samedi 24 septembre 2011

Mouvement étudiant et inégalités sociales au Chili (mai-septembre 2011) - Un document vidéo de 20 minutes


Le mouvement étudiant et inégalités sociales au Chili (mai-septembre 2011)
Le réveil des consciences ? Un document vidéo de 20 minutes pour expliquer à la fois le mouvement étudiant au Chili (mai-septembre 2011) et la question des inégalités d'accès à l'éducation.


Chili : Le mouvement étudiant actuel revêt un caractère radical dans la mesure où il cherche à remplacer le principe néolibéral de l’inégalité, sur lequel est construite la société actuelle, par le principe de l’égalité sociale.

Manifeste d’historiens

Nous publions ci-dessous le Manifeste, rendu public en août 2011, d’historiens chiliens. Ils analysent la signification historique du mouvement étudiant – universitaire et du secondaire – et lui apportent leur soutien. Un des membres fort actif du Comité d’initiative des historiens est Sergio Grez Toso. Il est professeur à l’Université du Chili et spécialiste, entre autres, de l’histoire des mouvements populaires. Les initiateurs de ce Manifeste sont : Karen Alfaro Monsalve, Fabián Almonacid Zapata, Pablo Artaza Barrios, Mario Garcés Durán, M. Angélica Illanes Oliva, Alexis Meza Sánchez, Ricardo Molina Verdejo, Julio Pinto Vallejos, Gabriel Salazar Vergara, Verónica Valdivia Ortiz de Zárate. Ce Manifeste a reçu un appui très large non seulement d’historiens et d’historiennes, mais d’enseignant•e•s d’autres disciplines.
Le gouvernement de Piñera a ouvert, le samedi 3 septembre 2011, des négociations avec des représentants du mouvement universitaire et du secondaire ; du moins une partie d’entre eux, représentée par la CONES (Coordination nationale des étudiants du secondaire). L’aile la plus radicale, l’Assemblée de Coordination des étudiants du secondaire (ACE), n’a pas participé à cette rencontre.
Elle la considérait comme non pertinente. Comme prévu, le gouvernement a présenté cette première négociation comme un grand succès. Toutefois, la représentante de la CONFECH (Confédération des étudiants du Chili) et figure emblématique du mouvement étudiant, Camilla Vallejos, a indiqué que les mobilisations devaient continuer, sans toutefois mettre fin à la négociation. Les questions décisives liées au changement du système d’éducation n’ont pas encore été discutées et sont loin d’être « résolues ». (Rédaction)
***** Partout au Chili, les rues, les places et les ponts de toutes les villes se sont transformés en artères où affluent et circulent des milliers d’étudiants et de citoyens entonnant et reprenant les revendications pour des changements structurels dans l’éducation, changements qui exigent des modifications substantielles du paradigme économique, du caractère et du rôle de l’Etat et, de façon générale, du pacte social constitutionnel du pays. Depuis des mois, les mobilisations n’ont pas cessé, reprenant à leur compte, en les adaptant parfois, des mots d’ordre d’autrefois qui touchent de façon critique au cœur du modèle néolibéral actuel : le marché, le crédit, l’endettement, le bénéfice, l’inégalité sociale et celle du système éducatif.
Au début, il a pu nous sembler qu’enfin les Alamedas [l’avenue centrale et symbolique de Santiago du Chili] s’étaient ouvertes, marquant l’arrivée de l’heure historique annoncée par le discours final d’Allende [dans son dernier discours, le 11 septembre 1973, à 9h10, Allende déclarait : « …de nouveau s’ouvriront les grandes avenues – alamedas – par où passe l’homme libre, afin de construire une société meilleure »]. Mais le développement des événements, avec la recrudescence de la répression policière, des menaces et des mesures prises contre les dirigeants et les dirigeantes du mouvement étudiant de la part des représentants du pouvoir ainsi que les provocations des policiers habillés en civil qui infiltrent les manifestations, nous rappellent que nous sommes dans un régime politique dirigé par la droite chilienne, qui est l’héritière des pratiques de la dictature militaire et la véritable fondatrice du régime néolibéral qu’elle cherche à imposer. Et alors que les jeunes prennent par surprise le corps social même du Chili et que la répression devient furieuse, le bruit des casseroles frappées par les citoyens qui les soutiennent se fait entendre, rappelant le temps des protestations.
Si le temps des alamedas n’est pas encore arrivé, la volonté de pouvoir de la jeune génération a poussé avec force pour exercer une pression sur ces allées afin qu’elles conduisent à une véritable « Ouverture historique ». ***** Nous qui avons le devoir d’écrire l’histoire, nous nous interrogeons sur le caractère de ce mouvement et sur la signification de son irruption historique. S’agit-il encore d’une phase du mouvement estudiantin post-dictature ? Ses revendications correspondent-elles à des revendications essentiellement sectorielles ? Quelle est la façon de faire de la politique dans ce mouvement ? Quelle relation ce mouvement a-t-il avec l’histoire du Chili et sa fracture provoquée par le coup militaire de 1973 ? Comment ce mouvement s’articule-t-il avec le chemin et l’orientation de l’histoire longue du Chili ? Quelle mémoire sociale et politique citoyenne a-t-elle activé l’irruption du discours estudiantin dans la rue ?
S’il est en effet risqué de répondre à ces questions lorsqu’il s’agit d’un mouvement en marche, nous qui signons ce manifeste éprouvons la nécessité de témoigner, avec la pleine conviction que nous nous trouvons face à un événement national qui exige notre prise de position, qui s’ajoute à tant d’autres qui sont exprimées quotidiennement depuis différents fronts, aussi bien institutionnels que civils. 1. En premier lieu, nous considérons que nous nous trouvons face à un mouvement de caractère révolutionnaire anti-néolibéral. Les revendications du mouvement estudiantin émergent de la situation spécifique que connaît la structure du système éducatif du pays, basée sur le principe de l’inégalité sociale. Une transformation de cette structure – comme l’expriment parfaitement les cris de la rue – exige un changement systémique du modèle néolibéral, qui fait du principe d’inégalité (fondé sur la marchandisation de tous les facteurs et sur la capacité d’achat de chacun) la clé de voûte des relations sociales et du « pacte social ». Au cœur de ce principe organisateur, la figure politique de l’Etat néolibéral se profile comme un appareil médiateur, neutralisateur et garant de ce principe d’inégalité à travers ses propres politiques sociales.
Ainsi, il ne faut pas s’étonner que le mouvement estudiantin actuel rencontre un appui citoyen si large : la majorité des Chiliens qui crient et frappent leurs casseroles pour manifester leur appui aux étudiants se trouve dans la catégorie dichotomique de « débiteurs » face à un groupe légalement abusif et corrompu de « créanciers ». En effet, les étudiants ne sont pas seulement des « étudiants », mais ils sont aussi des débiteurs [les études impliquent un endettement massif pour la large majorité]. Ce ne sont pas que les étudiants qui vivent dans le principe d’inégalité, mais la majorité sociale chilienne actuelle qui souffre de cette situation dans sa chair. Le social en particulier et le social en général s’auto-appartiennent et s’auto-identifient mutuellement dans une unité qui se construit et se conscientise dans la lutte.
Ainsi, le mouvement étudiant, apparemment sectoriel, constitue un « mouvement social » qui, en touchant au nerf central du système, irradie vers la société civile élargie qui s’identifie alors à lui, reproduisant socialement la force de manifestation de son pouvoir, « décongelant » la peur et agglutinant les discours et les pratiques fragmentés.
