mercredi 17 août 2011

Syrie : la guerre d’usure du régime

Le régime syrien a répondu aux protestations par la violence, mais cette tactique le conduit-il vers son suicide final ?
 

 
On estime à 2000 le nombre de victimes civiles et à 400 celui des membres des services de sécurité[EPA]
 
Le groupe international de crise a récemment caractérisé la réaction du régime syrien devant cinq mois de soulèvement populaire comme un « suicide au ralenti », résultat d’un mélange de brutalité sans frein, de manipulation sectaire, de propagande grossière et de concessions accordées à contrecœur.
Le régime a opté pour une stratégie de survie : répondre par la violence et menacer la population de chaos et de guerre civile au cas où il viendrait à disparaître. Son objectif était de lancer une guerre d’usure en comptant que le temps épuiserait toute révolte interne. Il a toutefois fait le mauvais choix en combinant une répression brutale avec des concessions graduelles. Il en est résulté une crise de confiance trop profonde pour être surmontée à coups d’appels au dialogue national et de réformes.
On estime à 2000 le nombre de victimes civiles (dont plus de 100 enfants) et à 400 celui des membres des services de sécurité. La situation est maintenant dans l’impasse. Aucun des deux côtés ne semble pouvoir l’emporter sur l’autre. Ces dernières semaines, les manifestations gagnent les grands centres urbains et culturels notamment Damas et Alep.
Les meetings se poursuivent à Hama, Homs, Latakieh, la province d’Idlib, et la riposte militaire reste massive de même que les arrestations opérées de maison en maison. Les forces armées du régime ont brutalement assiégé les villes de Homs, Hama et Deir ez-Zor faisant des centaines de victimes civiles depuis le début du mois de Ramadan. À Deir ez-Zor, le régime s’est heurté à une forte résistance de la part des tribus locales, notamment l’importante tribu Baqqara, qui a rejoint les mouvements de l’opposition.
Le 17 juillet, la conférence de salut national tenue à Istanbul a rassemblé 450 personnalités de l’opposition qui ont lancé un appel à la désobéissance civile dans tout le pays. Les partisans de la survie du régime croyaient assez naïvement qu’ils feraient pendant à la conférence qui s’était réunie à Damas le 27 juin avec d’importantes figures de l’opposition à l’hôtel Semiramis. Le régime a tenu la conférence du prétendu « dialogue national » le 10 juillet qui rassemblait quelques personnalités intellectuelles et publiques triées sur le volet et sommées de contribuer à l’amendement de la constitution et aux réformes politiques. La stratégie consistait à diviser l’opposition et à maintenir le statu quo. L’opposition a toutefois rejeté fermement tout dialogue mené sous la répression.
Il reste peu de cartes à jouer
Dans sa lutte pour la survie, le régime à quelques cartes dans son jeu. Les Syriens se préoccupent maintenant beaucoup de la fragilité de leur pays et des dangers qui le menacent. Se trouvant dans une toile de réseaux stratégiques, l’instabilité et l’insécurité en Syrie pourraient avoir des effets de longue portée. Les événements peuvent conduire n’importe où et le prochain mois sera capital.
Une vision à long terme et responsable est nécessaire à ce stade pour préparer une transition durable et pacifique. Des appels ont été lancés dans les groupes de réflexion néoconservateurs aux USA en faveur de sanctions frappant le pétrole et le gaz afin d’étrangler et d’affaiblir le régime de Assad. De telles sanctions sont peu judicieuses car elles puniraient collectivement une population qui vit déjà dans une situation économique et politique très dure.
Il est parfois fait appel à de tierces parties pour sortir de l’impasse. Dans ce cas, le problème serait de trouver un médiateur impartial n’ayant pas de programme propre et qui serait reconnu et accepté par les deux parties. L’éventuel médiateur devrait également pouvoir faire pression sur le régime pour qu’il cède le pouvoir lors de la phase de transition vers une représentation démocratique.
Le ministre turc des affaires étrangères , Ahmet Davutoglu, célèbre pour son approche du « problème zéro » dans les pays voisins, a été envoyé à Damas apparemment pour lancer un avertissement et éventuellement suggérer une sortie de crise. Le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan semble toutefois être tombé en disgrâce. D’une part, sa collusion avec les frères musulmans syriens préoccupe de plus en plus les laïques de l’opposition. D’autre part, la « relation spéciale » entretenue pendant sept ans par le gouvernement syrien avec la Turquie, au prix d’importantes concessions en matière de revendications territoriales et des ressources en eau , est maintenant sérieusement affectée par la présence de plus de 10.000 réfugiés en Turquie.
Qui d’autre ?
Quels sont les autres pays qui pourraient jouer un rôle viable de médiateur ? L’Arabie saoudite, les USA, la Russie ? Il y a eu un changement dans la position russe le 4 août, lorsque le Conseil de sécurité des Nations unies a condamné la violence contre les civils en Syrie. L’Arabie saoudite et les autres États du Golfe ont maintenant accru la pression en rappelant leurs ambassadeurs de Damas. Cette initiative a de toute évidence été prise en coordination avec Washington. Leur action ne semble pas totalement dénuée de calcul et bien que certains membres de l’opposition syrienne déclarent maintenant ouvertement qu’ils prendront leurs distances par rapport à l’axe Iran-Hezbollah, ce choix n’est pas unanime.
D’importantes personnalités de l’opposition telles que Burhan Ghalioun, considèrent que l’Égypte et la Turquie et l’Iran seront les partenaires naturels de la Syrie dans la région à l’avenir. Le régime a effectivement perdu toute la légitimité intérieure qu’il tirait de sa politique étrangère, mais la population syrienne n’accepterait pas un réalignement de la politique étrangère qui n’assurerait pas le recouvrement de la pleine souveraineté syrienne sur le plateau du Golan occupé par Israël.
La condamnation internationale et la surveillance continue de la répression sont des plus indiquées pour mobiliser et accroître la pression sur le régime. Mais une intervention militaire étrangère est toujours fermement rejetée par la majorité du peuple syrien. Pour assurer sa légitimité, l’opposition devrait se concentrer sur le front intérieur. Un nouveau régime viable pourrait être établi en combinant une prise en compte du passé aussi bien que de l’avenir. La bataille peut-être remportée de l’intérieur, tout en protégeant le pays contre le chaos et l’insécurité, en procédant de façon inclusive plutôt qu’exclusive. Toutes les composantes religieuses et ethniques de la population, y compris la communauté alaouite, devraient faire partie du processus.
Un État laïc
La Syrie est un des quelques états restants dans la région qui a réussi à construire un État laïque ayant une forte identité nationale transcendant les affiliations ethniques ou religieuses. Jusqu’ici, les manifestants ont remarquablement résisté aux tentatives faites pour donner aux troubles une connotation confessionnelle ; le régime a armé 30.000 villageois dans les province alaouites et a donné l’autorisation de tuer aux Shabbiha, voyous armés importés depuis les régions alaouites. Des minorités telles que les chrétiens, les alaouites et les druzes continuent à participer activement au soulèvement dans les provinces de Deraa, Homs et d’autres parties du pays. Malgré une meilleure coordination et une diffusion renforcée, l’opposition syrienne reste éparpillée et affaiblie par des luttes pour le pouvoir et des différences idéologiques.
Depuis le 1er août, les rangs des protestataires ont grossi après les prières du soir. Tous les assassinats commis pendant Ramadan, mois de jeûne, de prière et d’exercices spirituels pour le musulman, constituent un coût additionnel pour le régime. Les comités de coordination locale ont l’ambition d’entraîner Damas et Alep - où vivent 40 % des 22 millions d’habitants que compte la Syrie- à participer aux manifestations afin d’atteindre une masse critique.
Ils comptent aussi atteindre le deuxième cercle du pouvoir au-delà de la famille régnante. Des rumeurs concernant des défections de plus en plus nombreuses dans l’armée apparaissent maintenant dans les médias. Il semblerait que le ministre de la défense, le général Ali Habib, aurait été récemment remplacé parce qu’il aurait penché en faveur de la révolution. Le régime joue à nouveau la carte sectaire en choisissant un chrétien comme nouveau ministre de la défense.
S’ils reçoivent des garanties pour la phase post-révolutionnaire, les 1200 officiers alaouites, qui ont des centaines d’hommes sous leur commandement, pourraient être incorporés dans la phase de transition menant au pluralisme politique et à la règle du droit ; sans quoi ils risquent de résister jusque à la fin. Des poursuites devraient être engagées contre ceux qui ont commis des crimes. Mais le plus gros de l’armée (qui compte approximativement 200.000 soldats et officiers) devra bien être intégré d’une façon ou d’une autre. Tout ceci, si le contrôle des affaires militaires et sécuritaires est effectivement remis aux civils lors de la transition vers la démocratie.
Il reste beaucoup de chemin à parcourir, mais le chemin de Damas a été pris et il n’est pas question de revenir en arrière.
* Marwa Daoudy est professeure au centre du Moyen-Orient, au St Antony College à l’université d’Oxford.
12 août 2011 - Cet article peut être consulté ici : http://english.aljazeera.net/indept...
Traduction : Anne-Marie Goossens

