dimanche 30 octobre 2011

La Libye sans Kadhafi : un abîme de questions - ...La haine du dictateur et la volonté de se venger rassemblait ses membres, mais désormais l’argent et le pouvoir passent au premier plan.

27/10/2011
...le meurtre de Kadhafi élimine le principal facteur qui soudait la coalition libyenne très hétéroclite. La haine du dictateur et la volonté de se venger rassemblait ses membres, mais désormais l’argent et le pouvoir passent au premier plan....

L’OTAN termine la campagne libyenne en annonçant une nouvelle victoire du bien sur le mal et le triomphe de la liberté. Barack Obama a déclaré que la voie de la démocratie s’était ouverte pour le peuple libyen. Le corps nu et mutilé de Mouammar Kadhafi, qui au lieu d’être immédiatement enterré a été exposé dans la chambre froide d'un supermarché pour "distraire le public", symbolise certainement le triomphe de la justice. Ainsi, l’Alliance ne s’est pas battue en vain, ses valeurs triomphent sur le sol libyen.
Il faut terminer l’opération au plus vite afin que les événements à venir ne fassent pas d'ombre à la brillante victoire. Or, il est possible d’imaginer la suite du scénario en réunissant à la fois l’expérience accumulée en Irak, en Afghanistan et en Somalie.
Ainsi, le meurtre de Kadhafi élimine le principal facteur qui soudait la coalition libyenne très hétéroclite. La haine du dictateur et la volonté de se venger rassemblait ses membres, mais désormais l’argent et le pouvoir passent au premier plan.
La Libye est un pays complexe qui abrite divers groupes territoriaux et tribaux. La base de la gouvernance de Kadhafi était, bien sûr, la violence, mais l’affaire ne s’arrêtait pas là. Le système d’accords avec les chefs des tribus et de la corruption directe des plus importants seigneurs locaux se combinait avec une répartition (certes modeste) des revenus pétroliers au sein de la population, ce qui contribuait à lui offrir un niveau de vie supérieur par rapport aux pays voisins. En fait, les réformes libérales déjà proposées par les conseillers occidentaux ne provoqueront rien d’autre auprès de la population que l’irritation après de longues années de paternalisme.
On ignore complètement dans quelle mesure les nouvelles autorités pourront rétablir le système d'équilibre des intérêts, plus précisément en créer un nouveau. La défaite écrasante des kadhafistes et l’élimination du colonel ne signifie pas encore que le pays est sous contrôle. Une guerre de résistance des partisans de l’ancien régime pourrait éclater, mais un autre scénario semble plus plausible. On pourrait plutôt s’attendre de facto à l’autonomisation de certaines régions, qui soit ne se plieront pas aux directives de Tripoli, soit monnayeront leur coopération en formulant en permanence des revendications politiques et matérielles. Beaucoup de choses dépendent du comportement des nouvelles autorités envers les partisans de l’ancien régime. Faut-il s’attendre à des règlements de compte et des purges? L’expérience de l'Irak est claire: même les Américains, en fin de compte, ont reconnu que la dissolution du parti Baas et des structures de l’époque de Saddam Hussein ont plongé le pays dans le chaos pour une longue période.
Toutefois, la notion même de "nouvelles autorités" n’a pour l’instant aucun fond. Bien que pendant le second semestre de l’année le Conseil national de transition ait commencé enfin à être associé à des personnalités concrètes (avant cela la situation était complètement incompréhensible), les relations en son sein sont complexes. Les personnalités les plus connues sont des déserteurs du camp de Kadhafi et au sujet desquelles, en faisant un petit effort (et il sera fait), on pourrait trouver beaucoup de choses compromettantes. Tout le monde craint l’essor de l’islamisme. Les islamistes estiment que leur époque est arrivée, étant donné qu’ils étaient violemment réprimés par le colonel. Dans l’ensemble, la tendance au Moyen-Orient est assez claire: le départ des régimes laïques (en Tunisie, en Egypte, en Libye, et probablement au Yémen et en Syrie prochainement) et par conséquent le renforcement des tendances islamiques. Probablement non linéaire, mais constant.
Une question à part concerne le rôle de l’Occident et son attitude envers la future Libye, en admettant qu’elle reste unie. Les compagnies pétrolières et gazières d’au moins trois pays (la France, le Royaume-Uni et l’Italie) estiment qu’ils ont tous le droit à une place de leader. Paris a commencé la guerre, Rome a les contacts les plus étroits avec son ancienne colonie et Londres a assuré un soutien par sa force militaire et la détermination politique. Il faudra trouver un terrain d’entente pour se partager les trophées, car le sens pratique (s’il y en avait un) de cette guerre consistait à contribuer à la sécurité énergétique de l’Europe et à la prospérité de ses entreprises. Pour les autres régions du monde, la Libye n’a pas grande importance.
Les nouvelles autorités libyennes ont déjà annoncé qu'elles prendraient leurs décisions économiques en fonction de considérations politiques. En particulier, la Russie et la Chine, ainsi que le Brésil et l’Allemagne, qui ne se sont pas montrées enclines à soutenir l’ingérence militaire, ne pourront pas espérer grand-chose. Toutefois, les compagnies russes ont la possibilité de participer aux projets libyens en partenariat avec les sociétés européennes, avec lesquelles elles sont en bons termes. Cependant, la question est de savoir si tout ira bien chez les sociétés des pays alliés: toute perturbation dans l’édification de la nouvelle Lybie conduirait à l’instabilité du milieu d’affaires, or il n’y aura pas de facteur de dissuasion sous la forme des forces d’occupation, comme en Irak. Par ailleurs, selon certains signes indirects, on pourrait supposer que même les dirigeants actuels du Conseil de transition seront des partenaires bien moins accommodants qu’on le suppose en Europe et aux Etats-Unis.
La mort de Kadhafi tire un trait sur toute une époque. Mais elle pourrait marquer non pas la fin, mais bien le début d’une véritable crise en Libye.
RIA NOVOSTI Tribune libre 
 

BAHREIN : LA REVOLUTION OPPRIMEE,DES FEMMES RACONTENT .... VIDEO

 29 oct. 2011
Étudiante, enseignante, employée, mère de famille et sa fille ont été agressées par les forces de police bahreïnies, physiquement, moralement.........


Des femmes racontent leurs sévices ..
 

samedi 29 octobre 2011

Premières Rencontres Mondiales des Blogueurs à Foz de Iguazú, au Brésil : « Ceux qui luttent depuis le bas ne peuvent se payer le luxe de se tromper »

Même les dictateurs... meurent !! .....la démocratie est une «utopie» et l'Occident «nous a menti» sur ses valeurs,...

