mercredi 17 août 2011

La guérilla du net

Cyberguerre et desinformation : La Syrie au cœur du tourbillon

La cyberguerre est loin d’être une forme à conjuguer au futur. Elle est bien réelle, plusieurs régions dans le monde la subissent.
La cyberguerre est loin d’être une forme à conjuguer au futur. Elle est bien réelle, plusieurs régions dans le monde la subissent.

Dans le monde musulman, il y a eu l’Iran en juin 2010 quand 30 000 ordinateurs ont été infectés par un virus informatique, Stuxnet, programmé pour la destruction des systèmes informatiques industriels de l’ancienne Perse. D’autres exemples peuvent être répertoriés. L’actuel est la Syrie, grande vitrine de cette cyberguerre. La crise que vit ce pays a été une occasion propice pour voir plusieurs formes d’armes virtuelles. La création de plusieurs avatars dans le cadre d’une campagne de désinformation en est l’une des plus répandues.

Deux exemples édifiants dans le cas de la Syrie. Le premier est celui de la vraie-fausse bloggeuse Amina qui, pendant plusieurs mois, a été considérée comme le symbole de la “révolte” syrienne. Les plus grands médias du monde parlaient du cas de cette Syrienne, qui était une des sources sur la situation dans le pays, avant de devenir une “héroïne” suite à son arrestation par les forces de l’ordre syriennes. Au bout, tous ont été manipulés. C’est grâce à un site palestinien, Electronic Intifada, que le pot aux roses a été découvert. Il ne s’agissait ni plus ni moins que d’un faux profil sur le Net créé par un étudiant américain, installé en Écosse. Cette histoire a fait le buzz pendant quelques jours sans que les médias ne fassent leur mea-culpa. C’est qu’il y avait d’autres “coups” en gestation.

L’Osdh, l’"avatar" de destruction massive

En plus des nombreuses questions que suscite la situation actuelle de la Syrie, celle des sources d’informations en est une des plus cruciales. Elle peut être même considérée comme la “clé”. Voilà un pays fermé aux journalistes étrangers, et les rares correspondants des médias non syriens habilités n’ont pas la liberté nécessaire pour activer sur place. Cependant depuis mi-mars, les médias européens, américains, et arabes rapportent des “informations détaillées” sur ce qui se passe dans plusieurs régions du pays. D’où proviennent ces informations ? Dans la quasi-majorité des cas, la source est la même : l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (Osdh). C’est devenu une source si “fiable” que presque personne ne remettait en cause les bilans que cette ONG donnait. Elle rapporte les “statistiques” macabres avec force détails et de toutes les régions de la Syrie. La question ici n’est pas de douter de la véracité des violences et des heurts qui se déroulent au pays du Cham, ni de faire remarquer que cet observatoire est à 100% anti-Bachar Al-Assad. Cependant, il est plus que nécessaire de se poser une question sur cette facilité déconcertante avec laquelle ces médias ont “confiance” dans cette source. Les chaînes satellitaires et la presse écrite (même algérienne) prennent tout ce qui vient de cette ONG comme une vérité absolue. Pourtant cet observatoire a tout pour être intriguant, et le mot est faible.
 
 
Prenons par exemple le lieu d’où l’Observatoire, qui se clame représentant de la “révolution” en Syrie, travaille. Tout simplement Londres, qui est loin de Damas de presque 7 500 kilomètres. En voulant en savoir plus, la Toile ne donne que des bribes qui viennent gonfler le mystère. Cette ONG a un site d’informations sur la situation en Syrie, http://www.syriahr.com. Il est uniquement en langue arabe. Sa page facebook et son compte sur YouTube sont également en arabe. Dans ces trois fenêtres virtuelles, on ne trouve presque rien d’un quelconque travail spécifique à l’Observatoire. Des extraits d’émissions télé, des articles et des dépêches d’agences d’informations sur les activités de cette ONG remplissent le site, le compte facebook et le compte YouTube.

Sur le “Qui sommes-nous ?” de la page d’accueil, il y a une adresse e-mail, une date : 1er mai 2006 (celle de la création de l’Observatoire) et enfin un nom, celui du directeur. Un seul nom, un certain Rami Abdel Rahman. Rien de plus, et pourtant il s’agit bien de la principale source des médias dans le monde, sur la crise syrienne, depuis cinq mois !

