vendredi 30 mars 2012

Adieu l’Amérique et bon vent. (Antiwar)

Il  est intéressant de constater à quel point l’impérialisme a "réussi" aux Etats-Unis. A la fin de l’année dernière, les Etats-Unis ont été éjectés de l’Irak après avoir dépensé quelques milliers de milliards de dollars pour tuer des centaines de milliers d’Irakiens et d’Américains. Al-Qaeda, qui n’était pas présent en Irak lorsque les Etats-Unis sont arrivés, a récemment effectué des attentats à la bombe qui ont tué des centaines d’Irakiens, principalement des civils. Et suite à l’intervention des Etats-Unis, le plus proche allié de l’Irak est désormais l’Iran, et non les Etats-Unis.
Epouvanté par les excès de l’armée US, le président Afghan Hamid Karzai a réagit, d’abord en exigeant que les soldats US soient confinés dans leurs bases, une mesure qui signifierait que la présence US en Afghanistan pourrait bien prendre fin plus tôt que prévu ainsi que la perte de quelques milliers de milliards de dollars supplémentaires après la mort de quelques dizaines de milliers de soldats de la coalition et de civils afghans. Même si Karzai accepte une présence états-unienne mise sous le contrôle de son propre gouvernement « souverain », la suite des événements est prévisible et il ne manque plus qu’une date définitive d’évacuation. Sans oublier que les Talibans effectueront certainement un retour sous une forme ou sous une autre.
Pendant ce temps, dans le Pakistan voisin, le parlement discute sur la fin de la coopération avec les Etats-Unis à cause des campagnes de drones qui se poursuivent et qui, comme prévu, tuent principalement des civils. Le Pakistan possède l’arme nucléaire et de vrais terroristes qui rôdent dans les régions tribales. Le retrait du Pakistan révélera au grand jour le gâchis de ces 11 dernières années, lorsque Washington quittera l’Asie Centrale en laissant derrière elle une situation bien pire que lorsque l’armée US et la CIA sont arrivées.
Comment une grande nation, avec de si vastes ressources en matière de renseignement et de diplomatie, peut-elle être aussi sourde et aveugle ? Un article publié la semaine dernière dans le Washington Post illustre parfaitement la futilité absolue de la politique étrangère de l’administration Obama. L’article commence ainsi :
Le président Obama a prononcé mardi son message annuel au peuple iranien, sur un ton bien plus polémique que d’habitude et dans lequel il a déclaré qu’il chercherait des moyens pour briser la barrière électronique que Téhéran a dressée autour de l’Internet et des autres moyens de communication. « Je veux que le peuple iranien sache que l’Amérique cherche le dialogue pour entendre votre point de vue et comprendre vos aspirations, » a dit Obama lors de la commémoration du Nowruz, le nouvel an perse. « Les Etats-Unis continueront à attirer l’attention sur la barrière électronique qui isole le peuple iranien du reste du monde » a-t-il dit. «  Et nous espérons que d’autres se joindront à nous pour faire avancer cette liberté fondamentale du peuple iranien : la liberté d’échanger les uns avec les autres et avec le reste de l’humanité ». Depuis sa prise de fonction, Obama a profité de ses messages délivrés pour le Nowruz pour s’adresser directement aux Iraniens et tenter de trouver un terrain d’entente entre les Etats-Unis et la République islamique.
Malheureusement, ce n’est pas le peuple iranien qui contrôle la politique étrangère de l’Iran mais son gouvernement. La préoccupation du Président Obama pour leurs aspirations est aussi bidon que son intention de donner un véritable état aux Palestiniens. Est-ce qu’il comprend au moins ce qui se passe en Iran ou est-ce seulement un discours destiné à un auditoire interne ? Et parler de la liberté de l’Internet est d’une hypocrisie insondable car il n’y a pas d’autre pays qui s’ingère plus dans la cyber-espace que les Etats-Unis d’Amérique. Et ce n’est pas un Internet plus libre qui empêchera la guerre, surtout lorsque les Israéliens et le Congrès US semblent décidés à y entrer, quoi que puisse faire l’Iran. En réalité, la Maison Blanche cherche à tout prix à éviter le dialogue avec l’Iran parce qu’Obama a l’intention d’être réélu et il ne veut surtout pas s’attirer les foudres du lobby pro-israélien. Ce qui signifie qu’il ne se passera rien cette année, sauf si Israël décide de passer à l’action. Une situation de « ni guerre, ni paix » est précisément ce que l’administration US recherche.
Qui, à part la bande de conseillers en politique étrangère qui entourent les trois principaux candidats républicains à la présidence, qui tous salivent à l’idée d’une guerre, peut nier que les Etats-Unis sont engagés dans la pente raide du déclin ? Si des états habituellement serviles comme l’Irak et l’Afghanistan trouvent le courage pour envoyer balader Obama, alors n’importe qui en est capable. En fait, tout le monde devrait le faire, en prenant exemple sur les Égyptiens qui ont jeté en prison la bande habituelle de militants du National Endowment for Democracy décidés à importer la démocratie américaine au reste du monde. Le président russe Vladimir Poutine serait d’accord avec les Egyptiens, et se demanderait pourquoi il y a tant d’ONG américains et européens qui sillonnent son pays pour expliquer aux gens quel genre de révolution colorée ils auraient besoin pour le renverser. Apparemment, le reste du monde est en manque de démocratie à la sauce US, si on en croit les justifications d’Eric Holder, ministre de la justice, pour les assassinats de citoyens étrangers et ses explications sur les bienfaits de la guerre par drones interposés. Et il y a aussi la déclaration contenue dans la loi National Defense Authorization Act qui stipule que le monde entier est devenu un champ de bataille et que n’importe qui peut devenir un combattant ennemi. Ou le décret présidentiel qui autorisera le gouvernement à prendre le contrôle de toutes les ressources nationales en cas d’état d’urgence. Et qui décrète l’état d’urgence ? La Maison Blanche, pardi !
Lorsque tout le monde aura enfin compris qu’ils n’ont pas vraiment besoin que ce que l’ancienne secrétaire d’Etat Madeleine Albright a appelé « la nation indispensable » qui « voit loin » (les Etats-Unis – NdT pour ceux qui auraient raté un épisode), ils pourront enfin se consacrer à faire le ménage chez eux. Un Moyen Orient débarrassé des ingérences de Washington signifierait que les Israéliens et leurs voisins pourraient enfin se parler et établir un modus vivendi. Les Afghans et les Pakistanais seront obligés de trouver une solution. Les Iraniens pourraient même décider que plus personne ne les menace et se débarrasser d’une partie de leur paranoïa. Idem pour les Nord Coréens. Les Américains pourraient enfin retourner faire ce pour quoi ils sont doués : fabriquer des choses, être inventifs, et mener une vie tranquille sans ressentir le besoin d’envahir un pays ou d’imposer leurs diktats à quelques gouvernements par-ci par-là. Ce serait adieu à toutes ces choses inutiles et bon vent l’Amérique - cette fois dans le bon sens du terme.
Philip Giraldi
Philip Giraldi est un ancien officier de la CIA et contributeur au magazine The American Conservative et directeur exécutif du Council for the National Interest.
Source : http://original.antiwar.com/giraldi/2012/03/28/good-night-am...
Traduction « et même Bon Débarras » par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.
URL de cet article 16231 http://www.legrandsoir.info/adieu-l-amerique-et-bon-vent-antiwar.html

