dimanche 21 août 2011

Zéro de conduite pour le FMI

Nombre de pays du Sud les ont utilisées pour rembourser de manière anticipée le FMI, réduisant ainsi leur dépendance à son égard. Discrédité par le désastre social des politiques qu’il a imposées au Sud, le FMI a néanmoins profité de la crise qui a éclaté en 2007-2008 pour reprendre pied et généraliser au Nord les mêmes politiques néfastes.
Profitant de cette crise, le FMI ne l’a absolument pas anticipée. L’examen des rapports semestriels intitulés Perspectives de l’économie mondiale dans lesquels le FMI dévoile ses prévisions sur l’état futur de l’économie globale est édifiant.
D’une manière globale, au moins jusqu’au mois d’octobre 2007, les messages généraux du FMI étaient optimistes. Ils confortaient l’opinion dominante du moment : l’idée que le monde était entré dans une période de « grande modération » caractérisée par une forte croissance mondiale et une faible volatilité financière, les récessions graves pouvant désormais être évitées.
Ainsi, le FMI prévoyait en avril 2007 que « la croissance mondiale devrait rester vigoureuse en 2007 et 2008 » (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2007, p.15). Alors que ce rapport prévoyait une croissance mondiale de 4,9% pour les années 2007-2008, sa mise à jour de juillet se montrait encore plus optimiste : 5,2% !
En réalité, la croissance mondiale s’est élevée à 3,9% en 2007 et 1,9% en 2008. On pouvait aussi lire : « Globalement, les perspectives semblent moins menacées qu’il y a 6 mois » (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2007, p.15). Saluons l’exploit du FMI et de sa troupe d’experts économistes qui n’entrevoient aucunement les prémices de la crise qu’ils ont pourtant sous les yeux.
Non content de n’avoir pas prévu la crise, le FMI est de plus resté très optimiste lors de son éclatement et n’a pas anticipé qu’elle allait se propager des Etats-Unis à l’Europe et affecterait la santé économique de la planète. A ce sujet, l’examen des différents rapports du FMI ainsi que des déclarations de ses plus hauts dirigeants prêteraient à sourire si on pouvait faire abstraction du mal qu’a causé indirectement le FMI en ne voyant rien venir et en ne prévenant pas ses 187 pays membres des risques de contagion de la crise américaine.
Jusqu’en août 2007, la direction du FMI estimait que les perspectives économiques mondiales étaient « très bien orientées ». Dix mois plus tard, le directeur du FMI de l’époque Dominique Strauss-Kahn déclarait au sujet du secteur financier : « les pires nouvelles sont derrières nous ». En septembre 2008, la banque d’affaires américaine Lehman Brothers était déclarée en faillite.
Le paroxysme de la crise fut atteint à ce moment-là. En effet, dans le mois qui a suivi cette faillite, les gouvernants et les banques centrales des Etats-Unis et de l’Europe ont vivement réagi en injectant des centaines de milliards de dollars et d’euros pour empêcher que le système financier des pays les plus industrialisés ne s’effondre.
Revenons un an en arrière. En juillet 2007, le FMI revoyait ses perspectives de croissance mondiale à la hausse. Il affirmait : « Tandis que la correction du secteur immobilier se poursuit, les risques globalement baissiers liés à la demande intérieure américaine se sont un peu estompés. Les risques haussiers pour la croissance dans la zone euro et dans les pays émergents signalés en avril se sont en partie matérialisés et ont été intégrés dans les projections de base. De plus, des progrès ont été faits qui ont réduit le risque de correction désordonnée des déséquilibres mondiaux (…) » (Perspectives de l’économie mondiale, mise à jour juillet 2007, p.1).
En totale contradiction avec ceci, le secteur immobilier américain a bien continué à dégringoler à l’automne 2007. Des centaines de milliers de gens se sont retrouvés à la rue. Parler de « risques haussiers pour la zone euro » révèle un manque complet d’anticipation de la transmission de la crise américaine à l’Europe. La prétendue réduction du « risque de correction désordonnée des déséquilibres mondiaux » laisse sans voix au regard de ce qui s’est produit peu de temps après.
Le constat général que nous pouvons tirer est le suivant : le FMI, l’institution internationale chargée de veiller à la stabilité financière mondiale, n’a pas anticipé la crise de 2007-2008. Il n’a pas prévu que la crise allait éclater en 2007 aux Etats-Unis ni qu’elle allait par la suite s’étendre au monde entier. DSK lui-même a admis en début 2011 que son institution « avait vu ses prévisions économiques et financières mises en échec par la crise mondiale ».
États-Unis : Le FMI a chanté les louanges du secteur financier qui a déclenché la crise
Non seulement le FMI n’a pas pressenti la crise aux Etats-Unis mais en plus il a souvent mis en avant et pris en exemple le modèle financier américain. Une série d’affirmations écrites dans les rapports du FMI l’illustre très clairement. Alors qu’à la mi-2006 la bulle immobilière était sur le point d’éclater, le FMI a nié les dangers qui menaçaient l’économie des Etats-Unis : « Les taux de défaillance sur crédits hypothécaires ont, de tout temps, été bas. Ajouté à la titrisation du marché hypothécaire, ceci permet de penser que l’impact d’un ralentissement du marché immobilier sur le secteur financier serait limité |1| » (Perspectives de l’économie mondiale, avril 2006, p. 18).
Pour bien comprendre ce passage, il faut savoir que selon le FMI, la titrisation réduit les risques ! Nombre d’affirmations en témoignent. En voici une extraite du rapport sur la stabilité financière dans le monde : « La titrisation et, plus généralement, l’innovation financière ont rendu les marchés plus efficaces en répartissant mieux les risques » (FMI, Rapport sur la stabilité dans le monde, septembre 2007, p.7).
Ainsi, d’après le FMI, le fait pour les banques d’intégrer les crédits à haut risque (subprime) à des produits structurés (Collateralised Debt Obligation, CDO) pour les vendre sur les marchés financiers (opération qui, au passage, leur permettait de sortir ces créances douteuses de leurs bilans) est une pratique exemplaire et permet de diluer les risques ! A noter aussi au passage que les agences de notation ne faisaient pas mieux en attribuant la note maximale AAA aux CDO et autres produits structurés.
Mais le FMI ne s’est pas arrêté en si bon chemin. Il a fait plus fort encore. En effet, non content de saluer la titrisation comme un procédé modèle (qui, faut-il le rappeler, a mené à la plus grande crise que le monde ait connu depuis les années 1930), le FMI a encouragé d’autres pays à adopter ce genre de pratiques qui étaient censées booster la rentabilité des actifs financiers.
Ainsi, par exemple, le FMI conseillait au Canada d’imiter la dérégulation financière made in USA : « Les stratégies timorées du système bancaire canadien donne des rendements sur actifs beaucoup plus faibles qu’aux Etats-Unis » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec le Canada). Il conseillait aussi à l’Allemagne de s’aligner sur le modèle financier américain. L’Allemagne et le Canada étaient classés par le FMI dans un groupe de pays où « la rentabilité n’a pas encore atteint les niveaux internationaux et où l’innovation doit encore progresser » (FMI, Rapport pour les consultations de 2006 au titre de l’article 4 avec l’Allemagne).
Dans ces pays, les conseils du FMI ont mis l’accent sur la nécessité de réformes axées sur le marché afin de surmonter les soi-disant entraves structurelles alors que ce sont justement certaines d’entre elles qui ont contribué à protéger ces pays de la crise. En clair, le FMI a conseillé au Canada et à l’Allemagne, entre autres, des mesures qui, si elles avaient été appliquées, auraient aggravé la crise.
