mardi 6 septembre 2011

TOXIC SOMALIA : L'AUTRE PIRATERIE - Film diffusé le 24 Mai 2011 sur ARTE

« Il y a deux types de pirates : ceux qui attaquent les navires et ceux qui vident nos mers du poisson et déversent des déchets toxiques ».


Déverser une tonne de déchets toxiques le long des côtes somaliennes ne coûte que 2,50 dollars. C'est la décharge la moins chère du monde, et une source de bénéfices confortables pour les Occidentaux. Mais ces polluants anéantissent les ressources maritimes, provoquent des malformations génétiques et des cancers chez les enfants... Afin de protéger leurs côtes et tout simplement de survivre, les Somaliens ont abandonné la pêche et se sont tournés vers la piraterie. Parallèlement, les réseaux mafieux responsables des trafics d'armes et de déchets prospèrent.

[« Il y a deux types de pirates : ceux qui attaquent les navires et ceux qui vident nos mers du poisson et déversent des déchets toxiques ». Les propos d’Ali, membre du conseil d’Hobbyo, la « capitale de la piraterie » somalienne, en conclusion du documentaire de Paul Moreira, donne la clé du titre : Toxic Somalia : l’autre piraterie. Le film est diffusé ce 24 mai 2011 sur la chaîne de télévision franco-allemande ARTE, au cours d’une soirée Thema, consacrée à la Somalie.

En 2005, quelques jours après le tsunami qui a ravagé les côtes thaïlandaises, les Somaliens, à l’autre extrémité de l’océan Indien, voient arriver d’étranges fûts sur leurs plages. Une organisation non gouvernementale locale donne l’alerte et signale des décès suspects et l’apparition de maladies inhabituelles parmi la population côtière dans les jours suivants. Ces fûts toxiques, -la suite des enquêtes le prouveront-, proviennent de stocks, largués au large de la Somalie, par des navires oeuvrant pour des pays occidentaux, majoritairement européens.

Pour son documentaire Toxic Somalia : l’autre piraterie, le journaliste Paul Moreira se rend donc sur place en Somalie pour constater les dégâts.

De l’aéroport de Galcaio au centre-ouest du pays, l’équipe file directement sur Lida, où un Somalien lui montre un fût abandonné sur une plage, puis à Hobbyo, la « capitale de la piraterie somalienne ». On apprend à se déplacer vite dans un pays livré aux bandes armées de tout poil depuis bientôt 20 ans : 36 heures de piste pour moins d’une heure d’entretien avec les elders -les autorités traditionnelles- une rencontre furtive avec un pêcheur claudiquant, reconverti en petite main d’une bande de pirates, et quelques images volées.

« C’est le moment le plus dangereux de notre enquête, avoue Paul Moreira, J’étais tendu. Les collègues journalistes m’avaient dit "attention, ton escorte pourrait tout aussi bien te kidnapper". Mon fixer* avait une réputation d’être un homme de confiance, mais lui aussi, il était tendu car on n’est jamais maître d’une situation. Nous avions négocié ma venue avec deux réseaux de pirates, mais il y en a une quinzaine à Hobbyo ! »

Face au journaliste, les membres du conseil du village reprennent l’argumentaire utilisé par les pirates depuis plus d’une décennie : ce n’est pas eux, les agresseurs, les bandits des mers, mais ce sont les étrangers, qui les ont privé de leurs ressources maritimes. Profitant de la déliquescence de l’Etat somalien, les navires européens** ont pêché en toute illégalité dans les eaux territoriales et déversé leurs poisons, les déchets toxiques industriels. Aujourd'hui, il n’y a plus que 5% de pêcheurs dans la région contre 20% auparavant.

« Un excellent prétexte » commente le journaliste qui se rend ensuite, toujours sous bonne escorte, à Mogadiscio. A l’hôpital, les parents montrent les malformations de leurs enfants : appareil uro-génital, maladies de peau, des yeux. La responsable du service note que le nombre de cas a été multiplié par trois en 20 ans. Elle n’a rien à sa disposition pour soigner et opérer, encore moins pour retracer l’origine de ces déformations.

L’assassinat d’Ilaria Alpi et Miran Hrovatin

Paul Moreira se trouvait en Italie en mars 1994 lorsque la nouvelle tombe : la journaliste italienne Ilaria Alpi et le cameraman Miran Hrovatin ont été tués à Mogadiscio, lors de l’attaque de leur véhicule. Tous deux travaillaient pour TG3, une chaîne de la RAI. L’émotion est vive. On apprend assez vite qu’Ilaria enquêtait sur un trafic d’armes entre l’Italie et la Somalie. Son assassinat*** interviendrait après un « entretien de trop », avec un chef milicien, à Bossasso, une ville portuaire sur la mer Rouge.
A cette époque, le Sud du pays est plus ou moins sous le contrôle des casques bleus de l'Onu, mais les affrontements font rage entre les milices armées. Deux hommes occupent le terrain de la guerre depuis la chute du régime de Syad Barré, le 31 janvier 1991 : Mohamed Aidid et Ali Mahdi, président autoproclamé.

