mardi 18 octobre 2011

la sexualisation des femmes violentes

Les femmes qui se livrent à des violences sont souvent l’objets de récits sexualisés dans lesquels leur conduite est décrite comme une déviation des traits féminins normaux (’pacifiques’). Ces récits sexualisés nient la capacité de violence des femmes en excluant celles qui s’y livrent du royaume de la rationalité et en les considérant comme des non-femmes.
A cet égard, la couverture médiatique du procès en appel d’Amanda Knox et de sa libération de la prison de Perugia en Italie qui s’est ensuivie, a défié toute concurrence. Knox, qui a été reconnue coupable d’avoir tué sa colocataire et a été condamnée à 26 ans de prison, a été régulièrement décrite par les médias et l’accusation comme un "démon femelle" hyper-sexualisé. Dès son arrestation après le meurtre, les motivations attribués à Knox ont été mélangées à des histoires de "jeux sexuels qui auraient mal tourné" au cours desquels elle aurait réussi à "persuader" deux hommes de devenir ses complices du meurtre. A l’aide de bribes de sa vie et de photos soigneusement sélectionnés, Knox a été peinte comme une "séductrice diabolique" qui n’avait pas hésité à recourir à la violence et au meurtre dans son obsession pour le sexe et le pouvoir sexuel.
Le cas de Knox n’est pas isolé. Les discours concernant les femmes violentes décrivent souvent les femmes comme ’intrinsèquement’ passives et ’par essence’ nourricières et opposées à la violence. Les femmes qui se livrent à des violences sont donc souvent considérées comme irrationnelles et leurs actes sont qualifiés d’anomalie par rapport ’à la manière dont les femmes sont supposées se conduire’. Pour maintenir des idéaux normalisés sur les hommes et les femmes (gender), les femmes violentes sont donc qualifiées de ’femmes maléfiques’ dont les actes ne sont pas conformes au comportement naturel des femmes et doivent donc avoir des ’causes particulières’. La sexualité est utilisée pour expliquer la violence des femmes depuis toujours. Les femmes violentes sont représentées comme des femmes sexuellement déviantes et dépravées. Elles se livrent à des violences à cause de leur appétit insatiable pour le sexe et le pouvoir qu’on peut en retirer. Les femmes ’normales’ ont des relations sexuelles ’privées et contrôlées’, tandis que les femmes violentes sont ’obsédées’ par le sexe au point de devenir violentes.
Il y a aussi le cas de la comtesse Elizabeth Báthory de Ecsed (1560-1614), "la comtesse sanglante" qui est considérée comme une des "femmes serial killer les plus meurtrières". On a dit d’elle qu’elle avait tué des centaines de jeunes et jolies vierges pour se baigner dans leur sang afin de garder sa jeunesse et sa beauté. Sa violence a été ’expliquée’ par son besoin de rester jeune pour garder son pouvoir sexuel. De même Katherine Knight, la serial killer australienne, qui a été condamnée en 2001, a été décrite comme une femme hyper-sexualisée. Sa violence a été ’expliquée’ par son insatisfaction sexuelle alors même que ses partenaires affirmaient qu’ils entretenaient avec elle des relations sexuelles qui "auraient satisfaites une personne normale."
Comme le dit Kietnar dans son article "Victimes ou vamps ? l’image des femmes violentes dans le système judiciaire criminel", attribuer la violence des femmes à leur sexualité déviée ou maléfique revient à dire que les femmes violentes, en plus d’avoir commis des crimes bien réels, sont sorties du cadre naturel de leur sexe (gender). Les hommes violents sont des hommes qui n’ont pas réussi à contrôler ’l’agressivité naturelle de leur nature masculine’ ; les femmes violentes quant à elles, sont des femmes qui ont trahi leur nature fondamentale. Les hommes ont une prédisposition au mal et doivent s’efforcer de contrôler leurs instincts tandis que les femmes sexuellement dépravées et déviantes se transforment en des êtres maléfiques non féminins qui se livrent à la violence.
Les criminelles ne sont pas les seules femmes dont la violence soit sexualisée, les femmes qui se livrent à des violences politiques, les militantes, les insurgées, les nationalistes et même les soldates sont soumises aux mêmes représentations. Les insurgées tchétchènes qu’on appelle souvent "les veuves noires" sont décrites comme des femmes exotiques, mystérieuses, voilées (donc sans visage) et dangereuses. On refuse à ces militantes le bénéfice de leurs actions en en faisant les pions des leaders rebelles tchétchènes (mâles) qui les auraient convaincues d’utiliser leurs corps pour venger la mort des combattants tchétchènes. L’image qu’on en donne sexualise et fétichise leurs actions. Les femmes qui commettent des attentats suicides ou des génocides sont représentées de la même manière. Actuellement, en Inde, le gouvernement décrit les insurgées maoïstes, comme des femmes "sexuellement impures et contaminées". Dans ce cas précis, sexualiser les militantes et les décrire comme ’déviantes’ non seulement explique leur participation à la dissidence mais justifie aussi la mission ’civilisatrice’ du gouvernement indien.
La sexualisation des femmes violentes permet de les cataloguer comme des non-femmes, des erreurs biologiques, des anomalies de la nature. Les femmes violentes seraient des exceptions par rapport "au reste des femmes" et leur violence viendrait de leur féminité défectueuse. Ces représentations viennent renforcer les stéréotypes et normes sexuels (gender) qui déterminent la conduite appropriée et les limites que les femmes doivent respecter et qui les subordonnent aux hommes. Par exemple, les femmes dont les vêtements sont considérés comme ’inappropriés’ sont accusées de ’provoquer’ les hommes et de ’séduire’ leurs violeurs ou agresseurs sexuels. De plus, la sexualisation des femmes coupables de violences politiques en fait des femmes incapables de choix indépendants et rationnels. Elle prive les femmes violentes du bénéfice de leurs actes en les cataloguant comme des non-femmes dont les actes sont irrationnels. Cette manière de décrire et d’expliquer la violence des femmes les exclut, elles et la manière spécifique dont ces femmes modèlent et remodèlent la politique mondiale en passant du personnel au politique et vice versa.
Cela fait des dizaines d’années que les femmes violentes, des exceptions déviantes et dénuées de signification, sont exclues de la politique mondiale. Cette exclusion a aussi conduit à un dangereux corollaire selon lequel une femme dont la sexualité serait jugée ’anormale’ serait encline à la violence. Après tout, malgré l’absence de preuves matérielles, Amanda Knox a passé quatre ans en prison en partie parce que la description sexualisée qui en faisait une femme fatale revenait à fournir un motif de meurtre là où il n’y en avait pas
Akanksha Mehta
Akanksha Mehta est chercheur à S. Rajaratnam School of International Studies (RSIS) de Singapour, spécialiste de la violence politique et entre les sexes (gender). On peut la joindre à www.twitter.com/aknksha et www.akankshamehta.com.
Pour consulter l’original : http://countercurrents.org/mehta161011.htm
Traduction : Dominique Muselet pour LGS
URL de cet article 14874 http://www.legrandsoir.info/ni-rationnelles-ni-feminines-la-sexualisation-des-femmes-violentes-countercurrents.html