Le mouvement étudiant actuel revêt un caractère radical dans la mesure où il cherche à remplacer le principe néolibéral de l’inégalité, sur lequel est construite la société actuelle, par le principe de l’égalité sociale (basé sur le système de « droits sociaux citoyens »), promesse indispensable de la modernité, en dépit de toute post-modernité . C’est ce principe qui, depuis la sphère du monde de l’éducation chilien, se propage comme la fragrance d’un nouveau printemps vers toutes les couches de la société.
2. Ce mouvement a commencé à se réapproprier le politique pour le rendre à la société civile, en remettant en question la logique de la politique intra-muros [qui échappe au regard des non-politiciens], et avec elle le modèle de pseudo-démocratie et de légalité qui n’a pas encore coupé le cordon ombilical avec la dictature.
Il s’agit d’une politique délibérative, dans le sens le plus plein du mot, qui transcende les schémas partidaires (à part les engagements militants personnels de certains dirigeants). Le mouvement montre comment, à travers les bases mobilisées elles-mêmes, avec l’appui des réseaux sociaux de communication (« politique en réseau »), le pouvoir des masses s’exerce sur la scène publique, en faisant pression pour la transformation des structures. Ce fait est en train de réexaminer les fondements du changement social historique, en remettant en question les modalités verticalistes et représentatives, propres à la prémisse moderne, favorisant ainsi activement des formes de démocratie directe et décentralisée.
En ce qui concerne la relation du mouvement avec le système politique et le gouvernement actuellement aux commandes, ce mouvement correspond également à un nouveau moment de sa trajectoire historique post-dictature, moment dans lequel le lien avec l’institution se réalise essentiellement depuis la rue, puisque celui-ci [ce mouvement] n’est pas entré dans la négociation institutionnelle menée dans les enceintes gouvernementales. Dans cette perspective, l’aspect nouveau de ce mouvement est la « politique ouverte » ou « politique dans la rue », qui, en même temps qu’elle permet de maintenir le contrôle du territoire appartenant à la société civile, diffuse et rend transparent pour tous les citoyens son discours, son texte et ses pratiques. La politique classique des gouvernements concertationistes [la Concertation, alliance entre le PS et la démocratie chrétienne, a gouverné le Chili de 1990 – 2009] d’ « invitation au dialogue » est devenue un piège inefficace pour le mouvement social actuel qui conserve la force de ses propres pratiques.
Ainsi, les mobilisations estudiantines et sociales – qui aujourd’hui ont lieu à partir de revendications en faveur de l’éducation – non seulement rendent « citoyen » le domaine de l’éducation en l’établissant comme base fondamentale d’un projet de société, mais témoignent également de la crise du système politique en remettant en question et en transgressant la « démocratie des accords », considérée comme le principal outil permettant de neutraliser et de repousser les revendications sociales.
Cette nouvelle politique trouve son expression manifeste dans un type de protestation sociale qui rompt les barrières imposées tant par la culture de la terreur de la dictature que par celle du « bien supérieur » de la transition. A travers une infatigable appropriation de l’espace public et, en général, de pratiques de non-violence active, le mouvement a organisé de multiples manifestations culturelles où le langage riche, plastique, inclusif et audacieux qu’il utilise interpelle le cordon de la répression policière et des médias qui cherchent à criminaliser la protestation.
3. Si ce mouvement correspond effectivement à un moment nouveau de la politique et de l’histoire sociale post-dictature, cela peut seulement se comprendre depuis la perspective plus ample de l’histoire du vingtième siècle du Chili. Au cours de celui-ci, dans les années 1960 et 1970, l’égalité dans l’éducation avait atteint, grâce aux limitations légales imposées au capitalisme anarchique, une maturation structurelle. Mais le processus, alors en pleine phase de consolidation, avait été interrompu brusquement par le coup d’Etat de 1973. Le mouvement social étudiant actuel est l’expression de la volonté de récupérer ce fil cassé de notre histoire. C’est l’irruption du bourgeon de la semence qui fut piétinée et enterrée par la botte dictatoriale et le néolibéralisme. C’est la renaissance, avec la nouvelle génération, du rêve et de la volonté de ses pères de fonder une société basée sur la démocratie, la justice sociale et les droits humains fondamentaux, parmi lesquels l’éducation constitue l’un des champs les plus fertiles.
En effet, le pacte social pour l’éducation, abouti dans les années soixante et septante, fut le fruit d’une longue lutte menée par plusieurs générations depuis le milieu du XIXe siècle. Ce processus de lutte a consisté fondamentalement dans la volonté politique progressive d’arracher les enfants prolétarisés au monde du travail pour les scolariser, afin d’aller vers une société plus égalitaire à travers l’émancipation sociale et culturelle. Ce trajet historique, qui a concerné toute la société, a réussi à produire des graines qui ont fructifié dans les décennies de 1960 et 1970, lorsque l’Etat et la société civile ont fait du pacte social pour l’éducation un de leurs plus coûteux projets de construction d’une nouvelle société démocratique. C’est cela le processus qui aujourd’hui fait à nouveau irruption dans le discours et dans la pratique du mouvement des étudiants. Il s’agit d’une génération qui n’accepte pas de redevenir un objet de marché et de se prolétariser à nouveau, que ce soit par le chemin de l’endettement ou d’une éducation de mauvaise qualité. Ce qui est en jeu aujourd’hui s’incarne dans ce mouvement, à savoir le « projet et pacte social éducatif républicain/démocratique » chilien, en tant que principe éthico-politique d’égalité sociale.
C’est ici que s’enracine la densité historique de ce mouvement qui provoque, à son tour, une irruption de mémoire historique chez les citoyens. La mémoire des pères et des grands-pères qui marchent et manifestent au bruit des casseroles leur appui à la nouvelle génération est en train de retrouver et de tisser à sa manière le fil de notre histoire.
Ainsi, par son triple caractère d’événement révolutionnaire anti-néolibéral, de processus de récupération du politique par la société civile et de connexion avec l’histoire profonde du mouvement populaire du Chili contemporain, le mouvement citoyen actuel – dont les étudiants de notre pays sont en train de prendre la tête avec force, décision et claire vocation de pouvoir – se réapproprie et remet à l’ordre du jour des dimensions plus fondamentales que la transition frustrée vers la démocratie [la période de la Concertation] a sacrifiées. **** A travers ces brèves réflexions, le groupe d’historiens et d’historiennes chiliens que nous sommes, appuyé par de nombreuses personnes, nous saluons le mouvement étudiant et adhérons aux revendications essentielles qu’il avance. Nous saluons les revendications de l’Assemblée Constituante [la revendication d’Assemblée Nationale Constituante se combine avec celles de changement du Code du travail et de renationalisation du cuivre afin de financer une éducation publique, gratuite, laïque et de qualité] et y souscrivons. En même temps, nous appelons à ne pas considérer que ce mouvement agit uniquement dans la conjoncture de ce gouvernement de droite [celui du grand entrepreneur Piñera, élu en janvier 2010], mais à prendre conscience du fait que c’est un moment d’un processus historique déjà en marche, dont le fruit principal sera sans doute l’installation définitive de la revendication en faveur de réformes structurelles du néo-libéralisme et de la volonté irréductible des citoyens d’obtenir véritablement du pouvoir. Tout cela devant figurer à l’agenda des projets politiques immédiats et à venir. (Traduction A l’Encontre)
Source : le site Alencontre

