jeudi 9 février 2012

SYRIE : LES DESSOUS DE L'AGENDA ARABE (Joint rapport de la mission des observateurs arabes en Syrie)

Les machinations “démocratiques” de la Ligue arabe ont essuyé un dérapage incontrôlé. Lorsque nous parlons de la Ligue arabe, il serait plus opportun de parler de la Ligue du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tant le véritable pouvoir dans cette organisation panarabe est exercé par deux des six monarchies du Golfe persique qui composent le CCG, aussi connu sous le nom du Club de la Contre-révolution du Golfe. Ces deux pays sont le Qatar et la Maison des Saoud.

Au départ, le CCG a créé un groupe d’observateurs de la Ligue arabe pour voir ce qu’il se passait en Syrie. Le Conseil National Syrien – basé en France et en Turquie, deux pays membres de l’Otan – a soutenu l’initiative avec enthousiasme. Il se dit que le Liban, voisin de la Syrie, ne l’a pas fait.
Quand les observateurs, qui étaient plus de 160, ont remis leur rapport après un mois d’enquête… surprise ! Le rapport ne suivait pas la ligne officielle du CCG selon laquelle le gouvernement du « diabolique » Bachar el-Assad tue sans distinction et unilatéralement son propre peuple si bien qu’un changement de régime est nécessaire.
Le comité ministériel de la Ligue arabe a approuvé le rapport, avec quatre votes pour (Algérie, Egypte, Soudan et le membre du CCG Oman) et seulement un vote contre ; devinez qui ? le Qatar, qui préside actuellement la Ligue arabe depuis que l’émirat a acheté son tour à l’Autorité palestinienne dans le système de présidence tournante.
Le rapport a donc été soit ignoré par les médias mainstream d’Occident soit carrément détruit sans pitié par les médias arabes, ces derniers étant presqu’exclusivement financés soit par les Saoud, soit par le Qatar. Le rapport n’a même pas été discuté. En effet, le CCG a bloqué sa traduction de l’arabe vers l’anglais ainsi que sa publication sur le site internet de la Ligue arabe.
Puis il y a eu la fuite. Voici le rapport (français ou anglais). Il est catégorique. Il n’y a pas eu de répression meurtrière et organisée du gouvernement syrien contre des manifestants pacifiques. Au lieu de cela, le rapport pointe d’obscurs gangs armés responsables de la mort de centaines de civils syriens et de milliers de soldats de l’armée syrienne. Ces gangs utilisent des techniques redoutables comme le bombardement de bus civils, le bombardement de trains transportant du gasoil, le bombardement de bus de la police et le bombardement de ponts et pipelines.
Une fois encore, la version officielle de l’Otan-CCG sur la Syrie est qu’un soulèvement populaire est réprimé par les balles et les tanks. Mais la Russie et la Chine, membre des BRICS, ainsi qu’un large éventail des pays en voie de développement, pensent que le gouvernement syrien combat des mercenaires étrangers lourdement armés. Le rapport confirme largement ces suspicions.
Le Conseil National Syrien (CNS) est en fait essentiellement composé de Frères musulmans soutenus à la fois par la Maison des Saoud et le Qatar – avec un embarrassant soutien d’Israël qui œuvre discrètement en second-plan. La légitimité n’est pas vraiment sa tasse de thé vert. Comme pour l’Armée syrienne libre, le CNS a ses déserteurs et ses opposants bien intentionnés au régime d’Assad. Mais il est surtout infesté de mercenaires étrangers armés par le CCG, particulièrement des gangs salafistes.
Jusqu’à maintenant, l’Otan-CCG n’a pas pu appliquer en Syrie son modèle à taille unique de promotion de la démocratie : bombarder un pays et se débarrasser du méchant dictateur. Mais ils ne se découragent pas. A la tête du CCG, la maison des Saoud et le Qatar ont rejeté leur propre rapport sans ménagements pour entrer directement dans le vif du sujet : imposer un changement de régime made in Otan-CCG à travers le Conseil de sécurité des Nations unies.
Si bien que l’actuelle « campagne arabe pour assurer une fin pacifique à dix mois de répression » en Syrie auprès de l’ONU n’est rien d’autre qu’une grossière campagne pour un changement de régime. Les suspects habituels de Washington, Londres et Paris ont été contraints de se mettre en quatre pour assurer à la véritable communauté internationale qu’il ne s’agissait pas d’un nouveau mandat à la libyenne qui permettrait à l’Otan de bombarder. La secrétaire d’Etat Hillary Clinton l’ a décrit comme « une chemin vers une transition politique qui préserverait l’unité et les institutions syriennes ».
Mais la Russie et la Chine, membres des BRICS, voient ce projet pour ce que c’est. Un autre membre des BRICS, l’Inde, rejointe par le Pakistan et l’Afrique du Sud, a également levé de sérieuses objections au projet de résolution des Nations unies dessiné par l’Otan-CCG.
Il n’y aura pas une autre no-fly-zone comme en Libye ; après tout, le régime d’Assad ne déploie pas de Migs contre les civils. Une résolution de l’ONU pour un changement de régime sera bloquée – à nouveau – par la Russie et la Chine. La confusion règne même au sein de l’Otan-CCG. Washington, Ankara, ou le duo formé par la Maison des Saoud et Doha… Chacun des acteurs-clé de cette alliance a son propre agenda géopolitique sur le long-terme. Et ne parlons même pas de l’Irak, voisin crucial de la Syrie et principal partenaire économique. Bagdad a officiellement déclaré s’opposer à n’importe quel plan de changement de régime.
Voici donc une petite suggestion à l’égard de la Maison des Saoud et du Qatar. Puisque vous semblez tellement séduits par la perspective démocratique en Syrie, pourquoi ne pas utiliser tout votre armement US, envahir ce pays au beau milieu de la nuit – comme vous l’avez fait au Bahreïn – pour finalement procéder au changement de régime par vous-mêmes ?
Source originale : Asia Times
Traduit de l'anglais par Investig'Action
Source : michelcollon.info

Le rapport de la mission des observateurs arabes en Syrie
6 – Le Secrétariat général a demandé aux États membres et aux organisations non gouvernementales arabes de notifier les noms des candidats devant rejoindre la Mission d’observation en Syrie. Et à la lumière de cette procédure, la Mission d’observation des observateurs de la Ligue arabe est constituée – à ce jour -  par 166 membres en provenance de 13 pays arabes et de six organisations non gouvernementales arabes concernées.

Mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie

Au Nom d’Allah, le Miséricordieux, le Très Miséricordieux
{Certes, Nous avons proposé la responsabilité aux Cieux, à la terre, et  aux montagnes : ils ont refusé de l’assumer, et l’ont redoutée, alors que l’Homme l’assuma, car lui, il se permet de persister dans l’injustice et de persister dans l’ignorance.} : Saint Coran.

Rapport

Le Chef de la Mission des observateurs de la Ligue Arabe en Syrie de la période du 24/12/2011 au 18/01/2012 :

Premièrement : Considérations juridiques.
1 -  Le conseil de la Ligue arabe a adopté la résolution numéro 7436 en date du 02/11/2011 l’inscrivant comme plan de travail arabe annexé à la résolution, et il a salué l’approbation du Gouvernement syrien de ce plan. Il a également souligné la nécessité de s’engager à la mise en œuvre immédiate et complète du contenu de ce plan et de l’ensemble de ses parties.
2 -   Le conseil de la Ligue arabe a adopté la résolution numéro 7439 en date du 16/11/2011 approuvant le projet de protocole sur le statut juridique et les fonctions de la Mission d’observation de la Ligue arabe en Syrie chargée de vérifier l’application des termes du plan arabe pour résoudre la crise en Syrie et de fournir une protection pour les civils syriens. Il a demandé au Secrétaire général de la Ligue des États arabes à prendre les mesures appropriées pour désigner le président de la Mission d’observation de la Ligue arabe et à prendre les contacts nécessaires avec le gouvernement syrien afin de signer le Protocole d’accord.
3 – Le conseil de la Ligue arabe a adopté la résolution numéro 7441 en date du 24/11/2011 qui demandait au Secrétaire général d’envoyer une mission d’observateurs de la Ligue arabe auprès de la République arabe syrienne qui doit s’acquitter de ses missions en conformité et dans les plus brefs délais avec les dispositions du Protocole dès sa signature.
4 – La République arabe syrienne et le Secrétariat général de la Ligue des États arabes ont signé, le 19/12/2011, le Protocole sur la constitution de la Mission composée d’experts militaires et civils des États arabes et des candidats d’organisations non gouvernementales concernés par les droits de l’homme devant se rendre sur le territoire de la République arabe syrienne. Il est à noter que l’article V mentionne que la Mission d’observation envoie des rapports périodiques sur ses conclusions au Secrétaire général de la Ligue des États arabes et au Gouvernement syrien en vue de soumettre son rapport – pour examen et prise des mesures adéquates – au Conseil des ministres par le biais du Comité ministériel désigné pour le suivi de la situation en Syrie.
5 -  Le Conseil de la Ligue arabe a approuvé en date du  20/12/2011, la nomination du général Mohammad Mustafa Ahmed al-Dabi de la République du Soudan en qualité de Président de la Mission d’observation de la Ligue arabe.

Deuxièmement : Constitution de la Mission
6 – Le Secrétariat général a demandé aux États membres et aux organisations non gouvernementales arabes de notifier les noms des candidats devant rejoindre la Mission d’observation en Syrie. Et à la lumière de cette procédure, la Mission d’observation des observateurs de la Ligue arabe est constituée – à ce jour -  par 166 membres en provenance de 13 pays arabes et de six organisations non gouvernementales arabes concernées.

Troisièmement : Visite en  Syrie d’une délégation du Secrétariat général.
7 – Dans le cadre de la préparation de la mission, une délégation préliminaire du Secrétariat général s’est rendue auprès de la République Arabe Syrienne le 22/12/2011 pour discuter de tous les préparatifs logistiques nécessaires à la Mission.
8 – En application des dispositions du Protocole, le Gouvernement syrien a confirmé sa disponibilité à fournir toutes les facilités, à livrer l’équipement technique nécessaire au travail de la mission, à garantir la liberté de circulation pour tous les membres de la mission sur l’ensemble du territoire syrien, à assurer la sécurité de ses membres et à ne pas entraver ou empêcher sur le plan sécuritaire et administratif la réalisation des objectifs de la Mission. Il a également insisté sur son engagement à respecter la liberté de la Mission d’organiser les rencontrer et les réunions nécessaires et de fournir à cet effet une protection complète à ses membres tout en mettant en relief la responsabilité des membres de la mission en cas de leur insistance à visiter les zones sur lesquelles les services de sécurité auraient mis en garde contre leur visite. Il a également confirmé son engagement de permettre l’entrée au territoire syrien des journalistes et des médias des pays arabes et internationaux en conformité avec les listes nominatives et avec les règlements en vigueur en Syrie.