Maroc - Le suicide d'une jeune fille : Une loi qui protège les violeurs

La loi marocaine aide à se perpétuer des conceptions sociales et religieuses qui réduisent les femmes au statut de marchandise, dépréciée lorsqu'elle a perdu son hymen. Et elle s'appuie sur la misère qui, dans les régions pauvres et sans travail, pousse à marier les filles à l'âge où elles devraient fréquenter l'école....
Le 10 mars, une jeune fille marocaine de 16 ans est morte à Larache, non loin de Tanger, au Maroc. , en avalant de la mort-aux-rats, parce qu'elle avait été mariée de force à l'homme qui l'avait violée.
L'horreur de la situation de la jeune Amina éclate parce qu'elle s'est donné la mort. Mais combien d'autres femmes et jeunes filles la vivent, au Maroc ? Il n'existe bien sûr pas de statistique pour le dire. La loi, en l'occurrence l'article 475 du code pénal, a permis au violeur d'Amina d'échapper à des années de prison pour le « délit » de viol sur mineure, en échange de son mariage avec sa victime.
Tout ce que la société marocaine a de plus moyenâgeux est tombé d'accord, il y a quelques mois, pour condamner... la petite Amina à une deuxième et tragique agression : elle a été forcée d'épouser son violeur. Sa propre famille a retiré sa plainte, préférant ce mariage forcé au déshonneur qu'auraient représenté à ses yeux, comme sans doute à ceux de l'entourage, la virginité perdue d'Amina et sa réputation salie. Puis le mariage a été prononcé par le tribunal de la famille de Larache, suite à une réconciliation arrangée des deux familles.
Le code de la famille, réformé en 2004, a certes permis quelques avancées du statut de la femme, auparavant totalement considérée comme une mineure passant de l'autorité du père à celle du mari ; mais, par exemple, le droit à la polygamie n'en est pas totalement exclu, et surtout, de nombreuses dérogations peuvent être obtenues, en particulier pour le mariage de mineures en principe interdit. C'est ainsi qu'en milieu rural une augmentation de 50 % des mariages de mineures a pu être observée entre 2006 et 2007. Sur ces mariages, combien d'« arrangements » familiaux ?
Le « double viol » d'Amina, suivi de son suicide, a provoqué des rassemblements indignés : 300 personnes devant le tribunal de Larache. Puis des féministes ont organisé un sit-in devant le parlement marocain à Rabat, pour exiger l'abrogation de l'article 475.
La loi marocaine aide à se perpétuer des conceptions sociales et religieuses qui réduisent les femmes au statut de marchandise, dépréciée lorsqu'elle a perdu son hymen. Et elle s'appuie sur la misère qui, dans les régions pauvres et sans travail, pousse à marier les filles à l'âge où elles devraient fréquenter l'école.
Viviane Lafont
Lutte Ouvrière

Palestine - Israël refuse toute enquête sur la colonisation...Ainsi Israël a pu annexer Jérusalem-Est, ainsi que le plateau du Golan appartenant à la Syrie et occuper Gaza et la Cisjordanie au mépris du droit des peuples.

....Lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït, les grandes puissances, États-Unis en tête, avaient proclamé qu'un pays n'avait pas le droit d'en annexer un autre et lui avaient fait la guerre. Mais lorsqu'Israël fait exactement la même chose, annexant et occupant des territoires étrangers depuis plus de quarante ans, les grandes puissances, toujours États-Unis en tête, laissent faire....
Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a succédé en 2006 à la Commission des droits de l'homme. Il lui arrive de prendre des initiatives bienvenues comme cette proposition d'enquête sur les conséquences de la colonisation israélienne dans les territoires palestiniens occupés. Cette enquête, si elle avait lieu, ne mènerait pas nécessairement bien loin ; mais il n'empêche que ce projet a été jugé insupportable par le gouvernement israélien qui estime que l'organisme onusien est « hypocrite » et « manque d'objectivité » et Israël a donc décidé de rompre avec lui.
Ainsi Israël a pu annexer Jérusalem-Est, ainsi que le plateau du Golan appartenant à la Syrie et occuper Gaza et la Cisjordanie au mépris du droit des peuples. À part Gaza qui est maintenant soumis à un blocus, la colonisation israélienne se poursuit dans tous ces territoires, contre la volonté des populations et aussi contre les décisions de l'ONU.
Lorsque Saddam Hussein avait envahi le Koweït, les grandes puissances, États-Unis en tête, avaient proclamé qu'un pays n'avait pas le droit d'en annexer un autre et lui avaient fait la guerre. Mais lorsqu'Israël fait exactement la même chose, annexant et occupant des territoires étrangers depuis plus de quarante ans, les grandes puissances, toujours États-Unis en tête, laissent faire.
Alors qu'il est question d'une simple enquête, les dirigeants israéliens peuvent se permettre de refuser et de rompre avec ce Conseil de l'ONU qui n'a même pas de pouvoir réel. Autant dire qu'ils considèrent qu'ils peuvent piétiner impunément les droits de tout un peuple, avec la complicité des grandes puissances.
André VICTOR
Lutte Ouvriére

jeudi 29 mars 2012

UNE NAKBA EN COURS : LE SORT DES REFUGIES PALESTINIENS EN IRAK

Le terme Nakba – qui signifie littéralement désastre ou catastrophe – fait communément référence au nettoyage ethnique des Palestiniens de leur patrie, en 1948. Pour les Palestiniens, toutefois, la Nakba ne s’est jamais achevée et leur dépossession se poursuit. Les réfugiés palestiniens sont dispersés à travers le monde, mais 88% demeurent à proximité de leur pays et vivent en Israël, à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie [2]. Nombre d’entre eux vivent dans des conditions abjectes, sans que ne semble exister le moindre signe qu’un un terme quelconque à leurs souffrances se profile.
Avant l’invasion de l’Irak par les forces armées américaines et britanniques, on estimait que le nombre de Palestiniens et Palestiniennes en Irak s’élevait à approximativement 35’000 personnes ; bien que d’autres estimations portaient ce chiffre à hauteur de 90’000)[1]. Selon le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), seulement 13’000 demeuraient en Irak en 2009. Ce chiffre s’élève aujourd’hui à environ 7’000. La menace contre les Palestiniens en Irak a cru dans la mesure où leur présence continue dans le pays est actuellement sérieusement en péril. Les réfugiés palestiniens en Irak sont vulnérables, sans Etat et oubliés. Ils constituent une fraction des trois quarts de la population globale de onze millions de Palestiniens auxquels est nié leur droit au retour.

Le terme Nakba – qui signifie littéralement désastre ou catastrophe – fait communément référence au nettoyage ethnique des Palestiniens de leur patrie, en 1948. Pour les Palestiniens, toutefois, la Nakba ne s’est jamais achevée et leur dépossession se poursuit. Les réfugiés palestiniens sont dispersés à travers le monde, mais 88% demeurent à proximité de leur pays et vivent en Israël, à Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie [2]. Nombre d’entre eux vivent dans des conditions abjectes, sans que ne semble exister le moindre signe qu’un un terme quelconque à leurs souffrances se profile.

Cette crise permanente – malgré son ampleur et ses conséquences sur les relations internationales – est largement marginalisée dans la production occidentale d’informations ainsi que dans les débats parlementaires. Le droit au retour, qui est garanti par le droit international et inscrit dans les résolutions de l’ONU, est central dans la vie des réfugié·e·s. Le droit au retour des réfugiés palestiniens est systématiquement refusé au même titre où leurs droits à la sécurité, à la liberté de circulation, au travail, au logement et à pouvoir se nourrir sont violés de façon routinière. Le HCR a décrit le sort des réfugiés palestiniens plus généralement comme étant « de loin le plus durable et le plus vaste de tous les problèmes des réfugiés dans le monde aujourd’hui. » Ces quelques éléments fournissent l’arrière-fond qui permet de comprendre plus largement la situation des réfugiés palestiniens en Irak.

Première phase de la Nakba  : 1948, 1967 et 1991

C’est à la suite de plusieurs vagues successives que les Palestiniens se sont rendus en Irak, fuyant à chaque fois une guerre. Le premier groupe était originaire de la ville de Haïfa et de villages alentours situés dans ce qui est aujourd’hui l’Etat d’Israël. Ce groupe initial a résisté aux attaques des sionistes contre leurs villages durant la guerre de 1948, mais il a ensuite dû fuir vers Jenin, ville où l’armée irakienne était alors basée. Sous la protection des forces armées irakiennes, des femmes et des enfants furent évacués en direction de l’Irak alors que les hommes furent incorporés dans une unité spéciale de l’armée irakienne : la brigade Karmel. Les villageois qui composaient cette brigade (dont on évalue le nombre à environ 4000) se sont retirés avec l’armée irakienne lorsque celle-ci a quitté la Palestine en 1949. A la suite de la guerre de 1967, une seconde vague importante de Palestiniens sont arrivés en Irak. Enfin, il y eut un troisième « afflux » de réfugié·e·s comme conséquence de la guerre du Golfe de 1991 – lorsque la plupart des Palestiniens furent expulsés du Koweït et que beaucoup d’autres, particulièrement des habitants de la bande de Gaza, n’avaient pas d’autre endroit où aller.