La main dans le sac : Washinton tente de voler 1,5 Milliard de dollars pour payer ses salariés du CNT.

Les États-Unis ont tenté de s’emparer lundi dernier d’1 500 000 000 de dollars appartenant à l’État libyen, mais en ont été empêchés in extremis par l’Afrique du Sud. Les documents produits lors de cet épisode, et que révèle le Réseau Voltaire, attestent que les membres du CNT et leurs fonctionnaires sont directement salariés par un organe US.
 
                           Susan E. Rice, représentante pemanente des États-Unis à l’ONU.
                                                 ©UN Photo/Paulo Filgueiras
Mardi 9 août 2011, Sana Khan, secrétaire du Comité des sanctions mis en place par la résolution 1970 du Conseil de sécurité, a transmis aux membres du Comité un avis émanant de l’ambassadrice Susan Rice, représentante permanente des États-Unis à l’ONU.
Dans cette missive, dont le Réseau Voltaire s’est procuré une copie [document téléchargeable au bas de cette page], Washington informe le Comité de son intention de dégeler 1 500 000 000 de dollars appartenant à la Banque centrale de Libye, à l’Autorité libyenne d’investissement, à la Banque étrangère de Libye, au Portefeuille d’investissement libyen en Afrique et à la Compagnie nationale libyenne du pétrole.
Arguant que ce dégel est légal lorsque les fonds sont destinés à des fins humanitaires ou civiles (article 19 de la Résolution 1970 [1]), Washington indique qu’il affectera unilatéralement cette somme comme suit :
- 500 000 000 de dollars à des organisations humanitaires de son choix « pour répondre aux besoins humanitaires actuels et à ceux que l’on peut anticiper, dans la ligne de l’appel des Nations Unies et de ses mises à jour prévisibles » ;
- 500 000 000 de dollars à « des sociétés d’approvisionnement en fuel et en biens humanitaires nécessaires  » ;
- 500 000 000 de dollars au Temporary Financial Mechanism (TFM) pour « payer les salaires et les dépenses de fonctionnement des fonctionnaires libyens, des dépenses alimentaires, de l’électricité et d’autres achats humanitaires  ». Sur cette somme, 100 000 000 de dollars seront provisionnées afin d’être ultérieurement affectés aux besoins humanitaires des Libyens dans les zones non contrôlées par le Conseil de transition nationale (CNT) lorsque celui-ci aura établi « un mécanisme crédible, transparent et effectif » pour les leur transmettre.
En clair, les États-Unis ont informé le Comité des sanctions de leur intention de s’emparer 1,5 milliard de dollars qu’ils attribueraient pour un tiers à leurs propres services humanitaires (USAID…), pour un second tiers à leurs propres multinationales (Exxon, Halliburton etc.), et pour le restant au TFM, un bureau du LIEM, lequel n’est qu’un organe officieux créé par Washington et avalisé par le Groupe de contact pour administrer la Libye [2].
Washington a fait savoir qu’il considérerait avoir l’accord tacite du Comité des sanctions dans les cinq jours suivant la réception de sa notification.
Malheureusement, la Libye ne pouvait pas s’opposer à ce vol, car elle n’est pas représentée à ce Comité. En effet, son ancien ambassadeur a fait défection, et —en violation de l’Accord de siège— le Département d’État n’a toujours pas délivré de visa à son nouvel ambassadeur.
Washington entendait bien profiter de cette absence forcée pour s’emparer du butin. Au demeurant, la France a déjà ouvert une brèche en volant 128 millions de dollars dans les mêmes conditions.
C’est en définitive le représentant permanent de l’Afrique du Sud, l’ambassadeur Baso Sangqu, qui a fait obstacle à la manœuvre.
Outre la rapacité des États-Unis, cet invraisemblable épisode confirme que l’auto-proclamée « Libye libre » de Benghazi et Misrata n’est pas gouvernée par le Conseil national de transition (CNT). Celui-ci n’est qu’une façade, au demeurant fort lézardée. L’Est de la Libye, contrôlé par l’OTAN, est administré par le Libyan Information Exchange Mechanism (LIEM), un organe informel, sans personnalité juridique, mis en place à Naples par les seuls États-Unis, même si certains de ses employés sont des Italiens.
 
Les fonds que l’on présente comme attribués au CNT sont en réalités remis au LIEM qui les utilise pour salarier les membres du CNT et leurs fonctionnaires. La différence est de taille : le Conseil national de transition n’a pas de politique propre, il se contente d’exécuter la politique des États-Unis. Et c’est bien normal lorsque l’on sait que le CNT n’a pas été formé lors des événements de Benghazi, mais plusieurs années avant à Londres comme un gouvernement provisoire en exil.
Par conséquent, l’action militaire des États-Unis et de leurs alliés de l’OTAN ou du Conseil de coopération du Golfe n’a pas pour objectif de mettre en œuvre la protection des civils prévue par la résolution 1973, et encore moins la « libération des Libyens », mais bien la colonisation du pays.