L’Allemagne et le Canada ont donc été protégés de la crise parce qu’ils n’ont pas accepté les recommandations du FMI. Mais tous les pays n’ont pas refusé les réformes proposées par cette organisation. Aussi, non content de ne pas avoir prévu la crise aux Etats-Unis ni son extension planétaire, le FMI a contribué au renforcement de cette dernière en conseillant à ses pays membres de déréglementer leurs marchés financiers selon le « modèle » états-unien !
D’une manière générale, le FMI a évalué très positivement le système bancaire et financier des Etats-Unis jusqu’en 2007, année du début de la débâcle économique américaine. Nous nous contenterons de mentionner deux messages clés révélateurs de cet état de fait. Voici ce que déclaraient les responsables du FMI au sujet des Etats-Unis en 2007 : « Les banques commerciales et d’investissement proprement dites sont foncièrement en bonne santé financière et les risques systémiques semblent faibles » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec les Etats-Unis).
Toujours en 2007 et à propos des Etats-Unis, les mêmes responsables affirmaient : « Bien qu’il n’y ait pas de place pour la complaisance, il semble que l’innovation ait épaulé la solidité du système financier. Les nouveaux marchés de transfert des risques ont favorisé la dispersion du risque de crédit, d’un noyau où l’aléa moral est concentré, vers la périphérie où la discipline de marché est le principal frein à la prise de risques. (…).
Si l’alternance des périodes d’euphorie et de panique n’ont pas disparu — les phases d’expansion–récession du crédit hypothécaire à risque en étant la dernière illustration — les marchés ont montré leur capacité à s’autoréguler » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec les Etats-Unis).
L’Union européenne, « vers une expansion durable » selon le FMI en 2007
Nous avons vu que le FMI n’a pas anticipé la crise aux Etats-Unis ni son extension à l’Europe. Tournons-nous vers le vieux continent. Sans surprise, avant la crise le FMI était positif et optimiste au sujet de l’Union européenne : « Les perspectives sont les plus favorables depuis plusieurs années. L’économie s’oriente vers une expansion durable, imputable pour partie à des considérations cycliques, mais aussi aux politiques mises en œuvre. (…) L’environnement extérieur est jugé globalement propice » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec la zone euro).
Le FMI était aussi confiant vis-à-vis des marchés financiers européens. Il était rassuré que « la volatilité du marché financier et les primes de risque soient à leur plus bas niveau historique » (FMI, Rapport pour les consultations de 2007 au titre de l’article 4 avec la zone euro). La naïveté et l’aveuglement du FMI prêteraient à sourire si les conséquences de la crise pour l’Europe n’avaient pas été aussi désastreuses.
Le FMI, supporter enthousiaste du Tigre celtique
Beaucoup de prévisions du FMI se sont révélées inexactes mais peu semblent aussi ridicules que celles adressées à l’Irlande, le « tigre celtique » dont le FMI a fait l’éloge pendant des années. Extraits choisis des louanges et prédictions : « L’économie irlandaise a été remarquablement performante au cours des dix dernières années. Le taux moyen de croissance du PIB réel a été d’environ 7 % par an au cours de la période 1995–2004. (…) Ces résultats impressionnants sont pour une large part attribuables à la politique économique avisée des autorités, y compris une politique budgétaire prudente, une fiscalité légère sur la main-d’œuvre et les revenus des entreprises et des accords de partenariat social qui ont contribué à la modération salariale.
L’économie reste très performante. (…) La hausse des prix de l’immobilier, qui s’était ralentie jusqu’au milieu de 2005, a repris sur fond d’expansion rapide du crédit. En réponse au relâchement des règles de prêt, les autorités ont accru la pondération des risques des hypothèques résidentielles. En mars 2006, une équipe du FMI s’est rendue à Dublin pour actualiser le Programme d’évaluation du secteur financier de 2000 (PESF).
L’équipe a constaté que le système financier irlandais demeure robuste » (FMI, Rapport annuel 2006, p.51). En effet, on retrouve ceci dans les conclusions de la mise à jour du programme d’évaluation de la stabilité financière de l’Irlande : « Les perspectives du système financier sont positives, les institutions financières disposant de marges suffisantes pour amortir une série de chocs » (FMI, Programme d’évaluation du secteur financier de l’Irlande, 2006).
En résumé, selon le FMI tout allait bien pour l’Irlande. Les prix de l’immobilier étaient en hausse, une bulle spéculative se formait… Pas de problème, répondait le FMI puisque les autorités ont augmenté « la pondération des risques des hypothèques résidentielles ». Le FMI ne s’est pas inquiété outre mesure de l’endettement exceptionnel des ménages encouragé par la déréglementation financière, notamment via des emprunts hypothécaires, qui avait pourtant atteint 190% du PIB avant la crise.
Le fait que le secteur bancaire irlandais était surdimensionné avec un total des capitalisations boursières, des émissions d’obligation et des actifs des banques équivalant à 14 fois le PIB de ce pays n’a pas non plus semblé déranger le FMI |2|. Les bulles immobilières et boursières qui s’étaient développées dans les années 2000 au nez et à la barbe du FMI éclatèrent en septembre-octobre 2008. Elles causèrent un véritable chaos social dont l’Irlande ne s’est toujours pas remise, avec notamment un taux de chômage qui est passé de 0% en 2008 à 14% début 2010.
Conclusion
Le rapport du bureau indépendant d’évaluation (BEI) du FMI souligne : « L’opinion dominante au sein des services du FMI — groupe cohésif de macroéconomistes — était que la discipline et l’auto-régulation du marché suffiraient à écarter tout problème majeur des institutions financières.
Toujours selon la pensée dominante, les crises étaient peu probables dans les pays avancés dont le degré de « sophistication » des marchés financiers leur permettrait de progresser sans encombres avec une régulation minimale d’une part importante et croissante du système financier » (Évaluation de l’action du FMI au cours de la période qui a précédé la crise financière et économique mondiale, BEI, janvier 2011, p.29 http://www.ieo-imf.org/ieo/pages/IE...).
Un rapport plus récent réalisé par le même organisme révèle que : « Parmi les autorités interrogées, beaucoup ont estimé que les études du FMI étaient hautement prévisibles et ne permettaient pas l’expression de points de vue alternatifs. Cette opinion concernait l’ensemble des productions analytiques du Fonds » (BEI, « Research at the IMF : Relevance and utilization », Washington, DC, 20 mai 2011 en ligne sur www.ieo-imf.org).
Comme l’affirmait, Joseph Stiglitz, ancien n°2 de la Banque mondiale entre 1997 et 2000 : « Si l’on examine le FMI comme si son objectif était de servir les intérêts de la communauté financière, on trouve un sens à des actes qui, sans cela, paraîtraient contradictoires et intellectuellement incohérents » |3|. Loin de servir l’intérêt des populations affectées par la crise, loin d’agir pour le plein emploi comme ses statuts l’exigent, le FMI est au service des grandes puissances et des entreprises transnationales parmi lesquelles les grandes sociétés financières privées jouent un rôle fondamental.
Dans ce contexte, à l’aune des conditions de vie des plus démunis dont l’amélioration devrait guider toute politique digne de ce nom, il est nécessaire d’agir pour sa dissolution et son remplacement par une institution démocratique et centrée sur la garantie des droits fondamentaux, en un mot une institution « utile ». Tout le contraire du FMI actuel…
Notes
|1| Chaque passage en gras dans le texte est dû au surlignage par l’auteur de cet article.
|2| Voir La dette ou la vie, sous la direction de Damien Millet et Eric Toussaint, 2011, p. 99-101.
|3| Joseph Stiglitz, La grande désillusion, Fayard, 2002, p. 269. P.-S.
François Sana, économiste, est membre du CADTM.
Source : PRESSE-TOI A GAUCHE