Samedi 29 octobre 2011

...Si El-Gueddafi était un tyran à éliminer au plus vite, pourquoi donc le président Sarkozy l'a-t-il reçu en grandes pompes en dérogeant aux règles même du protocole diplomatique par l'installation de ses tentes en plein centre de la plus belle avenue du monde «Les Champs Élysée»? En quoi El-Gueddafi de 2011 serait-il différent de celui de 2007?....
«Mieux vaut la dictature du fer que l'anarchie de l'or»
 Proverbe allemand
 «Ils ont grandi dans notre imaginaire et cohabité avec notre vie jusqu'au point où l'on a cru qu'ils sont indétrônables, purs et éternels»  c'est ce que m'a dit avec une certaine naïveté intelligente une étudiante mauritanienne en voyant sur «youtube» les lamentables images de la capture d'El-Gueddafi dans un caniveau à Syrte. C'est en partie vrai, les despotes construisent leurs propres «fantasmagories» qui deviennent au fil du temps des vérités consensuelles et irréversibles devant des masses baignées dans la peur et la psychose mais des foutaises fragiles et friables au moindre coup de révolte populaire. En ce point, il est digne de dire que  ni Hitler, ni Mussolini, ni Ceausecou ni encore moins Saddam n'y ont vraiment pu échapper.

Le dictateur où qu'il soit, vit dans un anachronisme chronique, dans une sorte de monde parallèle en nette contradiction avec le réel. Mégalomane, il se ment à outrance jusqu'à ce qu'il se transforme lui-même en pur mensonge. C'est pourquoi, il ne se rend vraiment pas compte qu'en même temps, le monde autour de lui bouge, les mentalités évoluent, et que seul lui reste paranoïaque et prisonnier de ses vieux démons de dominateur. S'il est un portrait-type à coller à El-Gueddafi, ça serait sans l'ombre d'un doute celui-là. De rêves panarabistes à la démagogie africaniste en passant par l'idéalisme tiers-mondiste et l'idéologie anti-américaniste, El-Gueddafi aurait brûlé toutes les étapes de la «folie des grandeurs» et fini, à l'instar de son pair, Saddam Hussein, par être capturé dans «un trou». Lui qui aurait auparavant accusé les rebelles de Benghazi d'être des «souris» et promis de  «dératiser» toute la Libye de long en large de ces truands et voyous, version «printemps arabe 2011». Son slogan « zenga-zenga, dar-dar» a, par son caractère à la fois tragique et comique,  fait le tour du monde en inspirant chansons, gags, et comédies satiriques, ce Gueddafi-là est mort. A dire vrai, personne n'en est à l'abri, quand «la grande faucheuse» arrive, l'homme n'a qu'à se résigner au sort, mais quelle mort?

El-Gueddafi qui vient d'être achevé ou «exécuté» par les forces de la rébellion secondées par l'O.T.A.N en a eu droit à une des plus macabres. Les occidentaux ont eu l'occasion de transmettre  par cette mise en scène «hystérique» un message clair aux dictateurs arabo-musulmans: soit qu'ils se conforment à leurs stratégies et là, ils se sauvent, soit ils  y dérogent et là, le sort d'El-Gueddafi et de Saddam les attend sans doute en fin de parcours. Il n'y a pas tente six chemins pour l'en décrypter, la démocratie est une «utopie» et l'Occident «nous a menti» sur ses valeurs, ses slogans, et ses principes, la «conscience morale» qu'il essaie d'incarner est battue en brèche par les multiples erreurs dont il est redevable devant l'histoire.

La crise économique qu'il traverse en ces moments l'a poussé à chercher de nouveaux marchés commerciaux en vue de placements d'argent et d'exploitation de sa force militaire dans des opérations du type «néocolonial» où il espère pouvoir investir sa domination et son hégémonie en «suçant» ce qui reste des corps exsangues des pays du tiers monde. Pour preuve, aucune convention internationale n'a prédit d'envahir un pays pour tuer ou même relever  un «président» de ses fonctions, après l'avatar de l'invasion de l'Irak sous prétexte de possession d'armes de destruction massive, les occidentaux, les U.S.A et la France en tête, ont «récidivé» par cette «épopée libyenne».
On est, semble-t-il, en train de nous acheminer vers cette situation d'«hyperconflit» pour emprunter le terme du philosophe français Jacques Attali, scénario selon lequel le monde finirait par une guerre globale suite à la course effrénée des grandes puissances  vers l'acquisition des énergies non renouvelables telles que  (hydrocarbures, pétrole, phosphate..etc). Il est certain par ailleurs que le convoi militaire de Syrte aurait pu être épargné par les tirs de l'O.T.A.N et le guide libyen capturé sain et sauf, sans blessure ni égratignure, ce qui lui aurait permis  de jouir du statut de prisonnier politique et des droits que lui confère la convention de Genève de 49 pour être enfin de compte traduit près d'une juridiction locale ou devant le tribunal pénal international, le  fameux «T.P.I»  dans l'espoir d'être jugé dans l'urgence des crimes dont il est responsable et livrer par là le bilan de ses 42 ans d'exercice du pouvoir aux libyens. Rien n'en fut, les U.S.A, la France et l'Angleterre, les trois puissances qui ont géré les opérations de «l'Harmattan» en ont voulu autrement.

   La mort d'El-Gueddafi ne pourrait-elle pas en ce sens être vue sous le prisme d'une volonté d'étouffer certaines affaires douteuses  et de compromissions politiques qui s'étendent au-delà de la méditerranée et de l'Atlantique à l'orée des échéances électorales prévues en France et aux États Unis à l'horizon de 2012?
Si El-Gueddafi était un tyran à éliminer au plus vite, pourquoi donc le président Sarkozy l'a-t-il reçu en grandes pompes en dérogeant aux règles même du protocole diplomatique par l'installation de ses tentes en plein centre de la plus belle avenue du monde «Les Champs Élysée»? En quoi El-Gueddafi de 2011 serait-il différent de celui de 2007?

Est-ce lui  qui a dérapé ou c'est la France qui a carrément changé de vision et de stratégie? N'était-il pas l'instigateur de l'attentat de Lockerbie en 88, le sanguinaire de la prison d'Abou Salim en 1996, le bailleur de fonds de l'«E.T.A» et la tête pensante de tas d'autres actions terroristes déstabilisatrices sur le plan international et par-dessus tout le trublion de la région du Sahel ( surtout le Tchad et le Niger), un guide dont le pays est classé par l'administration américaine dans la liste rouge des «Rogue States» (pays voyous) au côté de l'Iran, la Corée du Nord et la Syrie ?