Rage Against Capitalism

16 août 2011

Les émeutes qui ont éclaté à Tottenham, banlieue nord de Londres, dans la soirée du samedi 6 août, et qui ont repris de plus belle les soirs suivants, gagnant d’abord les communautés du grand Londres et, ensuite, les autres villes du pays, sont l’expression de la colère spontanée de sections importantes de la classe ouvrière et plus particulièrement des gens les plus pauvres et les plus opprimés. Cette colère est dirigée à l’égard de la violence policière, du racisme et du fardeau de plus en plus insupportable de la crise capitaliste que les opprimés sont obligés de porter, non seulement en raison des restrictions sévères, mais aussi du taux élevé de chômage et des emplois n’offrant aucune perspective.
Jusqu’à présent, la classe ouvrière britannique s’était tenue relativement tranquille face à la répression policière croissante et aux conditions de vie et mesures sociales de plus en plus pénibles. Mais les événements de ces quelques derniers jours ont modifié tout cela et fait la preuve une fois de plus de l’esprit combatif du prolétariat britannique. Les jeunes de la classe ouvrière en particulier ont montré qu’ils n’étaient pas disposés à se laisser marcher indéfiniment sur les pieds et encore moins à se faire rosser comme des chiens par les lèche-bottes de la classe dirigeante britannique.
 
 Le catalyseur immédiat des émeutes fut le meurtre par la police de Mark Duggan, 29 ans et père de trois enfants, qui a été tué en début de soirée, le jeudi 4 août, dans le quartier de Tottenham Hale, alors qu’il rentrait chez lui avec son taxi, dans la cité toute proche de Broadwater Farm Estate.
 
 La mort de Mark faisait partie, paraît-il, d’une opération policière planifiée dans le cadre de l’opération Trident, censée être dirigée contre les « crimes par balles » au sein de la communauté afro-caraïbe, et cette mort est l’œuvre du CO19, une unité spécialisée dans le maniement des armes à feu.
 
 Comme c’est communément le cas lors d’événements au cours desquels un membre du public est abattu par la police, les rapports initiaux émanant de la police sont contradictoires et peu dignes de foi. La police cherchera naturellement à recouvrir ses traces et, dans le plus pur style mafieux, ses hommes tenteront aussi de se couvrir mutuellement. On peut également s’attendre à ce que la presse bourgeoise joue son rôle. L’actuel scandale de News International a jeté un certain éclairage sur les relations de corruption entre la police et les médias qui, au bout du compte, servent tous deux les mêmes maîtres milliardaires.
 
 Nous avons vu tant de fois ce genre de mensonges et de dissimulations de la part de la police, depuis l’affaire Clement Blair Peach jusqu’à des cas bien plus récents, tels ceux de Jean Charles de Menezes, Ian Tomlinson, Kingsley Burrel et Smiley Culture. Il s’ensuit que les familles des défunts en particulier et les communautés ouvrières en général savent qu’elles ne peuvent en aucun cas compter sur la police pour avoir accès à la vérité et à la justice. Et elles apprennent ainsi qu’elles doivent s’organiser et riposter.
 
 Fait tout aussi important, aucune arme à feu d’origine non policière n’a été exhibée jusqu’à présent. Des dépositions de témoins indépendants font allusion au fait que Mark a été extrait de force de son véhicule par la police, maintenu au sol et abattu à bout portant de plus d’une balle dans la tête à l’aide d’un pistolet mitrailleur Heckler & Koch MP5.
 
 Dans le cas de Mark Duggan, la police a commencé par prétendre qu’un de ses agents n’avait échappé à de graves blessures que parce que sa radio s’était trouvée sur la trajectoire d’une balle. Toutefois, le 8 août, le Guardian rapportait que les premiers tests balistiques avaient montré que cette balle était un projectile de la police. Loin d’affirmer qu’il y ait eu en cet endroit un échange de coups de feu, les rapports les plus récents suggèrent que la seule arme à feu non policière découverte en quelque endroit non loin de la scène des faits était dissimulée dans une chaussette et que, par conséquent, elle n’était pas utilisable immédiatement.
 
 En guise de réponse, la famille de Mark et ses amis ont appelé à une veillée pacifique à l’extérieur du bureau de police local, le samedi 6 août. Des familles entières et de jeunes enfants se sont joints aux protestations, avec des panneaux faits main clamant « Pas de justice, pas de paix ! »
 
 Les frustrations ont monté d’un cran lorsque la police a continué à refuser toute discussion avec les protestataires ou à fournir à la famille de Mark la moindre explication sur la façon dont il avait été abattu. Stafford Scott, un animateur de quartier depuis longtemps dans la zone, y allait du commentaire suivant :
 « Si un haut gradé de la police était venu nous parler, nous serions partis. Nous sommes arrivés à 17 heures ; nous avions prévu une demi-heure de protestations silencieuses. Nous avons été là jusque 21 heures. La police était absolument coupable. Si elle s’était conduite de façon plus responsable lorsque nous sommes arrivés au bureau de police, en demandant à un chef de parler avec la famille, nous aurions vidé les lieux avant que les troubles ne commencent. Il est impardonnable que la police ait refusé le dialogue. »
 
 Il s’avère en outre que le premier soir des émeutes fut marqué par une intervention très brutale de la police, à l’aide de boucliers et de bâtons, sur une fille de 16 ans qui participait aux protestations. The Guardian rapporta :
 « ‘Ils l’ont frappée avec un bâton, après quoi la foule s’est mise à crier : ‘Cours, cours !’ et il y a eu une grêle de projectiles’, a expliqué Anthony Johnson, 39 ans. ‘Elle avait dit : ‘Nous voulons des réponses, venez nous parler.’ »
 « Laurence Bailey, qui se trouvait dans une église toute proche, a déclaré avoir vu la fille lancer un tract et ce qui pourrait être une pierre en direction de la police.
 « Bailey a déclaré que la fille fut alors ‘aplatie sous quinze boucliers antiémeute’. ‘Elle s’est écroulée sur le sol mais, une fois qu’elle a pu se relever, elle a été frappée de nouveau, puis son petit ami l’a éloignée en la traînant à moitié’, a-t-il déclaré. »
 C’est à la suite de cette agression violente contre une adolescente que des groupes de jeunes, semble-t-il, s’en sont pris aux voitures de police.
 
 The Guardian a décrit la composition des émeutiers de la première soirée à Tottenham comme suit :
 « La composition des émeutiers était mélangée, sur le plan racial. La plupart étaient des hommes ou des adolescents, certains même n’avaient apparemment pas plus de dix ans.
 « Mais des familles et d’autres résidents locaux, y compris des gens de la communauté hassidique de Tottenham, se sont également rassemblés pour regarder et conspuer la police. »
 Une adolescente qui avait été une amie de Mark Duggan dit à un journaliste de Socialist Worker  :
 « Quand j’ai vu des Juifs sortir aussi le soir, j’ai été contente. J’ai pensé : ‘Il n’y a pas que nous.’ Ils nous ont donné du pain. Il n’y a pas que les jeunes, dans la rue, ce soir. C’est tout le monde. »
 Alors que le meurtre par balle de Mark Duggan a provoqué les premières protestations à Tottenham, les émeutes qui ont suivi reflètent la haine ressentie à l’égard de la police au sein des communautés noires, ouvrières et pauvres partout à Londres et dans tout le pays, de même que la colère et le désespoir engendrés par la pauvreté accablante.
 
 Il y a des protestations spontanées en raison de ces morts d’homme provoquées par la police, contre ces contrôles et ces fouilles qui atteignent des niveaux records, contre l’absence de mesures en faveur de l’éducation et de la santé, contre le peu de logements et les logements surpeuplés, contre le manque d’aménagements (dans le quartier de Haringey, où se situe Tottenham, huit maisons de jeunes sur treize ont été fermées la semaine dernière précisément) et contre le chômage (à Haringey, il y a une offre d’emploi pour 54 demandeurs).
 