Londres. Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ?

9 août 2011
Pourquoi donc est-ce que ce sont toujours les mêmes zones qui s’enflamment, quelles qu’en soient les causes ? Est-ce purement accidentel ? Ou y aurait-il un rapport avec la race, la classe sociale, la pauvreté institutionnalisée et le caractère sinistre de la vie quotidienne ? Pris dans leurs idéologies pétrifiées, les politiciens de la coalition (y compris ceux du nouveau parti travailliste, qui pourrait tout aussi bien participer à un gouvernement d’unité nationale si la récession se poursuit) ne peuvent pas le dire, car les trois partis [Conservateur, Libéral-démocrate et Nouveau Travailliste] sont chacun responsables de la crise. C’est eux qui ont créé le gâchis.

Ils privilégient les riches. Ils font savoir que les juges et les magistrats devraient donner l’exemple en infligeant de lourdes peines de prison aux protestataires armés de sarbacanes. Ils ne remettent jamais sérieusement en cause le fait qu’aucun policier n’ait jamais été puni alors que plus de mille personnes sont mortes depuis 1990 alors qu’elles étaient en détention. Quel que soit le parti ou la couleur de la peau du parlementaire, il débite les mêmes clichés. Oui, nous savons que la violence dans les rues de Londres est déplorable. Oui, nous savons qu’il n’est pas bien de piller les magasins. Mais pourquoi ces choses arrivent-elle maintenant ? Pourquoi ne sont-elles pas arrivées l’année passée ? Parce que des griefs s’accumulent avec le temps, parce que lorsqu’un jeune citoyen noir d’un quartier défavorisé meurt par la volonté du système [samedi, 6 août 2011, Mark Duggan, âgé de 29 ans, a été tué par la police, dans le quartier paupérisé de Tottenham, dans le nord de Londres], cela donne le signal pour le déclenchement d’une contre-offensive.
Et cela pourrait encore s’aggraver si les politiciens et l’élite du monde des affaires, soutenus par une télévision d’Etat soumise et par les réseaux (journaux et TV) de Rupert Murdoch, échouent à s’occuper de l’économie et punissent les secteurs pauvres et défavorisés pour des politiques gouvernementales qu’ils ont eux-mêmes promues depuis plus de trois décennies. Ils ne peuvent pas éternellement déshumaniser l’« ennemi » chez eux ou à l’étranger, semer la peur et procéder à des détentions sans procès.
S’il y avait dans ce pays un réel parti d’opposition, il serait en train de revendiquer le démantèlement de l’échafaudage fragile du système néo-libéral avant qu’il ne s’écroule et lèse encore plus de gens. Partout en Europe les traits distinctifs qui séparaient jadis le centre gauche du centre droit, les conservateurs des sociaux-démocrates, ont disparu. L’uniformité des politiques officielles dépossède les secteurs les moins privilégiés – autrement dit la majorité – de l’électorat.
Les jeunes Noirs chômeurs ou sous-employés à Tottenham, à Hackney, à Ensfield et à Brixton savent très bien que le système est contre eux. Les beuglements des politiciens n’ont pas d’impact sur la plupart des gens, et encore moins sur ceux qui sont en train d’allumer des feux dans les rues. Les incendies seront éteints. Il y aura probablement quelques enquêtes pathétiques pour découvrir pourquoi Mark Duggan a été abattu, des regrets seront exprimés, des fleurs seront envoyées par la police pour ses funérailles. Les protestataires arrêtés seront punis, et tout le monde lancera un soupir de soulagement et passera à autre chose jusqu’à ce qu’une nouvelle explosion se produise.
Tariq Ali
* Traduction A l’Encontre. Paru en français sur le site de A l’encontre.