Rami Abdel Rahman n’a visiblement pas de visage. Il est souvent cité par les différentes chaînes satellitaires et surtout la presse écrite mais aucune “trace” de lui. Ce n’est qu’au début de ce mois d’août qu’il a daigné se “manifester”. Il est sorti de l’ombre pour rester… dans l’obscurité du couloir. Il commencera par donner une interview par téléphone au correspondant de l’AFP à Nicosie (Chypre) dans laquelle il s’étalera un peu sur son “profil”. Ainsi, il aurait 40 ans, et serait un opposant au régime syrien depuis qu’il avait 6 ans, l’âge où il aurait vu des agents de sécurité battre sa grande sœur. Les informations qu’il rapporte de son pays émanent toutes de “son” réseau de 200 personnes éparpillées dans plusieurs régions de la Syrie.

Un réseau qui est loin d’être actif. Aucune vidéo émanant de ces 200 personnes n’a été enregistrée au nom de l’Osdh. Mieux encore, sur le compte YouTube, la dernière vidéo remonte à juin dernier et n’est que l’enregistrement d’une émission télé. Faut rappeler qu’il s’agit bien de ce qui est décrit par les médias de l’ONG qui “s’est imposée dans le paysage médiatique international comme l’une des principales sources d’information sur le mouvement de contestation qui vise depuis plus de quatre mois le régime syrien".   

Histoire d’officines !
Pour le cas de Rami Abdel Rahman, le flou est total. Pour beaucoup d’observateurs, il est plus que probable que cette personne n’existe pas réellement. Il s’agirait tout simplement d’un avatar créé par des officines “occultes”. Les regards se dirigeront entre autres vers l’un des programmes du Centcom (Commandement central des forces américaines) pour la surveillance des opérations armées américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale. Pas uniquement.
Plusieurs autres “services”, européens et autres, mettent le paquet sur la Syrie pour faire chuter le pouvoir actuel. La Libye semble avoir été un terrain d’“entraînement”. Même la “révolution” qui a destitué Hosni Moubarak risque d’accoucher prochainement de scandales.


Les déclarations de la nouvelle ambassadrice des États-Unis au Caire, Anne Patterson, risquent ainsi de noircir le tableau que les jeunes Égyptiens veulent idyllique de leur révolte. La diplomate américaine n’avait pas hésité à affirmer que son pays avait distribué, depuis le début de la révolte, 40 millions de dollars à des ONG locales. Une sortie qui a rapidement déclenché un tollé dans le pays, et une enquête de grande envergure a été lancée par le Conseil militaire égyptien. Il faut s’attendre à ce que le futur, proche et lointain, accouche de vérités que beaucoup ne soupçonnent même pas.
Par : Salim Koudil  

mardi 16 août 2011

La SYRIE en marche pour la PARTITION.

«L’Occident n’aime pas qu’on lui ressemble, il aime qu’on lui obéisse.» Amin Maalouf (Les identités meurtrières) 

Damas est dans le collimateur des puissances occidentales par révoltés interposés. Le président syrien Bachar al Assad, au pouvoir depuis onze ans, est confronté à la plus grande vague de contestation de son régime, alors que les manifestations s’étendent dans plusieurs villes du pays. Des manifestations ont eu lieu vendredi dans la capitale, Damas, et à Hama, plus au nord, théâtre d’une répression sanglante d’un soulèvement islamiste qui avait fait jusqu’à 20.000 morts sous le régime d’Hafez al Assad en 1982. La statue de Hafez El Assad a été déboulonnée. A Sanamein, dans le sud du pays, des habitants ont rapporté que 20 personnes avaient été tuées (....) Selon l’International Crisis Group, Assad pourrait faire de nouvelles concessions afin d’éviter une confrontation et lancer des réformes politiques et économiques.

«La Syrie se trouve à ce qui pourrait être un tournant de son régime», a écrit le groupe de réflexion vendredi. «Il y a seulement deux options: l’une implique une initiative immédiate et politiquement risquée qui pourrait convaincre le peuple syrien que le régime souhaite s’engager dans des changements spectaculaires, l’autre entraîne une répression qui a toutes les chances de mener à une issue sanglante et odieuse.» Abdelhalim Khaddam, ancien vice-président syrien qui a quitté en 2005 le parti Baas, a déclaré samedi que «le sang des martyrs balaiera ce régime».(1) Le candidat à l’effritement durable est cette fois la Syrie:petit pays, grande civilisation.