Contrairement aux réfugiés palestiniens vivant dans les Territoires occupés par Israël ou en Jordanie, en Syrie et au Liban, ceux et celles établis en Irak ne relèvent pas de la compétence de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UN Relief and Works Agency, UNRWA). L’Irak refusa l’autorisation à l’UNRWA d’être actif sur son territoire lorsque cet office a été fondé à la fin des années 1940 [1949]. Les Palestiniens en Irak bénéficièrent de documents de voyage « spéciaux » ; ils avaient le droit de travailler ainsi qu’un accès entier aux soins, à l’éducation et aux autres services étatiques. Ils vivaient également dans des logements appartenant à l’Etat ou payaient des loyers subventionnés s’ils vivaient dans des maisons privées. Cette situation était selon toute vraisemblance meilleure que les conditions de vie déplorables des camps de réfugiés dans divers autres pays...

Les réfugiés palestiniens en Irak ne bénéficièrent ni de la citoyenneté ni ne purent accéder à la propriété de maisons ou de terres [3]. Cela ne les empêcha pas de devenir une source d’un ressentiment qui couvait au cours des années 1980 et 1990 lorsque certains Irakiens supposaient que les Palestiniens jouissaient d’un traitement préférentiel. Ce sentiment malsain a crû en raison des pratiques du régime irakien [de Saddam Hussein – président dictateur de 1979 à 2003], en particulier après le début de la seconde Intifada en 2000, lorsque de l’argent a été envoyé aux familles de martyrs en Palestine, alors que l’économie irakienne connaissait de grandes difficultés [sous l’embargo, les sanctions des Etats-Unis et des puissances impérialistes initiés au tout début des années 1990, et la guerre de 1991, suite à l’invasion du Koweit, « piège » tendu à Saddam Husein].

A l’instar du reste de la société irakienne, les Palestiniens d’Irak furent soumis au régime de sanctions le plus complet de l’histoire. Introduit par l’ONU en août 1990, ces sanctions furent décrites en 2000 par l’ancien coordinateur humanitaire de l’ONU en Irak, Denis Halliday, comme étant un « génocide » [4]. Les réfugiés ont également souffert aux côtés des Irakiens des bombardements continus du pays par les forces militaires des Etats-Unis entre la fin de la première guerre du Golfe et le début de l’invasion en 2003.

2003 : la Nakba continue

La précarité de la situation des réfugiés Palestiniens a été mise a nu en 2003, après l’invasion de l’Irak par la coalition dirigée par les Etats-Unis. Alors que la société irakienne était sous le coup de décennies de guerres, de sanctions [donc : guerre terrifiante entre l’ Iran et Irak entre 1980 et 1988, examinée avec contentement par les impérialismes ; et invasion-guerre-bombardement de 1991, etc.] et que l’invasion engendra de gigantesques déplacements de population à l’intérieur de l’Irak, le ressentiment né du supposé « traitement préférentiel » dont auraient bénéficié les Palestiniens en firent des cibles de représailles. La communauté palestinienne est devenue extrêmement vulnérable sans qu’aucune force armée ne soit en mesure de les défendre. En outre, contrairement aux citoyens irakiens, les titulaires palestiniens de documents de voyage irakiens ne pouvaient généralement pas chercher refuge dans l’un des pays voisins. Cette situation obligea des milliers de réfugiés de fuir vers des camps inhospitaliers dans les zones frontières bordant la Jordanie ; où ils avaient le choix d’être placés sous la garde supervisée de la police jordanienne dans des camps clôturés ou de retourner subir des persécutions à Bagdad. Certains Palestiniens ayant des relations familiales vivant en Jordanie eurent le droit d’entrer dans ce pays, sans, toutefois, qu’ils puissent y travailler. L’Autorité palestinienne (AP) a répété à plusieurs reprises sa volonté de permettre aux Palestiniens fuyant l’Irak de s’établir dans la bande de Gaza, mais Israël parvint à bloquer ces mouvements en vertu de son contrôle exercé sur les frontières de la bande de Gaza.
Dans les camps de Al-Hof, Al-Tanaf, Al-Ruweished et Al-Waleed, situés dans un désert plein de scorpions, la santé des réfugiés se détériora rapidement en raison du manque d’accès aux services médicaux. José Riera et Andrew Harper du HCR ont rapporté, en 2007, que les réfugiés « ont fui des menaces de mort et d’assassinat de membres de leur famille uniquement pour se retrouver dans un environnement mortel en raison des chaleurs torrides et des nombreuses tempêtes de sable. » [5] Les Palestiniens d’Irak ont bouclé la boucle : ils vivent dans des tentes de la même façon où vivaient leurs ancêtres immédiatement après le nettoyage ethnique de 1948.  