La réponse va de soi : le «pétrole», cette manne céleste qui est à l'origine de la «culture de la rente» et de tous les malheurs des pays arabes a changé les calculs des Occidentaux. Si les habitants de Benghazi ont fêté la venue du président français par «one-two-three; vive à Sarkozy» et les rebelles ayant débusqué le guide libyen trépignent de joie à sa mort, les occidentaux eux, ne pensent qu'aux bénéfices qu'ils pourraient engranger de cette prétendue «opération de reconstruction de la Libye». Mais les américains ont-ils reconstruit l'Afghanistan et l'Irak depuis la fuite des Talibans et la pendaison en pleine fête du sacrifice du Saddam. De même le Kosovo et la Somalie qui ont vu l'intervention in extremis des occidentaux sur leurs terres, en ont-ils tiré bénéfice? A bien y regarder, l'Irak s'est depuis profondément plongé dans le noir du confessionnalisme et la terreur des massacres va s'amplifiant chaque jour davantage et l'autre pays, l'Afghanistan est tout sauf une zone de paix et de sérénité et suscite même l'inquiétude.

La France et l'Angleterre veulent-elles réellement qu'une vraie démocratie s'installe dans la durée en Libye? Si les libyens ont, comme prétendent-ils, le droit de choisir leurs dirigeants en toute liberté et c'est d'ailleurs politiquement et rationnellement fort compréhensible, pourquoi ont-ils dénié ce droit le plus élémentaire aux palestiniens lorsqu'ils ont voté en toute démocratie pour le «Hamas»  aux élections législatives de 2006 en coupant les aides européennes au nouveau gouvernement, lesquelles seraient d'ailleurs nécessaires à la survie de tout un  peuple en agonie, jugeant les positions de Hamas de  «pro-terroriste»? «L'occident, dirait, avec une amère lucidité, l'écrivain libanais  Amin Maalouf  dans son  célèbre ouvrage « les identités meurtrières» ne veut pas que l'on lui ressemble mais que l'on lui obéisse».
  La règle d'or dans les relations internationales s'appuie sur ce que les anglais appellent «contending theories», c'est-à-dire, des systèmes de pensée et des blocs idéologiques en lutte et en conflictualité permanente, Orient contre Occident, Capitalisme triomphant contre Communisme résiduel et réfractaire, Islam contre Christianisme...etc se posent comme garde-fous face à l'avancée du monde vers le progrès planétaire. Ce que le politologue américain Samuel Huntington (1927-2008) classifie dans sa fameuse théorie du «choc des civilisations» et l'autre américain Edward Said (1935-2003) dans ce qu'il a appelé «le conflit des définitions».
Ainsi, les principes de la force et de la manipulation sont toujours en vigueur, Bush n'a-t-il pas fait allusion par le biais d'un lapsus révélateur aux «croisades messianiques» lors de l'invasion de l'Irak en 2003 et El-Gueddafi n'a-t-il pas qualifié les forces de l'atlantique de «nouveaux croisés» ayant envahi son pays et l'ont délesté de son pouvoir? La guerre psychologique n'est pas du tout une nouvelle invention des temps modernes mais elle jette ses racines dans toute l'histoire de l'humanité, «Hanibal Barca», «Napoléon Bonaparte», «Hitler» et «Joseph Macarthy» aux États Unis s'en sont déjà servie. Mais ce que souvent les médias, par une sorte de réflexe grégaire, cachent lorsque un homme politiques à problèmes meurt ou disparaît, ce sont ses aspects positifs.

Si El-Gueddafi fut un tyran, il était aussi un homme tiers-mondiste convaincu qui a tenté à maintes reprises de rassembler les pays arabes, musulmans et africains sous l'unique bannière de l'unité. Loin de tomber dans l'apologie de la dictature qui est, que l'on veuille ou pas, en elle-même déjà condamnable à plus d'un égard, EL-Gueddafi pourrait à moyen et long terme, incarner l'image d'«un martyr des occidentaux» si la transition politique en ce pays ne serait  pas bien menée à terme par le C.N.T, scénario d'ailleurs  fort probable car  la Libye est un pays vierge, aux confins de l'Afrique subsaharienne, et sans culture démocratique où le tribalisme comme langage codé et codifié règne en maître incontesté.

Hier, «la poigne de fer» d'El-Gueddafi a imposé la discipline, aujourd'hui et demain peut-être «les mains de velours» de la démocratie pourraient installer le désordre ou à la longue ne seraient pas à même d' y échapper. Le défaut de l'Occident est qu'il encourage l'autoritarisme lorsqu'il est debout sur ses pieds et le discrédite dès qu'il tombe sur terre, on est plus dans une parodie politique qui s'apparente au jeu de cartes «le poker» que dans une logique de venir en aide à des populations ravagées par la tyrannie et les privations de toutes sortes, rappelons à titre d'exemple la parole de l'ancien président français «Jacques Chirac» qui, minimisant la conscience des peuples «tiersmondistes», réduit la démocratie au seul «droit au pain».
Par ailleurs,  maintenant que le tyran libyen est livré en pâture à la vindicte des rebelles et achevé apparemment à bout portant, le flou qui entoure encore les circonstances exactes de sa mort pourrait nourrir une future haine intertribaliste vu que le clan «Gueddafiste» est le plus grand du pays, le C.N.T est obligé de mettre toute la lumière sur cette affaire afin d'espérer garantir la cohésion nationale.  En même temps, les regards tournent vers les munitions, armes et projectiles que les troupes d'El-Gueddafi possèdent et la possibilité qu'ont les éléments de l'«A.Q.M.I» de les récupérer afin d'alimenter leur réseau. Qui pourrait donc en ces circonstances très délicates mettre le holà sur leurs manœuvres alors que l'on sait que le C.N.T, fort empêtré dans ses contradictions, aurait affirmé qu'il appliquerait d'ores et déjà la «Charia» sur tout le territoire libyen.
N'est-ce pas à priori une des formes de concession aux revendications des tendances salafistes libyennes, censées être très proches du mouvement d'Al-Qaïda?  Pourquoi El-Gueddafi lui-même n'y a-t-il pas allé jusqu'à ce point? En d'autres termes, assiste-on vraiment à une volonté réelle de la part des nouvelles autorités libyennes de revenir aux sources de la législation coranique ou s'agit-il seulement d'une opération politique en trompe-l'œil afin d'épater la galerie et d'attirer les islamistes par l'appât de la «Charia»?
De toute façon, une chose est sûre: le pouvoir de C.N.T est très faible, d'abord sur le plan militaire, on est face à une absence d'armée régulière capable, si besoin, est d'imposer dans un premier temps la paix, la tradition vieille de plus de 30 ans «des comités révolutionnaires» chère au colonel El-Gueddafi a cultivé l'esprit de «mercenariat» et de «la guerre des bandes» à grande échelle, la «bédouinocratie»  pour reprendre le terme de «Luis Martinez», est un risque majeur pour la sécurité de la future Libye, la tâche de rassembler toutes les tribus et d'essayer d'instaurer un consensus national qui sert toutes les parties qui étaient en conflit va certainement prendre beaucoup plus du temps qu'il n'en faut. C'est dans ce contexte que les occidentaux, sensibles à tout intégrisme, tourneraient sans doute du côté du pouvoir d'Alger, militairement le plus fort dans la région après Israël, possédant une longue expérience dans la lutte anti-terroriste, limitrophe de la Libye et de surcroît ayant des ouvertures frontalières sur le Sahel.

