets criminels comme « peuple syrien », alors qu’ils ne représentent qu’une frange marginale de celui-ci, comment peuvent-ils apparaître sur le plan du bon sens et de la raison ?
 Aux yeux des Russes et des Chinois, mais aussi pour les peuples d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, soit les trois quarts des habitants de la terre, ils ne sont qu’un avatar de la vie politique syrienne, qu’il appartient à la Syrie elle-même de gérer. Naturellement, sans interférence exogène.
 Cette fois-ci, les Russes et les Chinois ne se pas laissés et ne se laisseront pas prendre au piège de la perfidie qui les avait entraînés à faire voter au Conseil de sécurité de l’ONU la funeste résolution 1973 contre la Libye, qui est en soi une violation caractérisée du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et donc, en Syrie, l’OTAN ne pourra pas, en eût-elle le brûlant désir, répéter ses crimes en volant au secours des djihadistes syriens. Quant à ces derniers, en dépit de la massive campagne médiatique occidentale qui leur est quotidiennement consacrée et des importantes fournitures d’armes clandestines en provenance de Turquie, ils sont voués, à plus ou moins long terme, à la fin que connut le FIS en Algérie.
  Avoir fait le choix de la lutte armée ne leur sera d’aucun profit ; et, en vérité il ne peut profiter qu’à ceux qui sont aux aguets, tels des vautours, attendant la chute de leur proie. Cependant, la Syrie n’est pas la Libye, et toutes les conjonctures, politiques, militaires et diplomatiques, indiquent qu’elle n’est pas près de tomber dans l’escarcelle géostratégique des anciennes puissances coloniales et de l’OTAN.
  Mokhtar Sakhri

* Mokhtar Sakhri est auteur des livres Les démons de la foi et Justice pour Irak ! parus au mois de juin en nouvelle édition chez Edilivre.
Source : AgoraVox

L’art de la guerre : Le puits afghan sans fond

….A Kaboul Clinton a annoncé la bonne nouvelle : « J’ai le plaisir d’annoncer que le président Obama a officiellement désigné l’Afghanistan  comme plus grand allié non-Otan des Etats-Unis ». Ceci signifie que ce pays a acquis le statut dont jouit Israël et que, sur la base de l’ « Accord de partenariat stratégique », les Usa s’engagent à garantir sa « sécurité »…..