 Comme on pouvait le prévoir, on fait beaucoup de tintouin à propos des actes de pillage, qui sont une caractéristique inévitable de tels déchaînements spontanés. Toutefois, il ne devrait pas être permis de les séparer du principal caractère des événements, à savoir une révolte justifiée contre les meurtres et la répression des œuvres de la police, contre le racisme et la pauvreté.
 
 En outre, c’est la société capitaliste elle-même qui étale ses marchandises de luxe à la face des pauvres, leur adressant ainsi un message disant que vous n’avez pas grand-chose d’humain si bous ne possédez pas une TV plasma à écran plat et les dernières marques des grands designers, alors que, dans un même temps, elle prive des masses entières d’emplois ou paie des salaires trop minables pour qu’on puisse se procurer ces marchandises.
 
 Pendant ce temps, on rapporte que certains « pillards » se contentent de produits essentiels comme des rouleaux de toilette et des couches pour bébé. D’autres ont gardé manifestement leur attention sur des symboles de la répression étatique. The Guardian rapportait :
 « Un groupe de jeunes hommes à fait irruption, en provenance des cours de justice de Haringey et Enfield en brandissant des marteaux.
 « Ils avaient évité la tentation des magasins pillés pour briser sept vitres du tribunal. C’est un endroit que certains émeutiers ont visité dans le passé ; d’autres sont susceptibles d’y être condamnés dans un futur proche. »
 
 Naturellement, les hommes politiques de tous les partis bourgeois se sont précipités pour condamner les protestataires comme des criminels et ils n’ont rien promis, si ne n’est une répression accrue et encore plus brutale. Des centaines de personnes ont déjà été arrêtées. Pourtant, ce sont les gens respectables des partis conservateur, démocratique libéral et travailliste qui, au service de la classe capitaliste britannique, sont les vrais criminels en présidant la guerre des classes dans le pays et la guerre impérialiste à l’étranger.
 
 Il importe de faire remarquer que les députés noirs du parti travailliste n’ont pas été moins forts en gueule que les autres en traitant leurs électeurs de criminels et en réclamant une répression policière accrue. Parmi ces personnes, entre autres, non seulement le député de Tottenham, David Lammy, mais aussi Diane Abbott, de Hackney, la coqueluche de la « gauche » et l’héroïne des premiers jours du mouvement de la « Section bleue » opportuniste au sein du parti travailliste.
 
 Ces fripouilles parasitaires doivent leurs confortables situations et postes précisément aux vieilles luttes des communautés noires qu’elles méprisent si ouvertement aujourd’hui. Ceci nous rappelle de façon frappante que ce qui est en jeu ici n’est pas une lutte reposant sur la race qui ne peut bénéficier à la fin qu’à une fine couche d’opportunistes cherchant à attraper le bon wagon en marche, mais une lutte contre le racisme et contre le capitalisme dans laquelle tous les travailleurs, quelle que soit leur couleur de peau, ont intérêt à tenir leur rôle.
 
 Une autre coqueluche de la gauche, Ken Livingstone, a beaucoup fait des pieds et des mains pour accroître le nombre de policiers lorsqu’il était en poste comme maire de Londres. Il s’est, sans aucun doute, bien fait voir des hauts responsables de la Met (= police métropolitaine, NdT) en tirant parti des troubles de Londres comme prétexte pour réclamer que le gouvernement revienne sur les coupes sombres qu’il avait prévues dans les forces de police.
 
 Les événements de ces derniers jours ont montré une fois de plus que les communautés ouvrières pauvres savent parfaitement bien que la police n’est pas un corps neutre ou inoffensif destiné à servir la communauté ou à aider les vieilles dames à traverser la rue, mais un gang impitoyable de nervis voué à asseoir par la violence le pouvoir des riches. Pour dire les choses en langage marxiste, elle constitue un corps spécial d’hommes (de mieux en mieux) équipés, dont le travail consiste à faire respecter la dictature de la bourgeoisie.
 
 Les jeunes dans les rues apprennent également une leçon dont la classe capitaliste préférerait de loin qu’ils l’oublient au plus vite. À savoir que si un nombre suffisant de personnes s’insurgent en même temps et dans assez d’endroits à la fois, ce n’est pas tellement la classe dirigeante qui pourra les arrêter, puisque la police et tous ceux qui constituent les forces de l’État sont en fait très peu nombreux si on les compare aux masses de la classe ouvrière.
 
 La leçon la plus importante que la classe ouvrière doit tirer d’urgence, c’est que la source réelle de sa misère et de ses frustrations n’est autre que le système capitaliste de production. Ce système est maintenu en place par les laquais d’une poignée de milliardaires, qui s’enrichissent d’heure en heure tout en pesant très fortement sur les personnes qui travaillent afin de créer cette richesse. Quand une crise économique menace les profits de ces milliardaires, ils exercent des pressions encore plus fortes, en réduisant à la portion congrue et moins encore non seulement les salaires des travailleurs, mais aussi les avantages sociaux dont ces travailleurs ont besoin et, dans un même temps, ils sont incapables de fournir du travail à des millions supplémentaires de personnes qui ont pourtant bien besoin d’un emploi décent.
  
Traduit de l'anglais par Jean-Marie Flémal pour Investig'Action

Pourquoi le régime syrien ne tombera pas (Asia Times)