  Une telle position géostratégique est de nature à recentrer toute l'attention sur l'Algérie au moment actuel car d'une part en Tunisie, les islamistes modérés d' «El-Guennouchi»  arrivent largement en tête des élections pour la constituante, l'Égypte, quant à elle, risque  probablement de tomber entre les mains des «Frères musulmans», et au Maroc, malgré les réformes entreprises par le Roi Mohammed VI, la rue est gagnée par le grand retour au forceps du souffle d'«islamisation». En ce sens, l'Occident va miser sur l'Algérie comme «barrage anti-islamiste» afin de  garantir une stabilité régionale au long cours à ses portes, les positions réticentes de l'Algérie envers le C.N.T pourraient, le cas échéant, être interprétées comme une «distanciation» par rapport au phénomène du «péril vert», le président Bouteflika, en diplomate très connaisseur des relations internationales, a laissé planer le doute aussi bien chez les occidentaux que dans le gros de la classe politique algérienne en refusant de trancher en faveur du C.N.T; chose qui peut s'expliquer par sa non-confiance dans les capacités de cet «organe  révolutionnaire» libyen  dans la maîtrise du terrorisme et par la peur de voir ces mêmes puissances occidentales qui l'ont soutenu à ses frontières.
D'autre part, le deuxième enjeu, stratégique de taille pour les pays européens surtout en ces moments de crise économique est «l'immigration clandestine», à ce titre, ni la Tunisie post-Ben-Ali, ni la Libye post-El-Gueddafi, ni encore moins le Maroc royaliste sont aux yeux des occidentaux capables de freiner ces marées humaines qui envahissent leurs terres, l'Algérie est encore une fois sous les feux de la rampe en ce domaine et le régime d'Alger, face à  une contestation sociale grandissante qui inquiète plus ou moins l'Occident, plus particulièrement la France, brandit sa deuxième carte «le barrage contre l'immigration clandestine» qui sans l'ombre d'un doute séduit une Europe qui «se droitise» chaque jour davantage et ne veut plus, pour emprunter au professeur Chitour sa plus belle expression « instaurer un tiers monde sur ses terres».
Que l'on soit clairs, aucun pays arabe n'est démocratique, tous  les régimes politiques sont corrompus, dictatoriaux et servent les intérêts de l'Occident «démocratique». C'est pourquoi, la démocratisation  du monde arabe devrait  provenir de ses entrailles et non plus par une quelconque injonction occidentale de quelque ordre qu'elle soit. En ce sens, l'on remarque que l'Occident, en participant à la traque d'El-Gueddafi via l'O.T.A.N  a transgressé  les prérogatives qui lui sont attribuées par les institutions internationales dans ce genre de conflits, sa mission consistait essentiellement à protéger les civils des raids des troupes d'El-Gueddafi par l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne selon l'esprit et les termes de la convention de 1973 qui permet l'intervention des forces onusiennes en cas d'atteinte aux «droits de l'homme» et en cas de conflit de basse ou de large intensité et non pas pour «viser» un convoi militaire d'un «président déchu» et en fuite qui, de toute façon, pourrait être quadrillé et encerclé par les rebelles sur terre surtout lorsque l'on sait qu'il était  sur le point de quitter «Syrte», son fief et dernier refuge, pour une destination inconnue car les forces du C.N.T l'ont battu militairement sur le terrain.

Cela dénote on ne peut plus, la volonté des forces de l'O.T.A.N de liquider  El-Gueddafi à tout prix, ne l'ont-elles pas d'ailleurs ciblé alors qu'il s'est sauvé in extremis laissant son fils Seif-Al-Arab périr sous les bombes larguées sur sa demeure à Bab Al-Azzizia? S'agit-il réellement d'une «erreur tactique» comme l'a prétendu le général «Mike Mûllen» à l'époque. Ce que l'on pourrait dire est que, au-delà de toute supputation ou démagogie populiste, les frappes aériennes de l'O.T.A.N sont indubitablement «une tentative d'assassinat politique» en complète dérogation aux loin onusiennes. 
Une fois encore, le monde arabo-musulman, après le procès à huis clos et la mise à mort prématurée de Saddam et l'exécution dans des circonstances qui restent floues de Ben Laden, la quête de la vérité reste inachevée et les masses populaires y sont toujours sur leur faim. Qui a tué Ben Laden, Saddam et El-Gueddafi? L'Occident, les rebelles, les islamistes, les démocrates, les masses? Qui exactement?   Autrement dit, les occidentaux «nous ont menti» et vont certainement continuer de nous mentir dans les années à venir car nos régimes politiques ne sont pas démocratiques et «troquent» leur dictature contre des pétrodollars. Bien pire, dernièrement même, ils n'ont pas tiré la sonnette d'alarme et n'ont pas répondu aux échos des cris de ces  jeunes qui s'immolent par détresse et de ces  peuples en attente de «réanimation» à la salle des urgences de la démocratie.
  La tragédie des «Raîs» arabes, c'est qu'ils espèrent pérenniser coûte que coûte sur leurs chaises faisant usage de moyens répressifs et régressifs énormes alors qu'ils savent pertinemment que leur sort est scellé d'avance, le verdict populaire les attendrait en bout de course pour les condamner sans clémence aucune. L'histoire ne pardonne plus les ratages démocratiques, les répressions féroces, les mauvais calculs économiques et surtout la mauvaise gouvernance. Mais, ce grand virage du printemps arabe servirait-il réellement les intérêts de l'Occident?

L'agitation et l'empressement  du président Sarkozy à se prévaloir d'un destin d'homme politique à l'aura messianique en se posant comme un sauveur de peuples opprimés afin de subjuguer une opinion française sceptique à sa «politique d'austérité» dans une Europe qui peine à sortir de l'ornière de la crise de la zone d'euro,  participe également de cette  grande histoire de «tromperie des peuples» alors que la participation électorale massive aux primaires socialistes ont prouvé en filigrane, l'intention des français de faire une rupture catégorique avec le «néolibéralisme sauvage» et «l'interventionnisme» militaire» en terre étrangère plus particulièrement après le désastre affreux en Afghanistan  et la mort de soldats français.