« C’est merveilleux d’entendre les oiseaux saluer de leur chant cette belle journée ici à Kaboul » : ce sont les paroles romantiques par lesquelles Hillary Clinton a ouvert la cérémonie officielle au milieu des arbres du très blindé palais présidentiel dans la capitale afghane. Tandis qu’elle parlait, d’autres oiseaux à la queue à rayures et étoiles volaient dans les cieux afghans : les chasseurs F/A 18 qui, ayant décollé du porte-avions Stennis dans la Mer Arabique, survolent l'Afghanistan. Une fois leur proie choisie, ils l’attaquent avec des missiles et des bombes à guidage laser et la mitraillent avec leur canon de 20mm, qui tire à chaque rafale 200 projectiles à l’uranium appauvri. Ces avions et d’autres, dont le prix dépasse les 100 millions de dollars, coûtent 20 mille dollars l’heure de vol : chaque mission durant environ huit heures, elle emporte une dépense de plus de 150mille dollars, auxquels s’ajoute celle des armes utilisées. Et l’an dernier, selon les chiffres officiels,  les avions Usa/Otan ont effectué 35mille missions d’attaque sur l’Afghanistan. On ne s’étonnera donc pas que les Etats-Unis à eux seuls aient dépensé jusqu’ici, pour cette guerre, environ 550 milliards de dollars. Un puits sans fond, qui continuera à engloutir des milliards de dollars et d’euros. A Kaboul Clinton a annoncé la bonne nouvelle : « J’ai le plaisir d’annoncer que le président Obama a officiellement désigné l’Afghanistan  comme plus grand allié non-Otan des Etats-Unis ». Ceci signifie que ce pays a acquis le statut dont jouit Israël et que, sur la base de l’ « Accord de partenariat stratégique », les Usa s’engagent à garantir sa « sécurité ». Selon des fonctionnaires de l’administration, les Usa conserveront en Afghanistan 10-30mille hommes, surtout des forces spéciales, flanqués de compagnies militaires privées. Et ils continueront à utiliser en Afghanistan leur propre force aérienne, y compris les drones d’attaque. Le « plus grand allié non-Otan » recevra de l’Otan une aide militaire de plus de 4 milliards de dollars annuels. L’Italie, qui s’engage à verser 120 millions annuels, continuera à fournir, selon les mots du ministre de la défense Di Paola, « assistance et support aux forces de sécurité afghanes ». Le gouvernement afghan recevra en outre, comme décidé à la conférence des « donateurs » de Tokyo, 4 autres milliards annuels pour les « exigences civiles ». Et dans ce domaine aussi, a déclaré le ministre des affaires étrangères Terzi, « l’Italie accomplira sa part ». Selon la motivation officielle, on aidera de cette façon la « société civile afghane ». Selon l’expérience réelle, chaque dollar et chaque euro, dépensé officiellement à des fins civiles, sera utilisé pour renforcer la domination militaire Usa/Otan sur ce pays. Pays dont la position géographique est de première importance stratégique pour les puissances occidentales et leurs groupes multinationaux, qui avancent de plus en plus vers l’est, en défiant la Russie et la Chine. Pour convaincre les citoyens étasuniens et européens, lourdement touchés par les coupes dans les dépenses sociales, qu’il convient de prélever d’autres milliards de dollars et euros des caisses publiques pour les destiner à l’Afghanistan, on raconte qu’ils servent à apporter de meilleures conditions de vie au peuple afghan, en particulier aux femmes et aux enfants. C’est la fable qu’Hillary Clinton a racontée, accompagnée par le gazouillis des petits oiseaux de Kaboul et par le chœur de ceux qui jouissent de toute cette largesse.

Edition de mardi 10 juillet 2012 de il manifesto

http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/20120710/manip2pg/14/manip2pz/325590/

Traduit de l‘italien par Marie-Ange Patrizio

Manlio Dinucci est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Manlio Dinucci publiés par Mondialisation.ca

vendredi 6 juillet 2012

Amnesty International et Human Rights Watch : les mercenaires de l’Empire...l’impérialisme étasunien a endossé les habits de protecteur des peuples de la planète grâce à une rhétorique humanitaire bien ficelée qui sert aujourd’hui à enrober chaque agression, chaque violation de la loi internationale, chaque guerre de pillage et/ou de conquête.