Imaginez une réunion de travail à Hollywood où vous devez vendre votre projet de scénario en dix mots maximum. C’est un film sur la Syrie. A l’instar du projet de film de Kathryn Bigelow sur le raid contre Oussama Ben Laden qui a été annoncé comme « les gentils butent Oussama au Pakistan », l’épopée syrienne pourrait être vendue comme « Sunnites et Chiites se disputent une république arabe ». 
Eh oui, encore de la fiction, l’histoire d’un « croissant chiite », de l’isolement de l’Iran et d’agressions de Sunnites contre des Chiites.
Le noyau dur du sunnisme, la maison wahhabite des Saouds, dans une nouvelle démonstration époustouflante d’hypocrisie et de haine tenace envers les républiques laïques arabes, a qualifié le régime baasiste contrôlé par Bashar al-Assad en Syrie de « machine à tuer ».
Il est vrai que la férocité de l’appareil de sécurité d’Assad - qui a tué plus de 2.400 personnes depuis le début des révoltes en mars – n’arrange pas les choses. Mais soi-dit en passant, c’est déjà beaucoup plus que le nombre tué par les forces du Colonel Kadhafi en Libye lorsque la résolution 1973 a été hâtivement adoptée pour autoriser une intervention étrangère. La réponse de Diogène le Cynique à la question « mais que fait l’ONU ? » et la différence de traitement serait que la Syrie, contrairement à la Libye, n’est un pays immensément riche en pétrole et en gaz.
Le régime d’Assad est issue de la branche Alaouite du Chiisme. Pour la Maison des Saouds, cela signifie forcément que des Sunnites se font tuer. Et pour ne rien gâcher, par un régime allié à l’Iran chiite.
Ce qui explique la condamnation par l’Arabie Saoudite, suivie par les royautés du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), connu aussi sous le nom de Conseil de la Contre-révolution du Golfe, ainsi que la Ligue Arabe – une coquille vide manipulée par les Saoudiens. Pour couronner le tout, les richesses de la Maison des Saouds et du Golfe sont activement employées au financement d’un aspect moins présentable des protestations, à savoir la nébuleuse radicalisée de Frères Musulmans/Salafistes/Intégristes.
Par contraste, la seule chose que les manifestants pro-démocratie à Bahreïn ont reçu de la part des Saoudiens et des pays du Golfe a été une invasion suivie d’une répression en bonne et due forme.
Entre en scène la Turquie
La position de la Turquie est plus nuancée. Le Parti Justice et Développement (AKP – en turc) au pouvoir est très majoritairement sunnite. Ils font leur numéro pour amuser la galerie sunnite dans la région. Mais l’AKP sait qu’au moins 20% des Turcs sont des chiites de la branche Alevi, très proches des Alaouites syriens.
Le ministre des affaires étrangères turques, Ahmet Davutoglu – l’auteur intellectuel de la politique « zéro problème avec nos voisins » - a passé cette semaine pas moins de six heures en tête-à-tête avec Assad à Damas. Il est resté très mystérieux lors de sa conférence de presse, en sous-entendant que le régime d’Assad était « entré dans le processus » de mettre fin à la répression et de satisfaire les demandes des manifestants. Assad pouvait répondre que « le processus » était déjà entamé mais que ces choses, comme des élections libres, demandaient du temps.
Davutoglu a dit clairement : « Comme nous l’avons toujours souligné, notre critère principal est que le processus prenne forme selon la volonté du peuple syrien ». Ce à quoi le régime répondait que la majorité du peuple syrien semblait soutenir le gouvernement.
Les propos de Davutoglu semblent impliquer aussi qu’il n’y a aucune raison pour une intervention turque en Syrie tant que Damas se montre raisonnable et arrête de tuer des gens (Assad a admis que des « erreurs » avaient été commises) et lance des réformes. Davutoglu donne l’impression de contredire le Premier Ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, qui a défendu l’idée que la Turquie pouvait « résoudre » le problème syrien.
Pour Erdogan, ce serait sa façon de prouver à l’Arabie Saoudite et au Qatar que le monde arabe devrait adopter le modèle turc – en admettant que l’Arabie Saoudite et le Qatar acceptent qu’Erdogan joue le rôle du Grand Libérateur des Sunnites en Syrie, et paient la facture d’un intervention de l’armée turque. Cette dernière hypothèse paraît bien moins vraisemblable aujourd’hui qu’il y a quelques jours seulement.
Le régime d’Assad a fait ses comptes et a réalisé qu’il ne tombera pas tant que les protestations ne touchent pas la capitale Damas ou la grande ville d’Aleppo – c’est-à-dire tant qu’elles ne touchent pas les classes moyennes urbaines. L’appareil de sécurité et militaire soutient totalement Assad. Les minorités religieuses en Syrie constituent au moins 25% de la population ; elles ont très peur de l’intégrisme sunnite. Les sunnites laïques quant à eux craignent un changement de régime qui verrait l’arrivée au pouvoir des intégristes ou un chaos. Il paraît donc raisonnable d’affirmer que la majorité des syriens soutient effectivement le gouvernement – aussi médiocre et brutal soit-il.
De plus, le régime d’Assad sait que les conditions ne sont pas réunies pour une intervention de l’OTAN et une campagne de bombardement « à la libyenne » en Syrie. Il n’y aura même pas le vote d’une résolution de l’ONU – la Russie et la Chine l’ont déjà clairement fait savoir.
L’Europe se décompose et aura du mal à participer à une nouvelle aventure mal ficelée. Surtout après l’épouvantable spectacle donné par les types du Conseil de Transition qui ont tué leur chef et qui se livrent des guerres tribales au vu et au su de tous – et cette ridicule touche finale de la Grande-Bretagne qui a reconnu les « rebelles » le jour même où ils ont tué et brûlé le cadavre de leur « commandant ».
Il n’y a aucune justification pour une « intervention humanitaire » de l’Occident sous le motif R2P (« responsabilité de protéger ») parce qu’il n’y a pas de crise humanitaire. En fait, la grande crise humanitaire du moment se déroule en Somalie où il y a des craintes d’une « invasion » par Washington ou une tentative de contrôler la Somalie considérée comme un pays stratégique.
Alors l’idée que l’administration américaine puisse changer la donne en ordonnant à Assad de plier bagages n’est même plus envisageable. Et si Assad refuse de partir ? Est-ce que Washington enverrait des drones pour l’assassiner – en prenant comme prétexte le devoir de protéger la population ? Eh bien, le Pentagone peut toujours essayer de le descendre avec le nouveau Falcon Hypersonic Technology Vehicle-2 – le nouveau joujou fait pour « riposter aux menaces partout dans le monde », selon le jargon du Pentagone. Oui mais voilà, il y a comme un petit problème : le prototype hypersonique vient d’être porté disparu quelque part au-dessus du Pacifique.
Pepe Escobar
http://www.atimes.com/atimes/Middle_East/MH13Ak01.html
Traduction "Faut-il vraiment que je m’occupe de tout ici ??? dixit Oncle Sam" par VD pour le Grand Soir avec probablement les fautes et tensions entre accords de genre habituelles.