La Syrie a finalement accepté l’établissement, sous le contrôle de l’UNRWA, de quelques centaines de déplacés. La Jordanie accepte l’installation d’un nombre restreint de réfugiés qui sont en capacité de faire la démonstration d’un lien avec le pays, comme le mariage avec un citoyen ou une citoyenne de Jordanie. Toutefois, le plus grand nombre ne sont autorisés qu’à vivre dans le désert frontalier dans des conditions qui sont « semblables à celles d’une détention »[6]. Parmi les familles réinstallées, beaucoup le furent dans des pays aussi lointains que le Brésil, le Canada, l’Inde ou la Nouvelle-Zélande.

Les autres réfugiés palestiniens vivent dans les quartiers At-Tweija, Al-Za’faraniyya, Al-Doura et Al-Hurriyya de Bagdad. Selon Daleel Al Qassous, ambassadeur palestinien en Irak, « ils vivent dans une pauvreté extrême en raison du coût de la vie élevé et du manque de travail. L’ONU leur fournit quelques services mais la situation d’ensemble est vraiment lamentable. » [7]

A la suite du renversement du régime baasiste, les propriétaires n’étaient plus obligés de fournir des logements subventionnés à des réfugiés palestiniens en contrepartie d’une petite aide étatique telle que c’était le cas sous le règne de Saddam Hussein. Ces propriétaires ont alors expulsé les familles palestiniennes de leurs logements. En outre, les Palestiniens d’Irak sont sous la coupe de bureaucraties hostiles comme le Ministère de l’intérieur qui a décidé de les traiter comme s’ils étaient des étrangers non-résidents plutôt que comme des réfugiés reconnus, statut qui était le leur sous le régime de Saddam Hussein[8]. En conséquence de cette situation, les Palestiniens sont contraints d’obtenir des permis de résidence de courte durée, d’un à deux mois.

La plupart des réfugiés palestiniens en Irak y sont nés et y ont passé toute leur vie. Ils sont actuellement contraints de régulièrement faire des démarches en vue de l’obtention d’une autorisation de résidence sans aucune garantie que celle-ci leur soit octroyée. Aujourd’hui, l’absence de documents de résidence valides en Irak soumet à tout moment les réfugié·e·s à une arrestation possible aux passages des check points. A la suite de la modification de leur statut (les obligeant à changer régulièrement de lieu de résidence), après l’invasion du pays, les réfugiés palestiniens sont sujets à des humiliations et à des harcèlements permanents.

Alors que la situation politique en Irak s’est détériorée sous l’occupation, les Palestiniens sont devenus de plus en plus les victimes du harcèlement et des menaces de milices armées qui voient en eux des vestiges du régime baasiste. En outre, suite au développement de l’insurrection sunnite, une partie des médias irakiens tentent d’établir un lien entre les Palestiniens et les attentats à la bombe [9]. Ils sont devenus une cible aisée pour ceux qui voient en eux un élément « étranger » sur lequel faire porter la responsabilité de tous les malheurs.

Des dizaines de Palestiniens en Irak ont été assassinés, torturés, pris en otage et emprisonnés, cela principalement par des groupes militants chiites [10]. Nombre d’entre eux furent expulsés de leurs logements et prirent refuge dans des tentes au milieu du stade Haïfa de Bagdad. Pour ceux qui restent dans leurs logements, leur situation est devenue désespérément dangereuse à la suite de la flambée d’attaques des forces de sécurité irakiennes en 2011.

Pendant que l’attention internationale était concentrée, en septembre 2011, sur les « manœuvres d’Abbas » à l’ONU, les attaques contre des palestiniens menées par des militants inconnus et des agents du ministère de l’intérieur augmentèrent [11]. La violence contre eux était telle que certains réfugiés étaient assez désespérés pour tenter de fuir dans un pays déjà dangereux : la Syrie [où se déroule depuis mars 2011 une répression d’une brutalité inouïe contre les soulèvements populaires visant à abattre la dictature d’Al-Assad]. En coordination avec les agences des Nations unies en charge des réfugiés, le gouvernement syrien a accepté, au début de l’année 2010, de fournir un abri temporaire aux réfugiés palestiniens dans le camp d’Al-Hol, tandis que le HCR oeuvrait à l’organisation de déplacements plus convenables vers d’autres pays [12].

Les principaux envahisseurs de l’Irak – les Etats-Unis et le Royaume-Uni – ont échoué à établir des principes démocratiques élémentaires en Irak ainsi qu’à protéger les réfugiés palestiniens. La sécurité des Palestiniens en Irak n’a cessé de se détériorer, même après l’installation d’un nouveau gouvernement. Cette situation met en outre à nu la faiblesse des prétentions américaines et britanniques à « promouvoir la démocratie » comme justification de leur invasion et à la destruction de la société irakienne qui s’en est suivie.

Plusieurs tentatives visant à réduire les souffrances des réfugiés ont été entreprises. Différents éléments de la société irakienne, parmi lesquels des dirigeants religieux des communautés sunnites et chiites, rencontrèrent l’ambassadeur Al-Qassous afin de tenter de mettre en œuvre des solutions. Au nombre de ces dirigeants se trouvait même le Grand Ayatollah Ali Sistani, la plus haute autorité religieuse chiite en Irak.