Iran : le FBI devenu voyou ? (Consortiumnews)

...« il est indéniable que le [Département de Justice] obtient d’excellents résultats pour déjouer les complots terroristes qu’il fabrique lui-même ».....
Le 1er septembre j’avais rédigé un article intitulé « le FBI devient voyou ». Il s’agissait de montrer que l’unité antiterroriste du FBI était devenue un instigateur de crimes. Le mode opératoire de l’Agence nous rappelle ces plantes carnivores qui adoptent des formes sophistiquées pour attirer leurs proies.
De la même manière, la « prévention du terrorisme » au FBI consiste à monter des scénarios afin de leurrer des « terroristes » dans un piège.
L’annonce récente de l’arrestation de l’américano-iranien, Mansor Arbabsiar, ancien vendeur de voitures d’occasion converti au trafic de drogue (et qui a un cousin qui travaille dans la force Quds iranienne, l’unité des opérations spéciales de Gardiens de la Révolution), cadre parfaitement avec ce mode opératoire.
Le Département de Justice (US) affirme qu’Arbabsiar planifiait l’assassinat de l’ambassadeur saoudien à Washington. Dans le même temps le Département assure que, selon le procureur US Preet Bharara, « pour toute l’opération, les sources confidentielles du gouvernement étaient supervisées et pilotées par des agents fédéraux ».
Dans ce cas précis, la source confidentielle était lui-même un ancien agent de la DEA (Drug Enforcement Agency – police anti-drogue US – NdT) et un criminel condamné. Selon Gareth Porter, on entend l’agent dans un des enregistrements clandestins du FBI, « induire Arbabsiar à accepter d’assassiner l’ambassadeur saoudien. » Ce qui constitue un piège et c’est illégal.
Les « pilotes » sont des agents du FBI impliqués eux-mêmes dans la fabrication d’un crime. Ce ainsi que le gouvernement garantit une arrestation.
Comme l’a relevé Glenn Greenwald, « il est indéniable que le [Département de Justice] obtient d’excellents résultats pour déjouer les complots terroristes qu’il fabrique lui-même ». De plus, sans surprise, Bharara a rappelé que pendant toute l’opération « terroriste », « personne n’était réellement en danger. »
La frontière entre criminels et policiers a toujours été poreuse. Et c’est pour cela que tous les grands départements de police ont une unité d’affaires intérieures (une « police des polices » - NdT). A l’évidence, l’unité anti-terroriste du FBI a franchi cette frontière.
Le précédent ainsi crée est en soi assez lugubre, mais dans ce cas précis, ceux du Département de Justice ont fait bien pire : ils ont accusé un pays étranger, l’Iran, de complicité.
Arbabsiar aurait été recruté par son propre cousin pour contacter un cartel de drogue mexicain pour l’assister dans son projet. Ce qui a provoqué une volée de menaces émises par le gouvernement des Etats-Unis à l’encontre de l’Iran. Le président Obama lui-même a mené l’assaut.
« Ceci n’est pas uniquement une escalade dangereuse, ceci fait partie d’un comportement inconscient et dangereux de la part du gouvernement iranien, » a dit Obama. « Même si les dirigeants iraniens n’avaient pas une connaissance détaillée du dossier, tous ceux au sein du gouvernement iranien impliqués dans ce genre d’activité devront rendre des comptes ».
L’Hypocrisie
Puisque le Département de Justice et le FBI ont un tel goût pour imaginer des scénarios criminels, peut-être pourrions-nous faire de même. Imaginons ceci :
- Quelqu’un au sein d’un des nombreux services de renseignement US, peut-être en collaboration avec un pays allié, décide d’assassiner les experts nucléaires iraniens. Ils décident de faire appel à des intermédiaires et partent à la recherche de tueurs à gages. Ils ne vont pas chercher au Mexique, mais plutôt parmi les groupes d’exilés iraniens qui ont les contacts appropriés à l’intérieur de l’Iran.
Peu après, un nombre de scientifiques et d’ingénieurs nucléaires iraniens sont retrouvés morts. Dans la foulée, le président Mahmoud Amadinejad tient une conférence de presse et dit : « Ceci n’est pas uniquement une escalade dangereuse, ceci fait partie d’un comportement inconscient et dangereux de la part du gouvernement étatsunien... Même si les dirigeants étatsuniens n’avaient pas une connaissance détaillée du dossier, tous ceux au sein du gouvernement étatsunien impliqués dans ce genre d’activité devront rendre des comptes ».
- A présent, nous nous retrouvons dans les entrailles du Pentagone où quelqu’un a dressé une liste de personnes supposément liées à Al Qaeda. Certains noms y figurent à cause de rapports de « renseignement » qui citent eux-même des informations de seconde et même de troisième main. Certains sont plus fondés.
Un nom est choisi et la localisation approximative de la personne est confiée aux petits génies militaires qui programment un avion sans pilote au-dessus du Golfe Persique. Ensuite, un génie informatique quelconque lance une bombe ailée, à l’aide d’une simple manette de jeu, sur la cible qui se trouve être la maison de quelqu’un. Peut-être tuent-ils la personne visée, peut-être pas. Dans tous les cas, bon nombre d’innocents qui étaient au mauvais endroit au mauvais moment trouvent la mort, eux.
Après quelques dizaines d’attaques de ce genre, le président de l’Afghanistan ou peut-être du Pakistan tient une conférence de presse et déclare : « Ceci n’est pas uniquement une escalade dangereuse, ceci fait partie d’un comportement inconscient et dangereux de la part du gouvernement étatsunien... Même si les dirigeants étatsuniens n’avaient pas une connaissance détaillée du dossier, tous ceux au sein du gouvernement étatsunien impliqués dans ce genre d’activité devront rendre des comptes ».
On pourrait continuer ainsi longtemps. Le fait est que le Président Obama et toute la flopée de politiciens et officiels US qui ont publiquement exprimé leur indignation devant l’implication supposée de l’Iran dans un complot visant à pénétrer un territoire étranger dans le but d’assassiner quelqu’un, entreront dans l’histoire comme une belle bande d’hypocrites. Chose qui n’a pas vraiment l’air de les préoccuper.
Petits Mondes
Pourquoi nos dirigeants politiques agissent-ils avec autant de duplicité et d’hypocrisie ? Pour tenter d’y répondre il faut se souvenir qu’ils vivent dans un monde restreint et clos.
Leur monde à eux n’est pas un monde fait de débats publics et vigoureux entre différents points de vue. Leur monde est celui d’exigences et d’opinions exprimées par des groupes d’intérêt qui sont eux-mêmes auto-centrés sur leurs objectifs et indifférents à la morale et même à la vérité en dehors de leur propre sphère d’action. Voici deux exemples :
- Un de ces groupes auto-centrés est celui de la communauté des forces de l’ordre qui, si on leur donne l’occasion, se comporteront d’une manière autoritaire sans égards pour les règlements et procédures qui limitent leur pouvoir.
Les attaques du 11 Septembre a crée justement une de ces occasions pour ce groupe pour pouvoir justifier ses actions en violation de la Constitution. Ce comportement a été de fait encouragé par un grand nombre de politiciens impatients de complaire à une population dont la majorité se soucie peu de ses droits qui sont rarement exercés dans la vie quotidienne – une majorité qui commet donc l’erreur de croire que le sacrifice de ces droits renforce sa sécurité.
- Un autre de ces groupes est celui des Sionistes et leurs partisans qui sont instinctivement autoritaires dans leur comportement et donc parfaitement disposés à violer la Constitution pour atteindre leurs objectifs. Et un des ces objectifs est la destruction de l’Iran.
C’est avec leurs encouragements que de plus en plus de membres du Congrès se joignent à la meute anti-iranienne. C’est avec leurs encouragements qu’on trouve, en arrière-plan des dénonciations télévisées contre l’Iran, des officiels du Trésor US connus pour leur soutien à Israël.
Ces officiels sont chargés d’instaurer des sanctions contre la banque centrale iranienne dans l’espoir de détruire l’économie du pays. Les justifications avancées pour ces mesures relèvent d’une mauvaise plaisanterie mais cela ne les dérange nullement.
Derrière tout ceci se trouve le problème général de réussir, d’un côté, à faire comprendre au public, tout occupé à ses activités quotidiennes, que ce que racontent les médias et le gouvernement n’est pas forcément vrai. En fait, c’est même le plus souvent faux.
Et, d’un autre côté, que les conséquences de suivre aveuglément ces joueurs de flûte peut provoquer de nombreux morts et d’immenses destructions. Il suffit de se souvenir du Vietnam et de l’Irak. Mais beaucoup ne se souviennent pas et on pourrait être amené à penser que ce comportement autodestructeur se poursuivra pendant des générations.
Lawrence Davidson
Professeur d’histoire à West Chester University en Pennsylvanie. Auteur de « Foreign Policy Inc. : Privatizing America’s National Interest » ; « America’s Palestine : Popular and Offical Perceptions from Balfour to Israeli Statehood » ; et « Islamic Fundamentalism. »