Cuba : Il y a 50 ans, l’Opération Patty de la CIA était déjouée par Candela

À partir du 3 avril 1961, dans son « Livre blanc » le Département d’État avait ouvertement déclaré une sale guerre contre notre pays. Comme le fit remarquer le commandant Ernesto Che Guevara dans son intervention devant le Conseil interaméricain économique et social, le 8 août 1961 : « [...] il s’agissait d’un véritable chef-d’ouvre de belligérance [...] Dans le "Livre blanc", on appelait le peuple de Cuba à la subversion et à la révolution contre le régime de Castro [...] ».
Malgré la débâcle essuyée sur les sables de Playa Giron, beaucoup de dirigeants haut placés du gouvernement de John F. Kennedy voulaient prouver que la « situation cubaine » pouvait encore être résolue et continuaient de concevoir l’assassinat des principaux chefs de la Révolution cubaine et l’invasion militaire comme la seule action réaliste.
Le 22 avril 1961, le président donna les instructions suivantes à son principal conseiller militaire, le général Maxwell Taylor : [...] Examiner de près toutes nos pratiques et tous nos programmes dans le domaine des activités militaires et paramilitaires, insurrection et contre insurrection qui ne soient pas des opérations de guerre ouverte. Je pense qu’il nous faut renforcer notre travail dans ce domaine. J’espère qu’au cours de cet examen vous prêterez une attention spéciale aux leçons qui peuvent être tirées des récents événements à Cuba » [...]
L’OPÉRATION PATTY
L’opération Patty s’inscrit dans la recherche de nouveaux mécanismes d’agression, dans le cadre d’une guerre secrète qui serait menée non seulement contre Cuba mais contre l’Amérique latine. Dans ce contexte historique complexe, cette opération était l’expression du sentiment revanchard des ennemis de la Révolution cubaine.
Le terrorisme allait connaître une intensité particulière à partir de la deuxième moitié de 1961. Des études historiques et de nombreux témoignages révèlent qu’entre 1960 et 1967, le peuple cubain et ses organes de sécurité déjouèrent plus d’une centaine de projets d’assassinat particulièrement meurtriers contre Fidel et d’autres dirigeants de la Révolution. La base secrète de la CIA, JM Wave, à Miami, allait dorénavant recevoir davantage de fonds pour mener la guerre irrégulière. Les infiltrations et les attaques terroristes sur nos côtes se multiplièrent. Les groupes de bandits refugiés dans les montagnes tentèrent de se réorganiser et reçurent de nouveaux approvisionnements en munitions et en armes. Les stratèges de la CIA et du Pentagone préparèrent soigneusement la nouvelle opération stratégique connue sous le nom de code « Mangouste », que le gouvernement yankee avait approuvée fin 1960.
En matière de terreur, les années suivantes de cette décennie furent dures et sanglantes pour notre peuple. C’était la réaction d’un fauve blessé.
Les opérations subversives les plus dangereuses n’ont pas été fidèlement décrites par leurs auteurs dans leurs mémoires ou dans les livres d’histoire. Il faut puiser dans les témoignages documentaires perdus dans le temps ; dénicher de vieux acteurs de ce drame et recomposer les petites pièces de puzzle historique dans la quête d’une vision plus objective de ce qui s’est passé.
L’Opération Patty n’était pas un projet écervelé. L’agent de la CIA Alfredo Izaguirre de la Riva a été très explicite dans ses déclarations devant les autorités cubaines après son arrestation. Impossible de savoir s’il a omis certains détails sensibles qui auraient pu le compromettre encore davantage.
À la mi-mai 1961, Izaguirre de la Riva partait de La Havane à destination de Miami pour connaître de première main les causes de la débâcle de Playa Giron, mais surtout pour s’enquérir des nouveaux plans contre Cuba.
Il avait été directeur d’un organe de presse et avait hérité de nombreuses affaires à Cuba dans les années 50. En 1959 il entame ses contacts avec Jack Stuart, employé de l’ambassade des États-Unis à La Havane, ainsi qu’avec Robert E. Wiecha, vice-consul dans la ville de Santiago de Cuba, qui finit par le recruter pour la CIA.
Il collabora à de nombreuses missions secrètes pour les fonctionnaires de la station locale de la CIA à La Havane, jusqu’en janvier 1961, période à laquelle il se rendit à plusieurs reprises aux États-Unis pour y suivre un entraînement spécialisé en matière d’activités d’espionnage et de terrorisme. Revenu à Cuba, il reçut un parachutage d’armes et d’explosifs envoyés par la CIA pour perpétrer des attentats.
Izaguirre de la Riva déploya aussi un travail actif en sa qualité de principal agent de la CIA auprès des organisations terroristes qui opéraient dans le pays en 1960 et 1961, notamment en tentant de structurer un éventuel front interne à la veille de l’invasion mercenaire. Il avait échappé aux filets de la Sécurité de l’État, et il profita de ses documents en règle pour s’envoler pour la Floride en mai 1961.
À Miami, comme il le signalera plus tard, il trouva « une démoralisation généralisée parmi les groupes contre-révolutionnaires [...] Ils étaient tous à maudire les frères Kennedy tout en déplorant amèrement le sort de la Brigade 2506 ».
Alfredo Izaguirre noua des contacts étroits avec certains officiers de la CIA et d’autres services spéciaux. Il mentionna, entre autres, Frank Bender, Karl Hetch et Howard Hunt, étroitement liés au terrorisme contre Cuba.
D’après lui, c’est l’officier de la CIA Bill Williams - également connu sous le nom de Howard Hunt - qui le mit au courant d’un nouveau « projet » de la CIA en attente d’être approuvé par les chefs de Langley. Il y était question d’exécuter des actes de subversion comme lancer des attaques pirates contre les côtes cubaines et poser des mines dans les principales baies du pays, tout en poursuivant le ravitaillement des groupes internes en armes et en explosifs pour, le moment venu, provoquer des soulèvements populaires et autres actions subversives.
Selon des documents cubains, Izaguirre expliqua « que ce "projet" dépendait du rapport du Comité d’enquête - la Commission Taylor - et de la décision que prendrait l’exécutif ». À cette époque, la Commission Taylor enquêtait sur les causes de l’échec de Playa Giron, et tout indiquait qu’ils décidèrent de profiter de la présence de cet agent pour l’interroger secrètement. Si l’on en croit ses propos, le général Maxwell Taylor aurait participé à l’un de ces contacts.
Quelques semaines plus part, après avoir été arrêté à Cuba, Izaguirre confirma aux autorités cubaines que plusieurs fonctionnaires de la CIA et d’autres services avaient pris part à cette réunion qui avait porté notamment sur les activités des groupes qui opéraient à l’intérieur de Cuba, les ravitaillements en armes par air et la préparation d’un soulèvement général dans l’île. Izaguirre précisa qu’un des officiers présents aurait déclaré qu’il fallait « [...] s’ôter de la tête l’idée de voir arriver des marines pour résoudre à froid le problème. C’est à nous qu’il revient de créer les conditions qui permettent d’envoyer tout type d’aide [...] » La thèse du « soulèvement général » était soutenue avec force au sein du gouvernement des États-Unis et apparaîtrait quelques mois plus tard, comme l’un des principaux objectifs de l’Opération Mangouste.
Pour finir, d’après Izaguirre, « [...] il nous fallait améliorer la communication. Tout le monde applaudit l’idée d’unifier tous les groupes d’opposants, ce qui faciliterait considérablement le travail, et on me rappela que la solution qui serait donnée à la question cubaine serait la solution correcte, et que tout serait mis en ouvre pour en assurer le succès [...] ».
Après cette réunion, De la Riva noua de nouveaux contacts pour connaître l’envergure du nouveau complot dans lequel l’agence l’impliquait : durant son dernier entretien avant de revenir à Cuba, l’un des fonctionnaires qui l’avaient pris en charge lui demanda ce qu’il se passerait si le gouvernement ou « quelqu’un » attaquait la base de Guantanamo. Ce genre de plan ne constituait pas une nouveauté dans l’arsenal d’agressions contre Cuba. Le 9 mars 1960, le colonel J.C. King, chef de la Division pour l’hémisphère occidental, avait proposé de présenter une étude qui « prouverait » que les dirigeants cubains [...] avaient envisagé d’attaquer l’installation de la Marine de guerre des États-Unis à Guantanamo [...] ».
« PATTY » FUT UNE OPÉRATION DE GRANDE ENVERGURE, MAIS ELLE S’EST HEURTÉE À « CANDELA »