Chili : Sortir de classe pour faire la lutte de classes

Le mouvement étudiant convoque les plus grandes mobilisations depuis la fin de la dictature en 1990

SANTIAGO – « Nous ne nous y attendions pas ! » a affirmé Camila Vallejos, présidente de la Fédération étudiante de l’Université du Chili, à propos de la grandeur inattendue de la manifestation du 16 juin dernier. Entre 80 000 (selon la police) et 120 000 personnes (organisateurs) ont défilé sur la Alameda, avenue principale de Santiago, portant le nombre de manifestantes et manifestants à 200 000 dans toutes les villes du pays. Cette surprenante grève étudiante s’inspire d’une vague de luttes sociales qui ne dérougit pas au pays de Salvador Allende.

Plus de trois cents établissements secondaires et universitaires occupés [1] et des dizaines de manifestations chaque semaine : le mouvement étudiant a rompu la scène politique au Chili. Leurs demandes sont le financement adéquat de l’éducation publique, la fin de l’endettement étudiant par une réforme des programmes de bourses et un contrôle plus serré sur les institutions privées pour empêcher l’activité lucrative.
Avec l’appui des professeurs, des fonctionnaires et même des recteurs des deux plus grandes universités dites « traditionnelles », les étudiants jouissent d’un soutien inédit. Ils en ont contre une éducation de marché qui enrichit les entreprises et les banques sur leur dos tout en favorisant les inégalités sociales. Ils se sont rebellés contre le discours lénifiant du gouvernement pour qui la « compétitivité » est la solution au naufrage de l’éducation publique.
Les pièges d’une éducation de marché
Comme dans tous les domaines de la société chilienne, le système d’éducation s’est ouvert sans retenue à la privatisation suite aux réformes économiques de la dictature (1973-1990). Jusqu’en 1973, le Chili avait l’un des plus prestigieux systèmes universitaires publics d’Amérique latine. Durant la dictature, l’Université du Chili a été démembrée et chacune de ses composantes régionales a été soumise au dogme de l’autofinancement. Prises au piège d’un sous-financement chronique, les universités publiques chiliennes ont refilé la facture à l’étudiant et progressivement adopté des stratégies mercantiles. Les conséquences négatives se multiplient : frais de scolarité galopants, infrastructures désuètes, collaboration incestueuse avec les entreprises, sous-investissement des disciplines non marchandes, précarisation du travail de professeur-e, stagnation des salaires des fonctionnaires, etc. Surtout, les universités publiques doivent faire face à la compétition grandissante d’institutions privées, les obligeant à augmenter les frais de scolarité en réduisant leurs dépenses.
Un marché d’universités privées a éclos depuis les années 1990. Près d’une quarantaine d’institutions privées offrent des diplômes et des parcours universitaires. Ces entreprises ne reçoivent pas une subvention directe, mais elles profitent de nombreux avantages fiscaux pour leur développement immobilier et d’un système de prêts garantis par l’État pour les étudiantes et étudiants. Les universités privées ont en grande partie capté l’augmentation de la population étudiante durant la dernière décennie. Puisant principalement dans la population qui n’accède pas aux grandes universités publiques, qui demeurent les plus prestigieuses, le secteur privé a créé un marché de titres et diplômes pour une population jeune en soif d’ascension sociale. La qualité de l’éducation (et donc la reconnaissance des diplômes) connait des variations abyssales d’un établissement à l’autre. Par conséquent, l’État ne fournit plus que 25 % du budget de l’éducation universitaire, alors que dans les pays de l’OCDE (dont le Chili est devenu membre récemment) la moyenne est un financement à hauteur de 85 %.
Le système d’éducation primaire et secondaire n’est pas en meilleur état. L’éducation publique est administrée par les municipalités ce qui, à cause de l’écart de leur revenu, ségrègue la population étudiante selon leur classe sociale. De plus, la course à la compétition dans le système scolaire a été exacerbée par l’augmentation des collèges dits « particuliers », subventionnés par l’État, mais administrés par des « souteneurs » privés, souvent rattachés à des réseaux corporatifs à but lucratif. Les étudiantes et étudiants du secondaire revendiquent depuis des années le retour de l’éducation publique dans le giron de l’État central.
L’endettement étudiant enrichit les banques
Avec un salaire moyen quatre fois moins élevé que dans les pays développés, le Chili présente cependant les frais de scolarité parmi les plus élevés au monde. Cela est dû à l’idéologie conservatrice selon laquelle « les familles » et « les individus » et non l’État sont responsables de leur propre éducation. Les taux d’endettement des jeunes Chiliennes et des jeunes Chiliens atteignent des niveaux affolants et plusieurs économistes commencent à redouter la capacité de remboursement de ces futurs travailleurs. Seules les banques profitent et les entreprises éducatives profitent de cet endettement.
Le financement individuel est un système inefficace, injuste et insoutenable, affirme Manuel Riesco, économiste progressiste du Centre d’études pour un développement alternatif [2]. Le montant des crédits étudiants avec garantie de l’État représente une énorme ponction sur les revenus des futurs travailleuses et travailleurs, gonflés indûment par des intérêts (établis à 6 % actuellement) de loin supérieur à l’inflation et la croissance des salaires. C’est la population des secteurs populaires qui seront les grands perdants. Pendant ce temps, les universités s’arrachent les étudiants à coup de campagnes publicitaires dix fois plus couteuses que leur programme de bourses.
L’augmentation du temps de travail est une autre conséquence perverse. La majorité des étudiantes et des étudiants chiliens travaillent durant leurs études. De nombreux jeunes professionnels précaires suivent une foule de diplômes, maîtrises, spécialisation et autre formation continue dans l’espoir d’améliorer la compétitivité de leur profil sur le marché du travail. Si l’on inclut la formation universitaire dans le temps de travail, on s’aperçoit que les jeunes font facilement des semaines de travail de 60 à 80 heures.
Mouvement massif et agressif
La protestation s’est principalement levée en réplique à la réforme de l’éducation postsecondaire annoncée cette année par le président Piñera et son ministre de l’éducation, Joaquin Lavin [3]. La grève étudiante puis l’occupation d’une université privée reconnue au mois d’avril, l’Université centrale, a donné l’étincelle qu’il fallait pour détoner le mouvement. La résistance à la vente de feu de l’Université centrale à un conglomérat privé a impulsé la mobilisation des fédérations étudiantes d’universités privées. La campagne de la Confech, confédération des grandes universités traditionnelles, a ensuite réussi à agglomérer les différentes facultés derrière un discours clair et unificateur. Après avoir tranquillement bâti un rapport de force et ses alliances durant les derniers mois, son appel à la grève a été suivi immédiatement et massivement dans les universités et les lycées. L’union inédite des écoles secondaires, des universités publiques et des universités privées fait la force du mouvement actuel.
L’automne étudiant déstabilise un gouvernement de droite déjà affaibli par de mauvais sondages. Le gouvernement Bachelet avait été fortement malmené par un soulèvement étudiant en 2006, mais la présidente avait pu le décompresser par une stratégie de concertation sociale. Cette fois-ci, les fédérations étudiantes s’opposent à toute table de négociation sans engagement préalable du gouvernement à des réformes concrètes.
Après une première année sans conflit majeur, voilà que le président chilien Sebastian Piñera ne sait plus où donner de la tête. Pendant que stagne la reconstruction des régions affectées par le tremblement de terre de 2010, le gouvernement (de droite) est incapable de faire avancer ses projets de loi face à un parlement contrôlé par l’opposition (centre-gauche). Cependant, c’est l’opposition de la rue qui ébranle le plus durement le gouvernement. Le rejet du projet HidroAysén, la construction par des compagnies étrangères d’une mégacentrale hydroélectrique en Patagonie, a donné lieu à de gigantesques protestations spontanées au cours du mois de mai. À leur tour, les étudiantes et étudiants ont pris la rue dans tout le pays pour revendiquer une éducation publique et gratuite. Un mouvement dans lequel se reconnaissent toutes les luttes contre le néolibéralisme.
Antoine Casgrain
(Santiago, 21 juin 2011)