lundi 17 octobre 2011

Cuba : Conversation d’aujourd’hui avec Carlos Manuel de Céspedes,premier Président de la République de Cuba en Armes et Père de la Patrie. (Rebelion)

Nous appartenons au(x) peuple(s)-classe,Nous sommes d’en-bas !

Contribution lors de la Journée mondiale des indignés du 15 octobre 2011.

 Le sentiment d’appartenance de classe subsiste chez "ceux d’en-bas" mais il est concurrencé par le sentiment d’appartenance à la nation, lui même multiforme fort chez certains et faible chez d’autres. Il est concurrencé aussi par d’autres sentiments d’appartenance allant de la famille à l’humanité. On constate donc une multi-appartenance des individus.
Le sentiment d’appartenance de classe se rattachait jadis à la classe ouvrière. Ce sentiment s’est affaibli pour de nombreuses raisons (1). Mais il s’est recomposé. L’appartenance sociale perdure mais sur un mode plus diffus lié à la montée de l’individualisme.
I - Eléments pour une constitution progressive d’un nouveau sentiment d’appartenance de classe.
A - Des luttes sociales ...
On peut avancer que la montée du néolibéralisme - qui prend naissance au début des années 1980 (généralisation des politiques de Reagan et Thatcher) poursuivie avec les libéralisations financières ( vers 1986 en France) a recrée un sentiment d’appartenance "social" ou de classe . On l’a nommé corporatisme lors du mouvement de grève de novembre et décembre 1995. C’est à cet époque que les élites se sont départagées entre deux courants, l’un réactionnaire derrière Notat et l’autre progressiste derrière Bourdieu. Ce dernier défendait les fonctionnaires de base, le salariat public d’exécution de catégorie C, B et même "A de base" face à une bourgeoisie privée et publique déjà bien soudée pour casser l’Etat social français.
C’est à partir de ces années que la notion mouvement soutenu par procuration est entrée dans le discours politique. Les travailleurs du privé soutiennent les grèves et les manifestations mais n’y participent guère. Cela se constate avec des déformations dans les élections.
B - ... aux votes à gauche.
Ce mouvement social a trouvé sa traduction politique dans les urnes en 1997 avec la nomination du gouvernement Jospin mais aussi plus tard en 2002 sous la forme de votes plus à gauche encore du fait de la montée de la critique de la "gauche plurielle" (1997 à 2002). Les élections du 21 avril 2002 ont montré qu’un vote critique de la "gauche gouvernementale" d’accompagnement social du capitalisme existait en France. On peut avancer sérieusement que ce vote a été réduit par la crainte du FN et l’appel au "vote utile".