Assemblée Nationale : PROPOSITION DE RÉSOLUTION tendant à la création d’une commission d’enquête afin d’évaluer la nature et les objectifs de l’intervention militaire en Libye.

vendredi 23 septembre 2011

Les larmes de Gaza - un film documentaire de 81 mn - Tous les Européens devraient le voir pour découvrir le vrai visage d’Israël

vendredi 23 septembre 2011

« Les larmes de Gaza » de Vibeke Lokkeberg est un film documentaire que :
  • tous les Américains devraient voir pour se rendre compte de ce que le gouvernement fait avec nos impôts.
    • Tous les Européens devraient le voir pour découvrir le vrai visage d’Israël.
    • Tous les Arabes devraient aussi le voir pour raffermir leur détermination à ne pas laisser une nation raciste effacer la Palestine et ses enfants de la carte et de l’histoire.
J’avais lu des articles sur la situation de Gaza après l’attaque israélienne dénommée "opération Cast lead". J’avais lu les rapports. Je croyais que j’avais tant pleuré que je n’avais plus de larmes à verser. Mais ce film m’est allé droit au coeur et m’a tellement émue que je me suis remise à pleurer et me revoilà avec un noeud dans le ventre parce qu’on a bombardé des enfants endormis, parce que des hélicoptères ont répandu la mort et la désolation du phosphore blanc sur des citoyens terrifiés qui s’étaient rassemblés dans une école de l’ONU pour se protéger... et parce que personne n’a rien fait pour empêcher cela. "Les larmes de Gaza" dévoilent les mensonges, les dissimulations et le retournement de veste de Richard Goldstone. Il vous emmène au coeur de la bande de Gaza dévastée pour vous montrer la vérité qui se cache derrière les grands titres lâches et mensongers des journaux qui appelent le massacre perpétré par Israël, une "incursion" ou de la "légitime défense". Ce film nous fait découvrir ces réalités à travers les yeux des enfants. Il ne faut pas le manquer !
La première fois que j’ai entendu parler des "larmes de Gaza" a été quand Bernard Henri-Levi nous a attaquées Lokkeberg et moi-même dans les principaux organes de presse européens. Elle et moi avons été en contact depuis et j’ai finalement réussi à voir le film. C’est un travail d’une importance monumentale. C’est un beau film, triste, honnête et dévastateur.
Vibeke Lokkeberg nous offre les noms, les visages et l’histoire de trois enfants ordinaires de Gaza qui ont un courage extraordinaire. On tombe d’abord amoureux de Yehya, un garçon de 12 ans qui veut devenir docteur pour pouvoir soigner les personnes blessées par des balles israéliennes. On le voit apprendre à piloter un petit bateau à moteur, perdu dans la magie de l’enfance. Les yeux brillants et le sourire lumineux qu’il a en cet instant, rendent ses larmes encore plus difficiles à supporter quand il se met à parler de son père tant aimé. Le seul récit des pertes qu’il a eu à subir ensuite vous laisse hébété et atterré.
Jusqu’à ce qu’on rencontre Amira qui a 14 ans et qu’on entre dans son univers.
Amira est belle. Elle a cette sorte de beauté qui recèle une souffrance ineffable qu’on voit rarement chez les jeunes. Sa vie aussi est gâchée par la mort, la destruction et la mutilation de son corps par les balles. Elle dit qu’elle veut étudier la loi pour pouvoir poursuivre les Israéliens en justice pour les crimes qu’ils ont commis. Puis, elle parle de son père et de ses frères, et elle dit qu’elle aurait préféré "partir avec eux".
Comme Amira, Rasmia est beaucoup plus mûre que ses 11 ans. Ceux qui parlent arabique verront peut-être en elle des choses que les autres ne pourront pas voir. C’est à cause de la traduction, et c’est le seul reproche que je ferais au film. Quand Rasmia entre toute éveillée dans une sorte de transe, sa mère dit en Arabique qu’elle "imagine". La traduction dit qu’elle se "souvient" ce qui n’a aucun sens et empêche de comprendre précisément ce qui lui arrive. Sa mère explique que parfois elle "imagine" juste des choses qui sont arrivées pendant les attaques. Je suppose que la plupart des psychologues ont eu affaire à ces symptômes et en entendant l’explication de la mère seraient d’accord pour dire qu’elle a des flashbacks, ce qui est un signe clair de désordre post-traumatique.
Quand Yehya parle de la mort de son père la traduction n’est pas exacte non plus et cela altère le sens profond de son récit. Il parle en fait à la troisième personne : "Quand quelqu’un perd son père c’est comme s’il avait perdu le monde entier...." Mais ses paroles sont traduites à la première personne : "Quand mon père est mort, c’est comme si j’avais perdu le monde entier." La distinction peut paraître triviale jusqu’au moment où on réalise qu’en fait il est incapable d’employer la première personne sans éclater en sanglots. Cela a l’air d’un détail mais en fait cela vous brise le coeur un peu plus.
Et on doit laisser nos coeurs se briser en pensant à Gaza. C’est le moins que l’on puisse faire. Ecouter ces trois enfants et demander à d’autres de les écouter est le moins que l’on puisse faire. Vibeke Lokkeberg a fait un reportage remarquable sur ce qui est arrivé de décembre 2009 à janvier 2010 ; de sorte que personne ne peut dire "Je ne savais pas."
Pour ne pas oublier, pour que nos larmes et notre indignation ne se tarissent pas, et pour que nos coeurs saignent tant que la Palestine n’est pas libre, j’espère que ce film sera projeté sur les écrans du monde entier dans les campus universitaires, les communautés, les organisations et chez les particuliers. Ne considérez pas cet article comme une critique de film mais comme un appel à l’action.
Susan Abulhawa - Dissident Voice
* Susan Abulhawa est l’auteur de Mornings in Jenin, un ouvrage de fiction historique et la fondatrice de Playgrounds for Palestine.


L’Afrique des opposants de bouche : un repaire d’imposteurs

Il est temps de panser une plaie dont la purulence exceptionnelle risque d’endommager gravement la destinée des sociétés africaines contemporaines. Je veux parler d’une sorte de nécrose invisible, de pourrissement intérieur de la parole politique sous l’action de ceux que je nomme les opposants de bouche. Si rien n’est fait contre ces phraseurs sans consistance bénéfique, la parole de l’opposant africain entrera dans la plus terrible des traversées du désert de son histoire.