.....Les anciens colonisateurs européens et leurs cousins d’Amérique, naguère enrichis par le génocide des Indiens et l’esclavage africain, veulent nous faire croire qu’ils protègent aujourd’hui les peuples qu’ils massacraient hier....
Sous la présidence d’Obama, l’impérialisme étasunien a endossé les habits de protecteur des peuples de la planète grâce à une rhétorique humanitaire bien ficelée qui sert aujourd’hui à enrober chaque agression, chaque violation de la loi internationale, chaque guerre de pillage et/ou de conquête.
Les anciens colonisateurs européens et leurs cousins d’Amérique, naguère enrichis par le génocide des Indiens et l’esclavage africain, veulent nous faire croire qu’ils protègent aujourd’hui les peuples qu’ils massacraient hier. Mais si la liberté, voire la vie, des peuples de couleurs ou non-chrétiens, n’avaient jusqu’ici que peu d’intérêt pour les défenseurs des valeurs démocratiques, force est de constater que, dans la configuration géopolitique actuelle, les droits de l’homme sont devenus le mot d’ordre de l’Empire. Et les soi-disant organisations occidentales spécialisées dans la défense des droits humains occupent une place stratégique de premier plan.
Parmi ces organisations, Amnesty International et Human Rights Watch. Elles dépensent ainsi toutes les deux une grande partie de leur énergie à soutenir les États-Unis et leurs affidés, pourtant bien connus pour piétiner allégrement la souveraineté des pays les plus faibles comme s’ils incarnaient à eux seuls le droit international.
Á la mi-mai, des milliers de manifestants pacifistes ont protesté contre le sommet de l’OTAN à Chicago. Dans le même temps, Amnesty International organisait un contre-sommet dont les rangs étaient formés de militants favorables à l’intervention de l’Oncle Sam en Afghanistan. La tristement célèbre Madeleine Albright, qui estimait il n’y a encore pas si longtemps que la guerre en Irak et l’embargo, pourtant responsable de la mort de milliers d’enfants, se justifiaient, s’est naturellement joint à ce macabre cortège. L’ancienne secrétaire d’Etat (sous l’ère Bush, excusez du peu) et l’ONG ont depuis estimé que la présence étasunienne en Afghanistan devait se prolonger autant que nécessaire pour le bien des femmes afghanes. Un exemple parmi d’autre de la collusion entre les uns et les autres…
Et une position d’autant plus incompréhensible que les États-Unis ont dépensé des milliards de dollars dans une joint-venture avec le Pakistan et l’Arabie saoudite pour aider les islamistes à renverser le président Mohammed Nadjibullah qui, soutenu par l’Union soviétique et animé par des idées progressistes, avait pourtant plaidé la cause des femmes afghanes.
Aujourd’hui, Amnesty International et Human Rights Watch accusent de concert la Chine et la Russie d’être des ennemies des droits humains en Syrie parce que ces pays ont tous deux refusé de jouer la carte de l’intervention militaire dont on connaît désormais les conséquences en Libye.
Lorsqu’Amnesty International et Human Rights Watch font activement campagne en faveur d’une guerre, il est curieux de constater que cette dernière colle systématiquement aux plans de l’Empire. Ces deux organisations humanitaires ont fourni une grande partie des munitions durant la guerre aux rebelles libyens tout en se faisant caisse de résonnance de la propagande étasunienne en faisant croire au monde entier qu’un massacre imminent allait se perpétrer à Benghazi.
Ces deux associations pratiquent en réalité l’imposture à l’échelle planétaire, feignant d’un côté de s’occuper des droits humains et soutenant de l’autre les États-Unis et leurs affidés dans leurs guerres impérialistes tout en se drapant des oripeaux du droit international.
Amnesty International et Human Rights Watch sont bel et bien de parfaits mercenaires de l’Empire.
Capitaine Martin
http://www.resistance-politique.fr/article-amnesty-internati...
URL de cet article 17161 http://www.legrandsoir.info/amnesty-international-et-human-rights-watch-les-mercenaires-de-l-empire.html

Afrique : Nos Amis Dictateurs … La France n’hésitant pas à soutenir des dictateurs, ou des dynasties de dictateurs sévissant de père en fils..