Les crises qui ont surgit ces dernières années ont très probablement renforcé cette accusation du capitalisme. Même quand la critique porte contre des entités externes, notamment depuis le "non" au TCE le 29 mai 2005, en visant la "troïka" (FMI, BCE, Commission européenne) il s’agit encore largement d’une contestation de "gauche" du pouvoir de "ceux d’en-haut" (classe dominante ou oligarchie). Certes une ambiguïté est présente puisque le clivage national "eux / nous" se mélange à celui de classe "en-haut / en-bas". C’est d’ailleurs sur cette ambiguïté que se greffe la stratégie de certains courants de droite et surtout du FN. Cela oblige les partis de gauche non seulement à des clarifications dans le discours mais aussi à des politiques concrètes pour recréer du "social". Le départ de Jean-Luc Mélanchon du PS peut s’interpréter comme une prise de conscience de la nécessité d’un discours social et même socialiste. Le PS n’est plus socialiste depuis bien longtemps.
II - L’appartenance au peuple-classe est économico-politique.
L’appartenance au peuple-classe est lié au refus du néolibéralisme. Il est donc économique social et politiques. Il y a une volonté de se démarquer de la classe dominante qui nous frappe dessus public et privé, travailleurs salariés et travailleurs indépendants. Ce sentiment d’appartenance n’est pas lié au fait que le peuple "social" disposerait de vertus particulières. Le peuple-classe ne forme pas un groupe homogène et c’est pour cela que le sentiment d’appartenance est diffus. Il a souvent refus d’appartenir à un groupe plus fermé : de n’être par exemple que "fonctionnaire". C’est que les fonctionnaires sont subdivisés en prolétaires (C et B et une partie des A), petit-bourgeois (A+) et bourgeois (Hauts fonctionnaires au sommet de l’appareil) et que toutes ces années de lutte n’ont pas forgé la même conscience de classe.
Pauvres, prolétaires ou petit-bourgeois, nous résidons en France soit comme national soit comme résident venu d’ailleurs et durablement installé (mal parfois) sur ce territoire. Le fait de parler le français comme première ou seconde langue et d’apprécier (ou non) ce pays pour diverses raisons n’empêche nullement d’y voir ses défauts. Et le plus gros de ses défauts ne lui est pas propre.
A - Un refus radical de la bourgeoisie et de sa fraction "finance".
Ce pays dispose comme tous les autres d’une classe dominante arc-boutée sur ses privilèges et qui entend bien reproduire la puissance de sa domination sur le peuple-classe dont nous faisons parti. Cette domination se renforce et fait problème.
Ce pays dispose aussi d’un parti d’extrême-droite particulièrement habile pour exploiter le sentiment d’appartenance à la nation au profit de la bourgeoisie. Cela non plus n’est pas propre à la France. En quelques lignes on comprend que les différents peuples-classe ont quelques raison de se montrer solidaire au-delà des différences culturelles souvent très secondaires.
Cependant, il ne suffit pas de poser théoriquement le peuple-classe comme "l’autre de la bourgeoisie" ou pour par le refus de la domination de la classe dominante pour que naisse le sentiment d’appartenance au peuple-classe. C’est qu’au sein du peuple-classe on trouve des divisions multiples. Divisions qu’il faut combattre pour donner du poids au peuple-classe.
Il existe en effet d’autres formes de domination, d’exploitation et d’oppression qui peuvent parfois se faire sentir de façon tout aussi concrète. Le jour ou une femme se fait violer, elle oublie qu’elle a perdu son emploi ou qu’elle travaille cinq jours sur sept pour un petit salaire depuis trop longtemps. Le jour ou un arabe se fait refuser un logement ou un emploi à cause de la "couleur" de son nom, il oubli qu’il partage le sort de millions de travailleurs salariés prolétaires qui comme lui doivent "travailler plus" pour gagner un salaire constamment réduit à zéro en fin de mois.
Il n’en demeure pas moins que la domination du capital et surtout du capital financier est celle qui pèse sur le plus d’individus de toute couleur, de toute culture, de toute religion, de tout genre (hommes et femmes), de toutes les autres couches sociales du petit patronat aux travailleurs prolétaires et évidemment aux chômeurs et précaires. Et cela est un vecteur important pour valoriser, l’appartenance au peuple-classe. Quitte à mener d’autres combats. Ils sont nombreux fort divers. Mais la frontière ne doit pas être oubliée.
B - Comment s’exerce aujourd’hui cette domination bourgeoise et capitaliste ?
Elle passe par un grand détournement de flux monétaires et financiers vers le haut, vers la spéculation et les actionnaires. Ce détournement s’effectue au détriment de la sphère productive, celle qui fournit à la société des richesses marchandes et non marchandes. Le débat n’est pas ici productivisme ou non productivisme. Il n’est même pas encore à déterminer ce qui va aller aux salaires et au profit du capital non financier. Car les entreprises non cotées en bourse sont largement victimes de ce détournement de fonds vers la finance, vers les rentiers.
Le refus de la domination de la classe dominante passe donc, entre autres, par des propositions (2) visant à contrecarrer ce détournement afin de réorienter les flux monétaires - ponctionnés sur le travail salarié - vers le bas vers la production et pour une plus grosse part vers les salaires. Ces propositions existent. Elles sont variables. Tout cela se discute. Le problème est qu’il y a peu de discussion et peu de propositions mises en avant. Au sein des partis de gauche et des syndicats elles restent dans les programmes mais ne s’affichent pas dans les tracts. Bref elles ne sont guère popularisées.
C - Le champ politique des alliances de classes.
C’est là que l’on voit que dans le refus de la domination du capital il n’y a pas accord au sein du peuple-classe et des organisations qui peuvent prétendre le représenter sur la façon d’avancer. Certains acceptent d’atténuer la domination de la rendre supportable alors que d’autres la refusent radicalement. Les choses sont si complexes que même ceux qui critiquent radicalement cette domination ne sont pas d’accord sur la façon de procéder.
Le plus gros désaccord me semble passer aujourd’hui entre ceux qui mettent d’abord l’accent sur la casse de la "troïka" (FMI, BCE, Union européenne) et ceux qui militent contre un anti-capitalisme transversal ci comme ailleurs. Les premiers (me) paraissent défendre plus le peuple-classe que les autres qui sous prétexte de défendre la souveraineté populaire efface le peuple-classe mais aussi la classe dominante sous le peuple démocratique.
Il ne s’agit pas de dénigrer le démocratique qui a des vertus citoyennes à réhabiliter. Mais cela ne saurait se faire par oubli du social ou faire "comme si" le démocratique menait automatiquement vers le social. L’histoire nous a montré que le chemin inverse était possible. Ainsi tout l’effort politique du moment doit porter à l’émergence d’une subjectivité du peuple-classe. Car c’est lui qui supporte les attaques de la finance, des créanciers et de l’oligarchie. C’est la raison fondamentale. Et cette vérité n’a pas été contredite par quiconque.
D - Changer la démocratie pour tous en invoquant le peuple-classe.
C’est principalement dans "la rue" que se forme la subjectivité de lutte du peuple-classe. Elle se fait autour des couches salariées les plus mobilisées. La "rue" tend à donner un contenu de classe à la démocratie lorsque est venu son heure. Encore faut-il que cette démocratie dite représentative ne reproduise pas de façon récurrente une délégation de pouvoir à l’oligarchie financière. Il faut donc démocratiser la démocratie rabougrie existante. Des mesures doivent être prise par la gauche et les écologistes pour qu’un "saut qualitatif" soit enclenché dans cette dynamique.
Sans être exhaustif nous voulons :
- Un débat à grande échelle doit être mené autour de la question du "tirage au sort" comme complément de l’élection et du suffrage universel. Ce débat a eu lieu dans ATTAC entre Pierre KHALFA et les amis de Jean-Claude BEAUDURET.
- Le système d’élection des sénateurs par des élus et non par des citoyens est à abroger.
- La professionnalisation des élus est à combattre par une limitation des mandats verticaux et horizontaux. Il s’agit de combattre la constitution en caste des grands élus.
- La question des sursalaires des sénateurs comme des députés et ministres est à reconsidérer d’urgence. Ce n’est pas une affaire secondaire puisque notre oligarchie est de nature ploutocratique. Il ne s’agit pas pour autant de tordre le bâton dans l’autre sens en proposant le "salaire ouvrier" aux élus. Cela est aussi à débattre.
- Les dispositifs favorisant l’intervention citoyenne doivent être développés. On imagine mal un saut qualitatif appréciable en matière de démocratisation sans cela.
- Il convient aussi d’en finir avec la personnalisation excessive de l’élection présidentielle. La gauche ne devrait pas défendre ce type d’élection ni tout lui subordonner. Faut-il revenir pour autant à la réforme de 1962 ? Ce n’est pas certain. Faut-il suggérer d’autres pistes ? C’est probable.
- Ce qu’il faut enfin réhabiliter c’est le programme politique à diffuser et à mettre en débat et non la politique des "petites phrases" qui discrédite le système de compétition électorale.
E - Solidarité des peuples-classe.
Reste encore à favoriser la solidarité entre les peuples-classe et donc à élargir le champ ordinaire de la politique. Les oligarchies sont transnationales. Les bourgeoisies se "serrent les coudes" autour de leurs privilèges de classe autant qu’elles se combattent au plan économique.
Les peuples-classe doivent faire de même. Faire prévaloir la solidarité plus que la concurrence est essentiel. Les objets d’une telle solidarité ne manquent pas. Ils sont aussi bien sociaux qu’écologiques.
Christian DELARUE
1) Les ouvriers et la politique. 1962 –2002, quarante ans d’histoire - Entretien avec Guy Michelat et Michel Simon
http://a.dorna.free.fr/RevueNo5/Rub...
2) Il s’agit des propositions qui passent de la séparation des banques d’affaire et des banques de dépôts à celle des nationalisations de banques et de constitution d’un pole public bancaire ou de celle de mise des banques sous statut de coopérativ
URL de cet article 14862 http://www.legrandsoir.info/en-bas-nous-appartenons-au-x-peuple-s-classe-nous-sommes-d-en-bas.html