En dépit de ces gestes de bonne volonté, le fait demeure toutefois que la situation des réfugiés palestiniens en Irak est extrêmement vulnérable. Ils ne disposent, à l’instar de tous les autres réfugiés palestiniens de la diaspora, d’aucune possibilité d’influer sur les décisions et les politiques menées par l’Autorité palestinienne. Les dirigeants palestiniens ont plus que simplement souhaité l’abandon de la revendication du droit au retour, lequel est défendu par un petit nombre tout à fait symbolique parmi eux [13]. Une telle faiblesse sera toujours mise à profit par les forces les plus fortes qui cherchent en retirer des gains politiques. En l’absence de pouvoir économique et d’une capacité d’expression propre, les réfugiés ne pourront obtenir la juste place qui leur est due dans les médias ou dans les agendas politiques des puissances occidentales, à moins que de sérieuses mesures soient prises, du niveau le plus bas jusqu’à celui des gouvernements, de sorte qu’ils puissent mettre en lumière quel est leur sort ainsi que l’importance qu’il y a à leur rendre justice.

En Irak tout comme dans les territoires palestiniens occupés, en Israël, en Jordanie, au Liban, en Syrie ainsi que dans l’ensemble de la diaspora, la Nakba n’est pas un événement passé, historique ; il s’agit d’une réalité quotidienne, actuelle. Depuis le nettoyage ethnique de la Palestine dans les années 1940, les réfugiés palestiniens sont devenus les prisonniers d’un cercle vicieux. Les violences et les intimidations ont conduit à l’expulsion des Palestiniens [de leurs espaces de vie] et à leur réinstallation provisoire. A cette situation nouvelle a succédé encore plus d’insécurité et de violence sans qu’une solution ne semble en vue.
 Cette situation ne trouvera son terme que par la réalisation du droit des Palestiniens au retour. Il s’en suivra logiquement et simultanément la fin du rêve sioniste d’un Etat exclusivement Juif en Palestine historique. Toute tentative de résoudre le conflit en cours au Proche-Orient qui ne s’affronte pas directement à cette réalité – définissant une stratégie claire pour l’émancipation des réfugiés ainsi que leur retour sur leurs terres – est destinée à l’échec. (Traduction A l’Encontre)

Source : A l'encontre

LA DISTRIBUTION DE LA RICHESSE ET LE CAPITALISME..L’inégalité entre les classes ne peut être abolie qu’en se débarrassant pour de bon de la classe capitaliste et du système d’exploitation sur lequel est bâtie toute son obscène richesse.

...Il est urgent de tenter d’infléchir le déclin absolu des conditions du prolétariat et des opprimés. Le combat contre l’accroissement de cette inégalité obscène doit se poursuivre et s’intensifier....
 Le point central, c’est que l’inégalité dans la distribution découle du système de production en faveur du profit. Où, comme le disent les marxistes, les relations de distribution découlent des relations de production. C’est la propriété privée des moyens de production et les services qui déterminent la distribution de la richesse sociale. Aucune quantité de la redistribution de la richesse sous le capitalisme, via les dépenses du gouvernement, les accords syndicats ou toute autre méthode ne peut surmonter l’inégalité de classe qui découle du droit des capitalistes à posséder non seulement les moyens de production, mais aussi tout les produits issus de la production.

Le point central, c’est que l’inégalité dans la distribution découle du système de production en faveur du profit. Où, comme le disent les marxistes, les relations de distribution découlent des relations de production. C’est la propriété privée des moyens de production et les services qui déterminent la distribution de la richesse sociale. Aucune quantité de la redistribution de la richesse sous le capitalisme, via les dépenses du gouvernement, les accords syndicats ou toute autre méthode ne peut surmonter l’inégalité de classe qui découle du droit des capitalistes à posséder non seulement les moyens de production, mais aussi tout les produits issus de la production.
 
À ce propos, une analyse rédigée par Karl Marx en 1847 est très utile. Marx essayait de démystifier l’argument prétendant que le monde du travail et le capital ont un intérêt commun dans le développement du capitalisme. L’essai « Travail salarié et capital » a été rédigé en se basant sur des conférences adressées à des travailleurs allemands conscients de leur classe qui avaient commencé par s’organiser. Marx écrivait :
« Nous avons donc constaté : Même la situation la plus favorable pour la classe ouvrière, l'accroissement le plus rapide possible du capital, quelque amélioration qu'il apporte à la vie matérielle de l'ouvrier, ne supprime pas l'antagonisme entre ses intérêts et les intérêts du bourgeois, les intérêts du capitaliste. Profit et salaire sont, après comme avant, en raison inverse l'un de l'autre.
« Lorsque le capital s'accroît rapidement, le salaire peut augmenter, mais le profit du capital s'accroît incomparablement plus vite. La situation matérielle de l'ouvrier s'est améliorée, mais aux dépens de sa situation sociale. L'abîme social qui le sépare du capitaliste s'est élargi.
« Enfin : Dire que la condition la plus favorable pour le travail salarié est un accroissement aussi rapide que possible du capital productif signifie seulement ceci : plus la classe ouvrière augmente et accroît la puissance qui lui est hostile, la richesse étrangère qui la commande, plus seront favorables les circonstances dans lesquelles il lui sera permis de travailler à nouveau à l'augmentation de la richesse bourgeoise, au renforcement de la puissance du capital, contente qu'elle est de forger elle-même les chaînes dorées avec lesquelles la bourgeoisie la traîne à sa remorque. »
 