En Ethiopie, la famine côtoie l’abondance

21 Juillet 2011

Alors que des millions de personnes sont gravement menacées de famine dans la Corne de l’Afrique, des investisseurs étrangers récoltent dans la même région des tonnes de céréales à destination de l’Asie ou des pays du Golfe.

Il fait un peu moins de 40°C. Accroupi, un jeune garçon arrache la mauvaise herbe qui a poussé au milieu d’un champ de canne à sucre. Un Indien passe dernière lui en l’observant du coin de l’œil.
Red a 8 ans et il gagne 80 centimes par jour de travail dans ce champ de l’ouest de l’Ethiopie. C’est moins cher que les pesticides. Le fermier indien devrait gagner des millions dans les trois années à venir, en exportant ces récoltes loin de l’Ethiopie.
Dans l’un des pays les plus pauvres au monde, l’accaparement des terres agricoles ne fait que commencer, et au pire moment. L’Ethiopie a faim. La sécheresse dévastatrice qui frappe toute la Corne de l’Afrique depuis quelques mois menace plus de 10 millions de personnes.
« Ici c’est encore une région désertique, mais bientôt nous allons y construire de nouveaux champs de canne à sucre et d’huile de palme », confie Karmjeet Singh Sekhon, à bord de son pick-up Toyota.
Photo de Karmjeet Singh Sekhon. Son domaine est si vaste qu’on ne le traverse pas à pied. (Philipp Hedemann)
A droite et à gauche de la piste, la brousse est déjà en feu. A 68 ans, l’investisseur indien est pressé. Son énorme ferme dans l’ouest de l’Ethiopie couvre une superficie de 300’000 hectares, une des plus grandes de la région.
Course au biocarburants
En 2008, suite à la hausse drastique du prix des produits alimentaires, et aux famines qui en ont résulté, une course sans précédent a été lancée pour s’accaparer les surfaces agricoles en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie.
Selon un rapport de la Banque mondiale, 45 millions d’hectares de terres ont été loués en 2009. On estime que d’ici à 2030, dans les pays en développement, chaque année six millions d’hectares de terres agricoles seront louées en plus, dont les deux tiers en Afrique sub-saharienne et en Amérique du Sud.
Des hectares de terres utilisés non seulement pour nourrir des pays comme l’Inde ou les Etats du Golfe, mais aussi un moyen pour ces pays de jouer les premiers rôles dans la course à la production de biocarburants. « L’accaparement des terres pose un grand risque. Le voile du secret qui règne sur ce commerce doit être levé, afin que les personnes pauvres ne paient pas le prix fort et perdent leur terre », affirme Ngozi Okonjo-Iweala, directrice de la Banque mondiale.
Il y a 26 ans, la terrible famine qui a frappé l’Ethiopie avait tué plus d’un million de personnes, malgré l’aide internationale. Ce scénario pourrait se reproduire. Actuellement, la plupart de la nourriture est importée.
Karmjeet Singh Sekhon. Son domaine est si vaste qu’on ne le traverse pas à pied. (Philipp Hedemann)
Bradage du pays
En Ethiopie, près de 85% de la population vit de l’agriculture. Mais la plupart des maigres champs restent stériles et sont toujours travaillés avec des méthodes archaïques. Les terres donnent l’un des rendements les plus bas au monde. Le gouvernement éthiopien espère profiter de la location de ces surfaces agricoles aux investisseurs étrangers pour lancer une vague de modernisation.
Toutes les terres appartiennent au gouvernement d’Addis-Abeba qui espère dans les années à venir en consacrer trois quarts à l’agriculture. Un objectif ambitieux, car pour l’instant seulement 3,6 millions d’hectares, principalement dans l’ouest du pays, ont été cédés aux investisseurs.
Mais la donne pourrait changer rapidement, avec un prix modique de location de 5 francs par hectare et par année. L’Ethiopie est devenue une terre de prédilection pour les entreprises d’investissement dans l’agro-business. Au désespoir des agriculteurs locaux comme Ojwato.
Le paysan se dresse devant son champ d’à peine un hectare. Il ne lui faut que quelques minutes pour le traverser. Bien loin des heures de routes que doit effectuer Karmjeet Singh Sekhon à bord de sa jeep pour traverser ses champs de canne à sucre.
A l’idée que dans les champs voisins, les récoltes sont exportées à l’étranger, alors que le pays est au bord de la famine, il fulmine. « Les étrangers avaient promis d’apporter l’électricité, de l’eau et des hôpitaux en échange. Mais au final, seuls quelques-uns d’entre nous ont trimé dans leurs champs, pour être mal payés en plus ».
Philipp Hedemann, swissinfo.ch/InfoSud. 21 juillet 2011

LYBIE : un intérèt stratégique pour Al-Quaida

Dimanche 21 août 2011
 
Al-Qaïda (AQ) a un intérêt stratégique en Libye qui remonte au début des années 1990. Ayman Al-Zawahiri, principal stratège d’AQ et aujourd’hui son leader, voit la création d’une aile active d’AQ en Libye comme un objectif régional-clé. Il ne considère pas la Libye comme une fin en soi mais comme un endroit sûr à partir duquel AQ peut se propager en Algérie voisine, en Égypte et dans les États sahélo-sahéliens.
 