Le journaliste français n’oublie pas les causes de la mort d’Ilaria ni l’enquête que mènent ses collègues de la RAI ou Panorama et Famiglia Cristiana, dans les années suivantes. Ceux-ci découvrent que non seulement il y a trafic d’armes, mais aussi trafic de déchets toxiques. Les bateaux de la société italienne SHIFCO (Somali High Sea Shipping Company)**** que mentionne Ilaria dans son dernier entretien enregistré à Bossasso, fournit en armes les miliciens de Ali Mahdi, qui « paie » les livraisons en acceptant d’enfouir les déchets le long de la côte somalienne.

Dans Toxic Somalia, Paul Moreira s’intéresse à la SHIFCO, aux ramifications internationales apparemment bien protégées, et à un réseau plus restreint constitué d’escrocs et d'aventuriers, plutôt maladroits, pris la main dans le sac et condamnés pour des faits autres que le trafic de déchets.

La justice italienne n’ira pas jusqu’au procès du réseau de la SHIFCO sur lesquels les policiers ont enquêté de 1997 à 2000 avant finalement de renoncer en raison de la mise en danger d’un agent « infiltré ». Mais les journalistes italiens, qui ont grandement participé au documentaire de Paul Moreira, en viennent à trouver étrange que l’Etat italien se dessaisisse aussi facilement chaque fois que la question des déchets industriels est mise sur le tapis. Dans le cas de la SHIFCO, la piste envoie à la fois vers la Ndrangheta calabraise et les Etats-Unis.

« Le problème des déchets en Italie paraît tellement insoluble que le fait d’aller déverser des déchets toxiques en Afrique semble arranger tout le monde », constate Paul Moreira.

Mené à un rythme haletant, le documentaire constitue une bonne base pour comprendre les éléments du trafic de déchets vers l'Afrique ou Haïti. Il offre sa dose de portraits d'aventuriers, de mégalomanes, de repentis, de courageux policiers et d'irréductibles -et tragiques- shifta (bandits somaliens). Paul Moreira, rompu au journalisme d'enquête, n’est pas dupe du discours emprunt de mauvaise foi des pirates sur « l’autre piraterie ». Il est toujours plus rentable d'organiser des rapts de bateaux et d'équipage qui rapporte des millions de dollars que d'aller lancer ses fils de pêche dans l'océan tous les jours. Cependant, les arguments que les bandits développent ne doivent pas occulter la réalité d'un trafic hautement criminel ni celle de l’empoisonnement de la population somalienne. « Des déchets continuent à être déversés en Somalie », assure l’auteur de Toxic Somalia. Et les armes et munitions continuent d'alimenter les groupes armés.


Rwanda - Tuer-Les-Tous (Génocide en 1994)Un document exceptionnel où investigation, mise en perspective historique et interviews des acteurs-clés de cette tragédie se mêlent aux témoignages poignants des rescapés.

Que cachaient les termes de "Massacre inter-ethnique", de "Guerres tribales" que nous entendions sur toutes les ondes en 1994 … ?
Que se passait-il VRAIMENT au Rwanda ?
Quel a été le rôle des grandes puissances et de la France en particulier dans ce qui fut le dernier génocide du XXème siècle ?


Rwanda : d'avril à juillet 1994, le génocide des Tutsi s'est déroulé devant les caméras du monde entier et dans une indifférence quasi générale de la communauté internationale.
Le génocide fut savamment orchestré et organisé.
Il s'est nourri de notre passivité à tous.
Un million de Tutsi ont été massacrés en trois mois.

En avril 1994, le Rwanda bascule dans l'horreur.
Pendant trois mois, l'armée Hutu, aidée de miliciens et de civils, va massacrer un million de Tutsi. Dix ans après, à travers l'émotion à vif des survivants et des interviews exclusives de représentants des pays occidentaux, ce documentaire révèle la préparation et la spirale folle du génocide des Tutsi, le dernier génocide du XXe siècle.

Pas à pas, cette enquête minutieuse s'interroge sur l'échec de la Communauté internationale à préserver la paix.
Malgré les avertissements et les appels au secours des soldats de la paix de l'ONU à Kigali, l'indifférence et la passivité de la Communauté Internationale prévaudront.
Coopérant avec le régime rwandais, la France se trouve, quant à elle, impliquée dans la formation et l'entraînement de l'armée et des milices Hutu, les futurs génocidaires de 1994.