De l'autre côté, le président Obama n'a fait que décevoir, récipiendaire du prix Nobel de la paix, il a mis le rêve de l'État palestinien sous le boisseau de l'oubli, de même sur le  plan intérieur, champ où les démocrates sont généralement plus entreprenants par rapport aux les républicains, le chômage grimpe et atteint des pics paroxystiques alors que les promesses du retrait des troupes américaines de l'Irak et de l'Afghanistan  se font très lentement et désespèrent de larges pans de l'opinion américaine soucieuse de l'image de l'Oncle Sam à l'extérieur. 
Mais la Libye réussirait-elle à  enjamber le train de la modernité sans le secours de l'Occident? Mustapha Abdeldjalil, en connaisseur averti des rouages du système d'El-Gueddafi pourrait-il en éviter les errements et tourner son regard vers une Libye démocratique, libre, et ouverte? Comment  le C.N.T va-t-il s'y prendre avec les islamistes, avec son voisin l'Algérie, avec les pays du Sahel et surtout avec la France? L'avenir va certainement nous en révéler le secret, mais entretemps, l'on ne pourrait que   dire avec respect et gratitude à nos frères libyens «bravo  pour la Libye nouvelle!!!»     

 Kamal Guerroua, Universitaire 
Sur Cri du peuple 1871 :
http://www.mleray.info/article--meme-les-dictateurs-meurent--87462225.html 

vendredi 28 octobre 2011

Yemen - Chanson yéménite qui s'articule autour du slogan moteur des révolutions arabes : " Le peuple réclame la chute du système ! " VIDEO

Le peuple réclame la chute du système !
Ce système,vous en avez tous ras bol !
Et eux ils se fouttent de vous !
VOUS N'AVEZ D'AUTRE MOYEN QUE CRIER !
Alors à mon tour je me joins à vous !
Si le peuple veut un jour la vie
Force est pour le destin de répondre
Force est pour les ténèbres de se dissiper
Force est pour les chaines de se briser!.....


Le peuple du Yémen continue à offrir généreusement des martyrs par centaines et des blessés par milliers pour se débarrasser de la dictature d'Ali Abdallah Saleh portée à bout de bras par les américains et leur serviteur local l'Arabie Saoudite.
Au Yémen, l'impérialisme tente d'écraser la révolte populaire en maintenant, vaille que vaille, au pouvoir un despote haï par sa propre population. Ici non seulement on ne se précipite pas à l'ONU «pour assurer la protection des civils», mais on soigne et on arme Ali Abdallah Saleh pour anéantir les aspirations à la dignité et à la démocratie du peuple du Yémen.
Au Yémen l'impérialisme cherche à dominer le détroit de Bāb al-Mandab qui commande l’entrée à la mer Rouge et surtout le Golfe d'Aden.
Ali Abdallah Saleh est au pouvoir depuis 1978.Et comme Moubarak en Egypte, il préparait activement son fils Ahmed à lui succéder en 2013 .Il a réussi à construire, à l'aide des États-Unis et de l'Arabie Saoudite, un régime despotique et corrompu jusqu'à la moelle épinière.
L'Arabie Saoudite, elle, considère le Yémen presque comme le prolongement de son territoire. Les affaires internes du Yémen sont les affaires intérieures de l'Arabie Saoudite. La famille Al-Saoud qui règne sur l'Arabie a dès le début soutenu le régime despotique d'Ali Saleh qu'elle juge comme le meilleur garant de ses intérêts. C'est l'Arabie Saoudite qui a permis le transfert d'Ali saleh de Sanaa à Riyad, le lendemain du bombardement de son palais le 3 juin par le chef tribal Sadek al-Ahmar . C'est également l'Arabie Saoudite qui a soigné dans ses hôpitaux le président gravement blessé et permis enfin son retour au Yémen le 23 septembre 2011.
Ce que craignent les américains et les saoudiens c'est la contagion et l'embrasement de la région. Car le triomphe de la révolution populaire et démocratique au Yémen peut servir d'exemple et encourager les autres peuples de la région à se soulever à leur tour contre leurs propres tyrans qui les oppriment depuis des décennies. C'est ce qui explique par ailleurs l'intervention militaire saoudienne, avec la complicité des États-Unis, à Bahreïn pour écraser le soulèvement populaire dans ce petit royaume .
Le soutien militaire, financier, médiatique etc. de l'impérialisme aux despotes du monde arabe est une évidence qu'il faut rappeler constamment. Démocratie, liberté, droit de l'homme ne sont que des slogans qu'il utilise pour mieux écraser des soulèvements réellement populaires et démocratiques. Qui peut soutenir sérieusement que les pouvoirs qui sévissent à Bahreïn, au Yémen, en Arabie Saoudite, aux Émirats Arabes Unies et dans tout le monde arabe, exception faite de la Palestine et du Liban, sont des régimes démocratiques ? Et pourtant l'impérialisme porte à bout de bras ces régimes qui exploitent, oppriment, marginalisent et humilient leurs peuples. Toute l'histoire de l'impérialisme américain n'est que soutien aux dictatures les plus terribles de la planète.
Aucune guerre, aucune intervention n'est menée pour soutenir les révoltes populaires et démocratiques; bien au contraire. En Iran, la CIA a renversé le gouvernement Mossadegh en 1953 qui a eu le malheur de nationaliser les ressources pétrolières de son pays pour réinstaller le chah Reza Pahlavi. Au Chili, Les États-Unis ont participé activement en 1973 au renversement du gouvernement démocratiquement élu de Salvador Allende pour installer la dictature du général Pinochet. En Argentine, l'impérialisme américain a soutenu en 1976 le coup d'État militaire du général Videla. Ben Ali et Moubarak n'étaient que des marionnettes entre ses mains. Et on va taire, tellement la liste est longue, les noms des autres dictateurs aussi féroces les uns que les autres installés directement ou indirectement par la bourgeoisie américaine et accessoirement européenne. L'impérialisme américain et européen ont détruit des pays entiers comme la Yougoslavie, l'Afghanistan, l'Irak ou encore la Côte d'Ivoire laissant derrière eux des victimes par centaines de milliers. Aujourd'hui ils sont en train de détruire le Yémen et la Libye. L'impérialisme est l'ennemi du progrès et de la démocratie. Les bourgeoisies américaines et européennes, inlassablement, parlent des Droits de l'homme, mais massacrent un peu partout les hommes qui leur tiennent tête. Toute leur histoire n'est que mépris et négation de l'homme. Mais malgré tous les malheurs dont il accable les peuples, l'impérialisme produit en même temps les hommes qui le mettront à mort. Les dictateurs qu'il a installés tombent les uns après les autres. C'est déjà le cas en Amérique Latine. Dans le monde arabe, même entravé par l'impérialisme, les peuples poursuivent leur combat y compris en Arabie Saoudite  pour une société démocratique débarrassée des régimes despotiques et corrompus. Aux États-Unis même, des hommes et des femmes par milliers manifestent leur indignation contre les vautours de Wall Street, mais aussi contre les guerres impérialistes.
La solidarité entre les peuples est une condition vitale pour mettre un terme définitif à cette hégémonie impérialiste.
Extrait de l'article "Manoeuvre impérialiste au Yemen et en Libye" Par Mohamed Belaali

Tunisie : un autre futur ....La lutte a étè menée par le Peuple, celui des pauvres gens, qui, plus que tout autre, sentait peser sur lui un inexorable talon de fer.