dimanche 16 octobre 2011

« La guerre des ventres vides » Les médias dominants font une impasse totale sur la grève de la faim suivie par un grand nombre de prisonniers palestiniens en Israël

dimanche 16 octobre 2011 - 10h:13
Une grève de la faim entamée par les Palestiniens dans les prisons israéliennes, souligne les conditions barbares auxquelles ils sont soumis, écrit Saleh Al-Naami.
Les médias dominants font une impasse totale sur la grève de la faim suivie par un grand nombre de prisonniers palestiniens en Israël, se faisant ainsi les complices directs de la politique criminelle de l’Etat sioniste.
Au milieu d’un silence de mort, le bruit de la chute de Jamal Hassan sur le plancher de sa cellule de la prison de Shatta en Israël a été particulièrement fort ce vendredi soir. Lorsque les gardes ont ouvert la porte de sa cellule, ils l’ont trouvé saignant de la tête et il avait perdu conscience. Il a été transféré vers un hôpital israélien proche.
Hassan, âgé de 31 ans, est l’un parmi les centaines de détenus palestiniens dans les prisons israéliennes qui ont entamé il y a 18 jours une grève de la faim illimitée pour protester contre les brutales conditions d’incarcération auxquels ils sont soumis.
Ces conditions comprennent une longue série de procédures décidées par le cabinet de Benyamin Netanyahou pour tenter d’exercer une pression sur le mouvement Hamas afin d’accélérer l’opération d’échange de prisonniers et faire en sorte que [le Hamas] revienne sur ses conditions préalables à la libération du soldat israélien Gilad Shalit.
Hassan, qui purge une peine de prison à vie, a succombé à la faim, à la soif et à l’isolement et a fini par s’écrouler. Les autorités israéliennes ne communiquent aucune information sur son état de santé, tandis que des sources palestiniennes affirment que les Israéliens dissimulent le fait - de crainte que ces nouvelles ne déclenchent une réaction de colère parmi les Palestiniens - qu’ils ont transféré un grand nombre de prisonniers palestiniens vers les hôpitaux.
Les mesures punitives contre les prisonniers incluent le placement de tous leurs dirigeants en isolement, dans lequel le prisonnier est détenu dans une cellule qui fait 1m sur 1m05, y compris les toilettes, et où il dort et mange. Les Israéliens ont également limité les types de repas servis aux détenus, les empêchent de quitter leurs cellules, augmentent le nombre et la fréquence des appels, ainsi que des fouilles au corps où les prisonniers sont forcés d’enlever tous leurs vêtements sous le prétexte de rechercher des objets tranchants. Les prisonniers sont aussi souvent victimes d’abus violents par des escouades spéciales dont la tâche est de blesser et de tourmenter les prisonniers.
Des sources ont déclaré à Al-Ahram Weekly qu’Israël utilisait la politique de la carotte et du bâton avec les dirigeants des prisonniers, multipliant les mauvais traitements tout en ouvrant des canaux de communication avec ces dirigeants et en leur demandant de faire pression sur le Hamas pour que celui-ci soit plus souple dans les conditions qu’il pose à la libération de Shalit, le tout en échange d’un meilleur traitement en prison.
Les dirigeants des prisonniers palestiniens en Israël ont affirmé que le personnel politique et sécuritaire israélien est particulièrement brutal avec les détenus, parce que leurs dirigeants non seulement n’ont pas répondu à l’offre des autorités pénitentiaires, mais ont même demandé au Hamas de ne transiger sur aucune de ses exigences. Les exigences en question comprennent la libération de tous les prisonniers purgeant des peines à perpétuité, ainsi que des femmes, des enfants et des malades.
Les actions des responsables des prisons consistent à multiplier les agressions contre les prisonniers. Ceux qui sont en grève de la faim ne mangeaient que du sel dissous dans l’eau afin que leurs estomacs ne restent dans le meilleur état possible, mais les autorités pénitentiaires ont vite interdit le sel dans les prisons. Pour les presser psychologiquement, les prisonniers se voient interdire tout changement de vêtements, de sorte qu’ils restent dans les mêmes tenues.
En riposte, les prisonniers et leurs dirigeants ont pris des mesures comme refuser de porter les uniformes imposés dans les prisons israéliennes et de se lever lorsque les gardes font un appel nominal, et comme refuser de coopérer avec l’administration pénitentiaire ou interagir avec elle. Les prisonniers palestiniens appellent leur lutte contre ces mesures oppressives, « la guerre des ventres vides ».
Les dirigeants en prison disent qu’ils vont s’opposer aux politiques répressives en endurant la faim, la soif et l’isolement. Ils ont dit qu’ils avaient fait leur choix et que si les autorités carcérales israéliennes ne mettaient pas un terme à ses mesures brutales, ils continueront leur grève jusqu’à en mourir.