Le film démonte la logique d'une collaboration dangereuse et revient sur les questions essentielles : qu'est ce qu'un génocide ?
Quelle est la logique de l'ONU au printemps 1994 ?
Quel regard portent aujourd'hui les responsables politiques sur leurs choix de l'époque ?

lundi 5 septembre 2011

Le sang du Nigéria

Le sang du Nigeria - Spécial pétrole africain 
Documentaire sur l’exploitation des richesses de l’Afrique.Une plongée dans l’enfer du Delta du Niger.

Depuis cinquante ans, le Nigeria est un Eldorado pour les compagnies pétrolières du monde entier.
Un Eldorado et un enfer.
Dans le quatrième pays producteur de l’Opep, les profits sont colossaux, mais dans des conditions extrêmes de violence et d’injustice. Prises d’otages, corruption, attaques, pollution massive et destruction de l’environnement sont l’envers de cette industrie.
Le delta du Niger est aujourd’hui une des régions les plus dangereuses du monde.
Pays le plus peuplé d’Afrique, le géant est très malade.
Nous avons sillonné la mangrove dans tous les sens, allant à la rencontre des habitants, des militants, et des preneurs d’otages.
Nous avons été reçus sur une plate-forme pétrolière, au large des côtes, où des ingénieurs et des techniciens creusent toujours plus profond sous l’eau.
A terre, nous avons filmé une incroyable raffinerie clandestine, des pipe-lines piratés, le centre de recherche du pétrole resté à l’état de première pierre dans la forêt, et des villages sans eau, électricité, ni gaz, pourtant sillonné par des dizaines de conduites.
Nous avons joué au chat et à la souris avec les forces de l’ordre pour filmer des torchages massifs, des pollutions oubliées, et pour rencontrer les habitants, pris en otage par des enjeux pharaoniques.
Enfoui depuis des millions d’années sous la terre, le pétrole du Nigéria est aujourd’hui l’énergie du monde.
Il est le trésor et la malédiction du pays.
Il enrichit les compagnies, permet aux économies développées de croître encore davantage, alimente nos usines, nos voitures, nos avions et nos fusées, mais ne nourrit pas sa propre population.

Shell a déjà été condamné à verser 83 millions d'euros à une communauté du delta du Niger, révèle Courrier International.
Le jugement rendu le 14 juin 2010 par la Haute Cour de justice fédérale du Nigeria, et rendu public le 5 juillet, fait suite à une plainte déposée en 2001.
Shell devra aussi dépolluer et réhabiliter les terrains concernés.

La surface polluée représente 250 000 hectares de terres traversées par un pipeline depuis 1970.
Le delta du Niger comprend plus de 600 champs pétrolifères.
Depuis cinquante ans, entre neuf et treize millions de barils ont été déversé dans les eaux, en une marée noire permanente.

Dans le cas précis de la condamnation de Shell, les fuites ont principalement été causées par des groupes armés qui sabotent les oléoducs et volent du pétrole en les perçant.
Un réseau de raffinage clandestin s'est graduellement installé et il est désormais largement répandu.

Dans un article consacré aujourd'hui au sujet, Audrey Chauvet conclut par ces mots :
"Quelles qu'en soient les raisons, le désastre écologique et humain dans le delta du Niger est sans équivalent: disparition des poissons, espérance de vie en chute libre (de 45 à 50 ans contre 55 à 60 dans le reste du pays), luttes armées... Une région totalement anéantie par l'exploitation du pétrole, pour laquelle des indemnités ne suffiront pas à réparer les dégâts causés par les compagnies pétrolières."

La guerre de l’OTAN contre la Libye est une guerre contre le développement de l’Afrique (Countercurrents)