A cause de nos plaisantins ensanglantés, la noble cause des révoltés s’étiole en Afrique. Il convient donc de se révolter contre le tort que cette engeance cause à la transcendance spirituelle de la révolte humaine légitime. Il faut s’opposer aux faux opposants. Qui sont-ils ? A quoi reconnaît-on cette espèce de perroquets de la faune politique en Afrique noire ? Comment nos sociétés en sont-elles venues à produire cette espèce particulière d’imposteurs, capables de parler et camper le discours des anges de lumière alors même que leur première préoccupation est l’accaparement des peuples, le braquage des libertés et l’exploitation outrancières des terres, mers, forêts et énergies créatrices du continent noir ? Je voudrais d’abord dresser dans cette tribune leur portrait, afin d’augmenter la traçabilité et l’identifiabilité de cette coterie de bonimenteurs postcoloniaux. Ensuite, il m’importera de démonter la mécanique illogique de leur prétention à assurer l’instauration ou la consolidation de la démocratie dans leurs pays. Enfin, j’en viendrai à ce qui me semble être le sens d’une opposition politique véritable dans l’Afrique contemporaine.
Portrait et manières d’imposteurs
Qu’ils aient perdu le pouvoir ou qu’ils l’aient conquis, on peut les reconnaître. Ils bougent des lèvres, mais ne disent rien de sensé à ceux qui savent lire entre leurs lignes tordues. Sur le plan national, sans solidarité de classe réelle avec les plus pauvres, les plus démunis, les laissés pour compte, ils s’improvisent représentants des tout petits face aux grands bonnets de la société postcoloniale. Ainsi s’efforcent-ils de récupérer les frustrations, les colères légitimes, les conflits locaux, pour en faire la preuve de l’efficacité de leur critique de l’Autre. Le fait est qu’ils sont depuis bien longtemps coupés de ces peuples qu’ils prétendent représenter, non seulement parce que leur problème est l’avoir du pouvoir, mais aussi parce qu’ils ont cessé depuis longtemps de comprendre ce que les sociétés africaines sont devenues après la Chute du Mur de Berlin. Clivés dans des catégories mentales héritées de la Guerre Froide, ils brillent par un binarisme intellectuel aveuglant. L’Afrique est à penser au-delà du capitalisme et du communisme, dans une perspective originale qui s’intéresserait davantage aux priorités matérielles, écologiques, sanitaires, économiques et juridiques qu’à la proclamation d’un nouveau corpus idéologique. Au fond, la démocratie, quoiqu’on en dise, est l’urgence locale réelle de l’Afrique contemporaine, tous les autres problèmes africains étant soumis à celui de la justice politique. Mais nos imposteurs n’en ont cure. Ruant dans tous les brancards, on les retrouve donc au cœur de toutes les discriminations criminelles. Opposants leurs concitoyens en allogènes et autochtones, en vrais nationaux et faux nationaux, opposant sans cesse droit du sang et droit du sol, opposant leurs rivaux politiques en gens de l’Etranger et gens du pays, opposants leurs citoyens de la diaspora à ceux de l’intérieur, les hommes aux femmes, la religion à la société, ils ne vivent que de fabriquer sans cesse dans la société, des contradictions qui ne sont pas essentielles, mais servent artificiellement à abonder leur quête jouissive du pouvoir d’Etat.
Leur cirque est aussi international. Ils donnent de la voix pour attirer les peuples dans leur escarcelle de lâches, alors même que dans la nuit, ce sont eux qui vont quérir le soutien des grandes puissances qu’ils vilipendent apparemment. Nos opposants de bouche sont souvent de grands clameurs de thèses anticolonialistes sans soubassement réel dans la praxis. Leur engagement politique, malgré les accents éthiques et la hauteur de l’idéal qu’il put susciter dans leurs peuples, s’est révélé n’être qu’une soif du pouvoir pour la jouissance, une érotisation aveugle de l’agir public. « Avant, nous disent-ils, nous n’avions rien. Maintenant, nous avons un peu ». Parce que la mémoire anticoloniale et antiesclavagiste des peuples africains est encore vive, non seulement en raison des ravages de la raison impériale occidentale, mais aussi à cause des continuités contemporaines de la déshumanisation des africains par les africains, nos opposants de bouche surfent sur ces vagues du ressentiment avec plus ou moins de bonheur. Au fond, ils se foutent de leur pays. Qu’ils aient été au pouvoir ou qu’ils n’y aient pas été, ces gens se reconnaissent à leur pratique invétérée de la politique de la terre brûlée. Ils se proposent comme les seuls et ultimes garants de l’ordre et de la survie de leurs sociétés. Avant eux, disent-ils, c’était le chaos. Après eux, prétendent-ils aussi, ce sera le chaos. Praticiens de la démocratie de propagande, ils ne croient en réalité qu’aux ruses et aux vertus de la duplicité politicienne. Les valeurs de vérité et de justice étant aux antipodes de leurs visées, le clanisme, le tribalisme, l’opportunisme et le cynisme sont leurs refuges immoraux. Ils ont la diabolicité chevillée au corps, revendiquant la tromperie ou boulangerie politique comme carnet d’adresses. Tant que cela marche, il s’en réjouissent, mais quand la farine monte au nez du boulanger, on l’entend requérir la protection de la morale et l’indulgence des âmes charitables.