Quatrièmement. L’arrivée du chef de la Mission en Syrie et ses visites à caractère  exploratoire.
9 – Le général Mohammed Ahmed Mustafa al-Dabi, chef de la Mission d’observation auprès de la République arabe syrienne, est arrivé le samedi soir 24/12/2011. Il a tenu une série de réunions avec M. Walid Mouallem, ministre des Affaires étrangères, et avec des fonctionnaires du gouvernement syrien qui ont confirmé leur volonté de coopérer pleinement avec la Mission et sont désireux de la réussite de sa mission et leur disposition à faciliter la visite pour surmonter tous les obstacles rencontrés, comme cela a été déjà convenu sur les engagements en matière de logistique et de sécurité garantie pour la Mission.
10 – La partie syrienne a averti qu’il y a certaines zones qui ne seront pas en mesure d’être garanties par les forces de sécurité qui ne peuvent assurer la protection des accès tant pour eux que pour les observateurs craignant leur exposition à la colère des citoyens. Le Chef de la Mission considère que cette situation est par contre favorable à un contact direct avec la population et avec l’opposition sans la surveillance du gouvernement. Il s’agit ainsi de lever la barrière de la peur et mettre les citoyens à l’abri d’éventuelles poursuites ou conséquences qu’ils pourraient redouter des autorités syriennes.
11 – Le chef de Mission a terminé les préparatifs de la mission sur le terrain tant sur le plan technique que sur la fourniture des  moyens de transport et des dispositifs de communication nécessaires pour le démarrage de la mission. Il a également rencontré les membres de la délégation qui venaient d’arriver en Syrie et il les a informés sur les obligations de leur mission et des termes de référence pour effectuer le travail selon les dispositions du protocole. Ensuite, les membres de la Mission ont prêté le serment de réaliser leur mission sur la base du texte que le chef de la Mission a préparé à cet effet.
12 – Le 27/12/2011, le chef de la Mission, accompagné par 10 observateurs, a effectué une visite à caractère exploratoire à la ville de Homs considérée comme l’une des zones les plus sensibles, celle qui a vu des actes de violence et d’affrontements armés entre les militaires et l’opposition syrienne et où il y a encore quelques barrières de sécurité qui séparent les quartiers.
13 -  Après son arrivée à Homs, le chef de mission a immédiatement rencontré le Gouverneur de la ville qui a expliqué qu’elle souffre de la propagation de la violence du fait des groupes armés, des cas d’enlèvements, des actes de sabotage des installations étatiques et civiles, du grand manque de nourriture en raison du siège imposé par les groupes armés dont le nombre est estimé à 3.000 membres. Le Gouverneur de la ville a souligné l’échec de toutes les tentatives pour arriver à une accalmie malgré l’effort des hommes du clergé et des dignitaires de la ville qui ont demandé le recours aux  moyens adéquats pour régler le problème des   soldats et des équipements pris en otage à l’intérieur du quartier de Bab Amrou.
14 – La mission a visité certains quartiers résidentiels (Bab Amrou, Karam as Zeytoun, Khalidiya, Ghouta) sans gardes de protection. Elle y a rencontré un certain nombre de citoyens, les opposants qui ont manifesté contre l’état de terreur, l’état de siège et la violence dont ils souffrent de la part des forces gouvernementales. Elle a vu les effets de la dévastation et la destruction des quartiers le long des périphériques. Cette visite a eu lieu alors que s’effectuaient de tirs nourris entre les antagonistes. La mission a constaté un échange de tirs nourris dans Bab Amrou entre l’armée et l’opposition. Elle a également vu quatre véhicules militaires dans certaines zones incitant le véhicule de la Mission à quitter les lieux. De retour au chef-lieu de la province, il a été convenu avec le gouverneur de maintenir sur place cinq membres de la Mission à Homs pour le lendemain afin de continuer à faire l’évaluation de la situation sur le terrain et de rencontrer le plus grand nombre possible de citoyens.
15 – Immédiatement après le retour de Homs, le chef de la Mission a tenu une réunion avec la partie gouvernementale et lui a demandé de faire retirer les véhicules militaires de la ville, d’arrêter la violence, de protéger les civils, de procéder à la levée du siège et d’assurer la fourniture de nourriture en plus d’échanger les cadavres entre les deux parties.
16 -  La partie syrienne a confirmé, lors de la réunion, l’évacuation de la ville et des quartiers de toutes les formes de conflits armés, sauf le maintien de trois véhicules militaires en panne et encerclés. Il a été demandé l’assistance de la Mission pour la récupération d’un véhicule militaire aux mains des groupes armés contre la libération de quatre membres des groupes et l’échange de cadavres tués (5 de chaque partie). Il a été convenu la permission de l’acheminement des denrées alimentaires de base vers la population de la ville ainsi que l’envoi du véhicule de nettoyage pour enlever les déchets. Il a été convenu, à la fin de la réunion, sur une autre visite de la mission à Homs, le lendemain, accompagné par le major général Hassan Sharif coordinateur de la sécurité de la partie gouvernementale.
17 – Cette visite a été l’occasion de faire connaissance avec une des figures de proue de l’opposition agissant en qualité de responsable de l’information dans l’Assemblée nationale et avec qui s’engagea un long débat sur l’offre faite par le gouvernement syrien ainsi que sur le meilleur moyen de mettre en œuvre cet accord. Ainsi s’est réalisé le retrait et la récupération de tous les véhicules militaires, l’échange des corps des morts, l’entrée des camions chargés de la nourriture et la libération de trois prisonniers et deux femmes de leurs familles en présence de la Mission. Ceci a conduit à calmer la situation dans la ville.
18 – Cinq jours après le déploiement des observateurs de la Mission dans cinq secteurs, la commission ministérielle arabe a demandé au chef de la Mission de présenter aux autres membres du Comité un rapport  sur sa mission. Il s’est donc dirigé vers Le Caire et le 01/08/2012 il a donné un exposé oral devant le comité. Il a été décidé de poursuivre la Mission et de présenter un rapport final comme prévu à la fin de la période déclarée dans le Protocole en l’occurrence le 19/1/2012.
Le chef de la mission est revenu à Damas pour poursuivre ses fonctions et faire face à certaines difficultés survenues de la part des parties  pro-gouvernementales et des parties de l’opposition, surtout après les déclarations qui ont suivi la réunion du Comité et communiquées aux médias, mais cela n’a pas d’incidence sur le travail de la mission et son déploiement étendu et progressif dans des zones multiples.
19 – Durant la période écoulée, depuis l’arrivée de la Mission et à ce jour, la Mission a reçu de nombreuses correspondances émanant du Comité syrien chargé de la coordination avec la Mission qui indiquent les pertes humaines et matérielles subies par les institutions et les offices du gouvernement syrien à la suite à des actes de sabotage – selon leurs propos – qui ont affecté – comme ils le mentionnent – tous les secteurs vitaux et les services publics dans l’État syrien.

Cinquièmement : Le déploiement de la Mission des observateurs de la Ligue des États arabes en Syrie.
20 – La mission a déployé ses membres sur 15 secteurs couvrant 20 villes et régions dans l’ensemble de la Syrie, selon les dates indiquées ci-dessous. La raison de la différence de ces dates est la faiblesse de la préparation administrative, technique, y compris l’arrivée de véhicules et des personnes, en tenant compte du fait que la distribution a été équilibrée où chaque secteur a été doté de 10 membres, presque de toutes les diverses nationalités arabes. Ces détachements de la Mission se sont déployés dans les secteurs, les provinces et les villes de Syrie comme suit :
 - le 29/12/2011 la Mission a fait  démarrer les 6 secteurs de Damas, Homs, le Rif de Homs,  Idlib, Doura Hama.
 - le 04/01/2012 a été lancé le secteur d’Alep.
 - Le 09/01/2012 ont été  lancés les deux secteurs de Lattaquié et de Deir Al-Zour. Cependant  le 01/10/2012, ils sont retournés à Damas après une exposition à des attaques ayant provoqué des blessures  sur deux  observateurs à Lattaquié ainsi que des pertes matérielles sur les véhicules.
 - Le 10/01/2012 s’est déployé un  secteur à Qamishli et Hassaka.
 - Le 12/01/2012 s’est déployé un  secteur à Damas.
 - le 13/01/2012 4 secteurs ont démarré couvrant  Souida, Abu Kamal Abu, Deir Zor, Palmyre, Sokhna, Banias et Tartous.
 - Le 15/01/2012 ont été  lancés les deux secteurs couvrant  Raqqa, Lattaquié et Thora.

 Annexe 1: répartition détaillée indiquant le nombre d’observateurs,  de leurs nationalités et des lieux de leur déploiement

21 – La répartition des membres des groupes de la Mission s’est effectuée en mettant à leur disposition ce qui  suit :
- Carte topographique de la région.
- Code de conduite de l’observateur.
- Les fonctions du chef de secteur.
- Les fonctions de l’observateur
- Du matériel et de l’équipement technique nécessaire (ordinateurs – Caméras – matériel de communication … etc.)

22 – Il a été ouvert également une salle d’opération au siège du bureau de la Ligue arabe à Damas. Cette salle exploitée 24 heures par jour est directement liée à la salle des opérations de la Ligue arabe au Caire et aux différents groupes déployés sur le terrain en Syrie. La salle d’opération reçevait les rapports quotidiens des équipes de terrain et tenait à jour l’information et les directives pour assurer de part et d’autre le suivi et l’observation. Le nombre important de tâches a obligé la Mission à ouvrir une salle d’opération annexe au sein de la résidence de la Mission à Damas. Sa vocation était de coordonner la répartition du personnel de la Mission, les comités de suivi, le comité des détenus, le comité des médias, les ressources financières. Elle assure la liaison coordonnée avec la salle d’opération du bureau de la Ligue.
23 – La Mission a rencontré à Lattaquié et à Deir Al-Zour des difficultés en provenance des citoyens loyaux envers le gouvernement et tout particulièrement à Lattaquié  où des milliers de personnes se sont rassemblés autour des voitures de la Mission, scandant des slogans en faveur du président et des slogans hostiles à la mission. La situation est devenue hors contrôle allant jusqu’à l’agression contre les observateurs occasionnant des blessures mineures à deux d’entre eux et la destruction intégrale du véhicule blindé chargé du transport des membres de la mission. La situation est revenue à la normale après que la question a été abordée par le chef de la Mission qui a pris contact avec la commission suprême syrienne chargée de la coordination avec la Mission.  Malgré cela, le chef de la Mission ordonna aux chefs des  secteurs de retourner immédiatement à Damas. Ensuite, il a rencontré Monsieur le ministre des Affaires étrangères à qui il a présenté une protestation officielle très ferme ; de  son côté, la partie syrienne a dénoncé avec vigueur cet incident et a présenté des excuses officielles, tout en expliquant que l’incident n’était nullement prémédité. Pour confirmer ses bonnes intentions, Monsieur  le vice-ministre des Affaires étrangères a rencontré des membres de la mission de Lattaquié et leur a expliqué que le gouvernement syrien allait corriger très rapidement les dysfonctionnements afin d’assurer la sûreté et la sécurité du personnel des missions, où qu’ils soient, et s’est excusé pour les événements qu’il considérait comme regrettables et involontaires. Enfin, les membres de ces deux secteurs ont été redéployés vers de nouveaux secteurs après leur avoir accorder un repos de 4 jours.