Le mode opératoire de la France avec ses ex-colonies africaines, dans la corruption et le soutien aux pires dictatures, a été surnommé : « Françafrique »... Les raisons n’étaient pas idéologiques.A gauche comme à droite, seul comptait l’argent. »..
«  La pensée européenne se trouve à un tournant. Ce tournant, sur le plan historique, n’est autre chose que la fin de l’impérialisme. La crise de la pensée occidentale est identique à la fin de l’impérialisme. » Michel Foucault.
L’intronisation du nouveau président et gouvernement “socialistes” ne laisse aucun doute quant à la continuité de la politique étrangère de leurs prédécesseurs : alignement au millimètre près sur la “politique atlantiste” et totale servitude aux intérêts de l’Empire américain.
Tout particulièrement, au Moyen-Orient : soutien aveugle aux gérontocratiques absolutismes des pétromonarchies et aux dérives suicidaires de l’extrémisme sioniste.
En Amérique Latine : hostilité permanente à l’encontre des pays revendiquant indépendance économique et respect de leur souveraineté nationale (Cuba, Bolivie, Equateur, Venezuela). Avec appui indéfectible aux ploutocraties, travesties en ’démocraties électorales’, régies par des castes de milliardaires livrant leurs pays au pillage (Chili, Colombie, Mexique, Pérou).
Même approche en Europe dite ’de l’Est’, totalement inféodée à l’OTAN : solidarité inconditionnelle avec les régimes mafieux camouflés, là encore, en ’démocraties’ (Albanie, Bulgarie, Roumanie, etc.). Tout en harcelant la Russie, pour entraver son développement. Ou, en Asie : les régimes ultra corrompus, tels que ceux de Thaïlande ou des Philippines, seront encensés par rapport à une Chine qui sera, bien évidemment, sans cesse diabolisée.
Manière, pour ce qui est de la Russie ou de la Chine, de se relaxer dans la “bonne conscience” en sniffant une ligne aux “droits de l’homme” …
Rien de neuf sous l’euphorie du cynisme.
Mais, qu’en sera-t-il de la position de notre pays à l’égard de l’Afrique ? Du moins, de nos relations avec l’Afrique subsaharienne liée à l’espace francophone. Alice Primo pose la question:
« Françafrique : le changement est-il en route ?  »
Car, depuis les indépendances politiques ou théoriques difficilement concédées dans les années soixante, les Etats européens ont implacablement poursuivi les politiques de prédation de leurs anciennes colonies africaines, notamment la France et la Grande-Bretagne. Quels que soient les partis au pouvoir : “Travaillistes” ou “Conservateurs”, “Droite” ou “Gauche”…
Le mode opératoire de la France avec ses ex-colonies africaines, dans la corruption et le soutien aux pires dictatures, a été surnommé : « Françafrique ». Concept forgé par le regretté François-Xavier Verschave, reprenant l’expression du dirigeant de la Côte d’Ivoire Félix Houphouët-Boigny, dans son livre paru au printemps 1998 : « La Françafrique, le plus long scandale de la République ».
Ne cessant, rappelons-le, de dénoncer avec courage, rigueur, dans ses ouvrages, ses travaux au sein de l’association Survie dont il est un des fondateurs, l’emprise mafieuse de la France sur ses anciennes colonies africaines.
La France n’hésitant pas à soutenir des dictateurs, ou des dynasties de dictateurs sévissant de père en fils : les Eyadema, au Togo ; ou, les pathétiquement célèbres Bongo, au Gabon … Dictateurs, protégés par notre pays, se considérant, ou complaisamment qualifiés par la propagande : « amis de la France ».
La France suscitant, ou organisant, des coups d’Etat. Soit, pour renverser des dirigeants refusant ce système : l’honnête et charismatique Thomas Sankara du Burkina-Faso, assassiné dans un putsch. Soit, même au prix d’une guerre civile, pour imposer un gouvernant à sa solde : le général Sassou Nguesso fondé de pouvoir des intérêts français dans l’Etat pétrolier du Congo-Brazzaville. Parmi tant d’exemples, dont les récents évènements en Côte d’Ivoire, avec l’éviction du président Gabgo, ne sont que la sanglante répétition …
Sujets, évidemment, jamais abordés dans les médias dominants, propriétés ou serviteurs des bénéficiaires de ce système : les chaînes TV et radios, dites du “service public”, concourant à cette complicité. Le pillage de l’Afrique impose le silence.
Un des responsables des services secrets français en Afrique, Dominique Fonvielle, le reconnaît dans son livre, « Mémoires d’un agent secret » :
« Au lieu d’assister les transitions démocratiques, la France a au contraire aidé plusieurs chefs d’Etat corrompus à rester en place, par sa simple présence d’abord, par des actions militaires ensuite […]. Les raisons n’étaient pas idéologiques.
A gauche comme à droite, seul comptait l’argent. »
L’Afrique est vampirisée dans une méthodique exploitation, dont cinq cercles s’emboitant dans une ambivalente synergie en fournissent l’illustration : fructueuse, pour les occidentaux et leurs nomenklaturas ; mortifère, pour des générations d’africains.