Des sources ont déclaré au Weekly que les dirigeants [palestiniens] dans les prisons ont au premier abord hésité à annoncer une grève de la faim illimitée, car elle allait coïncider avec le projet de l’autorité palestinienne [de Ramallah] de demander en septembre une reconnaissance internationale de l’État de Palestine. Ils craignaient que leur grève ait une incidence négative sur cette initiative. Des sources proches des prisonniers ont déclaré que les mesures oppressives sans précédent appliquées par les autorités pénitentiaires contre les dirigeants palestiniens emprisonnés et la décision de renforcer leur isolement, avaient convaincu les détenus de commencer le jeûne.
Des sources ont déclaré au Weekly que les premiers à avoir entamé une grève de la faim ont été Ahmed Saadat, le secrétaire général du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP), et Jamal Abu Al-Heja, une figure de proue du Hamas, qui sont tous les deux condamnés à la perpétuité. Ils ont été placés en cellule spéciale il y a presque trois ans, et ils n’ont aucun contact avec le monde extérieur. Les mêmes sources ont indiqué que Saadat et Al-Heja avaient réussi à envoyer un message ce jeudi soulignant la nécessité de poursuivre la grève de la faim jusqu’à ce que les forces d’occupation israéliennes répondent à toutes les demandes de prisonniers palestiniens, y compris de mettre fin à l’isolement complet.
Une source a ajouté que les autorités carcérales ont décidé d’isoler tout détenu qui se déclarait en grève de la faim, puis de former un groupe chargé de négocier avec lui les modalités pour qu’il mette fin à la grève. Les autorités israéliennes auraient été surprises de constater que tous les prisonniers palestiniens dans leurs prisons avaient les mêmes revendications. Addameer, l’association de soutien aux prisonniers et qui défend leurs droits, a déclaré que les autorités pénitentiaires ont déplacé un grand nombre de prisonniers, les font passer à tabac et les terrorisent, essayant ainsi de briser leur volonté.
Eissa Qaraqa, ministre palestinien des Prisonniers, a déclaré que « la guerre des ventres vides » vise les extrémistes de droite du gouvernement Netanyahu, ainsi que l’Administration pénitentiaire israélienne. Qaraqa a déclaré que la bataille continuerait jusqu’à ce que toutes les demandes prisonniers soient remplies. « Si les forces d’occupation n’arrêtent pas leurs mesures punitives, la lutte contre l’occupation ne va pas rester confinée à l’intérieur des murs de la prison », a-t-il averti. « Elle va se déployer dans la rue palestinienne. »
En effet, les Palestiniens ont organisé des dizaines de manifestations en solidarité avec les membres de leur famille derrière les barreaux, et de nombreux Palestiniens ont aussi commencé une grève de la faim pour soutenir les prisonniers. Pendant ce temps, des représentants de toutes les organisations palestiniennes ont érigé des tentes devant les bureaux de la Croix-Rouge pour exprimer leur solidarité avec les prisonniers.
Sherine Iraqi, avocate pour le ministère palestinien des Prisonniers, a déclaré que les détenus qu’elle avait rencontrés étaient menottés et portaient des bracelets aux chevilles, et que dans la prison de Shatta les prisonniers étaient fouillés entièrement nus lorsqu’ils étaient transportés d’un endroit à l’autre. Iraqi a ajouté que l’état de santé de plusieurs des grévistes de la faim était devenu critique.
Le Hamas a appelé les organisations de la résistance à renforcer leurs actions contre l’occupation israélienne en réponse à ce qu’il décrit comme « des crimes contre les prisonniers ». « Au milieu du silence de la communauté mondiale, et de la faiblesse arabe et islamique, nous défendrons nos prisonniers et résisterons partout à l’occupation », a déclaré Khalil Al Hayya, une figure de proue du Hamas lors d’une grande marche organisée par son organisation ce vendredi soir à Gaza en solidarité avec les prisonniers. « Nous n’aurons de cesse que nous n’ayons libéré tous les prisonniers des prisons de l’occupation. »
Al-Hayya a noté qu’une résistance totale dans toutes ses formes est le seul moyen de libérer les prisonniers, de préserver leur dignité et de défendre chaque individu que l’occupation israélienne a violé dans sa dignité, dans sa vie et dans ce qu’il possède. « En réponse à l’arrogance de l’occupation qui viole les droits de nos prisonniers, nous allons amplifier notre résistance et poursuivre ses dirigeants comme criminels de guerre. Ils paieront pour leurs actes tôt ou tard », a-t-il ajouté.
Les dirigeants du Hamas tiennent Israël pour responsable de la vie des 7000 prisonniers qui suivent la grève de la faim dans cette « guerre des ventres vides », appelant le peuple palestinien à resserrer les rangs et à s’unir derrière les prisonniers. Al-Hayya a également appelé les peuples libres du monde et les citoyens arabes à agir sur la question des prisonniers et de le faire en toute priorité, et à faire savoir ainsi à Israël que les prisonniers ne sont pas seuls.
Avec leurs ventres vides, des milliers de prisonniers palestiniens s’opposent à la machine oppressive israélienne. Ils comptent sur le peuple palestinien en Cisjordanie, à Gaza et dans la Diaspora pour ne pas être abandonnés à leur sort. Ils espèrent également que la conscience du monde se réveillera et prêtera attention à leur terrible souffrance.
Salah al-Naami - Al Ahram
Source : Info-Palestine

La famine en Afrique de l’Est : Une bonne occasion de faire des affaires et de méconnaître (volontairement ?) ses causes