28 Octobre 2011
....A peine le peuple tunisien en lutte, avait-il fait, de façon conséquente, reculer le pouvoir et ses sbires, qu’on vit surgir de toute part, comme en Egypte, toute une série de « sauveurs suprêmes » qui venaient, « modestement » se mettre « au service de la population ». Il en était de prestigieux et de courageux. Torturés, emprisonnés, exilés, ils se voulaient d’une probité exemplaire, pleins de bonnes intentions pour exercer le pouvoir et faire le bien du Peuple.Mais, comme en Egypte, préoccupé par leur lutte, par la défense de leurs intérêts et leurs passions, les insurgés qui avaient payé de leur sang leurs acquis de Liberté, s’en désintéressaient.Et comme toujours les conseils ne manquèrent pas, issus de ces opposants lettrés revenus de l’étranger, passant au devant de la scène car sur médiatisés par la presse internationale.. Il fallait à présent être raisonnable, se méfier des extrémistes, et se diriger sagement vers la Démocratie, entendez par là la démocratie bourgeoise parlementaire, « la-seule-la-vraie ».
En un âpre combat séculaire
La lutte pour l’émancipation entreprise en Tunisie a avant tout un caractère social. Elle a été menée par le Peuple, celui des pauvres gens, qui, plus que tout autre, sentait peser sur lui un inexorable talon de fer. Mohammed Bouazizi a été un de ses héros « ordinaires », inoubliables, mettant leur vie dans la balance de la Justice sociale et de la Liberté. On sait quel prix a payé la jeunesse tunisienne dans la conquête de la liberté . Des centaines de morts, sans que justice n’ait encore été rendue, nous rappellent son courage exemplaire. Cette attitude des femmes et des hommes de Tunisie devraient donc encore aujourd’hui faire réfléchir tous les politiciens retors et ploutocrates aspirants au pouvoir .
Si aujourd’hui des combats décisifs s’annoncent encore, ce n’est ce pendant pas d’hier que le peuple s’est levé. Contre le colonialisme. Contre la dictature bourguibiste et son avatar Ben Ali, de grandes grèves avaient éclaté ces dernières années où beaucoup ont sacrifié leur vie. La féroce répression n’avait rencontré que peu de protestations à l’échelle internationale. Car il était bien décidé que les travailleurs tunisiens constituaient un réservoir de main d’œuvre bon marché dans cette division internationale du travail qui permettaient aux entreprises des vieux pays industrialisés de délocaliser.
La situation économique et la question sociale
La Tunisie est-elle un pays de misère ? Elle ne l’est certainement pas pour tout le monde. Quelques mois avant sa chute, Ben Ali avait été invité en grande pompe à Paris. Et le président Sarkozy s’était félicité des progrès de l’économie tunisienne et même des avancées du régime…. vers la liberté et la démocratie !
Il est vrai que bien des investisseurs étrangers, fermant leurs entreprises dans leur pays d’origine, s’étaient installés en Tunisie. Les salaires des ouvriers restaient misérables, permettant à peine aux familles de se nourrir (1). Le syndicat UGTT était rassurant car corrompu. Un vrai pays de cocagne…quand on a de l’argent.
Une ancienne ministre des affaires étrangères, par exemple, dont la famille, comme beaucoup de Français nantis ayant des intérêts dans le pays, était sans doute elle aussi attachée à cet état des choses…
Dans la révolte qui surgit, à la question sociale s’est trouvée reliée tout naturellement la question de la Liberté, la volonté d’une démocratie à construire.
Une voie tracée… vers l’impasse.
A peine le peuple tunisien en lutte, avait-il fait, de façon conséquente, reculer le pouvoir et ses sbires, qu’on vit surgir de toute part, comme en Egypte, toute une série de « sauveurs suprêmes » qui venaient, « modestement » se mettre « au service de la population ». Il en était de prestigieux et de courageux. Torturés, emprisonnés, exilés, ils se voulaient d’une probité exemplaire, pleins de bonnes intentions pour exercer le pouvoir et faire le bien du Peuple.
Mais, comme en Egypte, préoccupé par leur lutte, par la défense de leurs intérêts et leurs passions, les insurgés qui avaient payé de leur sang leurs acquis de Liberté, s’en désintéressaient.
Et comme toujours les conseils ne manquèrent pas, issus de ces opposants lettrés revenus de l’étranger, passant au devant de la scène car sur médiatisés par la presse internationale.. Il fallait à présent être raisonnable, se méfier des extrémistes, et se diriger sagement vers la Démocratie, entendez par là la démocratie bourgeoise parlementaire, « la-seule-la-vraie ».
On a bien compris bien sûr que dans notre monde globalisé dominé encore par les puissances occidentales, la Démocratie signifie ici le modèle anglo-saxon qui dirige le monde depuis le XVIIIe siècle. Non sans hypocrisie il laisse croire, à travers les « trois pouvoirs » , que le Peuple, à travers des élections, a son mot à dire. Le vote serait le pivot, le symbole de ce « droit démocratique » et donc de la Liberté, oubliant que dans maintes dictatures il existe aussi ce passage, parfois obligé, aux urnes. Il est toujours bon de rappeler qu’à sa naissance en Angleterre, au XVIIe siècle, les élections et le droit de vote n’intéressait guère plus de 400 000 personnes – les plus riches évidemment - sur une population de plus de cinq millions d’habitants. Et la Révolution Française ne fit qu’enfoncer le clou en favorisant la prise du pouvoir par une élite bourgeoise (2).
De nos jours le Peuple tunisien, sa jeunesse (3), s’il veut une véritable démocratie, n’est pas dupe d’une fausse démocratie représentative partout contestée.
Les avatars de l’électoralisme
Comment ne pas organiser d’élections cependant ? Si l’on voulait en finir avec l’ancien régime et se tourner vers l’avenir, il fallait bien sanctionner la légitimité d’une nouvelle Constitution.
Mais dans les faits comment s’y prendre ? Qui allaient être les maîtres d’œuvre du nouveau régime à mettre en place ?
Là les candidats se pressèrent au portillon ! On allait dire à ce peuple ce qu’il devait faire. Les benalistes y virent rapidement sinon un moyen de se remettre en selle du moins l’occasion de se refaire une virginité de « résistant » …de la dernière heure ! Classique. Et puis c’est l’argent qui aurait le dernier mot : ceux qui en avaient pouvaient avec démagogie tout se permettre pendant la campagne électorale.
Cela devenait cacophonie inaudible. On allait gouverner, siéger, sans possibilité de révocation des élus, condamnés à l’attente des prochaines élections, et ce « naturellement » pendant les années du mandat de l’élu.
On connait ce système de représentativité, ce « nec plu ultra de la Démocratie »… de plus en plus contesté dans les pays même qui l’ont vu naître. Aller faire un tour à Central Park ou à Totenham.