Sixièmement : La mise en œuvre de la mission, en conformité avec les dispositions du Protocole
24 -  Le chef de la Mission tient à souligner que cette observation qui concerne les 24 termes du Protocole est une synthèse de l’évaluation des secteurs, elle est rédigée à partir des indications fournies par les chefs de secteurs au cours de leur rencontre avec le chef de la Mission le 17/1/2012.
A- La surveillance et le suivi de l’application intégrale de la cessation de toutes les formes et de toutes les sources de violence dans les villes et les quartiers.
La violence et sa source dans les villes et les quartiers :
25 -  Lorsque les observateurs ont été déployés dans les différents secteurs, ils ont repéré au début de leur mission des actes de violence commis par les forces gouvernementales et des échanges de tirs avec des éléments armés à Homs et Hama. En  raison de l’insistance de la mission de faire arrêter tous les actes de violence et de provoquer le retrait des véhicules et du matériel, alors a commencé le processus inverse : enregistrer un retour au calme progressif.
Les derniers rapports de la récente mission enregistrent un calme remarquable et une réelle retenue de la part des sources et des canaux de la violence.
26 -  La Mission a observé dans les deux secteurs de Homs et Hama des actes de violence du fait des groupes armés contre les forces gouvernementales, qui ont fait des tués et des blessés parmi les troupes gouvernementales. Dans certaines situations, les forces gouvernementales ont recours à la violence comme  réaction aux attaques perpétrées contre ses membres. Les observateurs de la mission ont noté que les groupes armés ont recours aux bombes thermiques et aux missiles anti-blindage.
27 – La Mission a été témoin dans les secteurs de Homs, Idlib et Hama des actes de violence contre les troupes gouvernementales et contre les citoyens entraînant de nombreux décès et blessures. C’est le cas de l’explosion de l’autobus civil, tuant huit personnes et blessant plusieurs autres, dont des femmes et des enfants ; celui du sabotage à l’explosif d’un train chargé du transport du diesel ainsi que d’autres événements à Homs, dont la destruction de l’autobus de la police tuant deux d’entre eux, l’attaque à l’explosif du pipeline de carburant, et autres attentats de moindre importance.
28 – La mission a noté l’émission de faux rapports émanant de plusieurs parties faisant état de plusieurs attentats à la bombe et de violence dans certaines régions. Lorsque les observateurs se sont dirigés vers ces zones pour enquêter, les données recueillies ont montré que ces rapports n’étaient  pas crédibles.
29 – La mission a noté également, se basant sur les documents et les rapports émanant des équipes sur le terrain, qu’il ya des exagérations médiatiques sur la nature et l’ampleur des accidents et des  personnes tuées ou blessées à la suite des événements et des manifestations qui ont eu  lieu dans certaines villes.
B – La vérification que les manifestations pacifiques étaient à l’abri tant des attaques  des  services de sécurité syriens que  des opérations de sape  menées par  des groupes organisés
30 -  L’observation des rapports récents reçus par les chefs d’équipes sur le terrain en conjugaison avec la réunion tenue directement avec le chef de la Mission du  17/01/2012 pour la préparation de ce rapport montrent qu’il y a des manifestations pacifiques dans certaines régions. Les partisans comme les adversaires de l’autorité n’ont été soumis à aucune répression. Il est à noter que les frictions observées étaient dirigées contre la Mission ou entre les partisans et les opposants du régime sans qu’il y ait à signaler des pertes, et ce depuis le dernier exposé qui a eu lieu avec le comité ministériel sur la Syrie lors de sa réunion du 08/01/2012
31 – Les rapports sur le terrain et les déclarations des chefs de secteurs mettent en évidence que les opposants parmi les citoyens syriens informent la mission de ses rassemblements et en profitent pour faire du déploiement de la Mission un bouclier faisant obstruction à l’intervention des forces de sécurité. Ce phénomène a commencé à s’estomper progressivement.
32 – La mission a reçu également de l’opposition à Homs et Doura des réclamations demandant le maintien de la présence des observateurs de la Mission, exprimant peut-être leur crainte de subir des agressions après le départ de la Mission.

C- L’Assurance de la libération des détenus du fait   des événements actuels.
33 -  La Mission a reçu des communiqués en provenance de l’extérieur de la Syrie faisant état du nombre de détenus syriens s’élevant à 16237. Elle a reçu des communiqués en provenance de l’opposition à l’intérieur de la Syrie faisant état du nombre de détenus syriens s’élevant à 12005.
Les équipes de terrain de la Mission se sont attelées à vérifier la validité de ces chiffres découvrant ainsi l’existence de déclarations contradictoires, des informations incomplètes, inexactes, et la présence de noms dupliqués. La Mission poursuit son investigation avec les agences gouvernementales concernées pour parvenir à la véracité des chiffres. 
34 -  La Mission a remis au Gouvernement syrien toutes les listes reçues et provenant de l’opposition de l’intérieur et de l’étranger, tout en exigeant la libération de ces détenus conformément à la mise en œuvre du Protocole.
35 – En date du 15/1/2012, le Président Bachar al-Assad a promulgué un décret dont les termes et le contenu sont l’octroi d’une amnistie générale pour les crimes commis dans le contexte des événements qui sont survenus depuis le 15/03/2011 jusqu’à la date de publication du présent décret. L’application de ce décret incombe aux autorités gouvernementales compétentes afin de libérer des détenus dans les différentes régions par vagues successives à l’exclusion des personnes poursuivies pour d’autres affaires judiciaires. La Mission avait pour rôle de superviser la libération des détenus et de suivre l’actualité du problème avec le gouvernement, en assurant la pleine coordination avec le gouvernement et en interpellant le gouvernement qui est tenu d’apporter des réponses.
36 – Le gouvernement syrien a rapporté le 19/1/2012 que 3569 détenus ont été libérés par les juridictions militaires et civiles. La mission a vérifié, jusqu’à ce jour,  la libération effective de 1669 détenus.  Et la Mission continue de poursuivre la mise en application de ce décret tant avec le gouvernement qu’avec l’opposition jusqu’à la confirmation définitive de la libération de tous les détenus, et ce en présence des Observateurs de la Mission ou par l’authentification des documents relatifs à cette procédure.
37 – La Mission a constaté, à ce jour, que le nombre total de détenus  libérés par  le gouvernement syrien est  comme suit :
- Avant le décret d’amnistie: 4035 détenus.
- Après le décret d’amnistie: 3569 détenus.

 Soit un total de 7604 prisonniers  libérés comme  rapporté par le gouvernement.
38 – La mission a enquêté sur la validité du nombre de détenus qui ont été libérés et elle est parvenue, à ce jour, à mettre en évidence les éléments suivants:

 - Avant le décret d’amnistie 3483 détenus libérés.
 - Après le décret d’amnistie 1669 détenus libérés.
 Portant le total des détenus libérés que confirme la Mission à 5152 détenus. La Mission poursuit son travail de vérification sur le terrain et continue d’effectuer le suivi auprès du gouvernement syrien afin de libérer les autres détenus.
D – L’assurance du retrait et de l’évacuation de toutes les formes d’expression  armée des villes et des quartiers qui ont vécu ou peuvent vivre  des manifestations et des mouvements de protestation.
39 – La Mission a confirmé à travers les rapports des chefs d’équipes sur le terrain et sur la base de la rencontre directe effectuée entre tous les chefs de secteurs de la Mission du 17/1/2012, que tous les véhicules militaires, les véhicules blindés et l’armement lourd ont été retirés de l’intérieur des villes et des quartiers même s’il persiste toujours une présence sécuritaire qui se reflète par les monticules de terre, et par certaines barricades dans les principaux édifices et places publiques, mais ces barricades sont hors d’atteinte des  citoyens. À ce titre, il faut noter ici que lors de la rencontre du chef de la Mission avec le ministre syrien de la Défense le 05/01/2012, ce dernier l’a assuré de sa disponibilité à l’accompagner dans tous les sites et villes désignés par le chef de la Mission, où la Mission pourrait y soupçonner la présence de forces armées et d’armement non retirés afin que sur place les ordres de retrait et d’évacuation émanant du ministre de la Défense viennent combler sur-le-champ et immédiatement les manquements ou les violations observées sur le terrain.
40 -  La présence de véhicules blindés (transporteurs, de troupes) sur certains postes de contrôle, l’un à Homs, et certains dans Madaya et Zabadani proche de Damas, a été signalée. Et de fait, ils ont été immédiatement retirés de Homs. Il a été permis de s’assurer également que les habitants de Zabadani et Madaya avaient conclu un accord bilatéral avec le gouvernement qui a abouti au retrait immédiat des barrières et des véhicules militaires.
E – Vérification des agréments accordés par le gouvernement syrien aux médias arabes et internationaux, et enquête sur les possibilités offertes à ces médias de se déplacer librement dans toutes les régions de la Syrie
41 – Le gouvernement syrien, par la voix de son ministre de l’information, a confirmé avoir accordé l’agrément à 147 divers médias arabes et étrangers depuis le début de décembre 2011 et jusqu’au 15/01/2012. 112 divers médias étrangers nouveaux ont visité le territoire syrien en plus des  90 médias déjà présents sur le territoire syrien qui disposent de correspondants permanents.
42 -  La Mission a suivi cette question et a observé la présence de 36  médias arabes et étrangers et un certain nombre de journalistes dans un certain nombre de villes syriennes. Elle a reçu quelques plaintes qui indiquent que le gouvernement syrien a accordé des autorisations pour certains médias d’opérer en Syrie pour une durée n’excédant pas 4 jours considérés comme durée insuffisante de leur point de vue, en plus de ne pas permettre leur déplacement à l’intérieur du  pays à moins d’indiquer au préalable leur destination et de demander une autre certification pour se rendre à certaines zones sensibles. Le gouvernement syrien se dit prêt à accorder aux médias des mandats de 10 jours renouvelables.
43 – Des rapports et des déclarations de certains secteurs de la Mission montrent l’existence de restrictions gouvernementales sur le déplacement des médias dans les secteurs de l’opposition, incitant ces journalistes à se déplacer, dans de nombreux cas, derrière le déplacement de la mission, pour exercer leurs fonctions.
44 -  La ville de Homs a été le témoin de l’assassinat d’un journaliste français travaillant pour France 2, et de la blessure d’un journaliste de nationalité belge. Sur ces deux cas, le gouvernement et l’opposition ont échangé les accusations sur la responsabilité de chacun dans ces  incidents et ils ont publié, chacun, des déclarations condamnant la partie adverse. Le gouvernement syrien a constitué une commission gouvernementale d’enquête sur l’incident pour déterminer ses causes. Il faudrait noter que les rapports de la Mission de la Ligue arabe à Homs indiquent que le journaliste français a été tué à la suite des tirs de mortier par l’opposition.
Annexe 2 : Identification des médias qui ont été observés sur place par la Mission et des médias qui sont entrés en Syrie (selon les déclarations officielles)

 Septièmement : Les obstacles rencontrés par la mission.