Libye : le piège

05 septembre 2011

Il fallait s’y attendre : la prise de Tripoli a aiguisé les appétits de l’OTAN envers d’autres pays arabes. Dans les pays arabes, dont l’Algérie, elle a redonné vigueur aux partisans de l’ingérence occidentale. Ayant craint, un moment, l’enlisement de l’OTAN en Libye, ils manifestent d’autant plus leur joie à cet évènement. Ils y voient la confirmation de la justesse de leurs thèses sur "le bien fondé de cette ingérence du moment qu’elle débarrasse la Libye d’un tyran"..
Mais peut-on s’en réjouir. Comment ne pas tenir compte que l’entrée des insurgés à Tripoli s’est faite sous les bombardements de l’OTAN. Rien ne ressemble moins à l’entrée triomphale d’une révolution populaire. Comment ne pas voir que ceux qui applaudissent à l’intervention de l’OTAN applaudissent les forces militaires des mêmes pays qui bombardent et massacrent en Afghanistan et en Irak, qui protègent le colonialisme israélien, et qui soutenaient, il y a quelques mois à peine, les dictatures arabes. Comment ne pas dire que cette joie est mauvaise lorsqu’ils la partagent par exemple avec une personnalité islamophobe et arabophobe comme Bernard Henry Levy qui applaudit aux bombardements sur la Libye comme il l’avait fait pour ceux sur Gaza et le Liban. Il faudra bien un jour nous expliquer ces contradictions, quand elles se seront développées, ce qui est inévitable. Il faudra alors bien se rendre compte que rien n’a été résolu pour la démocratie et la dignité nationale. Et il faudra bien nous dire en quoi tout cela est différent de l’intervention militaire en Irak ou en Afghanistan qui avait été justifiée par exactement les mêmes arguments, la lutte contre la tyrannie et pour la démocratie, et en quoi tout cela n’aboutira pas au même résultat, sous une forme ou une autre : un régime à la Karzaï, corrompu, au service de ses maîtres.
La gêne est d’ailleurs perceptible chez ceux, partis et personnalités politiques, en Algérie et dans d’autres pays arabes, qui se félicitent de la "victoire" des insurgés mais sans dire mot de celle, en fait, de l’OTAN. Qui ne dit mot consent, pourrait-on leur faire remarquer. Mais, il faut reconnaître que la question n’est pas simple. En arriver à cet autisme, ou être amené à faire silence sur cet aspect de la réalité actuelle libyenne, sur un évènement aussi énorme que la première intervention militaire étrangère en Afrique du Nord depuis un demi siècle, est en soi même significatif de la complexité de la situation et de la gravité de la crise qu’a ouverte dans les rangs démocratiques arabes l’intervention occidentale.
Les révolutions tunisienne et égyptienne ont été entourées d’un consensus. C’était l’étape en quelque sorte d’un certain romantisme, propre aux débuts des grands mouvements historiques. Deux révolutions "propres" où les bons et les méchants sont clairement identifiés, où la société, à part une minorité, est apparemment unie. C’est la fête démocratique. Surprises d’abord, les puissances occidentales n’ont pas tardé à opérer un tournant radical en annonçant leur soutien au ’Printemps arabe". Il le fallait pour intervenir, l’influencer, justifier l’ingérence.
L’ingérence étrangère ouvre donc une deuxième étape dans l’histoire en cours de la démocratie arabe. Cette deuxième étape a été ouverte avec la crise libyenne, elle se développe actuellement à travers la situation en Syrie, et aura certainement d’autres développements. La perversité de la politique occidentale actuelle est qu’elle arrivée à construire, notamment par une campagne médiatique de propagande d’une violence intense, un faux dilemme, qui est celui ci : ou le droit d’ingérence et donc la démocratie sous protectorat occidental, où la dictature et la tyrannie. Beaucoup parmi les élites politiques arabes tombent dans le piège. Outre, évidemment, celles d’entre elles traditionnellement liées à l’Occident, cette propagande trouvent un écho chez des forces politiques et sociales plus larges, soient qu’elles ont peu d’influence et de forces dans la société, et ne voient pas donc d’autre solution pour se débarrasser de la dictature que dans une "alliance même avec le diable" , soient qu’elles sont impatientes ou fatiguées par une longue opposition.