Mais bon gré malgré, en Tunisie, il fallait bien y passer, exorciser la dictature. Ce ne peut pas être pire se disent beaucoup. Alors on le savait bien au fond.. Rien de concret ni de palpable ne sortirait des urnes. On était résigné à cette étape, et dans ce cas de figure, à voir Momo roupiller quelques années dans son fauteuil de cuir. S’il ne se réveille pas trop au moins ne nous ferait-il pas trop de mal pense déjà certains….
Et dans ce genre de situation, pour beaucoup, les résultats électoraux ne sont pas à la hauteur des attentes
La question sociale avait été éludée, même par ceux qui se disaient à gauche et qui s’étaient finalement enfoncés dans des débats de droit et de constitutionnalité.
On a donc voté aux sentiments, à « la tête du client »,… quand on la connaissait ! On a demandé aux voisins. Certains partis ont même proposé de faire accompagner les personnes âgées ou d’autres, afin de les aider « à bien voter ». Les braves cœurs !
Le péril islamique
Et qui remporte les élections dans ce genre de situation ? Les populistes et les conservateurs. Mais en Tunisie, pour l’occasion, comme hier en Algérie, ce conservatisme a le visage d’un islamisme politique. L’Islam émancipateur pour ceux qui connaissent un tant soit peu l’Histoire, est une sinistre plaisanterie quand on sait le rôle que lui attribua le colonisateur dans le maintien de la « paix civile »et de l’oppression. De Bugeaud en Algérie à Lyautey au Maroc, les élites de l’Islam ont toujours été courtisées par le pouvoir colonial, répondant présent, lui rendant un fier service dans le maintien des populations dans la servitude. Et ce n’est pas pour rien que les leaders de l’indépendance s’en sont toujours méfiés.
Cependant comme les autres oppresseurs, Bourguiba puis Ben Ali ont su eux aussi se servir de l’Islam . Un membre de la famille du tyran déchu possédait même une radio qui émettait la bonne parole coranique du matin au soir. Et l’actuel président du gouvernement provisoire ne rate pas une occasion pour rappeler l’importance de la Bonne Parole. Les films, les artistes, les athées voilà les victimes expiatoires qui sont toujours choisis par les islamistes qui aujourd’hui prétendent hypocritement soutenir la démocratie. Leur rêve fétichiste, caché avec plus ou moins d’habileté et d’ostentation est bien celui de la Charia et de l’enfermement des femmes à la maison.
Mais un tel risque pour la société tunisienne inquiète t-il vraiment « l’opinion internationale » ? Pas vraiment.
Les médias occidentaux ne tarissent en effet pas d’éloge pour le gouvernement de tendance « islamiste-démocrate » du Président turc Erdogan. (4). Un pouvoir stable tel est la quête des investisseurs occidentaux. Un pouvoir qui fasse accepter à la population les bas salaires et un niveau de vie misérable, là est l’essentiel pour ces messieurs. Alors un plus ou un peu moins d’Islam, du moment qu’on ramasse la monnaie, ces messieurs là, n’est-ce pas, ils s’en foutent ! Voilà où s’arrête leur sympathie pour le peuple tunisien, pour n’importe quel autre peuple, par ailleurs. Et là c’est la bourgeoisie tunisienne, réfugiée dans ces grands principes, plutôt indifférente au sort du peuple, qui risquait bien d’être sacrifié. Car d’autres, nous l’avons dit, populistes et réactionnaires, avait su avec un peu de monnaie, caresser l’électorat dans le sens du poil, lui faire prendre les vessies pour des lanternes.
Au passage cependant, afin de mettre tout le monde à l’aise, ne serait-il pas nécessaire de rappeler que les Eglises chrétiennes en Europe, adoptèrent, elles aussi, la même attitude de soumission, avec les occupants étrangers, avec tous les régimes, même les plus tyranniques. Et d’où vient l’argent de l’Eglise catholique ou celui des sectes protestantes qui oeuvrent avec tant de zèle en Amérique latine ou en Afrique ?
Des gouvernements et des partis chrétiens réactionnaires ont existé, existent encore en Europe, mettant en péril des libertés qu’on croyait acquises (5). Mais cela nos « spécialistes de la liberté » occidentaux n’en parlent guère, préférant , avec des larmes de crocodiles, s’attarder sur les menaces – réelles au demeurant – qui pèsent sur la société tunisienne et particulièrement les femmes.
Qu’il soit islamiste, chrétien ou venant de n’importe quelle croyance, le pouvoir religieux, niant la raison et l’individu, aux mains de « propriétaires » patentés, devient toujours une tyrannie. Et Ennahta est bien un groupement réactionnaire financé de l’étranger. Car d’où est venu l’argent pour payer ces autobus qui amenaient ainsi les « bons électeurs » aux urnes ? De quoi vivent tous ces professionnel(le)s de la politique ?
Appelons un chat un chat et Ennahta une clique dirigée par des hypocrites financés via l’Arabie Saoudite.
Vers un autre futur par la Démocratie Directe.
On pourra empiler les lois et pondre mille et une constitutions, résoudre la Question Social est la seule clé ouvrant la porte vers un autre futur. Pour cela il faut s’attaquer concrètement aux problèmes économiques, à ceux de la production et ce dans l’unique but de satisfaire les besoins et non pas celui de faire du profit. Dans cette économie prétendument « mondialisé » il faut prévoir au vu des crises et savoir aller à contre-courant pour préserver l’avenir, et donc s’attacher à recenser déjà ce que nous avons sur place. Car sans capitaux, dans une économie mondiale en crise, nous ne pourrons compter essentiellement que sur nos propres forces. La principale force pérenne est le Travail. Et en Tunisie, même s’il manque des matières premières et des machines, on sait faire de tout ou presque.
Un conseil économique de production et de distribution, doit être formé. Il recense donc toutes les données économiques localité par localité. Il y recense parallèlement les besoins.
Ce conseil est constitué de deux fédérations, celle des producteurs et celles des consommateurs organisés fédérale ment de l’échelon local à l’échelon national. Ce sont les assemblées de producteurs et celles des consommateurs de quartiers qui décident par leur concertation. Ainsi dans telle région – ou quartier – on arrive à connaître les besoins en chaussures par le comité des consommateurs. On s’adresse alors au comité des producteurs et en l’occurrence à la fédération des fabricants de chaussures. S’il n’y en a pas dans la région on s’adresse à la fédération des producteurs pour qu’elle nous oriente vers la fabrique la plus proche. Les informations que nous donne la fédération des producteurs nous indiquent si la demande est recevable en l’état, s’il faut développer le moyen de production pour répondre à la demande.