 A- les observateurs
45 – Il n’a pas été tenu compte, dans certains cas, de la nomination d’experts dans le domaine de l’observation capables d’assumer leurs responsabilités et disposant d’une expérience préalable dans le domaine.
46 -  Certains observateurs n’ont pas évalué le poids réel de leurs responsabilités ni l’importance de faire prévaloir les intérêts arabes sur les intérêts personnels.
47 – Durant le travail de terrain a été constaté le manque flagrant de compétence de certains observateurs à affronter la complexité et à faire face aux situations difficiles qui sont pourtant au cœur de leurs prérogatives, sachant que la spécificité de ces fonctions nécessite des qualifications singulières et des spécialités adéquates avec la mission d’observateur.
48 – Un certain nombre d’observateurs participant à la Mission présentent un âge trop avancé alors que d’autres présentent un état de santé déficient les rendant ainsi inaptes à exercer les fonctions pour lesquelles ils ont été proposés.
49 -  Vingt deux (22) observateurs se sont excusés de ne pouvoir continuer d’accomplir  leur mission pour des raisons personnelles, certains ont avancé d’autres arguments factices que le chef de mission a jugés inacceptables, alors que d’autres se sont avérés agissant  pour leur propre agenda.

 Annexe 3 : dévoilement de la liste des  observateurs de la mission d’observation de la  Ligue des États arabes qui n’ont pas poursuivi leur mission.
50 – Le manque d’engagement de certains observateurs, la violation de leurs obligations et du serment prêté le jour de leur engagement, l’entrée en contact avec des responsables de leurs pays d’origine et la communication avec transfert des informations sur les activités de la Mission d’une manière exagérant la situation réelle. Tout ceci a conduit certains fonctionnaires à une  compréhension erronée de la  situation réelle présentée à tort comme sinistre, et à évaluer les résultats probants acquis sur le terrain d’une manière malsaine.
51 – Certains observateurs des secteurs ont exigé un hébergement similaire à celui de leurs homologues résidents à Damas sinon à une rétribution correspondant à la différence des standings d’hôtels, de lieux d’hébergement ou de séjour à Damas, ou bien encore à vouloir demeurer sur place à Damas et ne pas se rendre sur le terrain. Cette situation se passe de tout commentaire.
52 – Les situations à risque dans certains endroits,  la peur de certains observateurs d’accomplir leurs devoirs dans cette atmosphère de risque, le manque de véhicules blindés dans chaque poste d’observation et des gilets pare-balles ont fini par avoir un impact négatif sur la performance des fonctions et l’exercice des obligations de certains membres de la Mission.

Commentaire  du Chef de la Mission sur les observateurs :
53 – Certains observateurs, malheureusement, voyaient leur présence en Syrie comme un voyage d’agrément et de loisir, mais ils ont été surpris par la réalité du terrain, par le déploiement à travers les secteurs, et par le maintien dans des postes d’observation en dehors de la capitale, se trouvant ainsi confrontés à des difficultés auxquelles ils ne s’attendaient pas et n’y étaient pas préparés. 
54 -  Le déficit de sensibilisation des observateurs au terrain et de connaissance de la région et de sa géographie ainsi que le manque de véhicules blindés et de gilets pare-balles ont eu un effet désastreux sur l’esprit de certains observateurs.
55 – La confrontation de certains observateurs aux provocations des partisans tant de l’opposition que du gouvernement a eu également un impact négatif sur leur moral.
56. Malgré toutes les remarques qui ont été émises, on dira que le rendu de beaucoup d’observateurs a été remarquable, et mérite compliments et considération. Les quelques maladresses enregistrées vont être corrigées avec la pratique et les instructions qu’il faut.

B. Les contraintes sécuritaires :
57. Malgré l’accueil favorable réservé par le Gouvernement aux membres la Mission et son chef et son assurance de ne pas vouloir imposer des restrictions sécuritaires de nature à entraver l’activité de la mission, il n’en demeure pas moins que le Gouvernement a essayé, par le biais d’une stratégie bien ficelée, d’empêcher que la mission n’arrive au fin fond des régions et il s’est employé à la distraire par des questions relevant de son seul intérêt. Mais la mission a fini par juguler ces manœuvres pour poursuivre son entreprise et a dépassé les obstacles érigés devant elle.

C. Moyens de communication :
58. La mission des observateurs se met en contact avec différents groupes en passant par le réseau national syrien, plus précisément les téléphones portables et les télécopies. Etant donné que ces moyens de communication sont indisponibles par moments, cela rend impossible la prise de contact.
59. Le nombre de téléphones satellitaires Thuraya mis à la disposition de la Mission sont au nombre de 10. Mais en raison de difficultés de liaisons par satellite, leur utilisation s’est trouvée compromise à l’intérieur des bâtiments. Les téléphones cellulaires et les télécopies les ont remplacés pour l’envoi des rapports quotidien, mais ce sont deux moyens de communication non sécurisés.
60. Quant aux moyens de communication dont devaient disposer les observateurs Qataris, ils ont été saisis sur les frontières jordaniennes nonobstant leur réclamation par le chef de la Mission. Mais quand bien même les autorités syriennes consentiraient à les autoriser, ils seraient insuffisants pour couvrir tous les sites et toutes stations.

61. Comme la Mission ne disposait pas de quoi établir et maintenir la communication au sein d’un même groupe, l’ambassade chinoise a mis à la disposition de la Mission 10 talkie walkie. Ceux-ci n’ont été utilisés que dans trois secteurs.

62. Le réseau internet est indisponible dans certaines régions, et irrégulier, dans certaines autres régions dont la capitale.

63. Il n’existe pas de caméras à bord des voitures, qui auraient facilité la mission des observateurs dans les zones dangereuses.

C. Moyens de transport :

64. Le total des voitures utilisées par la Mission est au nombre de 38 (23 voitures blindées et 15 non blindées) dont 28 sont des 4×4 et les 10 autres de simples berlines, sachant que la nature de la mission des observateurs aurait impliqué que toutes les voitures soient des 4×4 blindées. Ainsi le nombre actuellement disponible est insuffisant dans la mesure où il ne permet pas de se déplacer dans toutes les zones chaudes.

65. La Mission a procédé à la location de voitures sur le marché local pour les utiliser dans le cadre de son travail. Mais devant les troubles déclenchés par l’arrivée des groupes d’observateurs sur le terrain, les sociétés de location ont résilié les contrats, soucieuses qu’elles étaient de la sécurité de leurs chauffeurs et de leurs voitures.

66. La Mission a rencontré des problèmes pour trouver des chauffeurs en raison du refus de membres de l’opposition à ce que des chauffeurs liés à des organismes de sécurité gouvernementale accèdent à leurs régions. Ce qui a finalement obligé les observateurs à conduire eux-mêmes les voitures.

67. Certains observateurs ont demandé à utiliser les voitures que leurs pays respectifs ont envoyées, ce à quoi s’est opposé le Président de la Mission qui a procédé à la distribution des voitures suivant les besoins de chaque secteur.

D. Les médias :
68. La Mission a fait l’objet d’une propagande médiatique féroce depuis le commencement de ses travaux et qui se poursuit aujourd’hui. Certains médias ont même publié des déclarations infondées en les imputant au Président de la Mission. Ils se sont également employés à exagérer certains faits de sorte que la réalité s’en est trouvée altérée.
69. Ce traitement médiatique faussé a contribué à augmenter la frustration des syriens et a nui au travail des observateurs. Il a également utilisé certains observateurs aux fins de nuire à la réputation de la Mission et son Président et faire échouer la mission.

Point huit : Les besoins essentiels de la Mission en cas de prorogation:

Ajouter cent nouveaux jeunes observateurs, avec une préférence pour les militaires.
30 nouvelles voitures blindées.
Des gilets pare-balles légers.
Des appareils photos transportables dans les voitures
Des moyens de communication élaborés.
Des lunettes de vision nocturne

Neuvième point : la réforme :
70. L’objectif visé par le protocole est la protection des citoyens syriens en engageant le gouvernement syrien à arrêter les violences, à libérer les détenus et à retirer l’armée des villes et zones habitables comme première étape visant à aboutir à un dialogue entre les différentes parties syriennes qui se concrétiserait politiquement. Le cas échéant, l’opération des observateurs s’enliserait sans réaliser sur le terrain les résultats escomptés.
71. La Mission a constaté l’existence d’un élément armé non visé par le Protocole et dont l’apparition (antérieure à son arrivée) a été la conséquence de l’utilisation excessif de la violence de la part des forces de sécurité à l’occasion des manifestations qui ont appelé à la chute du régime. Cet élément armé agresse dans certains secteurs les forces de sécurité syriennes et les citoyens syriens, ce qui provoque une réaction de la part du Gouvernement. Les citoyens innocents qui se trouvent en étau, en paient un lourd tribu en morts et blessés.
72 Dans toute la Syrie, la Mission a été favorablement reçue par l’opposition. La présence de la Mission a inspiré un sentiment de confiance chez les citoyens qui les a incité a lui présenter leurs doléances, et ce malgré la crainte éprouvée par l’opposition devant autant de franc-parler, car pesait encore sur elle la crainte des arrestations dont elle avait souffert avant l’arrivée de la Mission en Syrie, si l’on exclut la période qui a suivi la parution du dernier communiqué du comité interministériel, qui a vu l’intensité de la violence se réduire progressivement.

73. La Mission a également constaté la bonne disposition du Gouvernement à réussir sa mission et l’aider à dépasser toutes sortes d’obstacles. Le Gouvernement a également facilité la tenue de toutes sortes de rencontres sans exception et n’a pas cherché à imposer des restrictions quant aux déplacements des observateurs et les rencontres qu’ils effectuèrent avec les citoyens syriens, qu’ils soient au nombre des pro-gouvernementaux ou des opposants.