I) Pillage des ressources naturelles

Le premier cercle, le cœur de cible : les ressources naturelles et matières premières dont l’Afrique regorge.
Les spécialistes en ce domaine qualifient le continent de « scandale géologique », tellement il en est comblé. On veut l’ignorer : loin d’être ’pauvre’, l’Afrique est immensément ’riche’. Son niveau de vie devrait être supérieur à celui de l’Europe, qui n’en recèle pas le millième. Sa “pauvreté” apparente, ses bateaux de migrants clandestins affamés, n’étant que la conséquence de la rapacité des puissances coloniales.
L’Afrique : rongée jusqu’à l’os par les piranhas occidentaux. Matières premières et minerais en tous genres, des plus courants (cuivre, fer, bauxite) jusqu’aux plus rares (diamant, coltan). Avec, à profusion, les ressources énergétiques les plus demandées dans cette décennie : pétrole, gaz, et surtout uranium.
Aucune transformation locale, si ce n’est pour faciliter son enlèvement par transport maritime. Même pas un chantier naval apte à construire un chalutier (autre qu’en bois), un vraquier ou un pétrolier. Ce ne sont pas quelques usines de montage de véhicules, dont toutes les pièces sont importées, qui doivent faire illusion…
Sans oublier les richesses halieutiques de ses interminables côtes, notamment du Golfe de Guinée, pillées par les flottes de pêche “occidentales” : Japon et Corée du sud étant aussi actifs ou voraces, avec leurs bateaux-usines et flottilles de chalutiers sophistiqués, que les pays européens…Ou agricoles, dont le détail mérite une encyclopédie.
Les empoignades actuelles se déroulant dans les pays du Sahel de l’Atlantique à la Mer Rouge, sur fond de chaos organisé à la sauce islamiste par les services secrets occidentaux, ne sont que la résultante des mainmises sur les colossales réserves d’uranium de la région : « Uranium Belt », « La Ceinture de l’Uranium ». D’où la partition du Soudan, et l’appropriation du Darfour par les occidentaux.
La sécession du nord du Mali en cours, annonçant celles d’autres pays de la région, suivant le même schéma appliqué pour les ’bassins pétroliers’ de la péninsule arabique, lors de la ruée du pétrole à la suite de la dernière guerre mondiale : un émirat par zone… Ou encore, en Asie : le sultanat de Brunei érigé en “Etat indépendant”, par les britanniques, pour enlever la zone pétrolière de l’île de Bornéo à l’Indonésie et à la Malaisie.
Tous les grands groupes français participent à la curée, principalement dans la partie africaine dite « francophone ». Les plus connus étant Areva sur le marché de l’uranium, et Total, qui au passage a absorbé la sulfureuse Elf, dans le pétrole et le gaz.

II) Monopole des travaux d’infrastructure et grandes constructions

Le deuxième cercle concentre le monopole des travaux d’infrastructure et grandes constructions par les groupes BTP français, tel l’incontournable Bouygues. Pressurant, au passage, leurs meilleures marges : routes, ports ou aéroports, barrages, programmes de logements, hôtels, bâtiments publics et palais présidentiels. Y compris des cathédrales ou basiliques, comme l’ubuesque et pharaonique reproduction de la Basilique Saint-Pierre du Vatican à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire.
Architectes, bureaux d’études, ingénieurs, cadres et ouvriers spécialisés, ne seront pas africains. Tant et si bien, qu’il n’existe pas à ce jour une seule société de BTP africaine capable de se substituer à ces groupes pour exécuter ces énormes marchés, dans l’endettement imposé. Encore moins, d’exporter son savoir-faire sur d’autres continents à l’exemple de sociétés brésiliennes ou iraniennes.La puissance coloniale veillant à ce qu’il n’y ait aucun transfert de technologies, ni de compétences.

III) Accaparement des services publics

L’appropriation des services publics par des groupes français, sous forme de « privatisations », représente le troisième cercle. Systématiquement bradés par le pouvoir politique en place, ces services publics représentent de véritables rentes de situation. Très recherchées pour leur facilité de gestion, les marges plantureuses et la régularité quasi quotidienne du chiffre d’affaires, tout particulièrement : télécommunications, distribution d’eau et d’énergie, transports y compris transports maritimes. Figurent aux premières places : Bolloré et Bouygues.
Le siphonnage de ces rentes de situation par les groupes français, étroitement contrôlé par une multitude d’expatriés, correspond à une véritable hémorragie de devises pour les pays asservis. Aucune valeur ajoutée, spécialement en termes d’accès des cadres africains à des postes de responsabilité autonome, ni transfert de technologie. A ce panier de rentes de situation, se rajoute la Grande Distribution française avec le déversement des produits importés. Selon l’application de la règle de base de toute exploitation coloniale : le minimum fabriqué sur place, le maximum importé !...