Un bonne partie de l’essai de Marx tend à montrer que, quelle que soit le condition relative des travailleurs sous le système de l’exploitation capitaliste – qu’ils soient mieux ou plus mal rémunérés – et même s’ils sont dans une bonne position pour négocier du fait que le patron a besoin d’eux afin de poursuivre l’expansion de la production, les travailleurs perdent constamment du terrain par rapport aux capitalistes, dont la richesse s’accroît immensément. Ainsi, l’accroissement systématique de l’inégalité entre les classes repose sur le système de l’exploitation même. En outre, la classe ouvrière, au mieux, en est réduite à jamais à tenter « de forger elle-même les chaînes dorées avec lesquelles la bourgeoisie la traîne à se remorque ».
Marx poursuit alors en montrant que la prétendue prospérité des travailleurs est un mensonge, parce que les patrons recourent à n’importe quelle méthode pour réduire les salaires, même dans les époques prétendument fastes.
Le capitalisme à l’âge de la révolution technologico-scientifique et de la mondialisation impérialiste a pris de l’expansion et a évolué à pas de géants depuis l’époque de Marx. Les classes ouvrières des pays impérialistes ont emprunté un cours descendant et leurs salaires chutent. Elles perdent du terrain non seulement en valeur relative mais aussi en valeur absolue.
 
Les travailleurs ne progressent plus d’un pouce dans leur niveau de vie, alors que les capitalistes courent de l’avant. Les salaires diminuent. Les conditions se détériorent sans cesse. Les patrons ont manigancé une compétition salariale à l’échelle mondiale entre les travailleurs des centres du capitalisme et les centaines de millions de travailleurs des pays à bas salaires. Les patrons ont recouru à la délocalisation, en même temps qu’à la technologie et à l’exploitation des travailleurs immigrés pour promouvoir cette compétition. L’armée de réserve mondiale des chômeurs compte aujourd’hui des centaines de millions de personnes. Les travailleurs sont sous pression dans chaque continent.
 
Aux États-Unis, les salaires n’ont cessé de diminuer depuis les années 1970. (Perry L. Weed, « Inequality, the Middle Class & the Fading American Dream » [L’inégalité, la classe moyenne et la lente disparition du rêve américain]) L’inégalité flagrante que nous voyons aujourd’hui provient de l’absolu déclin des salaires. La part du lion de la nouvelle richesse va aux financiers et aux propriétaires de sociétés sous forme de quantités croissantes de plus-value, c’est-à-dire sous forme d’argent.
 
Il est urgent de tenter d’infléchir le déclin absolu des conditions du prolétariat et des opprimés. Le combat contre l’accroissement de cette inégalité obscène doit se poursuivre et s’intensifier.
 
La richesse des sociétés crée une richesse personnelle extrême
 
Mais il est important de faire remarquer que l’inégalité obscène dans les revenus personnels a l’air bien pâle si on la compare à la richesse des sociétés qui est contrôlée, non pas par le 1 %, mais par une infime fraction de ce 1 %, celle qui siège dans les conseils de direction des banques et des gigantesques sociétés transnationales. C’est ce que Lénine appelait le capital financier – le petit groupe de sociétés qui contrôle les milliers de milliards de dollars de la richesse des sociétés ainsi que le plus gros de la production de la richesse mondiale.
 
Une étude récente montre que 147 sociétés dominent 40 pour 100 de la richesse des sociétés du monde entier. (« Financial world dominated by a few deep pockets » [ Le monde financier est dominé par quelques poches très profondes], ScienceNews, 24 septembre 2011). La propriété privée et le contrôle de l’immense richesse des sociétés et de la finance par les hautes sphères de la classe dirigeante, voilà ce qui se terre derrière la richesse personnelle démesurée distribuée aux PDG de Fortune 500 et aux nantis de la planète – les administrateurs, actionnaires et détenteurs d’obligations du capital et de la finance.
 
La question est donc : Allons-nous nous arrêter dans le combat afin de réduire l’inégalité sous le capitalisme, allons-nous nous battre pour contribuer à « forger nous-mêmes les chaînes dorées avec lesquelles le capital » traîne le monde du travail à sa remorque, où allons-nous mener le combat contre l’inégalité jusqu’à son ultime conclusion et lutter pour rompre complètement les chaînes de la domination de classe ? L’inégalité entre les classes ne peut être abolie qu’en se débarrassant pour de bon de la classe capitaliste et du système d’exploitation sur lequel est bâtie toute son obscène richesse.
 
Source originale : workers world
Traduit de l'anglais par Jean-Marie Flémale pour Investig'Action
Source: michelcollon.info

L’art de la guerre : Soudan du Sud : fiction et réalité (Il Manifesto)