74 La Mission a relevé un état de grave frustration dû à l’injustice et l’oppression éprouvées par les Syriens. Ceux-ci sont néanmoins convaincus de la nécessité d’une résolution pacifique et arabe la crise syrienne, sans l’internationaliser, pour qu’ils puissent vivre en paix et sécurité, et pour que se réalisent les réformes et les changements escomptés. La mission a pris également connaissance du fait qu’une partie de l’opposition a pris les armes, notamment à Deraa Homs Hama et Edleb, en réaction à la grande souffrance du peuple syrien, à son oppression par le régime politique et à la corruption qui a touché tous les secteurs de la société, sans compter la pratique de la torture et les atteintes aux droits de l’homme.
75. L’occurrence de certains évènements est une évolution pouvant creuser davantage le fossé entre les diverses parties et accroître leur amertume. Les conséquences de ces évènements sont graves : pertes en vies humaines et divers dommages matériels. Il s’agit plus précisément des explosions qui ont pris pour cible les bâtiments, les trains et les véhicules de ravitaillement en carburant, les forces de police, les institutions médiatiques et le transport par pipeline.
Certaines de ces opérations ont été revendiquées par l’Armée Libre, d’autres par des parties armées liées à l’opposition.

76. La Mission a procédé à l’exécution de sa tâche de la manière la plus conforme à ce qui a été stipulé dans le Protocole, à travers une présence quotidienne sur le terrain, en observant une neutralité et une indépendance garantissant une perception fidèle et transparente de la réalité. Et ce malgré les difficultés rencontrées et le comportement de certains éléments indisciplinés.

77. La durée d’un mois fixée par le Protocole pour le travail de la Mission ne suffit pas à l’accomplissement des préparatifs administratifs, elle est a fortiori insuffisante pour l’accomplissement du travail lui-même, dont la durée effective n’a été que de 23 jours. C’est une durée insuffisante eu égard au grand nombre de stipulations du Protocole dont il faudrait s’acquitter et à la nécessité de côtoyer les syriens pendant une assez longtemps s’étendait sur quelques mois et parfois de nombreuses années.

78. La crédibilité de la Mission a été mise en doute auprès des téléspectateurs et auditeurs arabes et étrangers qui suivent certains médias usant de techniques d’information visant à déformer les réalités. Il demeure difficile de juguler cette difficulté sauf à faire bénéficier la Mission d’un soutien politique et médiatique. Et quand bien même ressurgiraient alors certaines lacunes, cela n’en demeure pas moins normal dans ce genre de missions et d’activités.

79. La Mission est arrivée en Syrie après que des sanctions aient été imposées à ce pays pour l’amener à accepter le Protocole. Malgré cela, la Mission a été bien reçue tant par les militants progouvernementaux que par les opposants ou même le Gouvernement lui-même. Mais demeure la question quant à la façon par laquelle la Mission poursuivra son travail. Il est à relever dans ce sens que la tâche assignée à la Mission, telle que fixée par le Protocole, a subi quelques changements au vu des évolutions du terrain et des violentes réactions qui ont parfois suivi de la part de parties non citées par le Protocole. Autant d’évènements rendant nécessaire un changement et une évolution dans la nature de la tâche dévolue à la Mission. Il est alors nécessaire de rappeler que le point de départ demeure l’arrêt de toute violence pour que la Mission puisse accomplir sa tâche dans un climat susceptible de déblayer la route, in fine, vers l’accord politique.

80. Si accord il y a, quant à la fixation de la durée de travail de la Mission, il faudra que celle-ci dispose des équipements et des moyens de communication et de transport nécessaires à l’accomplissement de sa mission sur le terrain.

81. D’un autre côté, mettre un terme au travail de la Mission après une si courte durée aura raison des résultats positifs – même incomplets – réalisées jusque là. Cela aboutirait également sur le terrain à un état de chaos, étant donné que les parties concernées ne sont ni prêtes ni disposées à présent à entamer le processus politique devant résoudre la crise syrienne.

82. Les intentions des uns et des autres à l’égard la Mission, depuis sa constitution, n’ont pas été sincères et pour ainsi dire pas sérieuses. Avant même que la Mission entame son travail et avant même l’arrivée des observateurs, une campagne féroce a pris pour cible la Ligue arabe et le Président de la Mission. L’intensité de cette campagne s’est renforcée pendant la mission. La Mission souffre encore d’un manque de soutien politique et médiatique l’empêchant de mener à bien sa tâche. Si la durée de cette mission devait se prolonger, les objectifs du Protocole ne pourraient se réaliser que moyennant l’apport d’un tel soutien qui renforcerait la Mission et permettrait de faire aboutir la Solution Arabe à la crise.

Dixième point : les recommandations :

83. A la lumière de ce qui a été énoncé, et considérant ce qui a été réalisé en termes de résultats conformément aux dispositions du Protocole que le Gouvernement syrien s’est engagé à exécuter, je suggère:

La nécessité d’apporter toutes sortes de soutien administratif et logistique que requiert la Mission en vue de bien s’acquitter de sa tâche.

D’apporter un soutien médiatique et politique en vue de créer un climat propice à l’accomplissement convenable de la mission.

D’insister sur la nécessité d’accélérer le processus politique et lancer le dialogue national en parallèle avec le travail de la Mission en vue de favoriser un climat de confiance permettant la réussite de la Mission et évitant un vain maintien en Syrie.

Que Dieu nous aide.

Le Président de la Mission
Lieutenant Général Mohamed Ahmad Moustapha El Dabi

Traduit de l’arabe par Omar Mazri, Safwene Grira et Ahmed Manai
 Source : ITRI : Institut Tunisien des Relations Internationales

mercredi 8 février 2012

Les Malouines ne sont plus une cause purement argentine

....En minimisant le colonialisme dans les Caraïbes, l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient, les traîtres lisent l’histoire d’Angleterre comme un modèle de civilisation contre la barbarie, alors que cela n’a été rien d’autre qu’une fabrique d’historiens charlatans et de moralistes qui détestent .....
Dans la première moitié du XIXe siècle, la Banque d’Angleterre (fondée par le pirate William Paterson) a protégé l’empire esclavagiste du Brésil, ourdi la balkanisation des Provinces-Unies du Río de la Plata et, avec Washington, conspiré contre la Fédération d’Amérique centrale (dirigée par Francisco Morazán) et la Grande Colombie bolivarienne. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle a financé la guerre de la Triple Alliance contre le Paraguay ainsi que le militarisme chilien qui, par la guerre du Pacifique, a dépouillé le Pérou de ses territoires au sud et privé la Bolivie de son accès à la mer.
En minimisant le colonialisme dans les Caraïbes, l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient, les traîtres lisent l’histoire d’Angleterre comme un modèle de civilisation contre la barbarie, alors que cela n’a été rien d’autre qu’une fabrique d’historiens charlatans et de moralistes qui détestent “… tout ce qui n’est pas anglais et pensent que les autres peuples peuvent seulement être heureux s’ils acquièrent leurs institutions, les habitudes, les manières qui les rendent heureux, eux…” (Eça de Queirós, 1882).
Par exemple, après la défaite militaire dans les îles Malouines (1982), l’historien Jorge Abelardo Ramos a rappelé les mots moqueurs de Margaret Thatcher selon laquelle “… cela aurait été une lutte de la ‘démocratie anglaise’ contre la ‘dictature argentine’”. Le côté ironique, conclut Ramos, ne réside pas tant dans la proverbiale hypocrisie britannique que dans celle de certains intellectuels et politiciens qui, à la suite du malheureux dénouement de cette guerre, ont découvert le terrorisme d’État qui se dissimulait depuis 1976, beaucoup plus meurtrier que le pathétique gouvernement constitutionnel d’Isabel Perón.
Il y a quelques jours, en alignement avec cette politique de diffamation et d’arrogance impériale, et face à la décision solidaire des pays du Mercosur de ne pas autoriser l’accostage, dans les ports de la région, des bateaux arborant le drapeau des soi-disant Falklands, le Premier ministre David Cameron -qui avait bu un coup de trop- a soutenu que la revendication argentine sur l’archipel de l’Atlantique sud était « beaucoup plus que du « colonialisme » (sic), parce que ces gens –les Kelpers, habitants des Malouines– veulent continuer à être britanniques… »
Cameron s’est resservi une gorgée et -il faut le lire pour le croire- a invoqué ensuite le droit des peuples à l’autodétermination ! Faveur que Sa Majesté a refusée au peuple de Hong Kong lorsque l’ ex-colonie britannique est passée, enfin, aux mains de la Chine populaire en 1997.
Dragan, Tlaxcala
Le vice-président argentin, Amado Boudou, a qualifié les propos de l’Anglais « d’ex abrupto, maladroits et ignorants de la réalité historique… l’Argentine est née de sa lutte contre le colonialisme”. De son côté, le ministre des Affaires étrangères Héctor Timerman, en tournée dans les pays de l’Amérique centrale, a attiré l’attention sur le fait, lors d’un entretien avec le quotidien Página 12 de Buenos Aires, « que la Grande-Bretagne parle de « colonialisme » alors qu’elle est elle-même synonyme de colonialisme » .
Dick Sawle, un des membres de l’Assemblée législative des Malouines (3 000 habitants), a assuré que « le Royaume-Uni pour l’instant n’est pas un pays colonialiste… C’est une erreur de parler d’événements de plus de 170 ans ». Opinion qui, en plus de rassembler le Congrès argentin dans une même lutte, a appelé la déclaration suivante du leader politique Pino Solanas : « Des 16 enclaves coloniales qui subsistent encore dans le monde, 11 sont du Royaume-Uni ».
Pour les Anglais, c’est une plaie ouverte : en 1833 ils ont occupé les îles et, en 1982, ont gagné une bataille. Cependant, depuis 2003, la politique extérieure indépendante et souveraine du gouvernement Kirchner remporte progressivement la bataille sur le terrain diplomatique, dans les négociations que Londres se refuse d’entamer dans le cadre du droit international et des résolutions du Comité de Décolonisation des Nations unies.
De fait, Página 12 rappelle que l’unique stratégie du Foreign Office a été la décision de faire appel à la puissance militaire et au Conseil de Sécurité de l’ONU, une fois que n’a pas abouti la manœuvre pour que la Communauté Européenne reconnaisse les îles comme Territoire d’Outre-Mer (TOM) britannique. Frustration qui a amené le général David Richards à élaborer des "plans d’urgence" suite aux rapports des services secrets reçus par Cameron rendant compte d’une "éventuelle invasion de pêcheurs pour planter des drapeaux argentins aux Malouines".
Les temps ont changé. La cause anticoloniale des Malouines n’est plus un sujet seulement argentin. L’Amérique latine serre les rangs. Concrètement, le Chili et l’Uruguay ont refusé l’accès aux bateaux se dirigeant vers l’archipel, les pays de l’Amérique centrale se sont solidarisés avec l’Argentine, et le ministre des Affaires étrangères Antonio Patriota, faisant honneur à son nom, a confirmé ces positions au cours d’une conférence de presse tenue conjointement avec son homologue britannique, William Hage.
Le Département d’État lui-même vient de reconnaître que le différend relève d’un accord bilatéral entre l’Argentine et la Grande-Bretagne. Les seules positions discordantes ont été celles de deux sénateurs chiliens (pinochetistes), et celle du Mexique.
Bien qu’ayant souscrit, dans les toutes réunions internationales, aux droits inaliénables de l’Argentine sur les Malouines, la ministère des Affaires étrangères mexicain n’a pas dit un mot sur les tentatives d’intimidation et les manœuvres militaires de la piraterie anglaise dans les eaux de l’Atlantique sud.
José Steinsleger - La Jornada
Source : LA REVOLUCION VIVE

ONU - Bras de fer Occident-Orient : Le sort de la Syrie en question,Il est curieux de voter au nom des Arabes contre un pays qui ne fait plus partie de la Ligue arabe.