En effet, le successeur de Ben Laden Zawahirii considère, particulièrement la Libye comme une base arrière potentielle de l’Égypte considérée elle-même comme la clé du monde arabe. Durant les années 1990 et début des années 2000, Zawahiri a essayé de persuader le Groupe islamique combattant libyen (GICL) de s’allier officiellement à AQ pour le lancement d’une guerre plus vaste contre l’Occident.
   
Le GICL avait rejeté cette offre et a souhaité se concentrer uniquement sur la création d’un “État islamique” en Libye. Ce refus a poussé Zawahiri à tenter de saper la réconciliation, alors en cours, entre le GICL et le régime libyen. Il a, alors, promu Abu Yahya Al-Libi, ancien membre du GICL à un poste important au sein d’AQ et a cherché à présenter cela comme une alliance formelle du GICL à AQ dans une tentative de saper les négociations du GICL avec le régime libyen. Après l’échec des tentatives d’AQ de coopter le GICL, elle a été incapable d’établir une présence réelle en Libye en raison, en grande partie, des mécanismes de répression du régime de Kadhafi et n’a donc pas pu avoir des agents actifs en Libye.
Al-Qaïda Centrale et la Libye

Pour surmonter ce déficit, AQ a publié ces derniers mois un certain nombre de déclarations sur les évènements en Libye afin d’inspirer directement les libyens à créer leur propre version locale d’AQ ; comme par exemple la déclaration du 16 Février publiée par Cheikh Atiyyatullah, un membre libyen d’AQ depuis 1989, basé dans la région de l’Afghanistan-Pakistan par laquelle il laisse entendre que les dernières révoltes dans les pays de l’Afrique du Nord sont l’œuvre d’AQ. Dans cette déclaration, il a également salué les révoltes et les a qualifiées de “tournant décisif dans l’histoire de la région” et a dénoncé les anciens gouvernements en les fustigeant de Taghut (tyran) et décrivant Kadhafi comme “ce mal taghut fou”. Il est très fort probable que le nouveau leader d’AQ, Al-Zawahiri, continue à tenter d’utiliser l’intervention de la communauté internationale en Libye pour inspirer la création d’une branche autochtone libyenne d’Al-Qaïda.
 
D’ailleurs, AQ à essayé, particulièrement, de présenter le Conseil national de transition de Benghazi et les frappes aériennes de la coalition internationale, comme faisant partie d’un complot occidental contre l’Islam, tout en continuant à qualifier Kadhafi de tyran anti-islamique.
AQ tentera de se positionner comme le seul choix viable pour les Libyens qui s’opposent à la dictature de Kadhafi mais qui refusent l’occupation occidentale de la Libye.
   
Par conséquent, la Libye est importante pour AQ d’Al-Zawahiri à double titre ; comme outil de recrutement et comme opportunité à mettre en place une nouvelle base régionale.
Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI)
 
Face à l’échec de Zawahiri, alors n°2 d’AQ, d’allier le GICL à AQ et l’incapacité de cette dernière à opérer directement en Libye, elle considère Aqmi, comme sa franchise régionale. Cette dernière, bien que dirigée par l’Algérie au départ et témoigne de ses origines autochtones dans les groupes jihadistes algériens, elle a progressivement inclus des Libyens ; environ 40 Libyens ont rejoint Aqmi durant les trois dernières années. Bien qu’Aqmi ait un degré d’indépendance par rapport à AQ centrale, elle ne pouvait fonctionner en Libye sans l’autorisation expresse de Zawahiri, qui l’a convaincu que le régime de Kadhafi était si fort que toutes les opérations seraient vaines jusqu’à ce que le régime ait montré des signes d’affaiblissement.
   
La décision de se désengager de la Libye et le retrait de l’Algérie ont poussé Aqmi à se replier dans la région du Sahel pour s’y regrouper et attendre le moment propice pour revenir en Algérie et en Libye. Cette démarche a conduit Aqmi à se baser dans les régions du nord du Niger et du Mali où elle s’est intégrée profondément au sein de la société locale. Tirant profit des erreurs des précédents jihadistes, en Irak, au Kurdistan, en Afghanistan et ailleurs, Aqmi a consacré beaucoup d’efforts dans le maintien des bonnes relations avec la population locale et n’a pas cherché à contester les pratiques islamiques locales et a également créé de solides alliances avec les tribus locales par des mariages et s’est surtout abstenu de viser les forces de sécurité nationale afin de ne pas provoquer une contre-réaction locale.
   
Elle a réussi à devenir financièrement indépendante en s’impliquant dans le trafic de drogue et la contrebande d’armes, et l’enlèvement d’Occidentaux et les rançonnages. Après les soulèvements du “Printemps arabe”, Aqmi a décidé qu’il était temps de fonctionner à nouveau en Libye où le régime est devenu plus affaibli. C’est pourquoi, au début de janvier dernier, Aqmi a commencé à se déplacer activement en Libye.
   
D’ailleurs à ce moment, deux membres libyens d’Aqmi ont quitté leurs bases dans le nord du Mali et sont entrés en Libye via le sud de l’Algérie.
 
Arrivés le 15 janvier à Ghat, ville déserte à l’extrême sud-ouest de la Libye, ils ont été impliqués dans une fusillade avec les forces locales de sécurité libyenne tuant un policier avant d’être eux-mêmes tués. Il s’agit là de la première opération armée connue d’Aqmi en Libye.
 