Du coup la société désormais se divise sur la question de la démocratie, car il lui est substitué une autre question, celle de l’attitude par rapport à l’intervention étrangère. Les cartes s’en trouvent alors faussées. On croit toujours parler de démocratie mais c’est la question nationale qui ressurgit, et avec elle celle de la souveraineté, celle de l’indépendance du pays, celle de l’unité nationale. Les ex-puissances coloniales reviennent pour proposer de protéger les aspirations démocratiques arabes et ce protectorat réactive alors le protectorat colonial. Ceci explique que du même coup se trouvent relancés des débats qu’on croyait dépassés et qui déchiraient les différentes tendances du mouvement national à la veille des luttes pour l’indépendance : en 1936, l’illusion que la libération allait arriver du Front populaire de la gauche française, en 1942-43, les espoirs mis par Ferhat Abbas dans la Charte atlantique, et plus généralement la position du courant assimilationniste qui attendait le progrès et la civilisation de la France coloniale.
SURREALISTE !
Les cartes sont tellement faussées qu’on assiste à des alliances ou des convergences surprenantes : des "laïcs" qui se retrouvent au sujet de l’ingérence étrangère en Libye sur les mêmes positions que les monarchies du Golfe et les royalistes libyens de Londres ; des courants qui se réclament de l’Islam et s’allient avec les puissances occidentales, donc des pays non musulmans, pour combattre… d’autres musulmans, ou qui prient sur la place de Benghazi sous d’immenses drapeaux français et américains ; des militants islamistes algériens qui ont participé à la flottille de la paix pour Gaza et dont le parti a la même appréciation, sur la situation sur la Libye, que… Bernard Henry Lévy qui qualifiait cette flottille "d’épopée misérable"(journal français "Libération",7 juin 2010 ). Une atmosphère surréaliste !
Certes, il ne faut pas généraliser et les décantations s’opéreront inévitablement qui toucheront tous les courants politiques, sous les coups de boutoir de la réalité. On peut prédire, sans grands risques de se tromper, que les contradictions entre la domination étrangère et les forces populaires libyennes, nationalistes, islamistes ou autres, se manifesteront très vite. Vrais démocrates et faux démocrates, vrais patriotes et faux patriotes, apparaitront alors, mais hélas à partir de grandes souffrances de la Libye, comme en Irak, en Afghanistan ou ailleurs. Mais on peut se demander aussi s’il n’y a pas un point commun à ces convergences, apparemment hétéroclites : l’idée, d’autant plus tenace qu’elle est non dite, et qui ressurgit car elle n’a pas cessé d’exister depuis les indépendances et leurs contradictions, que la domination occidentale, que le colonialisme a un contenu civilisateur. C’est au fond cette idée qui se cache derrière les partisans de l’ingérence, à la raison fallacieuse que la domination occidentale serait bien plus "soft", bien plus civilisée qu’une dictature arabe.
Ces opinions fleurissent actuellement comme avaient fleuri les appels à la "normalisation" des relations avec Israël, dans des journaux algériens et arabes, lorsque le monde arabe traversait une période très difficile, que la domination des Etats Unis paraissait écrasante et que les partisans de "la normalisation" assenaient " que nous ne pouvions être plus royalistes que les Palestiniens et les Egyptiens". Je lisais dernièrement un article où il était expliqué, sur la question de la souveraineté nationale, que cela ne faisait pas de différence, qu’on vive dans un pays dominé par l’étranger ou par "un dictateur comme en Libye". Mais l’auteur de l’article avoue en fait vers où va sa préférence puisqu’il se félicite de l’élimination du pouvoir de Mouammar Kadhafi par l’OTAN. On voit poindre de nouveau le nez de la thèse des "aspects positifs du colonialisme". Autres temps, mais même problématique.
Comme dans le Far West, le président du CNT de Benghazi vient de mettre à prix la tête de Kadhafi. Tristes mœurs. Que n’aurait- on pas entendu des médias occidentaux si c’était Kadhafi qui avait mis à prix la tête des membres du CNT au début des évènements. L’horreur se répète comme pour Saddam en Irak. La nouvelle Rome est sans pitié et veut du sang et des sacrifices humains. Ce "Wanted" trahit et annonce déjà la domination étrangère sur la Libye et son style.
Dans les rues désertes des villes libyennes commencent les règlements de compte et les massacres, mais ces victimes civiles n’intéressent plus Mr Juppé et Mme Clinton.
Djamel LABIDI
Paru dans "Le Quotidien d’Oran" le 4 Septembre 2011