IV) Enrichissement personnel de la caste politique française

La « Françafrique » représente pour la France, dans ce quatrième cercle, la caverne d’Ali-Baba du remplissage des caisses électorales de ses principaux partis politiques et, avantage collatéral, de l’enrichissement personnel de sa nomenklatura.
Car, on ne sait pas trop où commence “la caisse électorale”, vertueux prétexte à corruption, et où se termine la poche des personnes manipulant ces fonds secrets. En ce domaine du tripatouillage, le comportement des réseaux de François Mitterrand et de son fils, Jean-Christophe, par la multitude de scandales plus ou moins étouffés qui ont émaillé son septennat, n’a rien à envier à celui les réseaux de la « Droite ».
Dominique Fonvielle, cite quelques exemples :
« Nous avons par exemple recueilli des témoignages précieux sur la promesse d’un secrétaire d’Etat français à la Santé d’intervenir directement auprès du ministre de la Coopération pour accélérer le déblocage des fonds destinés à un hôpital africain en échange du reversement de la moitié des sommes concernées sur son compte personnel pour alimenter les caisses de son parti. »
Retenons l’information, qui donne une idée du niveau des montants en jeu et de l’impudence de cette voyoucratie française : « … la moitié des sommes concernées sur son compte personnel … ».
Ou encore, en pleine ère mitterrandienne, les services secrets français ’officiels’ ne sachant plus où donner de la tête devant pareil grouillement :
« A l’époque de Pierre Marion, la situation en Afrique était totalement incontrôlable, et le ministère de la Coopération écoulait des armes au Tchad par l’intermédiaire d’une société privée. »

V) Poubelle gratuite de l’industrie européenne

Dernier cercle, stade ultime de l’infernale corruption, celui tout aussi occulte de la transformation de l’Afrique en ’poubelle gratuite’ pour les déchets hautement toxiques de l’industrie européenne. Dans l’impunité. Il faut la déflagration d’une catastrophe sanitaire pour voir émerger le sommet de l’iceberg de cette activité criminelle qui capitalise beaucoup, beaucoup, d’argent et de gangstérisme…
Comme celle provoquée par le bateau Probo Koala affrété, en 2006, par une multinationale d’origine britannique Trafigura, du secteur de l’énergie, des mines, et des matières premières. Pour déverser 500 tonnes de déchets extrêmement toxiques en Côte d’Ivoire, censés être enfouis dans 18 endroits des environs de la capitale, Abidjan.
« Peu de temps après l’exécution de cette opération sont apparus, à grande échelle dans la population, des signes d’intoxication graves entraînant de nombreuses hospitalisations et la mort rapide d’une quinzaine de personnes.
Un rapport d’experts internationaux, le Minton Report, publié en septembre dernier, a estimé que l’intoxication avait atteint un minimum de 108.000 personnes. Confirmant qu’il s’agissait bien d’intoxication en provenance du déversement de ces déchets
« … capables d’entraîner de graves conséquences sur la santé humaine, y compris la mort ».
Le désastre écologique timidement identifié en Somalie, existe dans d’autres parties de l’Afrique, y compris de la zone “francophone”. Sous couvert de l’anarchie ambiante, les pays occidentaux en profitent pour se délester de leurs produits toxiques, même nucléaires, sommairement enfouis à terre, ou simplement jetés le long de ses côtes maritimes.
Il est vrai que les coûts de revient sont avantageux. Suivant la nature des déchets : de 200 à 300 euros jusqu’à 1000 $, la tonne, en Occident, on obtient des coûts d’enfouissement, ou de déversement, de 30 euros la tonne, pouvant descendre à $ 2,50.
Compte tenu de ces éléments ou de ce constat, de cet habitus colonial, peut-on effectivement envisager un “changement”, pour reprendre l’interrogation d’Alice Primo ? Sans se vouloir pessimiste, elle semble en douter au vu de la formation, de l’expérience, du parcours professionnel des principaux collaborateurs chargés des relations avec l’Afrique, tant auprès du président de la République que de son ministre des Affaires étrangères…
La réponse à cette question semble plus évidente, si on la formule à partir d’un postulat de base :
Comment un gouvernement, incapable d’appliquer des réformes indispensables, urgentes, de justice économique et sociale, en France, serait en mesure d’éradiquer les comportements de sa nomenklatura, fondés sur la corruption et la prévarication néocoloniales, à l’égard de l’Afrique ?...
Supprimer la « Françafrique » ou la « FrançàFric », cet eldorado de l’enrichissement personnel, aussi occulte, impuni que fulgurant ?…
La caste politique française, tous partis confondus, n’en a ni l’envergure, ni la qualification, ni la légitimité.
Trop vermoulue.
Georges STANECHY