De retour à Cuba, Izaguirre se réunit dans l’après-midi du 8 juin 1961 avec un groupe de chefs de file terroristes dans l’appartement 16-B du Focsa, à La Havane, pour exposer les résultats de sa visite aux USA et faire part du nouveau complot. D’après les documents cubains, Izaguirre déclara textuellement que pour mener à bien ses activités il jouissait du soutien du général Maxwell Taylor. « [...] ils préparent une grande opération qui permettra aux Nord-Américains de liquider définitivement la Révolution cubaine et le Premier ministre Fidel Castro [...] ».
Ils discutèrent de la nécessité de préparer des actions pour assassiner Fidel et Raul et déclencher une vague d’actes terroristes susceptible de provoquer un soulèvement armé. Il fut décidé que plusieurs membres prépareraient une manouvre d’« auto-agression » à la base navale yankee de Guantanamo dans le cadre d’une provocation qui servirait de « prétexte » à une intervention armée des États-Unis à Cuba. Toutes ces actions devaient coïncider avec la cérémonie du 26 Juillet 1961.
La thèse de l’assassinat pour décapiter la Révolution n’était pas nouvelle. J.C. King en personne, dans sa proposition citée ci-dessus, avait suggéré en 1960 : « [...] sauf s’il était possible d’éliminer d’un seul coup Fidel et Raul Castro et le Che Guevara - ce qui est peu probable -, cette opération pourrait devenir une opération à n’en plus finir, et l’actuel gouvernement ne pourra être renversé qu’en recourant à la force [...] ».
Dès son arrivée à La Havane, Izaguirre déploya une intense activité de conspiration, en entretenant un contact permanent avec la CIA. Il était chargé des liaisons et des ravitaillements en armes, et de renouer les contacts avec d’autres agents et chefs de file d’organisations contre-révolutionnaires dans diverses provinces du pays.
Dans la province d’Oriente, il réactiva les contacts avec un groupe terroriste directement relié aux services de renseignements de la base navale de Guantanamo.
Le « Plan d’action immédiate », d’après un document saisi à l’un des terroristes dans la province d’Oriente, prévoyait une série de mesures pour l’attentat de Santiago de Cuba : prendre position sur le toit d’une maison avec vue sur la tribune du stade de Santiago de Cuba où Raul Castro devrait prendre la parole ; y installer une mitrailleuse calibre 30 qui serait maniée par deux hommes, tandis que quatre autres, armées de grenades de main, faciliteraient la fuite des auteurs de l’attentat. Un autre groupe de six hommes armés de fusils-mitrailleurs M-3 seraient embusqués sur la route menant à l’aéroport en cas d’échec de la première action et au cas où Raul déciderait de s’envoler pour La Havane.
L’exécution du plan devrait commencer à 10 heures, et l’action serait synchronisée avec une attaque au mortier contre la raffinerie « Hermanos Diaz » dans cette même ville de Santiago. Les terroristes avaient soigneusement étudié les installations du stade, les aires adjacentes et la route, notamment son dernier tronçon en direction de l’aéroport.
Le plan comportait aussi l’ « auto-agression » de la base navale yankee. D’après des documents des services cubains, quatre mortiers seraient installés dans une propriété dite « El Cuero », et lanceraient six obus chacun sur la base. Un autre mortier attaquerait une unité d’artillerie des Forces armées révolutionnaires située dans les environs. Le but était de faire en sorte que les deux installations militaires se croient attaquées et ripostent à l’agression, ce qui provoquerait un incident qui servirait de prétexte au gouvernement des États-Unis pour lancer une intervention militaire dans l’île.
Les armes et les explosifs qui seraient utilisés dans la province d’Oriente provenaient en majorité de la base navale yankee et étaient transportées clandestinement en territoire cubain avec la complicité des officiers de cette enclave militaire. D’après des agents de la Sécurité cubaine, les armes étaient acheminées par voie maritime vers un lieu proche, par des collaborateurs au service de la base US, et ensuite transportées jusqu’à la plage El Uvero, avant d’être amenés en lieu sûr dans la ville de Guantanamo dissimulés dans des camions chargés de sable.
Ces transferts clandestins d’armes et d’explosifs étaient aussi réalisés par des agents et des collaborateurs du Service de renseignement naval à travers la barrière qui sépare la base de notre territoire, à des endroits où la végétation est suffisamment abondante et la circulation routière quasi inexistante. Ces gens se livraient à toute sorte d’actions subversives en coordination avec des groupes contre-révolutionnaires opérant sur notre territoire.
Ce travail de ravitaillement en armes et en explosifs avait lieu indépendamment du projet Patty. Ces actions illégales et en franche violation du Droit international avaient pour but d’encourager les opérations des groupes et des bandes armées, dans le cadre d’un complot permanent.
L’un des principaux chefs de file impliqué dans le complot de 1961 se nommait José Amparo Rosabal, alias « el
Zorro ». Ce terroriste se cachait dans la base navale de Guantanamo depuis l’échec de l’invasion de Playa Giron, et il s’infiltrait systématiquement en territoire cubain pour se livrer à actes terroristes et de subversion. Selon des documents cubains, Rosabal était en contact direct avec le chef de la Base, l’amiral O’Donell et ses adjudants, et recevait des instructions et du ravitaillement en armes. Ces officiers fournirent aussi des armes pour les actions qui se préparaient dans cette province à l’occasion du meeting du 26 Juillet 1961.
D’après plusieurs sources consultées, les membres d’un groupe terroriste basé à La Havane prévoyaient d’utiliser un mortier de 82 mm depuis une fenêtre donnant sur la Place de la Révolution pour perpétrer un attentat contre Fidel pendant la cérémonie.
Ce même jour, d’autres groupes terroristes dans les provinces de Camagüey et de Las Villas devaient exécuter des sabotages et des actions terroristes contre des installations de services publics et des voies de communication.
Mais c’était sous-estimer une fois de plus la capacité de réponse des organes de la Sécurité cubaine et du peuple. Au terme d’une minutieuse opération de contre intelligence qui fut baptisée « Candela », les services cubains parvinrent à infiltrer ces groupes et assurer la surveillance et le contrôle des activités ennemies.
Le 22 juillet 1961, les principaux impliqués dans le complot étaient arrêtés, y compris Alfredo Izaguirre de la Riva, et une grande quantité d’armes et de matériel de guerre fut saisie.
Plus tard, le gouvernement révolutionnaire dénonça publiquement cette nouvelle conspiration.
Rien qu’à Santiago de Cuba et à Guantanamo, parmi l’arsenal d’armes saisies figuraient deux canons de 57mm, quatre bazookas, un mortier de 60mm, deux mitrailleuses calibre 30,06 et plus de 90 fusils et fusils-mitrailleurs, des dizaines de grenades, des caisses de matériel de démolition, des mines, des centaines de bâtons de TNT, des milliers de munitions et d’autre matériel de guerre, tous made in USA.
Le commandant Ernesto Che Guevara, dans son discours mémorable d’août 1961, décrivit en ces termes ces événements survenus à Santiago de Cuba : « [...] Le 26 juillet de cette année, des groupes contre-révolutionnaires armés par la base navale de Guantanamo attendaient le commandant Raul Castro à deux endroits stratégiques pour l’assassiner [...] C’était un plan à la fois intelligent et macabre [...] Et quelques heures plus tard, messieurs les délégués, des mortiers nord-américains, depuis le territoire cubain, devaient commencer à pilonner la base de Guantanamo. Le monde entier expliquerait ainsi la chose : les Cubains, exaspérés par leurs querelles internes surgies après l’assassinat d’un de leurs chefs "communistes" ont attaqué la base navale de Guantanamo, et les pauvres États-Unis n’ont eu d’autre choix que de se défendre [...] Tel était le plan que nos forces de sécurité, beaucoup plus efficaces que ce qu’on pourrait supposer, ont découvert il y a quelques jours ».
Ces événements survenus il y a 50 ans ont un rapport étroit avec les actions terroristes auxquelles les États-Unis et leurs alliés se livrent contre des pays, des personnalités et des dirigeants d’autres États en recourant à des moyens de guerre sophistiqués et meurtriers, même si aujourd’hui ils ne parlent plus du danger du communisme mais d’une soi-disant guerre contre le terrorisme où de la défense des droits de l’Homme.
Manuel Hevia Frasquieri
(Directeur du Centre de recherches historiques des services de la Sécurité de l’État)
http://www.granma.cu/frances/cuba-f/28jul-Operation-Patty.ht...