dimanche 4 septembre 2011

La campagne BDS est-elle efficace ?

dimanche 4 septembre 2011 - 06h:04
Giulio Meotti - Israel News

La campagne internationale de boycott contre l’État d’Israël, puissance occupante, et pour les droits des Palestiniens, vue et interprétée par la presse sioniste, avec son bilan. Oui, le boycott est efficace. (ndp)

Extrait de l’appel palestinien au boycott d’Israël :
Ces mesures de sanction non-violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :
  • 1) mettant fin à son occupation et à sa colonisation de tous les terres Arabes et en démantelant le Mur ;
  • 2) reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens Arabo-Palestiniens d’Israel à une égalité absolue ; et
  • 3) respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU.
PDF - 16.7 ko
Appel palestinien au BDS, du 9 juillet 2005
 
Spécial Ynetnews : les boycotteurs anti-Israël ont de plus en plus de succès dans l’étranglement de l’économie de l’État juif : plus de 20 organisations en Europe, dans 13 pays, approuvent le boycott d’Agrexco, fer de lance d’Israël pour l’exportation de fleurs.
Giulio Meotti
De nombreux produits agricoles israéliens ont été récemment ciblés par la campagne de boycott d’Israël : tomates, poivrons, agrumes, carottes, melons, fraises et céleris. Mais les fleurs ont été la première obsession du mouvement de désinvestissement, lequel veut étrangler l’économie israélienne.
Agrexco, fer de lance d’Israël pour l’exportation de fleurs, a récemment été déclarée en faillite, en partie à cause du boycott mondial de ses produits, selon certains rapports. Plus de 20 organisations en Europe, dans 13 pays, ont approuvé le boycott d’Agrexco.
Les pressions, boycotts et sanctions au niveau international contre le gouvernement d’apartheid en Afrique du Sud ont joué un rôle essentiel dans la fin de son règne. Modelé sur cette campagne mondiale, le mouvement de boycott anti-Israël a remporté des victoires remarquables ces derniers temps, tout en faisant usage d’un lexique vieux marxiste (« impérialisme », « colonialisme », « occupation » et « société colonisatrice »).
Le premier symbole de la campagne économique anti-Israël, Caterpillar, était très éloigné de la conscience collective occidentale. Pourtant, les roses israéliennes furent un meilleur bouc émissaire juif, les fleurs étant un pilier de l’économie d’Israël (dans les années quatre-vingt, Israël est devenu le deuxième exportateur de fleurs mondial). Agrexco a été boycottée parce qu’elle était détenue partiellement par le gouvernement israélien et que l’entreprise possédait des exploitations dans la vallée du Jourdain et à Tekoa, une colonie aux portes du désert de Judée. (terres palestiniennes occupées - ndt)
L’an dernier, les fonds pétroliers de Norvège ont retiré leurs investissements d’Africa-Israël et de Danya Cebus, évoquant leur implication dans les « constructions de colonies ». Tout récemment, la Coopérative suédoise a décidé de mettre fin à ses achats de machines à gazéifier l’eau de Soda Stream. Alors que dans le même temps, l’Église méthodiste adoptait une motion « anti-Israël » demandant le boycott des produits issus des colonies « illégales ». Les Quakers en Grande-Bretagne ont également convenu de boycotter les produits israéliens.
Par ailleurs, les principaux fonds de pension néerlandais, Pensioenfonds Zorg en Welzijn, qui avaient investi un total de 97 milliards d’euros, ont retiré pratiquement toutes les sociétés israéliennes de leur portefeuille (banques, sociétés de communication, de construction et Elbit Systems). Un important fonds de pension suédois s’est également désinvesti d’Elbit en raison de son rôle dans la construction de la clôture de sécurité d’Israël en Cisjordanie. De même que les conseils d’éthique de quatre fonds de pension tampon ont exhorté Motorola « à sortir des territoires occupés par Israël en Cisjordanie » sinon ils se désinvestissent.