«Quand le vieux lion se meurt, même les chiens ont du courage et lui arrachent les poils de sa moustache.» Proverbe syrien .
Ca y est! le Conseil de sécurité est arrivé à ses fins celles de diaboliser la Russie et la Chine pour n’avoir pas voté le départ d’El Assad. Il a tenté de faire passer en force, les trois ministres des Affaires étrangères Clinton, Haig, Juppé étaient là pour peser de tous leur poids soutenant une résolution d'une Ligue arabe fantoche qui a perdu son âme d'abord en Libye en autorisant les frappes qui se sont terminées avec la mort d'un dirigeant arabe, le secrétaire général de l'époque Amr Moussa voulant plaire à l'Occident pour un éventuel retour d'ascenseur en Egypte... Même son de cloche avec toujours l'actuel secrétaire El Arabi encore un Egyptien, qui impose ni plus ni moins avec les potentats du Golfe notamment le colosse gazier avec un sabre nain qu'est le Qatar, le départ d'El Assads ans qu’il y ait une unanimité . Il est curieux de voter au nom des Arabes contre un pays qui ne fait plus partie de la Ligue arabe.
D'une façon hystérique tous les médias occidentaux repris en boucle et d'une façon servile par les médias arabes sans discernement, ont diabolisé la Russie - ne parlant pas du tout de la Chine qui a aussi mis son veto - la rendant responsable de la mort des Syriens. Personne ne fait le bilan de ce qui s'est passé réellement en Libye et pour cause, l'Occident ne veut rien entendre aux carnages qu'il a faits et fait faire. On commence à peine à dévoiler ce qui s'est passé en Irak et on avoue qu'il y eut un million de morts durant l'invasion de l'Occident. D'ailleurs, des bruits avaient circulé sur le départ d'El Assad pour lui éviter un scénario à la libyenne et la Turquie se serait proposée pour l'héberger.

Treize membres ont voté en faveur du texte qui exprimait le soutien du Conseil de sécurité au plan de la Ligue arabe, adopté - à la hussarde - le 22 janvier, qui prévoit le départ du pouvoir de Bachar al Assad et la formation d'un gouvernement d'union nationale avant la tenue d'élections. Mohammed Loulichki, ambassadeur du Maroc à l'ONU et seul représentant d'un pays arabe du Conseil de sécurité, a fait part de «son grand regret et de sa grande déception»... Ban Ki-moon, en mal d'inspiration déclare que le double veto russe et chinois «amoindrit le rôle de l'ONU» Qu'a-t-il fait quand les Occidentaux ont vidé de leur sens la résolution 1973 envahissant de ce fait la Libye?
 
Que dit la résolution arabe?

Curieusement, on apprend que la Ligue arabe a enlevé plusieurs paragraphes de ses propres observateurs parce qu'ils dénoncent les excès des groupes terroristes. Nous lisons quelques extraits «omis» : «Lorsque les observateurs ont été déployés dans les différents secteurs, ils ont repéré au début de leur mission des actes de violence commis par les forces gouvernementales et des échanges de tirs avec des éléments armés à Homs et Hama. «La Mission a observé dans les deux secteurs de Homs et Hama des actes de violence du fait des groupes armés contre les forces gouvernementales, qui ont fait des tués et des blessés parmi les troupes gouvernementales. Dans certaines situations, les forces gouvernementales ont recours à la violence comme réaction aux attaques perpétrées contre ses membres. Les observateurs de la mission ont noté que les groupes armés ont recours aux bombes thermiques et aux missiles anti-blindage».(1)

«La Mission a été témoin dans les secteurs de Homs, Idlib et Hama, des actes de violence contre les troupes gouvernementales et contre les citoyens entraînant de nombreux décès et blessures. La mission a noté l'émission de faux rapports émanant de plusieurs parties faisant état de plusieurs attentats à la bombe et de violence dans certaines régions. Lorsque les observateurs se sont dirigés vers ces zones pour enquêter, les données recueillies montrent que ces rapports ne sont pas crédibles. La mission a noté également, se basant sur les documents et les rapports émanant des équipes sur le terrain, qu'il y a des exagérations médiatiques sur la nature et l'ampleur des accidents et des personnes tuées ou blessées à la suite des événements qui ont eu lieu dans certaines villes.» (1)

«La ville de Homs a été le témoin de l'assassinat d'un journaliste français travaillant pour France 2. Il faudrait noter que les rapports de la Mission de la Ligue arabe à Homs indiquent que le journaliste français a été tué à la suite des tirs de mortier par l'opposition. (...) La Mission a constaté l'existence d'un «élément armé» non visé par le Protocole et dont l'apparition (antérieure à son arrivée) a été la conséquence de l'utilisation excessif de la violence de la part des forces de sécurité à l'occasion des manifestations qui ont appelé à la chute du régime. Cet élément armé agresse dans certains secteurs les forces de sécurité syriennes et les citoyens syriens, ce qui provoque une réaction de la part du gouvernement. Les citoyens innocents se trouvent en étau, et en paient un lourd tribut en morts et blessés.» (1)

Qu'est devenu ce rapport qui n'a pas été pris en compte ni par la Ligue arabe ni par le Conseil de sécurité et d'où proviennent les armes? Dans les grandes lignes, le texte de l'ONU présenté mardi 31 janvier, reprend les propositions de la Ligue arabe pour mettre fin au conflit: l'appel à l'arrêt de toutes les violences, la libération de toutes les personnes détenues «arbitrairement», le retrait des forces armées des villes syriennes, et enfin l'accès libre et entier aux observateurs de la Ligue arabe. On y trouve aussi les propositions pour une transition du pouvoir en Syrie. Bachar el-Assad est sommé de «déléguer toute son autorité» à son vice-président, qui serait chargé de former un gouvernement d'union nationale et de préparer des «élections transparentes et démocratiques», sous supervision internationale et de la Ligue arabe.

Si le texte demande également l'arrêt des violences de «toutes les parties y compris les groupes armés [ d'opposition, Ndlr]», l'accent est mis sur les «violations des droits de l'homme flagrantes et généralisées» de la part des autorités syriennes. Un langage contesté par la Russie. Moscou considère en effet essentiel d'établir une équivalence dans la responsabilité des violences entre les autorités syriennes et l'opposition. Les Européens et les Etats-Unis s'y refusent. L'ambassadeur russe Vitaly Churkin, a déjà indiqué que le texte était «inacceptable» en l'état. Du fait du forcing des pays occidentaux, il a été mis au vote.
 
Pourquoi les veto russes et chinois?

Il faut savoir que les Chinois et les Russes se sont sentis trahis par la résolution sur la Libye qui a été pervertie et permis l'invasion de la Libye pour éliminer physiquement El Gueddafi. Ils ont de ce fait, fait barrage à une nouvelle aventure occidentale. Les Chinois ont toujours prôné une solution endogène et le dialogue des parties syriennes, en vain, car le Conseil National Syrien a reçu « instruction » de la part d ceux qui l’ont créé de ne pas dialoguer tant qu’El Assad est au pouvoir, ceci intéressant les Occidentaux au plus haut point. Les Russes ont fait valoir que la résolution visait Assad mais non ses adversaires armés. Lavrov a estimé que le texte était partial. S'exprimant à Munich en marge de la conférence annuelle sur la sécurité, la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton, a reconnu qu'il n'avait pas été possible de résoudre les différends avec la Chine et la Russie malgré l'inscription d'un rejet explicite d'une intervention militaire dans la résolution. Le chef de la diplomatie russe avait mis en garde contre le «scandale» que provoquerait le vote si le texte était gardé en l'état et a réclamé des concessions sous peine d'utiliser son droit de veto. La Russie souhaitait notamment que l'opposition syrienne soit condamnée au même titre que le régime pour les violences. «Nos amendements ne réclament pas d'efforts extrêmes, avait fait valoir Lavrov. Si nos collègues font preuve d'une approche constructive, nous obtiendrons (...) une résolution collective au Conseil de sécurité qui, j'en suis persuadé, sera signée par tous les pays sans exception.»

Malgré cela les pays occidentaux ont fait le forcing en vain, les deux grands pays que sont la Chine et la Russie se sont opposés à ce coup de force.» Les informations (...) sur un pilonnage par l'armée syrienne de quartiers à Homs sont fausses et sans fondement. Elles interviennent dans le cadre d'une guerre d'information hystérique (...) en prévision d'une réunion au Conseil de sécurité de l'ONU», affirme le ministre de l'Information syrienne. Les Russes et les Chinois ne sont pas dupes des manoeuvres de l'Otan et des monarchies du Golfe. La Syrie et l'Iran sont dans le viseur. Leur soumission ou invasion sont prévues depuis 10 ans comme l'Irak, l'Afghanistan et la Libye. A terme, tous les pays producteurs de pétrole seront normalisés soit à la façon des scories royales du Golfe, soit brutalement à l'irakienne, voire à la syrienne.

On dit aussi que la Russie serait prête à une guerre contre l'Occident pour sauver la Syrie. Les politiques et les diplomates étrangers se demandent pourquoi la Russie, qui a accepté l'année dernière de ne pas bloquer la résolution sur la Libye, refuse de le faire cette fois et est prête à aller jusqu'à la confrontation avec l'Occident pour défendre Bachar al-Assad. La Syrie est l'un des principaux alliés de la Russie dans le Monde arabe. Si Moscou tournait le dos à Damas à ce moment critique, ce serait un signal pour tous les autres partenaires indiquant qu'on ne peut pas compter sur le Kremlin., Damas est un partenaire commercial important de Moscou. Moscou est préoccupée par le sort du port syrien de Tartous, base de maintenance navale de la flotte russe. La Russie se méfie de «l'opposition syrienne», un CNS formé de toutes pièces tournée vers l'Occident. Ses leaders s'orientent sur les monarchies du Golfe, la Turquie et l'Occident, mais pas sur Moscou. Enfin, Moscou estime que les Etats-Unis et l'Union européenne mentent et rappelle le précédent libyen: les raids aériens de l'Otan contre l'armée de Mouamar Kadhafi ont commencé dans les jours qui ont suivi l'adoption en mars 2011 de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité des Nations unies(2).