La guérilla du net

Cyberguerre et desinformation : La Syrie au cœur du tourbillon

La cyberguerre est loin d’être une forme à conjuguer au futur. Elle est bien réelle, plusieurs régions dans le monde la subissent.
La cyberguerre est loin d’être une forme à conjuguer au futur. Elle est bien réelle, plusieurs régions dans le monde la subissent.

Dans le monde musulman, il y a eu l’Iran en juin 2010 quand 30 000 ordinateurs ont été infectés par un virus informatique, Stuxnet, programmé pour la destruction des systèmes informatiques industriels de l’ancienne Perse. D’autres exemples peuvent être répertoriés. L’actuel est la Syrie, grande vitrine de cette cyberguerre. La crise que vit ce pays a été une occasion propice pour voir plusieurs formes d’armes virtuelles. La création de plusieurs avatars dans le cadre d’une campagne de désinformation en est l’une des plus répandues.

Deux exemples édifiants dans le cas de la Syrie. Le premier est celui de la vraie-fausse bloggeuse Amina qui, pendant plusieurs mois, a été considérée comme le symbole de la “révolte” syrienne. Les plus grands médias du monde parlaient du cas de cette Syrienne, qui était une des sources sur la situation dans le pays, avant de devenir une “héroïne” suite à son arrestation par les forces de l’ordre syriennes. Au bout, tous ont été manipulés. C’est grâce à un site palestinien, Electronic Intifada, que le pot aux roses a été découvert. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un faux profil sur le Net créé par un étudiant américain, installé en Écosse. Cette histoire a fait le buzz pendant quelques jours sans que les médias ne fassent leur mea-culpa. C’est qu’il y avait d’autres “coups” en gestation.

L’Osdh, l’"avatar" de destruction massive

En plus des nombreuses questions que suscite la situation actuelle de la Syrie, celle des sources d’informations en est une des plus cruciales. Elle peut être même considérée comme la “clé”. Voilà un pays fermé aux journalistes étrangers, et les rares correspondants des médias non syriens habilités n’ont pas la liberté nécessaire pour activer sur place. Cependant depuis mi-mars, les médias européens, américains, et arabes rapportent des “informations détaillées” sur ce qui se passe dans plusieurs régions du pays. D’où proviennent ces informations ? Dans la quasi-majorité des cas, la source est la même : l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (Osdh). C’est devenu une source si “fiable” que presque personne ne remettait en cause les bilans que cette ONG donnait. Elle rapporte les “statistiques” macabres avec force détails et de toutes les régions de la Syrie. La question ici n’est pas de douter de la véracité des violences et des heurts qui se déroulent au pays du Cham, ni de faire remarquer que cet observatoire est à 100% anti-Bachar Al-Assad. Cependant, il est plus que nécessaire de se poser une question sur cette facilité déconcertante avec laquelle ces médias ont “confiance” dans cette source. Les chaînes satellitaires et la presse écrite (même algérienne) prennent tout ce qui vient de cette ONG comme une vérité absolue. Pourtant cet observatoire a tout pour être intriguant, et le mot est faible.
 
 
Prenons par exemple le lieu d’où l’Observatoire, qui se clame représentant de la “révolution” en Syrie, travaille. Tout simplement Londres, qui est loin de Damas de presque 7 500 kilomètres. En voulant en savoir plus, la Toile ne donne que des bribes qui viennent gonfler le mystère. Cette ONG a un site d’informations sur la situation en Syrie, http://www.syriahr.com. Il est uniquement en langue arabe. Sa page facebook et son compte sur YouTube sont également en arabe. Dans ces trois fenêtres virtuelles, on ne trouve presque rien d’un quelconque travail spécifique à l’Observatoire. Des extraits d’émissions télé, des articles et des dépêches d’agences d’informations sur les activités de cette ONG remplissent le site, le compte facebook et le compte YouTube.

Sur le “Qui sommes-nous ?” de la page d’accueil, il y a une adresse e-mail, une date : 1er mai 2006 (celle de la création de l’Observatoire) et enfin un nom, celui du directeur. Un seul nom, un certain Rami Abdel Rahman. Rien de plus, et pourtant il s’agit bien de la principale source des médias dans le monde, sur la crise syrienne, depuis cinq mois !

Rami Abdel Rahman n’a visiblement pas de visage. Il est souvent cité par les différentes chaînes satellitaires et surtout la presse écrite mais aucune “trace” de lui. Ce n’est qu’au début de ce mois d’août qu’il a daigné se “manifester”. Il est sorti de l’ombre pour rester… dans l’obscurité du couloir. Il commencera par donner une interview par téléphone au correspondant de l’AFP à Nicosie (Chypre) dans laquelle il s’étalera un peu sur son “profil”. Ainsi, il aurait 40 ans, et serait un opposant au régime syrien depuis qu’il avait 6 ans, l’âge où il aurait vu des agents de sécurité battre sa grande sœur. Les informations qu’il rapporte de son pays émanent toutes de “son” réseau de 200 personnes éparpillées dans plusieurs régions de la Syrie.

Un réseau qui est loin d’être actif. Aucune vidéo émanant de ces 200 personnes n’a été enregistrée au nom de l’Osdh. Mieux encore, sur le compte YouTube, la dernière vidéo remonte à juin dernier et n’est que l’enregistrement d’une émission télé. Faut rappeler qu’il s’agit bien de ce qui est décrit par les médias de l’ONG qui “s’est imposée dans le paysage médiatique international comme l’une des principales sources d’information sur le mouvement de contestation qui vise depuis plus de quatre mois le régime syrien".   

Histoire d’officines !
Pour le cas de Rami Abdel Rahman, le flou est total. Pour beaucoup d’observateurs, il est plus que probable que cette personne n’existe pas réellement. Il s’agirait tout simplement d’un avatar créé par des officines “occultes”. Les regards se dirigeront entre autres vers l’un des programmes du Centcom (Commandement central des forces américaines) pour la surveillance des opérations armées américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale. Pas uniquement.
Plusieurs autres “services”, européens et autres, mettent le paquet sur la Syrie pour faire chuter le pouvoir actuel. La Libye semble avoir été un terrain d’“entraînement”. Même la “révolution” qui a destitué Hosni Moubarak risque d’accoucher prochainement de scandales.


Les déclarations de la nouvelle ambassadrice des États-Unis au Caire, Anne Patterson, risquent ainsi de noircir le tableau que les jeunes Égyptiens veulent idyllique de leur révolte. La diplomate américaine n’avait pas hésité à affirmer que son pays avait distribué, depuis le début de la révolte, 40 millions de dollars à des ONG locales. Une sortie qui a rapidement déclenché un tollé dans le pays, et une enquête de grande envergure a été lancée par le Conseil militaire égyptien. Il faut s’attendre à ce que le futur, proche et lointain, accouche de vérités que beaucoup ne soupçonnent même pas.
Par : Salim Koudil