Sur le plan culturel, un festival de cinéma en Écosse a remboursé ses frais à l’ambassade israélienne après avoir cédé aux militants du boycott qui menaçaient de former un cordon de protestation devant le festival. Ailleurs, certains artistes indiens de premier plan ont annoncé le boycott d’une représentation prévue à Tel Aviv, au Musée d’État, au printemps 2012. Des tas de stars de la musique ont également approuvé le boycott cette dernière année (Elvis Costello, Gil Scott-Heron, Roger Waters).
Les universités occidentales infestées
Et il y a pire : un boycott important est sur le point d’être approuvé à la Park Slope Food Coop, une coopérative de renom de Brooklyn, boycott qui touchera le paprika, les sels de bain, les guimauves végétaliennes et les machines pour l’eau de Seltz de chez Soda Stream.
Les pensions gouvernementales de Norvège et la Deutsche Bank en Allemagne se sont aussi désinvestis d’Elbit. Le débouché phare londonien de la société Ahava de produits de beauté a été bouché après des années de manifestations. Un conseil municipal écossais a récemment interdit les livres israéliens dans ses bibliothèques publiques. Eden Springs, principale compagnie des eaux israélienne, ne verra pas son contrat renouvelé avec la célèbre École d’économie de Londres.
La Compagnie de la Baie d’Hudson, la plus ancienne société commerciale d’Amérique du Nord, a elle aussi interrompu la vente des produits Ahava. Bien que cette décision ait été prise davantage pour des « raisons commerciales », elle n’en coïncide pas moins avec une campagne agressive de plusieurs organisations défendant le boycott d’Ahava.
La plupart des universités occidentales sont aujourd’hui infestées par un état d’esprit anti-juif virulent. Les étudiants de l’université d’Edinbourg viennent de voter en faveur d’un boycott d’Israël. L’université de Johannesburg a coupé ses liens avec l’université Ben-Gourion de Beersheba. L’association des étudiants de l’université DePaul a adopté le boycott de l’houmous Sabra. L’université française d’Aix-en-Provence a annulé une rencontre avec l’écrivain israélien, Esther Orner après son boycott par les auteurs arabes. Alan Dershowitz a récemment accusé les universités norvégiennes de mener un « boycott implicite d’Israël ».
Plusieurs entreprises, principalement la société suisse Assa Abloy qui détient Mul-T-Lock (Mul-T-Lock, filiale d’Assa Abloy, leader mondial dans la fabrication et la fourniture de solutions de verrouillage) et la Wine Cellars (vignoble), en partie néerlandaise, ont quitté la zone industrielle de Barkan, près de la ville israélienne d’Ariel (en Cisjordanie occupée). Le gouvernement espagnol a éliminé le centre universitaire de Samarie à Ariel de la compétition en finale d’un concours international entre des départements universitaires d’architecture, pour construire une maison auto-suffisante en énergie avec l’énergie solaire. Le syndicat norvégien El et IT, qui représente des milliers de salariés de l’énergie et des télécommunications, a adopté le boycott de la fédération syndicale israélienne Histadrut.
Le plus grand syndicat du Brésil a voté en faveur du boycott et a appelé à la suspension des accords économiques Israël/Brésil et des relations militaires. La société française Veolia, qui travaillait pour le projet de tramway à Jérusalem, a dû vendre ses parts dans le projet. La Deutsche Bahn (entreprise ferroviaire allemande) vient juste de se retirer du même projet, le ministre allemand des Transports, Peter Ramsauer, expliquant ainsi la fin de ce projet : « Le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Malki, les membres du Parlement et les médias allemands ont critiqué un projet dans lequel Deutsche Bahn International agissait comme conseil pour le tramway géré par l’État d’Israël. » La société italienne Pizzarotti est actuellement mise sous pression à propos de ce même projet de tramway.
Quand les magasins italiens ont annoncé l’an dernier l’interdiction d’Agrexco, le directeur de la société, Shimon Alchasov, m’a demandé sans prendre de gants : « Dois-je marquer les produits avec une étoile jaune de David ? ». Le grand et regretté historien Raul Hilberg expliquait que l’étranglement économique des juifs dans le business, l’enseignement et l’emploi avait été la première étape de l’holocauste. Aujourd’hui, le même boycott « avec nous » saigne l’État d’Israël.