Que se passera-t-il par la suite?

Il ne faut pas se cacher la réalité! Assad doit partir dans le cadre d'un processus endogène voulu par le peuple syrien pas en imposant un CNS acquis corps et âme à l'Occident! Le président Bachar al-Assad est le premier responsable des événements actuels en Syrie. Ce qui s’est passé à Hama est monstrueux. Seule une enquête objective permettra de délimiter les responsabilités de chacun. Contrairement à son père, qui savait louvoyer habilement entre l'Urss et les USA, et tirer un maximum de profit des deux côtés, Bachar al-Assad prend des décisions trop tardives. Toutes les initiatives démocratiques actuelles du président syrien (l'élaboration d'une nouvelle Constitution, le pluripartisme, les libertés politiques) arrivent tard. Il aurait pu lancer les changements démocratiques progressifs en 2000.

Au lieu de cela, Bachar el Assad a voulu conserver le système de gestion gouvernementale hérité de son père. Les révoltes arabes enclenchées par l'Occident ne lui ont pas donné le temps. Quelle issue pourrait-on pour la crise? La situation ne retournera pas à l'état antérieur? Les déserteurs ne vont pas réintégrer leurs unités. Le régime baâsiste tenait par la peur, or cette peur a disparu. Les Syriens vont continuer à se soulever. Trop de sang a été versé. Les Russes et les Chinois avaient exigé un addendum au texte du projet de résolution: une condamnation par l'opposition politique type CNS de la violence des groupes armés se réclamant d'elle.

Dans l'absolu, la Syrie ne représente rien qui puisse intéresser l'Occident du point de vue économique mais du point de vue stratégique. C'est le dernier verrou avant l'Iran qui est la cible de l'Occident et d'Israël qui veut asphyxier le Hezbollah allié de l'Iran et de la Syrie, annihilant du même coup toute résistance arabe. On lance des allégations selon lesquelles Moscou pourrait autoriser une attaque américaine contre l'Iran en échange de la non-ingérence de l'Occident dans les affaires de la Syrie sont mensongères, a déclaré la Russie: «Rien n'est plus éloigné de la vérité que l'affirmation selon laquelle notre pays pourrait conclure un marché en coulisses et donner son feu vert à une opération militaire américaine contre l'Iran en échange de la non-ingérence de l'Occident dans les affaires intérieures de la Syrie. Nous laissons ces inventions à la conscience de leurs auteurs.»

Dans ce combat de titans entre une vision impériale des Etats-Unis qui veut avec ses vassaux garder la mainmise sur la planète et un nouveau monde qui se dessine, cette année 2012 sera décisive. Elle consacrera sans nul doute un rééquilibrage des influences et l'Asie n'a pas dit son dernier mot. Cette ivresse de puissance d'un Occident qui dicte la norme alors qu'il perd pied sur le plan économique, est dangereuse, car les soubresauts seront dévastateurs, à moins que les Titans et leurs vassaux européens comprennent qu'il est temps d'aller vers la paix, seule alternative pour combattre les vrais problèmes de l'humanité, les changements climatiques, l'addiction et l'ébriété énergétique, la famine, voilà la conception de la dignité humaine.

Je ne peux pas terminer cette contribution sans citer ce texte magnifique de Frédéric Soreau donnant la dimension de cette civilisation qui risque de finir comme la civilisation mésopotamienne:

«Grâce à la richesse de son patrimoine architectural et à ses liens avec les peuples voisins, la Syrie est le foyer et le carrefour de plusieurs civilisations qui se sont succédé sur son territoire. Dès le IIIe millénaire av. J.-C les cités Etats de Mari et d'Ebla sont construites par les rois mésopotamiens. Tout au long de son histoire, la Syrie est en contact avec les civilisations du monde entier qui vont se côtoyer et s'enrichir mutuellement. Egyptiens, Phéniciens, Assyriens, Grecs, Byzantins, Perses, Arabes, Turcs, Francs y construisent tour à tour des palais, des villes, des mosquées, des églises, des châteaux et des forteresses. De tous les sites antiques de l'ancien pays de Cham, Palmyre, bâtie en plein désert, fut l'une des voies caravanières les plus importantes du Moyen-Orient ». (3)

La cité de la Zénobie est un véritable chef-d'oeuvre d'architecture qui a inspiré à partir du VIIIe siècle, les califes omeyyades et abbassides dans la construction de mosquées et de palais. Plus tard, au Moyen Âge, les chevaliers européens s'installent en Syrie où ils édifient des châteaux forts pour se protéger des troupes de Saladin. De cette époque subsistent une centaine de forteresses dont les plus célèbres sont le Crac des Chevaliers et le château de Saône, situés dans la région côtière. Non loin de là, sur les rives de l'Oronte s'étend la jolie ville d'Hama qui, avec ses norias et son palais Azem, possède un charme infini. Dans la Vallée de l'Euphrate, les sites archéologiques sont nombreux: Doura Europos construite en bordure du fleuve. La Syrie, c'est aussi Damas, l'une des plus anciennes villes du monde. Avec sa grande mosquée des Omeyyades, joyau de l'art islamique, ses madrasas, caravansérails, palais et mausolées, elle dispose d'un riche patrimoine architectural. Sans oublier Alep, la ville où il fait bon vivre et se perdre dans ses souks au charme enchanteur, Bosra et son magnifique théâtre romain, la basilique Saint-Siméon, le site gréco-romain d'Apamée. C'est surtout, partir à la découverte d'un peuple des plus accueillants.» (3)

Que le soleil brille enfin, après tant d’épreuves pour le peuple de Syrie!
 
Professeur Chems Eddine Chitour
Ecole Polytechnique enp-edu.dz
 

lundi 6 février 2012

Appel des Palestiniens de Palestine.

« Global March to Jerusalem » est un mouvement pacifique international lancé par un certain nombre d’associations de la société civile Palestinienne, qui appellent le monde à marcher vers Jerusalem (Al Quds) et qui  aura lieu le 30 mars 2012, voici leur appel: 

 « Rejoignez-nous alors que nous intensifions notre lutte contre l’exil forcé et contre le système d’apartheid israélien pour cette  Journée de la terre 2012.
Nous, le peuple Palestinien avons subi un nettoyage ethnique et  avons été déraciné de nos terres depuis la Nakba (catastrophe) de 1948, qui a entraîné la création de millions de réfugiés, la diaspora, dans des camps de réfugiés et à l’etranger.  Presque 20 ans plus tard, en 1967, Israel a illegalement annexé  Jerusalem-Est et la Cisjordanie  dans un mouvement qui a marqué la Naksa (abaissement) et soumis les Palestiniens encore présents à une occupation militaire brutale.
Nous sommes aujourd’hui en 2012, et nous sommes toujours en exil, nous vivons toujours sous le régime d’apartheid israélien;  la construction illégale de colonies de peuplement confisque les parties restantes de la Palestine,  le mur de séparation divise et sépare des villes et des villages et les Palestiniens de Jerusalem (Al Quds) sont menacés d’être chassés de leurs maisons et de leur terres pour la simple raison qu’Israel veut judaïser cette ville sacrée.
Mais nous ne partirons pas. Nous restons debouts et fermes. Nous ne permettrons pas que des milliers d’années d’attachement à notre terre et notre Ville Sainte soient brisées.
Nous vous invitons donc et appelons toutes les personnes de courage et de bonne volonté partout dans le monde à se tenir debout et à marcher, avec les êtres  humains, indépendamment de leur religion, de leur appartenance politique, à se tenir debout comme des êtres humains responsables et de marcher tranquillement en direction de Jerusalem (Al Quds) le 30 mars 2012.
Nous demandons donc à tous nos frères et soeurs à travers le monde de se joindre aux Palestiniens pour cette   Journée de la terre 2012 , de contester les barrières, les frontières et les procédures qui coupent les Palestiniens de Jerusalem de leurs maisons et terres situées dans toute la Palestine historique ».
Source : KATIBIN - PORTAIL DE L'ISLAM

  
          Cartes de la colonisation en Palestine, Photos d’Al Quds, photos de colonies                                                                                                                  et photo du  mur de séparation israélien




samedi 4 février 2012

IRAK : UN MILLION DE MORTS

Plus d’un million d’Irakiens et d’Irakiennes sont morts suite à la guerre américaine.
«Nous ne tenons pas une comptabilité des cadavres», fut la célèbre réponse que le général Tommy Franks [commandant de l’United States Armed Forces