Après la scène avec George Clooney aux manettes, tournée devant l’ambassade nord-soudanaise à Washington, c’est Hillary Clinton qui est venue sur le plateau, les larmes aux yeux, pour exprimer la profonde préoccupation des Etats-Unis sur la crise humanitaire et ses nombreuses victimes dans la partie méridionale du Soudan. Scènes touchantes de la fiction washingtonienne, destinée au plateau mondial. Toute autre la véritable histoire. Pendant des décennies les Etats-Unis et Israël ont soutenu les forces sécessionnistes du Sud Soudan jusqu’à ce que, en 2005, le Nord et le Sud aient signé un accord, considéré par l’administration Bush comme un véritable triomphe en politique extérieure. L’administration Obama en a récolté les fruits : le 9 juillet 2011 le Sud Soudan s’est autoproclamé indépendant. Un nouvel Etat est ainsi né, avec une superficie de plus de 600 mille Km2 (plus que la France, le double de l’Italie) et à peine 8-9 millions d’habitants. En se séparant du reste du pays, le Sud Soudan est entré en possession de 75% des réserves pétrolières soudanaises. C’est par contre le Nord qui possède l’oléoduc, à travers lequel le pétrole du Sud est transporté vers la Mer Rouge pour être exporté. D’où le contentieux entre les deux gouvernements sur la partition des revenus pétroliers, avivé par l’affrontement pour le contrôle de zones de frontières le long des plus de 1.500 Kms de confins, affrontement mené aussi à travers des groupes armés locaux. Dans tout cela, les Etats-Unis continuent à jouer un rôle clé. Le Sud Soudan est de plus en plus inséré dans le programme Imet (International Military Education and Training), géré par le Commandement Afrique avec des fonds du Département d’état : c’est là que sont formés chaque année 10mille « leaders militaires et civils » africains, qui suivent des cours dans 150 écoles militaires étasuniennes. Simultanément, sous la régie de Washington, on est en train de mettre au point le projet d’un nouveau corridor énergétique qui, formé d’un oléoduc, d’une autoroute et d’un ligne de chemin de fer, permettra de transporter le pétrole depuis le Sud Soudan jusqu’au port kenyan de Lamu. Les avantages pour Washington seront multiples. D’une part, en se débarrassant de l’oléoduc nord-soudanais, assèner un coup dur au pays, déjà affaibli par la perte des deux tiers des réserves pétrolifères, de façon à provoquer l’écroulement du gouvernement de Khartoum. D’autre part, marginaliser les compagnies chinoises qui, avec quelques compagnies indiennes et malaisiennes, extraient le pétrole soudanais : la majeur partie pourra ainsi être contrôlée par des compagnies étasuniennes et britanniques.
Et le Sud Soudan n’a pas que du pétrole, mais aussi de riches gisements d’or, argent, diamants, uranium, chrome, tungstène, quartz qui restent à exploiter ; et auxquels il faut ajouter environ 50 millions d’hectares de terres cultivables en utilisant l’abondante eau du Nil. Des affaires en or pour les multinationales, dont les intérêts sont assurés par le nouveau gouvernement de Juba dont la fiabilité est garantie non seulement par Washington mais aussi par Tel Aviv. Fait significatif : le Sud Soudan ouvrira son ambassade à Jérusalem, en la reconnaissant ainsi comme capitale, et Israël « formera » des milliers de réfugiés sud-soudanais avant de les rapatrier. Tandis que le gouvernement de Juba, parmi ses premiers actes, choisit l’anglais et non l’arabe comme langue officielle et demande à entrer dans le Commonwealth britannique. Aux ex vieilles colonies s’en ajoute une de type néocolonial.
Manlio Dinucci
Edition de mardi 27 mars 2012 de il manifesto
http://www.ilmanifesto.it/area-abbonati/in-edicola/manip2n1/...
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
URL de cet article 16215 http://www.legrandsoir.info/soudan-du-sud-fiction-et-realite-il-manifesto.html

La malhonnêteté d’Al Jazeera

Au nom de la liberté d’expression et du droit à l’information, les citoyens arabes se sont accommodés de la chaîne Al Jazeera, propriété de l’émir du Qatar. Son intrusion dans le paysage médiatique a permis d’avoir un regard autre sur le Monde arabe, et particulièrement sur les régimes dictatoriaux et rétrogrades qui le dirigent. On suivait avec attention les débats organisés avec les oppositions arabes et sur l’absence de démocratie dans cette région du monde. Al Jazeera a même réussi le tour de passe-passe de nous faire oublier que son patron est un émir obscurantiste, qu’elle est domiciliée dans un pays où la liberté est considérée comme une invention judéo-chrétienne impie, que le Qatar avec l’Arabie Saoudite et le sultanat de Brunei sont les seuls pays au monde où le sport est strictement interdit aux femmes. Nous n’avons pas oublié que son prêcheur vedette est un certain Al Qaradhaoui, qui a fait l’apologie du terrorisme islamiste en Algérie et qui continue à faire du mal aux peuples arabes, il distille des prêches venimeux.
Mais hier, la chaîne qatarie a dépassé les limites de la lâcheté et de la malhonnêteté. Elle a, en effet, annoncé sa décision de diffuser les horribles vidéos des tueries commises par le jeune Français Mohamed Merah à Toulouse. Mal lui en prit. Nicolas Sarkozy est intervenu en personne pour interdire à la chaîne, en la menaçant, la retransmission du document. Elle qui a toujours méprisé les remarques arabes sur son comportement partisan, se plie par contre devant les injonctions françaises. Son porte-parole ose même prétendre qu’elle agit ainsi «conformément à son code d’éthique». Et on apprend au détour de cette déclaration qu’elle s’est transformée en indic de la police française à laquelle elle a refilé des vidéos intitulées «Al Qaîda attaque la France».
La chaîne de l’émir de Qatar n’a eu aucun scrupule et aucune pudeur à diffuser des vidéos du GIA représentant des scènes de décapitation et de torture de jeunes Algériens par les terroristes islamistes du FIS. Elle n’a jamais pensé à respecter la douleur de la mère algérienne, poursuivant avec une froideur criminelle sa propagande pour l’islamisme. Elle vient de révéler ce qu’elle est : une officine mercenaire à la solde des puissants.
Tayeb Belghiche
El Watan