Giulio Meotti, est également journaliste au quotidien Il Foglio.

31 août 2011 - Ynet News - traduction : JPP

Libye : 30.000 bombes, 60.000 morts : une sacrée mission humanitaire (Counterpunch)

Après environ 8.000 raids aériens, et une estimation de 4 bombes lancées par attaque, l’OTAN a déjà largué plus de 30.000 bombes sur la Libye. Ca fait pratiquement 200 bombes par jour pendant 6 mois, soit des dizaines de milliers de tonnes d’explosifs puissants. Avec une estimation de 2 Libyens tués par bombe et aucune victime du côté de l’OTAN, les régimes occidentaux ont massacré environ 60.000 Libyens au cours des six derniers mois alors que les rebelles eux-mêmes annoncent 50.000 morts. Une sacrée mission humanitaire, n’est-ce pas ?
Le déroulement de la « guerre civile » en Libye peut être mieux décrit par les événements du 21 août. Ce dimanche après-midi, une équipe de télévision de la BBC a montré une colonne rebelle en train de s’enfuir de Zawiya, dans les environs de Tripoli. Battant pitoyablement en retraite, jetant des regards effrayés par dessus l’épaule et fuyant à toutes jambes sur la route par laquelle ils étaient arrivés – même la « presstituée » de la BBC qui était sur place n’a pas pu se retenir d’exprimer son dégoût devant la scène. Une fois de plus, confrontés à une résistance déterminée, les rebelles ont fui et montré leur véritable nature.
Le lendemain matin, une journaliste de France24 a raconté comment, plus tard dans la nuit de ce même dimanche, elle avait accompagné ces mêmes rebelles lorsqu’ils ont traversé Zawiya sans rencontrer la moindre résistance jusqu’à la Place Verte au centre de Tripoli, en croisant cette fois-ci une enfilade de ruines d’immeubles bombardés qui brûlaient encore.
Voilà ce qu’aura été la guerre de l’OTAN et si le monde ne le comprend pas, les rebelles, eux, ne le comprennent que trop bien.
Un problème majeur pour l’OTAN et sa Ligue de Traîtres Libyens, connue aussi sous le nom de Conseil National de Transition, est que la majorité des militaires rebelles sont sous les ordres du Groupe islamique combattant en Libye (GICL), un groupe qui se présente comme affilié au groupe Al-Qaeda du Maghreb. (voir détails déjà rapportés ici http://www.legrandsoir.info/comment-al-qaeda-est-arrive-a-regner-sur-tripoli-asia-times.html – NdT)
(…)
Tandis que d’anciens terroristes de GICL devenus « combattants de la liberté » vont de maison en maison pour arrêter et exécuter des « supporters de Kadhafi » et des « mercenaires africains » à Tripoli, la vie quotidienne pour les habitants de la ville s’est transformée en une opération de survie. Sans eau depuis près de deux semaines, sans gaz pour cuisiner ou de combustible pour les véhicules et avec la nourriture qui commence à manquer, l’avenir pour la population de Tripoli paraît incertain.
Certains médias internationaux ont affirmé que la Grande Rivière Artificielle (GRA), le système d’irrigation qui fournit presque la totalité de l’eau du nord de la Libye, a été bombardée par l’OTAN. D’autres prétendent que les « loyalistes de Kadhafi » contrôlent toujours les puits du sud et qu’ils ont coupé l’eau – si c’est le cas, alors même Benghazi manquera d’eau. Tripoli devra donc importer son eau pendant un certain temps et le fait de savoir comment une ville de près de 2 millions d’habitants pourra vivre avec de l’eau importé par camions-citernes est un sujet que les médias n’abordent plus.
Le « Conseil National de Transition » désormais reconnu comme le « gouvernement légitime de la Libye » par les gouvernements de l’OTAN et leurs alliés est composé de nombreux anciens hauts officiels du gouvernement Libyen et se trouve de plus en plus dans une position délicate. Avec l’Union Africaine qui tente d’empêcher le déblocage des fonds du gouvernement Libyen détenus dans les banques occidentales il n’y a plus beaucoup de temps à perdre si ce CNT veut pouvoir continuer d’exister.
Le président de l’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a condamné les dirigeants du CNT qualifiés d’escrocs et exigé la restitution des dizaines de millions de dollars que les hauts dirigeants ont volé lorsqu’ils étaient en fonction dans le gouvernement Libyen avant que l’Union Africaine ne lève son opposition au déblocage des fonds du gouvernement de Kadhafi.
Les dirigeants de l’OTAN doivent se démener pour maintenir le CNT à flots. Les images de palettes chargées sur deux mètres de haut de 200 millions de dinars Libyens acheminés par avion depuis Londres montre la fragilité de l’influence du CNT. Alors que le cirque des « amis de la Libye » organisé par l’OTAN et qui se tient à Paris promet de libérer les milliards de dollars Libyens détenus en otage par l’Occident, la mise en application de ces promesses est une toute autre affaire. La corruption et l’incompétence sont la marque des dirigeants du CNT et il ne sera pas surprenant d’entendre parler plus tard de détournements massifs de fonds.
La grande question est de savoir combien de temps les dirigeants du GICL/AQM laisseront-ils le pouvoir à leurs anciens ennemis jurés au sein du CNT. Déjà le « gouvernement » rebelle dans la ville portuaire de Misrata a annoncé qu’il ne reconnaissait pas l’autorité du CNT et on y signale la tenue de manifestations quasi quotidiennes pour exiger l’expulsion du CNT des anciens fonctionnaires du gouvernement Libyen.
Pendant ce temps, de vastes étendues du désert Libyen dans le sud n’ont pas été conquises par l’OTAN et pratiquement toute l’eau et une partie du pétrole échappe au contrôle du CNT.
Avec de centaines de villages et de petites villes éparpillées à travers un territoire immense, le Colonel Kadhafi et ses supporters ont encore une vaste zone à leur disposition. Avec l’Algérie qui combat Al Qaeda du Maghreb, sa frontière avec la Libye reste ouverte et offre un terrain de repli aux opposants aux rebelles de l’OTAN. Le CNT a déjà sonné l’alarme quant à une insurrection à long terme qui pourrait s’implanter dans le sud de la Libye et qui utiliserait l’Algérie comme base arrière.
Jusqu’à présent les dirigeants Al-Qaeda et les gros bras de l’occident au sein du CNT n’ont pas encore commencé à s’entredéchirer mais une guerre interne paraît inévitable. Il se pourrait que nous assistions à des bombardements par l’OTAN de ses anciens alliés.
Une chose qui est claire est que la tragédie Libyenne ne fait que commencer et la capture de pratiquement tout le nord de la Libye par les rebelles de l’OTAN n’est que le début. 30.000 bombes sur le pays et la mort de quelques 60.000 Libyens marquent plutôt le début que la fin de cette catastrophe.
Thomas C. Mountain
http://www.counterpunch.org/2011/09/02/30000-bombs-over-liby...
Traduction "combien de morts pour sauver combien de vies, déjà ?" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et coquilles habituelles.
URL de cet article 14554 http://www.legrandsoir.info/30-000-bombes-60-000-morts-une-sacree-mission-humanitaire-counterpunch.html