Il s’agit là d’une phrase test décisive. La réaction de certaines personnes à celle-ci est la suivante: «cela ne peut pas être vrai», parce que les Etats-Unis ne peuvent pas être à l’origine d’une telle chose. Ou parce que des crimes à une telle échelle n’arrivent plus. Ou encore parce que, lorsqu’ils surviennent, ce ne peut être qu’en quelque endroit horrible où les Etats-Unis ne sont pas intervenus pour les empêcher.
Un million de morts permettra de poser la question: «Grand-papa, qu’as-tu fait pour empêcher cela?» C’est un nombre qui place indiscutablement l’Amérique parmi les «méchants de l’histoire». Ceux et celles qui ne veulent ou qui sont physiquement dans l’incapacité de réaliser le fait que plus d’un million d’Irakiens et d’Irakiennes sont morts, cela renvoie à une donnée: leurs cerveaux rejettent ce nombre comme un corps étranger.
Noam Chomsky a écrit une fois que «le signe d’une véritable culture totalitaire réside dans le fait que d’importantes vérités n’entrent simplement pas dans le processus cognitif et ne peuvent être dès lors interprétées que sous la forme d’une réaction du type “vas te faire foutre!”; elles ne peuvent ainsi susciter qu’un torrent parfaitement prévisible d’injures en tant que réponses».
Cette citation résume assez bien la manière dont les médias ont réagi lorsque le chiffre d’un million a été annoncé par l’institut de sondage britannique Opinion Research Business (ORB) . En fait, l’institut a estimé que 1’220’580 Irakiens et Irakiennes étaient décédés [des conséquences de la guerre], confirmant et mettant à jour une étude distincte effectuée l’année précédente par des chercheurs de la Johns Hopkins University et publiée dans la revue médicale Lancet.
Prenons par exemple le rédacteur en chef adjoint du Cleveland Plain Dealer, Kevin O’Brien. Après avoir reçu un avis aux médias au sujet des conclusions opérées par ORB – qui compte le Parti conservateur britannique et la banque Morgan Stanley parmi ses clients – il a répondu: «Veuillez, je vous prie, me rayer de votre liste d’information par e-mail et épargnez-moi votre propagande évidente.»
«Nous ne tenons pas une comptabilité des cadavres», fut la célèbre réponse que le général Tommy Franks [commandant de l’United States Armed Forces – qui supervise les opérations des forces militaires américaines dans une région comprenant 25 pays, dont le Moyen-Orient – entre 2000 et 2003; il dirigea l’intervention américaine en Afghanistan en 2001 puis l’invasion de l’Irak en 2003; à la retraite depuis juillet 2003] fit une fois à la question posée par un journaliste lui demandant ce qu’il en était des victimes civiles. Il n’est pas le seul.
Au milieu des sombres réflexions au sujet de la fin de la guerre en Irak, une évaluation spécifique du nombre d’Irakiens et d’Irakiennes qui sont morts [des conséquences de la guerre] a rarement été publiée. Les journalistes ont souvent utilisé le terme de «nombre incalculable» pour faire état des victimes irakiennes, une phrase à la tonalité sombre qui fait songer au même type d’effort journalistique qui serait produit pour décompter le nombre d’écureuils ayant péri dans un incendie de forêt.
Cette ligne rédigée pour l’agence Reuters par la journaliste Mary Miliken est tout à fait typique: «Il s’agissait de se souvenir aujourd’hui du nombre incalculable d’Irakiens et des près de 4500 Américains qui sont morts au cours de la guerre.»
Combien d’Américains sont morts, Mary Miliken? «4500». Et combien d’Irakiens et d’Irakiennes? «Oh, beaucoup, vous savez. Un tas.»
La phrase «un nombre incalculable» implique qu’il n’y aurait pas d’évaluations disponibles sur le nombre de victimes irakiennes. Or, outre celles du ORB et de Lancet, que nous avons mentionnées, s’ajoutent les évaluations réalisées par une organisation nommée Iraq Body Count (IBC) . Le décompte établit par celle-ci s’élève à 110’000 décès, fondé sur des comptabilités tenues par les médias et les chiffres du Ministère de la santé. IBC admet que son total est vraisemblablement trop faible parce que les armées occupantes et les forces engagées dans des conflits confessionnels ne sont pas réputées pour fournir une comptabilité méticuleuse. Toutefois, IBC conteste les chiffres élevés produits par ORB et l’Université Johns Hopkins (Lancet).
Si nous laissons les discussions méthodologiques de côté, nous voyons donc que des évaluations sur le nombre des victimes irakiennes sont disponibles. Ils sont «incalculables» uniquement pour des journalistes comme Kevin O’Brien et Mary Miliken.
Le silence qui entoure de tels chiffres, plutôt qu’une conspiration, reflète le fait que certaines informations ne correspondent simplement pas à la mentalité impériale américaine.
Prenons également en considération une autre évaluation macabre, datant d’il y a une décennie: selon le United Nations Children Fund, 500’000 enfants d’Irak  sont décédés au cours de la décennie 1990 en raison des sanctions prises par les Nations Unies (lesquelles ont été appliquées vigoureusement par les Etats-Unis) qui interdirent l’entrée dans le pays de médicaments et d’autres produits de première nécessité.
En 2000, le coordinateur des aides humanitaires de l’ONU a démissionné pour protester contre les sanctions , deux ans après que son prédécesseur eut fait de même . Ces deux diplomates de carrière firent ensuite usage du terme de «génocide» pour décrire les conséquences de la politique américaine.
Si vous ne connaissez pas ces informations ou si vous les avez oubliées, vous n’êtes pas le seul. Il en est ainsi du «peuple» qui a planifié la guerre en Irak. Il n’est pas possible d’expliquer autrement comment la guerre menée par l’Amérique et la stratégie d’occupation reposaient sur la conviction que les soldats seraient accueillis en libérateurs par les parents d’un demi-million d’enfants victimes de ces sanctions. (Lesquelles, faut-il le rappeler, n’ont pas été imposées au Kurdistan, la seule partie du pays, au nord de l’Irak, qui n’a pas mené une résistance contre l’occupation américaine.)
Ce n’est pas un hasard que les militant·e·s les plus engagé·e·s contre la guerre sont des révolutionnaires, d’une variante ou d’une autre. Nous sommes à même de saisir les stupéfiants méfaits qui ont été réalisés en Irak parce que nous sommes radicaux. Et vice versa.
Les révolutionnaires sont ironiquement confrontés à la sagesse conventionnelle selon laquelle parce qu’ils voudraient établir une société radicalement transformée, ils seraient des fanatiques du principe «la fin justifie les moyens», principe qui impliquerait que peu importe la quantité de sang qui devra être versée dans ce processus de transformation .
C’est toutefois la secrétaire d’Etat [«ministre des Affaires étrangères»] d’alors, Madeleine Albright, qui disait que la mort de 500’000 enfants d’Irak était un «prix qui valait la peine» . L’actuel secrétaire à la Défense, Leon Panetta, a utilisé exactement la même phrase récemment au sujet de la seconde invasion et occupation de l’Irak .
Voici les propos tenus par les défenseurs fanatiques de l’ordre actuel des choses, contre lesquels chacun devrait être fier de s’opposer de toute la force de son être. (Traduction A l’Encontre)
Article publié sur le site SocialistWorker.org en date du 30 janvier.

vendredi 3 février 2012

Bahrein : année de l’espoir pour les révolutions arabes, et de la fin de la dictature des Al Khalifa

lundi 2 janvier 2012
...« la monarchie de Bahreïn a écrasé l’opposition avec une brutalité qui a assuré sa survie immédiate, mais elle a perdu toute légitimité » Selon les mots du chroniqueur, Martin Fletcher du Times...

Alors que l’année se termine, la pensée des Bahreïnis va à ceux qui ont perdu leurs vies dans la lutte pour la liberté et la démocratie. Ils espèrent aussi que la nouvelle année verra la fin du régime brutal d’Al Khalifa, devenu l’ennemi N°1 de la population de Bahreïn.

Alors que le peuple poursuit sa lutte, manifestant dans les rues de plus de quarante villes et villages, le souvenir des plus de cinquante personnes assassinées - dont l’âge varie de six jours à plus de soixante ans - est toujours vivace dans sa mémoire. Leur sang a gardé plus que jamais intacte et lumineuse la flamme de la révolution.
Il n’est pas exagéré de dire que la révolution de Bahreïn a été parmi les plus actives au sein du printemps arabe. Jour après jour, les gens sont descendus nombreux dans les rues, bravant les attaques brutales des forces mercenaires d’Al Khalifa. Les deux principaux slogans qui sont criés dans chaque manifestation sont : « Le peuple veut un changement de régime » et « A bas Hamad, A bas Hamad » [Ahmad al-Khalifa].
En plus de ceux qui ont perdu leurs vies, des milliers d’autres ont été blessés et plus de soixante d’entre eux ont perdu soit un oeil soit les deux yeux. Des centaines sont toujours incarcérés dans des cellules immondes où ils sont tombés malades. Les cachots de la National Security Agency dirigée par le tortionnaire le plus notoire, Khalifa bin Abdullah Al Khalifa, sont le lieu des plus graves tortures qui ont entraîné à la mort d’au moins cinq prisonniers innocents. Au lieu de le traduire en justice, le dictateur a accordé une promotion significative à ce tortionnaire en le nommant président du Conseil suprême de la défense.
L’année se termine avec des souvenirs amers, pour beaucoup, mais avec une note d’espoir presque unanime. Nous ne permettrons pas que l’avenir soit une répétition du passé, le clan des al-Khalifa doit s’en aller. Il n’y a aucune possibilité qu’ils continuent à gouverner le pays après qu’ils aient ainsi prouvé qu’ils étaient son ennemi intérieur. La façon dont ils ont traité les manifestations pacifiques qui avait éclaté le 14 février ne peut ni être pardonnée ni oubliée. L’exécution sommaire de plusieurs des martyrs et les tortures infligés à des centaines de Bahreïnis ont radicalisé la situation comme jamais auparavant. Les Bahreïnis considèrent maintenant que les al-Khalifa sont leur ennemi dont le pouvoir doit être abrogé à n’importe quel prix.
Alors que les Bahreïnis étaient restés pacifiques et civilisés dans leurs manifestations, le dictateur et sa clique sont devenus de plus en plus cruels et vicieux.
Lorsque le clan au pouvoir a réalisé que le temps jouait contre lui, il a appelé l’armée saoudienne pour écraser la révolution populaire pacifique. Selon les mots du chroniqueur, Martin Fletcher du Times : « la monarchie de Bahreïn a écrasé l’opposition avec une brutalité qui a assuré sa survie immédiate, mais elle a perdu toute légitimité ». En effet, les al-Khalifa ont perdu la moindre légitimité et ils doivent s’en aller.
Quant aux amis des al-Khalifa, en particulier les Etats-Unis et le Royaume-Uni, leur attitude a été honteuse pour dire le moins. Au lieu de pactiser avec le peuple - surtout après que la propre commission d’enquête mise en place par le régime ait prouvé que la torture systématique avait été utilisées à l’encontre des détenus, ainqi qu’une force excessive à l’encontre des manifestants - ils ont offert au régime tout leur soutien politique, militaire et moral. Récemment ils ont dépêché deux policiers, un Américain et un Britannique, les deux ayant un passé très lourd, pour aider le régime bahreïni à écraser la révolution.
Les Etats-Unis et au Royaume-Uni sont conscients que pour améliorer la performance de la police et des forces de sécurité du régime, il n’est pas besoin de policiers étrangers. Mais ils ont besoin de renforcer la volonté des tortionnaires, à commencer par Khalifa bin Abdulla Al Khalifa et les deux fils du dictateur. Les deux policiers vont donc venus jouer le rôle qui avait été celui de Henderson quand il avait été expédié à Bahreïn : celui d’un tortionnaire plus agressif [Henderson est britannique et a été chargé d’organiser la répression au Bahrein dans les années 90. Il a été surnommé « le boucher de Bahrein » dans la presse britannique].
La montée de l’action révolutionnaire durant ces quatre dernières semaines a démontré la résilience des Bahreïnis et leur capacité à résister aux assauts terribles des al-Khalifa Al et des forces saoudiennes. Beaucoup de personnes ont été arrêtées la semaine dernière dans plusieurs villes et villages. L’utilisation d’armes chimiques par les occupants venus d’Arabie saoudite et par les dictateurs al-Khalifa ont eu pour effet d’enhardir les gens à poursuivre le conflit jusqu’à la fin, combien amer il puisse devenir.
Tous les liens avec les al-Khalifa ont été brisés et les gens veulent décider eux-mêmes de leur destin, rédiger leur propre constitution et former leur propre gouvernement. La dictature héréditaire est défunte et ceux de Washington et de Londres doivent accepter ce fait et soutenir ceux qui luttent pour instaurer la démocratie et le respect des droits humains dans leur pays. S’ils ne prennent pas une telle position, leur échec sera moral et politique.
Les révolutionnaires de Bahreïn vous souhaite une bonne et heureuse année.
Source : Info-Palestine.net