Médias et Information - Médias alternatifs et Internet : une histoire d’amour ou de haine ?

....L’assimilation entre Internet et média alternatif est courante. Probablement parce qu’effectivement, pour de simples raisons de moyens matériels, la plupart des médias alternatifs se trouvent sur Internet. Mais cette assimilation est trompeuse et confond le fond et la forme. Il existe des médias réellement alternatifs sur papier (Fakir, Le Sarkophage) comme il existe des médias dominants sur Internet (Rue89.com, par exemple).
Alors à quoi reconnaît-on un « média alternatif » ? Le premier signe de reconnaissance d’un média authentiquement alternatif est sa capacité à déceler et dénoncer les comportements atypiques et les ruptures narratives dominants, pour tenter de rétablir une courbe de raisonnement ininterrompu et cohérent. Le deuxième est un rapport à l’information qui, contrairement à la propagande véhiculée par les « grands » médias, est quasi-sacré. Un troisième pourrait être le refus du « deux poids deux mesures ».

Et l’internet dans tout ça ?

Panacée pour les uns, malédiction pour les autres. Oui, je sais, le printemps arabe, Facebook, Twitter et bla bla et bla. Je n’en crois pas un mot.
Dans l’exemple de l’Egype, je me suis demandé combien de gens avaient Facebook, Twitter et bla bla bla. Les chiffres trouvés sur des services spécialisés sont de l’ordre de grandeur suivants : 20 000 comptes Twitter et 1 million de comptes Facebook. Et « comptes » ne veut pas dire « utilisateurs actifs ». Et « utilisateurs actifs » ne veut pas dire « opposants ». Et « opposants » ne veut pas dire « militants actifs ». Alors, que reste-t-il pour un pays de plus de 80 millions d’habitants ? Pas grand’ chose en réalité, sinon un autre fantasme de geek et une nouvelle légende urbaine.
Lors d’une interview, Julian Assange, fondateur de Wikileaks, avait abordé ce thème. Il avait expliqué comment les mots d’ordre de la révolution égyptienne avaient été consignés dans un livret qui circulait sous le manteau via le réseau des clubs de football. En première et dernière page de ce manuel, on pouvait lire l’avertissement de ne pas utiliser Facebook ou Twitter, trop facilement infiltrables et manipulables. J’ai observé des nuits entières le déroulement des événements place Tahrir. J’ai été très attentif à certains détails. Comment, par exemple, les groupes qui défendaient la place et les immeubles environnants réussissaient à se protéger des infiltrations et provocations. Tout simplement parce qu’ils se connaissaient entre eux. Ou parce qu’untel connaissait untel qui connaissait untel. Pas vraiment un système à toute épreuve, j’en conviens, mais on en reparlera le jour où votre vie dépendra de la confiance accordée à un pseudo rencontré sur Facebook. Et, dernière puce à l’oreille : l’hommage appuyé d’un personnage aussi grotesque que Hillary Clinton à Facebook, Twitter et bla bla bla et leurs « cyber-révolutions ». Lorsque quelqu’un comme Hillary Clinton m’indique un chemin à suivre, j’ai tendance à faire demi-tour.
Si l’Internet avait réellement l’importance que d’aucuns semblent lui accorder, il me paraît évident que George Bush, Tony Blair et même Obama seraient en prison, que Guantanamo serait fermé, que Gaza serait libéré, que Sarkozy serait en fuite, que les banques seraient nationalisées, que le Parti Socialiste français serait redevenu un groupuscule. Car les camarades semblent avoir oublié un détail : si l’Internet nous aurait bien servi, figurez-vous que l’ennemi s’en sert aussi bien, sinon mieux. Où est le progrès ? Je veux dire, concrètement ?
Il me semble que l’Internet n’a de sens que pour ceux qui ont déjà une expérience en dehors de celui-ci, c’est-à-dire dans les cas où l’Internet n’est qu’un outil complémentaire, un facilitateur, et non une source en elle-même. La cacophonie ambiante, la multiplicité des blogs, du chacun pour soi et chacun son site, la diffusion d’une chose et son contraire, la multiplication des faux-nez, de pseudos-ci et des pseudos-ça, les trolls dans les forums (genre « J’ai vécu 10 ans en Syrie, et je peux vous dire que... » Signé : Blanche Neige), les lectures en diagonale, l’impatience devant un article trop long, le click trop facile et le butinage incessant... Le zapping à l’état pur.
Le fait est que la grande majorité de la population continue de « s’informer » via les médias dominants, y compris dans leurs versions internet où l’on retrouve les mêmes « ennemis de l’information », tout sourires et pas gênés plus que ça par notre présence.
On me rétorque souvent « sans Internet... ». Oui, mais sans Internet, nous aurions peut-être, et même probablement, mené d’autres combats, d’autres réflexions sur les médias. Nous aurions présenté d’autres exigences au lieu de déserter le champ de bataille et nous retrancher dans le virtuel.
Et je me demande même si, à force de trop de « révélations », parfois contradictoires, l’Internet n’aurait pas eu un effet démobilisateur, provoquant un sentiment de tâche insurmontable, une attitude de « à quoi bon ? ».