le 15 septembre 2011
« La famine : une bonne occasion de faire des affaires - la terre est-elle en vente au supermarché mondial des ressources?»
Une voix qui crie dans le désert
Quelles sont ces voix qu’on ne cesse d’entendre ces derniers temps ? Une voix qui crie dans le désert ? Nullement. Ce sont les médias qui nous interpellent. Elles se font du souci : une famine en Afrique de l’Est ! Selon diverses organisations internationales cette famine menace 11,5 millions d’êtres humains. Les nouvelles se succèdent à toute allure : la Somalie, l’Éthiopie, le Kenya, sécheresse, guerres, cortèges de réfugiés... Les organisations humanitaires sont en ébullition. La bonne volonté de manque pas, seuls les moyens font défaut. Le riche Occident parvient de moins en moins à les fournir, car lui-même s’appauvrit. Rien qu’aux USA 46,2 millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté. Et l’Europe ne va pas mieux : la Grèce est en faillite, la Hongrie également, le tour de l’Espagne, du Portugal et de l’Italie arrive, peut-être suivis par la France. L’Allemagne s’en tire encore bien, c’est vrai, et la petite Autriche semble être miraculeusement préservée. Mais là aussi on voit poindre les premiers signes de stagnation et de récession.
Allons-nous connaître ici aussi le sort de l’Afrique ? Et si nous en arrivons là, ce sera la fin du monde ? Le célèbre calendrier maya la prévoit dès l’an prochain. Ou peut-être un peu plus tard ? Tout dépend des humains eux-mêmes, car la société est mal en point. Mais que faire ?
On recherche fiévreusement la bonne solution. Même ici, en Autriche. Doit-on en conclure que l’espoir est tout de même permis ? Si l’on se base sur une conférence-discussion qui s’est déroulée le 15 septembre à Vienne, la réponse pourrait être « oui ». L’organisateur n’était autre que le très renommé Institut Renner du Parti social-démocrate et elle portait le titre : « La famine : une bonne occasion de faire des affaires- la terre est-elle en vente au supermarché mondial des  ressources?» Si l’institution qui forme les cadres du plus important parti autrichien - de surcroît au pouvoir en ce moment - invite à un dialogue sur un sujet ainsi formulé, ce n’est sûrement pas un hasard. On aurait pu croire que le SPÖ prenait un tournant idéologique. Et il semblait bien que l’on renonçât à l’indulgence accoutumée envers les piliers du patronat (vulgairement dénommé bourgeoisie) et que ce parti, impliqué dans la quasi-totalité des scandales survenus au cours de la Deuxième République autrichienne, dont même les étudiants ont crié « Qui vous a trahis ? les socio-démocrates ! » s’était remis sur les rails que lui avait indiqués son fondateur, Viktor Adler. Bien sûr il ne s’agit plus aujourd’hui des ouvriers de « Wienerberger », une entreprise fabriquant des briques et imposant à ses employés des conditions proches de l’esclavage, chez qui ce jeune médecin s’était introduit incognito pour pouvoir décrire ce qu’elle leur faisait subir. Cette fois il s’agit de mettre un terme à la croissance de la famine qui menace le monde entier.
Un aussi noble propos pouvait faire espérer à juste titre qu’au moins les huiles du SPÖ (sans parler des autres) relèveraient de leur présence le poids de cette conférence. Hélas ! il n’en fut rien. Le très sélect Institut Renner ne lui offrit pas même ses propres locaux ; il la relégua dans un modeste hôtel excentré. Et là, ce ne fut ni le directeur ni son représentant qui accueillit les participants, mais un collaborateur (Mag. Sebastian Schulbach) chargé de jouer les animateurs. C’était bien suffisant pour un public peu fourni et de modeste condition. Il n’y avait là, du reste, que quelques dizaines de personnes. Bien suffisant pour une ambiance intime - mais elle aussi fit défaut. Les journalistes ne s’y pressaient pas. Dans la salle, il y avait seulement une caméra, et l’on annonça que le 22 septembre la conférence ferait l’objet d’une demi-heure d’émission, ce qui fut fait, effectivement.

Une vision effrayante

L’ambiance dans la salle ne se prêtait de toute évidence pas à prendre à bras-le corps un tel problème. La communication n’était visiblement pas la principale qualité des intervenants qui abordèrent la question: Brigitte Reisinger de FIAN-Autriche, Roman Herre, de FIAN-Allemagne, Jennifer Franco, du Transnational Institute d’Amsterdam et Nyikaw Ochalla de l’organisation éthiopienne AnuakSurvival. Au lieu de présenter une image vivante, de sensibiliser les auditeurs au drame de l’accaparement des terres et de renforcer par leurs propres initiatives le désir d’agir pour contrer cette tendance, les intervenants offrirent une sèche présentation des faits, comme les officiels ont coutume de le faire. Leur voix portait peu, leur débit nerveux et parfois bafouillant accentuait encore cette impression. On avait presque le sentiment que les gens sur le podium prenaient bien garde à ne pas dépasser certaines limites.
De fait, un coup d’œil sur les brochures terriblement scolaires de l’organisation FIAN (= Food First Information and Action Network) donnait à penser que les intervenants s’étaient limités à résumer leurs informations ????? de manière concise, mais malheureusement assez maladroite. Entre autres parce que leur titre ne différait guère de celui d’un projet de FIAN -Autriche relatif à l’accaparement des terres. Ce projet, qui en 2010 avait été approuvé et avait reçu une dotation de 30 000 € et le soutien de la Coopération autrichienne internationale pour le développement devait abriter les activités suivantes: recherche, élaboration de trois profils de pays, leur distribution , briefings et réunions de travail avec des journalistes et des décideurs politiques, relatifs aux résultats et évolutions, présentation de ces profils au cours de la quatrième édition des journées cinématographiques «Faim, pouvoir et profits» à l’automne 2011. Il s’agit donc d’une étude scientifique et de la présentation de ses résultats. Pas moins, mais pas davantage.
La science, c’est s’en tenir aux faits (?) et les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et ils sont si effrayants qu’ils provoquent chez tous ceux qui en prennent connaissance une légitime indignation. Roman Herre, de FIAN-Allemagne, rappela que l’accaparement des terres est devenu un problème mondial et qu’à ce jour 80 millions d’hectares ont été aliénés de par le monde, avec la collaboration des gouvernements. Nyikaw Ochalla, de l’organisation Anuak Survival, un ex-collaborateur du Ministère éthiopien des Affaires étrangères, nous dit que dans la seule région fertile de Gambella, en Éthiopie, où vivent 300000 personnes, 256 000 ha ont déjà été affermés. Au Gambella, on trouve des investisseurs originaires de 36 pays et les deux tiers de la terre appartiennent désormais à des firmes indiennes, saoudiennes ou autres. En affermant de telles surfaces à des trusts étrangers, on chasse la population locale de ses terres ancestrales. Et donc, conclut Ochalla, la famine n’est pas une conséquence de la sécheresse, mais elle est fabriquée de toutes pièces. Jennifer Franco, du Transnational Institute d’Amsterdam, fit remarquer qu’il ne s’agit pas seulement d’accaparer les terres, mais aussi l’eau - une nouvelle forme de colonialisme. Mais la communauté internationale ne fait rien pour l’empêcher, ajouta-t-elle. Brigitte Reisinger, de FIAN-Autriche, a montré du doigt la Banque mondiale qui, après avoir soutenu la dérégulation des lois foncières et sur les investissements, s’efforce maintenant de réglementer l’accaparement des terres. De toute façon les réglementations n’empêchent pas la spéculation, a fait remarquer Jennifer Franco. Mais si les réglementations ne servent à rien, comment stopper l’accaparement des terres, s’est alors demandé Roman Herre. Sa réponse : la société civile. Elle doit se faire mieux entendre sur ce sujet. Il a rappelé qu’à l’occasion du Forum social mondial de Dakar, auquel le FIAN a participé en février 2011, 500 organisations ont signé un appel à cesser le vol des terres. Selon lui, cette action a d’une part ouvert la porte à un dialogue avec les gouvernements et d’autre part renforcé la conscience de la nécessité de résister. D’après lui cette résistance a réussi à faire échouer des projets d’accaparement des terres dans plusieurs pays et permis à la population locale de retourner dans ses champs.