Des experts en impuissance collective
J’entends donc par opposants de bouche, cette espèce particulière d’acteurs politiques connus pour leur singulière incapacité à offrir de véritables victoires qualitatives à leurs peuples, en termes d’avancées sociales, économiques et politiques. Au plan social, ils excellent dans l’art de diviser pour régner et ne tolèrent ni dans leurs partis, ni dans le pays, l’existence de voix capables de porter un message dissonant envers leurs petits calculs d’apothicaires. Au plan économique, ils ne sont ni capables de créer des richesses, ni capables de commercer utilement avec le reste du monde. La misère et le chômage massifs sont leurs meilleures réussites quand ils passent par le pouvoir. Leur pratique politique est complètement creuse : faite d’esbroufe et de faux procès d’intention, elle consiste à imputer leurs échecs à l’Autre, quitte à l’inventer de toutes pièces avec le bric à brac des circonstances.
Ce sont des chantres de la démocratie quand ils cherchent le pouvoir et des ogres de la démocratie quand ils le prennent. Leur principe est celui du Tout ou Rien. Non seulement ils prévoient un seul cas de figure quand ils vont aux élections (gagner), mais ils sont prêts à casser la figure de leur pays, à lui voler sa souveraineté démocratique dès lors qu’elle ne s’exprime pas conformément à leurs tropismes obtus. Marxistes-léninistes de bouche à l’occasion, ils se servent de la phraséologie révolutionnaire de gauche quand ils ne sont pas au pouvoir ; mais aussitôt y sont-ils qu’ils s’engouffrent dans les grands boulevards infects de l’extrémisme réactionnaire de droite. Voilà par quelles voies, vomis par leurs peuples et délaissés par leurs mentors de l’ombre – y compris quand ils financent les campagnes des présidents occidentaux qu’ils font semblant d’exécrer - , ces gens ne vont jamais bien loin. Après avoir longtemps nagé dans la confusion, leur dos se montre enfin aux démocrates rassemblés et organisés qui les épinglent et les inscrivent dans le placard de la petite histoire, celle des grenouilles qui se prenaient pour plus grosses que des bœufs. Au fond, ce sont des acteurs de l’impuissance africaine.
Noblesse de l’opposition authentique
A contrario, que devrait donc être l’opposition politique africaine de tous nos espoirs ? Celle qui veut prendre le pouvoir d’Etat pour faire franchir un seuil qualitatif positif à la société nationale. Une sous-organisation sociale alliant les acquis de la science et les revendications de liberté et de bien-être en cours dans sa société globale. Composée de gens déterminés à comprendre et capables de comprendre effectivement les mécanismes de la pauvreté, de la misère intellectuelle et morale, de la domination politique nationale et internationale en cours dans son époque et dans son pays, l’opposition politique doit être un alliage d’intelligence théorique et de connaissance pratique de la société civile, mais aussi le maillage des forces sociales, économiques, politiques et spirituelles qui aspirent à un saut qualitatif de la société globale. Noble par essence, l’opposition porte en elle une possibilité créative essentielle pour la société : le NON de la conscience révoltée n’est pas simplement légitime en termes d’objectivité. Le NON constitutif de l’acte de s’opposer politiquement renvoie à la possibilité de bâtir un monde autrement meilleur, de proposer d’autres issues à une communauté politique. Ce n’est pas simplement un NON de bouche, mais une parole créatrice d’un ordre nouveau, mûri et pensé par des citoyens avertis, instruits, libres et responsables. Le NON de l’opposant doit puiser à la fois dans l’éthique de la conviction et dans celle de la responsabilité. C’est à ces deux sources de la moralité collective que se renouvelle authentiquement un corps social.
L’opposition politique africaine doit donc être une opposition d’intelligence, de proposition, d’organisation et de résistance planifiée contre la misère, la violence, la ruse, la domination, toutes tares qui transforment les peuples africains soumis à leur longue durée en véritables zombies marchant comme des aveugles en plein jour, comme si c’était la nuit. Qu’il nous soit permis d’espérer l’attention des intelligences vives aux lieux où se tissent les toiles de l’opposition politique africaine de tous nos espoirs. Celle qui saura se préparer à gouverner autrement que par l’instrumentalisation de la haine, du ressentiment et de la mémoire ensanglantée du continent noir. Celle qui saura constituer des équipes et des assemblées de femmes et d’hommes capables de donner une orientation heureuse à la destinée de l’Afrique. Une opposition spirituelle, éthique, intellectuelle, mobilisatrice, active et géniale. Puissions-nous reconnaître et accompagner l’émergence de ces forces positives.
Pr. Franklin Nyamsi
Source : AFRIC.COM