Médias alternatifs et Internet : forces et faiblesses

Tous les responsables de médias alternatifs vous le diront : les journalistes sont grosso modo des ignares, à quelques exceptions près. Lorsqu’on a soi-même subi la contrainte du temps qu’il a fallu pour connaître véritablement un sujet et qui leur fait justement défaut (alors même qu’ils sont sensés intervenir sur tout et n’importe quoi, sautant du coq à l’âne), comment s’en étonner ? Mais à les voir et les entendre, ils savent tout sur tout et finissent même par le croire.
Les médias alternatifs ont un sacré avantage sur eux :
1) Ils ont le temps. Le temps de choisir leurs sujets, de les étudier en profondeur,
2) Ils n’ont pas de comptes à rendre, pas de pressions à subir, pas de conformisme à suivre...
Ces avantages sont contrebalancés par l’absence de moyens. Et cette absence de moyens pose le problème des sources de l’information. En effet, nombre de médias alternatifs se cantonnent à « décortiquer » les informations véhiculées par les grands médias, à analyser leurs comportements atypiques et pointer du doigt les ruptures narratives. Un travail utile mais qui a ses limites car ils se retrouvent, malgré toute leur bonne volonté, à travailler sur un produit qui a déjà fait l’objet d’un filtrage par les grands médias. On peut toujours analyser le contenu d’une bouteille d’eau, il est plus difficile de remonter à la source, là où l’eau jaillit...
« Oui, mais sur place, il y aura un autre média alternatif qui... » Voire. Car comment savoir si ce média alternatif est plus fiable qu’un article de Libération ? Le coup de la fausse blogueuse syrienne et des faux-nez « anars et antifas » des réseaux Indymedia sont là pour nous rappeler tous les jours la fragilité de tout ce réseau « alternatif » informel et infiltrable à souhait...
Extrait de l'article : Médias et Information : il est temps de tourner la page de Viktor Dedaj
 publié sue le Journal "Le Grand Soir" du 4 Juillet 2012

URL de cet article 17121 http://www.legrandsoir.info/medias-et-information-il-est-temps-de-tourner-la-page.html