À la suite du soulèvement contre Kadhafi, Aqmi a encore intensifié ses tentatives de se déplacer activement en Libye et utilise pour cela des vidéos de propagande comme par exemple l’envoi de quatre jeeps chargées d’armes en Libye ou bien la déclaration vidéo de Cheikh Abu Moussab Abdel Wadoud, le chef d’Aqmi, saluant chaleureusement les rebelles libyens critiquant et traitant Kadhafi de “pharaon de la Libye” et dénonçant l’intervention étrangère la qualifiant de “croisades modernes”. Il est quasi certain qu’Aqmi continue à considérer l’instabilité en Libye comme une opportunité pour faire passer ses agents dans le pays.
Le Groupe Islamique Combattant Libyen (GICL)

Au milieu des années 1990, le GICL a été l’une des plus grandes organisations jihadistes arabes connues et la plus organisée. Elle comptait plus de 1 000 membres actifs, des camps d’entraînement en Afghanistan, et un réseau complexe de partisans et des collecteurs de fonds en Libye, au Moyen-Orient et en Europe. Contrairement à AQ, le GICL a largement rejeté le concept du jihad mondial et s’est principalement concentré sur comment renverser Kadhafi et créer un “État islamique” en Libye. Au début des années 2000, le mouvement a largement été écrasé, ce qui a conduit sa direction, pour la plupart emprisonnés, à entamer à partir de 2007 un processus de réconciliation avec le régime libyen.
   
Avec la promesse du régime libyen d’aller vers une transition graduelle et vers la démocratie, le GICL avait renoncé à la violence et à l’idée de renverser le gouvernement libyen et avait promis de participer à la politique à travers des processus pacifiques. Le régime libyen a alors libéré plus de 700 membres présumés du GICL. En réalité, seuls quelques centaines d’entre eux étaient membres du GICL, beaucoup d’autres n’étaient que des islamistes ordinaires ou de Libyens qui avaient cherché à rejoindre le jihad en Irak.
 
Avec le processus de réconciliation, le GICL s’est effectivement dissout mi-2009. C’est sur cette base que Kadhafi cherche aujourd’hui une alliance avec les jihadistes libyens. Cependant, même si officiellement le GICL n’existe plus en tant qu’organisation, certains de ses membres ont profité du chaos de ces derniers mois en Libye pour former une nouvelle organisation politique, Al-Haraka Al-Islamiya Lil Taghier (Mouvement islamique pour le changement) dont le porte-parole est un ancien membre du GICL basé à Londres. Celui-ci a exprimé sur la chaîne de TV Al-Jeezira son soutien à une intervention internationale pour éliminer Kadhafi et, selon certaines informations, il aurait des opinions favorables à l’égard de Mohammed Abdul Jalil, le chef du Conseil national de transition à Benghazi.
   
Par ailleurs, et selon certains renseignements, il existe l’implication active d’anciens membres du GICL dans la lutte contre Kadhafi. L’un des vétérans du GICL, Khalid Al-Tagdi, a même été tué le 2 mars 2011 à Brega, d’autres membres auraient été capturés par les forces de Kadhafi en combattant pour l’opposition.
 
Cependant, et selon ma lecture, même s’il existe un risque que certains membres du GICL vont recourir à la violence pour renverser le régime de Kadhafi dans l’espoir d’établir un gouvernement islamiste, il est peu probable que cela prenne la forme de militantisme antioccidental. La plupart des membres de l’ex-GICL sont en faveur du Conseil national de transition de Benghazi.
Les jihadistes indépendants

La Libye a, en plus des groupes jihadistes organisés, produit un grand nombre de salafistes jihadistes indépendants qui ont adopté la violence islamiste, indépendamment de toute organisation formelle. La ville de Darna, à l’est de la Libye, actuellement entre les mains de l’opposition, est connue pour être un centre du jihadisme spontanée. Le GICL avait trouvé, début des années 1990, les gens de Darna exceptionnellement réceptifs à la propagande jihadiste et y avait recruté beaucoup plus de personnes que n’importe quelle autre ville en Libye. Il est difficile d’expliquer ce fait alors que Darna est une ville relativement prospère et considérée comme l’une des moins conservatrices. Entre 2003 et 2010, de nombreux Libyens se sont engagés dans le jihad en Irak et en Afghanistan.
 
A leur retour, plusieurs centaines ont été arrêtés par les services de sécurité libyens. Presque tous ont été relâchés plus tard à la condition d’accepter les principes fondamentaux de l’initiative de réconciliation GICL et rejeter l’utilisation de la violence contre le régime de Kadhafi.
De mon point de vue, la communauté internationale doit rester attentive à la menace d’activités jihadistes en Libye pour deux raisons :
- l’intervention militaire internationale en Libye donne aux groupes comme AQ de nouvelles possibilités de se présenter comme le défenseur des musulmans contre l’agression occidentale ;
- la ventilation dans le contrôle du gouvernement libyen sur une grande partie de la Libye, combinée à la poursuite des combats dans de nombreuses régions du pays, donne aux jihadistes et islamistes extrémistes, une étendue plus que jamais d’opérer en Libye.
(*) Expert en stratégie, et membre du Conseil d’experts du World Evconomic Forum sur le terrorisme, du Forum Défense et Sécurité de Londres et du NSA Center for Stategic Studies de Washington
Arslan Chikhaoui
Liberté Algérie
 

L’occident confisque la volonté des Syriens : Assad doit partir

Plus que jamais, les dirigeants occidentaux s’adonnent une nouvelle fois à leur manie favorite: confisquer la volonté des peuples arabes, parler en leur nom sans jamais en avoir été chargés de le faire et agir en leur nom aussi. Exerçant un despotisme aussi inique que sournois, sous couvert de promouvoir la démocratie, ou de défendre les intérêts de ses peuples. Leur dernière victime est la Syrie de Bachar ElAssad. Pour la première fois depuis que les contestations ont éclaté dans ce pays, ces puissances de l’arrogance ont signifié au président syrien de partir.
Comme de coutume dans ce genre de cas, ces puissances occidentales agissent de concert. Jeudi, il a suffi que le président américain donne le coup d’envoi,  pour que le trio européen, le français Sarkozy, l’allemande Merkel, et le britannique Cameroun suivent le pas. Sans oublier le canadien. Ni l’Union européenne. Et bien entendu l’Onu aussi a mis du sien.
Et comme de coutume, le discours prononcé par ces dirigeants de l’arrogance mondiale est des plus trompeurs. 
 

Ainsi, pour le président américain, ami inconditionnel de l’ennemi des Arabes, qui n’est autre qu’Israël, se permet de prétendre défendre les intérêts du peuple syrien : «  dans l’intérêt du peuple syrien, le temps est venu pour le président Assad de se retirer », a-t-il dit jeudi.
« Nous avons à maintes reprises expliqué que le président Assad devait mener une transition démocratique ou démissionner. Il n'a pas mené (cette transition) », explique-t-il, croyant résumer en sa personne tout le peuple syrien.