La seule hiérarchie à respecter est celle de la compétence : quand j’ai besoin d’une paire de chaussures c’est vers le cordonnier que je dois me tourner et non pas vers le député quelque soit sa belle parole.
Représentants et délégués doivent partout être révocable avec un mandat limité dans le temps, autant que possible à une mission bien précise. Soyons sûr alors que les aspirants au Pouvoir et aux prébendes s’en trouveraient découragés !
Chacun peut être producteur et consommateur. Si l’on est postier, par exemple, on est ainsi producteur – de services – mais on participe aussi aux réunions des consommateurs pour ce qui est des autres biens et productions. On arrive ainsi sans beaucoup d’efforts à planifier la production sans gaspillage.
Un tel système peut convenir à tous quelque soit sa philosophie et sa religion car on ne cherche qu’à satisfaire les besoins de tous. Il n’a rien de coercitif puisqu’il est basé essentiellement sur l’information. Celle-ci circule rapidement via internet.
Dans la réalité les discussions si elles sont nécessaires et indispensables, se révèlent assez courtes, prenant des aspects techniques, chacun essayant de trouver des solutions dans l’intérêt général.
La garantie d’un revenu pour tous.
Sans démagogie, en tenant compte des moyens, par un fonctionnement de Démocratie Directe (6), le principal objectif est d’assurer un revenu suffisant pour tous. Mais ce revenu doit-il rester fiduciaire, monétarisé ? Ne reste t-il pas alors exposé à toutes les spéculations ? Que vaudra le dinar de demain ?
Prenons l’exemple d’un système de retraite convenable… qui reste bien sûr à mettre sur pied !
Si l’on pait les retraites en argent, celles-ci restent à la merci de décisions défavorables de l’Administration, sous divers prétextes « économiques ». C’est ce qui se passe actuellement dans nombre de pays occidentaux où les retraites sont révisées à la baisse, disparaissent même parfois (7).
Ce qu’il faut assurer à chacun c’est un revenu vital : un toit, une maison, des soins, l’alimentation, de l’instruction, des moyens de transports, des loisirs. Ne vaut-il pas mieux fournir alors tout cela en nature plutôt que de rester à la merci de la monnaie et des spéculations qui en découlent ?
Récemment une amie travaillant pour une association de micro-crédit, m’a relaté qu’une coopérative agricole équatorienne a refusé un prêt en dollars, préférant , non sans finesse, un don de tracteurs…
Les tracteurs restent. Les dollars s’envolent.
Ainsi en démonétarisant progressivement les échanges, on assure un revenu pour tous et on met un coup d’arrêt à la spéculation.
Mais on voit venir les objections. Le spectre du totalitarisme est vite brandi. N’irait-on pas simplement vers un régime de type nord-coréen ou castriste condamné à gérer la pénurie ? Sauf que ces régimes n’ont jamais tenu compte de leurs peuples, des initiatives personnels et des véritables potentiels des populations. La dictature de chefs éclairés, de « l’avant-garde » devait tout résoudre n’est-ce pas … Mais depuis à part quelques idéologues à la traine on sait quand même où a mené cette absence de démocratie réelle (8).
Dans le système proposé tout est clairement au vu et au su de tout le monde. L’effort à fournir est prévisible, facile à fournir car exempt de surexploitation. Il ne s’agit pas en effet d’exploiter qui que ce soit mais de parvenir à des objectifs de production, comme lorsqu’une entreprise a une commande.
A ce propos d’entreprise, si la collectivisation des grandes entreprises par leurs employés s’avèrent indispensables, que dire des petites, de l’artisan ou du boutiquier ? Peut-on sérieusement voir en eux les capitalistes qui mènent le monde ? Et dans la perspective d’un revenu assuré, on peut donc compter sur le ralliement de nombre de ces petits entrepreneurs à notre Conseil Economique de Distribution.
Une telle organisation rationnelle, n’ayant plus comme aiguillon l’exploitation des hommes et le profit, aboutira également à une diminution globale du travail et ce pour une production supérieure à ce qu’elle était
Nemo, le 27/10/2011.
1. Un ouvrier tunisien gagne chaque mois entre 115 et 130 euros (pour 40 à 48 heures de travail hebdomadaire). Mais c’est déjà trop pour les capitalistes car dans le même temps un ouvrier chinois perçoit entre 50 et 60% de moins ! En attendant la concurrence sur ce marché du travail, de la Corée du nord ou du Cambodge…(source wikipedia).
2. Voir également la Constitution Française de 1791 et la notion de « citoyen actif » Chapitre Premier – Section II - Article 2. Les domestiques, par exemple , n’ont pas le droit de vote. Seuls un peu plus de deux millions d’hommes votaient alors sur une population estimée à 27 millions d’habitants.
3. Les jeunes de moins de 25 ans représentent 42% de la population (source :EuroMedYouth).
4. La « démocratie » d’Erdogan, si elle satisfait les puissances occidentales – encore que la Turquie se soit vu refusée son entrée dans l’Union Européenne… - ne semble pas faire l’unanimité en Turquie parmi les journalistes ou parmi une population « minoritaire » comme celle des Kurdes…
5. La Hongrie est un exemple de prise de pouvoir par des populistes qui prétendent s’appuyer sur des traditions et bien sûr le christianisme. Même chose en Autriche ces dernières années. En Pologne le poids du clergé devient pour certains insupportables…
6. Ce terme de Démocratie Directe qui signifie la représentation du peuple par lui-même, sans intermédiaire patenté, a été déformé, souillé, par le Fou de Lybie qui derrière des mots s’enrichissait lui et sa famille et assassinaient des milliers d’individus…
7« Le retraité britannique perçoit une maigre pension de l’Etat : environ 80 livres, soit 115 euros par semaine pour une personne seule, 127 livres (184 euros) pour un couple. Ce système étatique lui procure 20 % des revenus dont il disposait lorsqu’il travaillait, et 60 % de ses revenus globaux de retraité. Résultat : un retraité sur dix vit au dessous du seuil de pauvreté. » Journal « Le Monde » 13/10/04.
8 Le capitalisme d’état , qui a fait ouvertement faillite en 1989 ,prévalant encore dans certaines dictatures par la surexploitation des travailleurs, ne permet pas de satisfaire les besoins des populations.
Les dirigeants, bien décidés à faire-le-bonheur-du-peuple-malgré-lui , reconnaissent aujourd’hui cette faillite, comme à Cuba, et convertis au « libéralisme », baissent les salaires, licencient et vendent leurs populations laborieuses « clés en mains » au plus offrant….
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http://www.legrandsoir.info/tunisie-un-autre-futur.html

Libye, Amérique latine, Argentine et Cuba (La Jornada),Quelques heures après l’assassinat de Kadhafi, en Argentine se produisit un fait totalement distinct....