Les outils de résistance de la jeunesse Africaine

Y allant chacun de ses capacités, de ses compétences et de ses convictions, la jeunesse africaine développe actuellement divers moyens de résistance au néo-colonialisme confirmé par les récentes agressions que subissent les pays Africains..

Depuis les indépendances des pays africains dans les années 60, les jeunes générations d’Africains entendent incrédules, comme des fables ou des légendes, les histoires sécrètes qui jalonnent les relations de leurs pays respectifs avec la France : Guerres sécrètes, crimes économiques, assassinats politiques, fabrication et protection des dictateurs locaux, coups d’états, etc. Ces derniers temps, la France de Nicolas Sarkozy a décidé de passer des méthodes secrètes aux ultimatums et autres frappes ouvertes, publiques et désinvoltes. Les évènements récents en Côte d’Ivoire et en Libye, les confessions de certaines barbouzes françaises, les confirmations de quelques responsables africains, etc. ont fini par transformer ces légendes supposées en réalités affligeantes pour les fils et filles d’Afrique.
Cependant, les médias occidentaux d’audience mondiale ont décidé d’ignorer les cris d’agonies et autres appels à l’aide des Africains. Ainsi, comme au temps de l’holocauste juif, plusieurs de nos contemporains occidentaux diront comme le peuple allemand devant le jugement de l’histoire :« Nous n’avons jamais rien su de ce qui se passait! » Reconnaissons toutefois que certains français refusent de se faire complices de ces crimes contre l’humanité perpétrés en Afrique ces temps derniers. C’est le cas par exemple du docteur Stéphane GAYET qui, dans une vidéo disponible sur sa page Facebook, fait un exposé très schématique des relations qu'entretient le peuple français avec les pays d'Afrique sub-saharienne. Cette vidéo plaide pour un verdict accordant des circonstances atténuantes au peuple français et éclaire un tout petit peu notre lanterne sur l’attitude du peuple français face aux cris de souffrance des Africains suite aux coups que leur inflige le gouvernement français (https://www.facebook.com/video/video.php?v=1815172033945).