Même approche de confiscation arrogante chez l’Union européenne
"L'Union européenne note que Bachar al-Assad a perdu toute légitimité aux yeux du peuple syrien et qu'il est nécessaire pour lui de quitter le pouvoir", a déclaré le chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton.

Simultanément, un rapport de l'ONU dressait  jeudi un catalogue glaçant de brutalités et violences contre la population civile qui pourraient relever de "crimes contre l'humanité". Et appelant le Conseil à envisager une saisine de la Cour pénale internationale. Lundi devrait se tenir une réunion du Conseil des droits de l'homme de l'ONU lors d'une session spéciale dédiée à la Syrie, à la demande de 24 des 47 pays du Conseil, dont quatre pays arabes (Jordanie, Koweït, Qatar et Arabie Saoudite).
Cette campagne fut escortée d'appel à des sanctions, lancé par le trio européen + le Portugal et l’Espagne lesquels cherchaient à obtenir une résolution onusienne.
Elles devraient inclure un embargo sur les armes, un gel des avoirs syriens et une interdiction de voyage pour certains responsables, selon Philip Parham, ambassadeur adjoint de la Grande-Bretagne à l'ONU, qui s'exprimait à l'issue d'une réunion du Conseil de sécurité.

Sachant que les États-Unis ont déjà entamé des sanctions unilatérales contre Damas. Interdiction d'importation de pétrole et de produits pétroliers de Syrie aux Etats-Unis et gel de tous les avoirs que l'Etat syrien pourrait avoir sous juridiction américaine sont contenus dans le décret signé par Obama.
Dernièrement, certains membres de la contestation syrienne vivant aux Etats-Unis avaient eux-mêmes poussé Washington à cibler dans leurs sanctions le secteur pétrolier, sous prétexte « qu’il profitait exclusivement au clan des Assad. »
Pour la secrétaire d'Etat Hillary Clinton, les sanctions américaines frappaient "en plein cœur" le régime.

Curieusement, cette escalade occidentale intervient alors que le calme semble être retourné dans les différentes régions syriennes. La veille, le mercredi, ElAssad venait d’annoncer la fin des opérations militaires, lors d’une conversation téléphonique avec Ban Ki-Moon et donnait son feu vert pour une mission humanitaire de l'ONU de se rendra en Syrie à partir de ce week-end. Comme l’a annoncé le Bureau de coordination des affaires humanitaires (Ocha), qui cherchait depuis des semaines à accéder au pays, les autorités syriennes lui ont accordé des garanties pour se rendre où ils souhaitent. 
   "C'est tout de même étrange qu'au lieu d'offrir son aide (à Damas) pour appliquer son programme de réformes, Obama et le monde occidental cherchent à attiser la violence en Syrie", a réagi Rim Haddad, directrice des relations extérieures du ministère syrien de l'Information.
AL Manar

samedi 20 août 2011

C’est un ordre : Assad, va-t’en ! Tu n’est pas notre homme.

Il est fort émouvant de voir les États-Unis, le Canada et l’OTAN être à ce point préoccupés de la répression sanglante menée en Syrie par le Président Assad. Les informations qui circulent dans nos médias sont à l’effet qu’il y aurait eu, à ce jour, plus de 2000 morts sans toutefois préciser le nombre de ceux résultant de l’action gouvernementale et ceux provoqués par l’insurrection armée. Dans tous les cas, ce sont des morts de trop et il faut les lamenter.
Ce qui attire particulièrement mon attention c’est cette morale élevée de ceux-là mêmes qui bombardent depuis 6 mois le territoire de la Libye ayant causé, à ce jour, la mort de plus de 1200 civils, hommes, femmes et enfants. Ces morts ne semblent pas les préoccuper outre mesure et les bombardements se poursuivent à un rythme accéléré détruisant des sites historiques sous la protection du Patrimoine mondial et ajoutant chaque fois d’innocentes victimes. http://www.centpapiers.com/libye-18082011-nouveaux-crimes-de-l’otan/79575
Cette insistance des États-Unis pour que le Président Assad parte et, selon Mme Clinton, laisse le peuple décider lui-même de son avenir me rappelle l’attitude de ces mêmes dirigeants, face au coup d’état militaire au Honduras, en juin 2009. À ce moment, le Honduras était dirigé par un Président légitimement élu et prenait au sérieux le peuple. Il n’y avait ni répression, ni assassinat politique. C’est alors qu’il préparait un référendum de consultation pour l’élaboration d’une nouvelle constituante, que les militaires et l’oligarchie, appuyés en sous-main par les services d’intelligence de Washington,  prirent les armes pour expulser du pays, en juin 2009, Manuel Zelaya, ce président élu par le peuple, en 2005. Il s’en suivit une répression sanglante et de nombreux crimes contre les droits fondamentaux des personnes ont été commis et continuent d’être commis. Aussi curieusement que ça puisse paraître, ces mêmes pays qui réclament, aujourd’hui, le départ du Président Assad, sont ceux-là mêmes qui se sont faits les plus discrets à l’endroit des putschistes du Honduras et de la répression qui en a résulté.
Comment prendre au sérieux ces appels aux grandes valeurs du respect de la vie et de la démocratie de la part de ceux qui en sont les premiers délinquants. Ce qui se passe en Libye est une arnaque pure et simple non seulement des richesses en pétrole et en argent, mais aussi de l’usage qui est fait du droit international pour commettre ces crimes. Tout récemment, les États-Unis ont voulu mettre la main sur 1.5 milliards de dollars appartenant au peuple libyen. Je vous invite à lire l’article de Thierry Messyan portant sur cette opération. http://www.voltairenet.org/Washington-tente-de-voler-1-5
Peut-on sincèrement prendre au sérieux le discours de ceux qui ont fait, au cours des 10 dernières années, des centaines de milliers de morts en Irak, en Afghanistan, en Libye et qui ont soutenu et soutiennent toujours des gouvernements dictatoriaux, répressifs et sanguinaires. Il y a dans cette attitude de quoi laisser songeur.
Il est évident que si la presse officielle nous apportait des analyses approfondies et indépendantes de ces divers comportements, le peuple, le bon peuple pourrait mieux comprendre. Nous n’en sommes évidemment pas là et les mensonges déguisés en vérités continuent à nous convaincre. Je vous laisse avec ce dernier article de Michel Collon sur ce sujet. http://www.michelcollon.info/Libye-Vous-vous-etes-encore-fai...
Oscar Fortin
Québec, le 19 août 2011
http://humanisme.blogspot.com