Un pas dans la bonne direction ?

Mais que faire de plus pour bannir l’accaparement des sols ? Selon Roman Herre, accorder plus de poids aux droits humains dans la jurisprudence internationale. Le FIAN exige de donner au Comité pour l’alimentation mondiale l’ONU la haute main sur les marchés agricoles mondiaux, parce que ce comité dispose de procédés démocratiques permettant aux pays du Sud de dire leur mot au sujet de ce qu’on fait de leurs propres terres.
Pour Roman Herre c’est un pas dans la bonne direction. Autrement dit, une solution dans le cadre du système (néolibéral) actuel. Il est également frappant que des firmes agro-alimentaires indiennes ou saoudiennes qui pratiquent l’accaparement des terres ont été citées nommément, alors que les firmes européennes ou états-uniennes ne le sont qu’en bloc. On a évoqué les plantes à effet de serre, mais pas les plantes OGM. On n’a pas non plus demandé de traduire les firmes devant un tribunal pour avoir causé des famines en accaparant les terres, et leurs dirigeants encore bien moins. Pour ne rien dire d’un appel à se mobiliser contre le système qui favorise de tels crimes sociaux. Ce serait déjà une incitation à la révolution.
Et les intervenants à la conférence sur les « bonnes affaires avec la famine » ne voulaient de toute évidence pas aller jusque-là. Mettre en question l’ordre mondial et le remplacer par un autre aurait été une infraction à l’éthique scientifique, ou plutôt à la scolastique. Dès l’Université on vous enseigne qu’un travail scientifique sérieux doit s’en tenir aux chiffres et aux faits. La science est neutre, et les scientifiques doivent l’être aussi s’ils ne veulent pas devenir partiaux. Ce que la politique fera de leurs résultats ne les concerne pas.
Mais en s’en tenant strictement au principe de neutralité de la science, évite-t-on de se laisser happer par la politique ? Cela dépend des sponsors. Ce sont eux qui financent et donc qui dictent les règles du jeu. La première de toutes c’est : on ne mord pas la main qui vous nourrit. Mais qui sponsorise la FIAN et le Transnational Institute? Pour le découvrir, il faut faire quelques recherches.
Ceux qui tirent les ficelles

Le FIAN publie au moins dans les dernières pages de son rapport annuel une liste de sponsors qu’elle remercie de leur soutien. Outre quelques fondations d’Église on trouve la douteuse Fondation Ford, qui certes finance des initiatives philanthropiques et même nombre de médias alternatifs états-uniens, mais qui est aussi en lien avec les Services secrets états-uniens (CIA) ainsi que le Conseil aux relations extérieures (CFR). On trouve aussi, sur la liste du FIAN, la fondation allemande Heinrich Böll, verte bien sûr, mais qui fait beaucoup d’efforts pour ancrer le modèle démocratique néolibéral occidental dans le reste du monde. C’était du reste un vœu de celui dont elle porte le nom, qui a travaillé pour plusieurs sous-marins de la CIA, ainsi que l’a dévoilé la chaîne franco-allemande ARTE le 29 novembre 2006 dans un documentaire.
 Le Transnational Institute a aussi des sponsors d’une autre espèce: la Commission européenne, l’ONG Oxfam Novib, aux Pays-Bas, le Ministère néerlandais des Affaires étrangères, l’Open Society Institute suisse et surtout la Fondation Samuel Rubin, intéressante, car son fondateur, Samuel Rubin, était un bolchevik russe. Bien qu’il se soit ensuite enrichi en reprenant les Parfums Fabergé, il est resté fidèle à ses premières convictions. C’est pourquoi les USA l’ont considéré comme un agent soviétique, qui travaillait contre les intérêts états-uniens par le biais du célèbre Institute for Policy Studies (IPS). Et de fait l’IPS, par qui transite le soutien de Rubin au Transnational Institute d’Amsterdam, a demandé la création d’un correctif «aux marchés et à l’individualisme sans bornes », critique la mondialisation et a même condamné l’intervention de l’OTAN en ex-Yougoslavie. Mais la liste des sponsors de l’IPS compte aussi la Fondation Ford, le Fonds Rockefeller Brothers, la Fondation Tides et l’Open Society du magnat George Soros. L’ex-directrice de la New World Foundation, Hillary Clinton, a sponsorisé l’IPS dans les années 80 et son mari, Bill Clinton a pris pour conseillers durant son mandat deux membres éminents de l’IPS : Derek Shearer aux questions économiques et Anthony Lake à la Sûreté nationale.
Le FIAN et le Transnational Institute sont-ils une chasse gardée des USA et plus spécialement du Parti démocrate? Avec la meilleure volonté du monde, difficile de penser autre chose. Le Parti démocrate est à nouveau au pouvoir et derrière le Président actuel, Obama, c’est le puissant clan Clinton et ses sponsors, plus puissants encore, qui sont aux commandes. Et ils sont en train de remodeler le monde en fonction de leurs intérêts économiques et politiques et dans ce dessein de séduire les masses avec des slogans « sociaux ». Tout changer pour que rien ne change.

La responsabilité sociale des scientifiques

Peut-être que le FIAN et le Transnational Institute sont liés à ce concept. Cela ne diminue en rien la valeur documentaire de leur travail. Cette belle réalisation constituera une mine d’or pour les scientifiques, surtout s’ils veulent décrire les dysfonctionnements de notre époque. La vision effrayante qui s’en dégagera pourrait montrer clairement aux gens que le problème de la famine, de la pauvreté et de l’inégalité sociale ne peut en aucun cas être résolu dans le cadre de l’ordre social qui les a engendrées. Pour cela, il faut faire exploser cet ordre afin de pouvoir édifier sur ses ruines un système plus juste et plus humain. C’est justement aux scientifiques de le dire ; du fait de leurs connaissances et de leurs recherches, il leur en incombe une responsabilité morale. Neutralité scientifique ne signifie nullement indifférence à la société. Malheureusement les intervenants à la « conférence sur les bonnes affaires que permet la famine » ne sont pas allés si loin - ou n’ont pas osé le faire. On ne mord pas la main qui nourrit les instituts scientifiques et/ou leurs projets. À leur insu -ou pas- c’est leurs sponsors qu’ils servent, et non la science, et ceux-ci ne poursuivent pas des buts exclusivement philanthropiques. Et voilà pourquoi cette manifestation s’est achevée comme la messe dominicale «Allez en paix ».... jusqu’au buffet près de l’entrée, et jusqu’à la prochaine fois.
Vladislav Marjanović
Traduit par  Michèle Mialane

Source: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5978
Date de parution de l'article original: 13/10/2011
URL de cette page:
http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=5994

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