Le fait est que les secrets de la FrançAfrique qui continuent progressivement à être rendus publics tombent sur les plus incrédules des jeunes Africains comme des coups de massue. Ils en ont le cœur gros et désirent absolument le faire savoir. Ils en veulent à la FrançAfrique, à leur dirigeants actuels et la France. Ils en ont honte à la place de leurs dirigeants et des dirigeants français. Et plusieurs jeunes africains ont décidé de passer de l’observation médusée du train de l’histoire à l’action.
Les moyens de la résistance
Y allant chacun de ses capacités, de ses compétences et de ses convictions, la jeunesse africaine développe actuellement divers moyens de résistance au néo-colonialisme confirmé par les récentes agressions que subissent les pays Africains. Sans prétendre à l’uniformité ou à l’unanimité, plusieurs de ces outils foisonnent sur internet et sauront certainement être utiles le moment venu. Nous voulons ici présenter d’une manière non-exhaustive quelques-uns de ces moyens de résistance.
Publications engagées : Le ton critique et incisif des intellectuels africains dans leurs publications et autres articles est monté de quelques crans. Leurs publications sont plus que engagées, de quelque bord que soient leurs auteurs. Tous les chats ne sont plus gris dans la nuit du néo-colonialisme et de la FrançAfrique. Les coupables présumés sont interpellés sans ménagement. Les noms sont cités. Les faits sont dénoncés. Les preuves sont exposées. Des ébauches de solutions aux problèmes de l’Afrique sont émises. La jeunesse africaine prend part au débat et espère se faire entendre.
Facebook, Twitter et Youtube : Les médias Facebook, Twitter et Youtube servent de défouloir à plusieurs jeunes africains. Ils se sont appropriés ces outils et publient à longueur de journée des informations qui soutiennent très souvent leur point de vue sur les conflits en cours en Afrique et dans le monde. Avec ces conflits, ces médias ont connu un essor sans précédent en Afrique. Par eux, les africains semblent vouloir plaquer à la face du monde toutes les informations que les grands médias occidentaux ont décidé de passer sous silence.
Manifestations panafricaines : Infatigablement, les Africains résidents en France et ailleurs dans le monde crient leur colère contre la France au travers de diverses manifestations publiques et grandioses qui ne sont jamais mentionnées dans les médias français. Mieux, ces manifestations sont souvent violemment réprimées par la police française. Une de ces manifestions originale a été baptisée « Kodjo Rouge » : une séance de malédiction de la France prononcée par des femmes africaines portant sur du linge blanc un bandeau rouge entre les jambes, symboles de couches féminines en période de menstrues dont la vue par un intrus dans plusieurs traditions africaines est cause de malédiction.
cameroovoice.com

« La République des mallettes »: On a empêché Gbagbo de parler

Gbagbo devait faire des révélations. L’auteur de « La République des mallettes » l’affirme. Les forces spéciales françaises l’en ont empêché... Qui a peur de voir l’otage de Korhogo publier ses Mémoires ?

Si les forces spéciales françaises n’avaient pas travaillé à son arrestation, le président ivoirien renversé se serait confié en avril à Pierre Péan sur les moeurs financières «spéciales» des dirigeants français.

En ce début d’automne, la France continue de vivre au rythme du «grand déballage » sur la grande corruption internationale que ces dirigeants politiques orchestrent en Afrique et dans le Moyen-Orient, en se retrouvant souvent aux côtés de petits bras de la pègre et de mafieux de haute volée. Au centre de toute cette agitation, le livre de Pierre Péan, un des plus célèbres journalistes d’investigation français, dont le nom est plus qu’évocateur... «La République des mallettes». Le livre trace le portrait du sulfureux Alexandre Djouhri, intermédiaire véreux passé – comme Robert Bourgi – de la Chiraquie à la Sarkozie, avec armes... et mallettes, selon toute vraisemblance.

Le livre de Péan raconte notamment les relations financières malsaines qu’entretiennent depuis les  indépendances les chefs d’Etat français et africains. Il révèle que, juste avant son kidnapping, il devait rencontrer le président Laurent Gbagbo pour évoquer, au cours d’un entretien-vérité, les coulisses des aspects les moins ragoûtants de la relation entre Paris et ses anciennes colonies. Pierre Péan écrit : « Je puis livrer ici un souvenir personnel qui étale la vraisemblance de l’anecdote rapportée par Robert Bourgi. Quelques semaines avant la chute de Laurent Gbagbo, qui se produisit en avril 2011, j’ai obtenu l’accord de celui-ci pour venir le rencontrer à Abidjan, avec un seul ordre du jour : son rôle de « père Noël » vis-à-vis des hommes politiques français, notamment Dominique de Villepin (...) En permettant l’arrestation de Laurent Gbagbo, les forces spéciales françaises ont rendu cette interview impossible».
La phrase de Pierre Péan nous donne de comprendre que beaucoup de personnes «propres sur eux» dans le sérail politique français, au courant du projet de voyage de Péan, ont dû pousser un «ouf» de soulagement en voyant le président renversé humilié – et interdit de parole – à l’hôtel du Golf, quartier général d’Alassane Ouattara et de ses alliés étrangers. Ces milieux-là, qui ont profité du principe établi par Gbagbo selon lequel «le chef a le ventre profond» et doit se taire sur certaines choses, craignent aujourd’hui une perspective : celle des Mémoires plusieurs fois annoncées de Gbagbo. Guy Labertit, l’ami de toujours du président renversé, évoque cette éventualité dans le livre de Péan. « Laurent Gbagbo m’a assuré avoir été sollicité en 2002 par l’entourage de Jacques Chirac pour financer sa campagne présidentielle ».

Tout en refusant de confirmer de manière claire que Gbagbo a cédé aux avances pressantes de l’ex-métropole, Guy Labertit prévient : «Je pense que Gbagbo écrira un jour sa vérité dans un livre, lorsqu’il ne sera plus chef de l’Etat.» Dans le contexte créé par les dernières révélations, l’on peut tout simplement dire que la responsabilité morale de l’ONU, qui assure la garde rapprochée du président renversé, est grande. Il ne faudrait pas que certains milieux hexagonaux, en complicité avec un régime Ouattara, cherchent à l’éliminer. Tout simplement parce qu’il en sait trop..
Le nouveau courrier
source : Cameroonvoice.com

Nedjma, de Kateb Yacine.

Nedjma est un roman de Kateb Yacine, publié en 1956.

Au-delà de la colonisation
Le livre, écrit en en langue française par un Algérien, pourrait bien paraître être un roman issu de la colonisation, et donc forcément contestataire. C’est ce qu’on imagine en premier en lisant Nedjma, puisque de nombreuses scènes écrites nous montrent le racisme presque ordinaire entre colons et colonisés, et la répression contre les militants de l’indépendance algérienne. Néanmoins, Kateb Yacine ne délivre à aucun moment dans son livre un message militant. Plus que de contrer la colonisation, Kateb Yacine pose plutôt la question de la survie d’une nation alors même qu’un autre pays s’approprie son identité. En gros, comment l’Algérie peut se construire, si on essaye d’y apposer le modèle français ? Quelques symboles forts semblent d’ailleurs faire état de cette difficulté : l’un des personnages, en pèlerinage, va se mettre à crier « ma mère Jeanne d’Arc ». C’est un homme âgé, proche de la mort : comment peut-il retrouver « son » histoire dans l’Histoire française ? Deuxièmement, la maîtresse d’école est française, tandis que les jeunes élèves parlent arabe depuis toujours. Cette « langue du dehors », le français, contrarie forcément leur « langue intérieure », l’arabe qu’ils parlent avec leur famille. Petit à petit, les enfants sont donc confrontés à privilégier l’une ou l’autre culture : celle du colon, ou celle de leur famille. Un sentiment assez déstabilisant quand on a une dizaine d’année. Kateb Yacine essaye donc de faire passer l’idée d’une nation qui voudrait se construire, mais qui, paradoxalement, pour se faire entendre, va copier le modèle de celle qui l’envahit. Preuve en est le roman même : Nedjma est l’un des premiers romans algériens en langue française. Auparavant, il n’y a pas réellement de tradition romanesque en Algérie. Kateb Yacine se sert donc de cette langue « romanesque » (le roman est né depuis déjà plusieurs siècles en France) pour écrire un livre profondément algérien : la narration et l’organisation des chapitres ne ressemble pas du tout à la narration européenne.

Une histoire d’identité

Nedjma compte plusieurs protagonistes, mais l’intrigue tourne principalement autour de 5 personnes : Mustapha, Lakhdar, Mourad, Rachid, et Nedjma. Les quatre hommes vont, au fil du roman, découvrir qu’ils sont liés par leur origine : ils sont tous descendants d’une tribu algérienne ancestrale : les Kebloutis. Nedjma, elle, est la femme dont ils sont tous amoureux. Elle aussi descendante de Keblout (chef de la tribu), elle représente finalement le délicat passage entre une Algérie « ancienne » et l’Algérie colonisée : elle est née de la liaison d’un Keblout et d’une Française. Figure absolue du désir pour les personnages, elle n’en reste pas moins insaisissable : elle est mariée. Toute l’ambivalence des personnage se comprend dans le comportement qu’ils ont avec Nedjma : même s’ils la désirent (l’un d’eux va l’observer longuement lorsqu’elle prend son bain en pleine nature), ils ne peuvent l’approcher pour autant (elle est déjà « salie » par le mariage et par le sexe d’un autre homme). Leur identité est également mise en cause : leur tribu ancestrale, au temps du récit, est pratiquement éteinte, d’autant plus que l’Algérie est en plein mouvement. En se raccrochant à Nedjma, le symbole même de cette identité qui s’étiole, ils essayent de se comprendre eux-mêmes. De même, les personnages sont tous plus ou moins des vagabonds : la marche est un élément très important dans le récit de Kateb Yacine. En choisissant des vagabonds, il montre la crise identitaire que peut traverser son peuple. Nedjma, en arabe, signifie l’étoile. Ses cinq branches sont finalement les 5 personnages, à la fois réunis et profondément éloignés.

Un roman poétique

L’écriture du roman mérite elle aussi un peu d’attention : loin d’être exclusivement narrative, elle reprend quelques éléments poétiques. On remarque des éléments du modèle pastoral (histoire de berger, la nature, la campagne et tout ça) : l’un des personnages, enfant, doit s’occuper de chèvres (et l’une meurt). Un autre va, lui, jouer du tambour et danser : ceci peut se rallier à une certaine tradition poétique de la pastorale, qui trouve ses racines chez les Grecs, parlant de la vie des champs et des mœurs des bergers. Cette poésie servait également à montrer la réalité des champs par rapport à celle de la ville, ce qui peut se comprendre, dans Nedjma, comme la réalité de l’Algérie agricole, ancienne, par rapport à l’Algérie colonisée par une France moderne.

L’écriture va quelques fois paraître très saccadée, avec des retours à la ligne fréquents durant des pages entières, à la manière des vers en poésie. De même, il n’y a pas vraiment de continuité logique entre les chapitres, c’est au lecteur de faire les raccordements entre les divers passages afin de reconstituer la trame de l’histoire. A l’image d’une longue poésie, Nedjma décompose la logique pour créer une logique interne au roman : celle de l’écriture, de la musicalité.
Nedjma, c’est à la fois un roman issu d’un contexte historique fort, un certain témoignage d’une nation qui se cherche, mais aussi l’exercice de style d’un écrivain qui tente d’allier une langue et une culture qui sont très différentes. Par ce biais, il réinvente une certaine mythologie Algérienne grâce à la tribu Keblouti et la figure de l’étoile, symboles qui se retrouveront dans d’autres œuvres de l’auteur.