Petit détour par Wikipédia/ On lit: «L’histoire de la Syrie est marquée par sa situation exceptionnelle. C’est un territoire de transition au carrefour de plusieurs mondes: la Méditerranée, la Mésopotamie, la Perse, l’Inde, l’Asie mineure, les terres du Caucase et l’Égypte. La Syrie était traversée par les plus importantes voies commerciales, entre l’Europe, la Chine (route de la soie) et l’Inde. L’homme de la terre syrienne a peut-être découvert, pour la première fois de l’histoire de l’humanité, à Abu Huraira, l’art de cultiver, d’associer l’eau et le grain de blé, pour multiplier les épis. C’est également en Syrie, que l’homme découvrit comment utiliser le cuivre, comment le façonner et en réaliser un alliage: le bronze. Dès le IIIe millénaire av. J.-C. les Syriens construisaient des palais, créaient des fresques, et connaissaient un essor culturel et commercial remarquables. Et c’est dans ce pays que naquît aussi l’alphabet (site de Ugarit, près de Lattakié). La Syrie a eu une part importante dans l’histoire du christianisme et dans ses débats. Elle a donné 6 papes au christianisme. À travers ses routes sont passés les pèlerins vers les grands centres religieux, les croisés et les caravanes de la soie et des épices.
   
L’Occident revanchard
 
Pour la période récente, la Syrie fut ottomane depuis 1516, le début de la renaissance de la Syrie moderne peut être datée des années 1832 à 1840, En 1860, les événements du Mont Liban et de Damas entraînent l’envoi d’un corps expéditionnaire par les puissances européennes. En 1861, cette intervention militaire eut pour conséquence l’autonomie du Liban vis-a-vis de Damas. En 1917 Britanniques et Arabes participèrent à la prise de Damas en 1918. Les troupes du général Gouraud arrivent, vainquent une armée menée par Youssef al-Azmeh dans la bataille de Maysaloun le 24 juillet 1920, et entrèrent à Damas. Fayçal se trouva contraint à l’exil. Les Français ne se retirèrent totalement du Liban et de la Syrie qu’en 1946.

Bien plus tard, avec des gouvernements éphémères, la défaite laisse le champ libre au général Hafez el-Assad, qui prend le pouvoir en novembre 1970 et chasse les extrémistes. En juillet 2000, après le décès de son père, Bachar el-Assad accède à la présidence comme prévu. Les observateurs remarquent alors qu’un vent de liberté politique commence à souffler sur le pays. Espoir vain. La vieille garde, représentée notamment par le vice- président Abdel Halim Khaddam [ qui appelle maintenant au renversement du régime] exercent des pressions considérables sur le jeune président pour mettre fin à cette liberté. Le printemps de Damas, dit-on, n’a duré que 8 mois.». Le Monde arabe n’a jamais été en paix.

L’Occident revenchard a attendu son heure pour faire revivre les croisades. Au cours de l’automne 1917, le général Sir Edmund Allenby a envahi la Palestine et, le 11 décembre, lui et ses officiers sont entrés dans la ville sainte de Jérusalem par la porte de Jaffa. Le Premier ministre, Lloyd George, considérait cela comme un cadeau de Noël et écrivit que la chrétienté avait repris «possession de ces lieux saints». Le général français, Henry Gouraud, entra à Damas en juillet 1920. Après avoir frappé sur le tombeau de Saladin, Gouraud s’écria: «Réveille-toi Saladin, nous sommes de retour. Ma présence ici consacre la victoire de la croix sur le croissant.»(2)
 
Le choc des civilisations
 
Mieux encore, après les Accords de Sykes Picot qui ont dépecé l’Empire ottoman en 1916, alors que la guerre n’était pas terminée, les troupes occidentales voulurent imposer leur vision des choses. Au cours de l’été 1920, un ancien jeune officier du Bureau des affaires arabes au Caire, devenu une célébrité, le colonel T.E.Lawrence, faisait le commentaire sarcastique suivant: «Les Turcs avaient été de meilleurs dirigeants.» Il affirma que les Turcs avaient utilisé 14.000 conscrits locaux en Irak et avaient tué en moyenne annuelle 200 Arabes pour maintenir la paix. Par contre, les Britanniques avaient déployé 90.000 hommes, avec des avions, des chars blindés, des navires de guerre et des trains blindés, et avaient tué près de 10.000 Arabes au cours du seul soulèvement de l’été 1920. Le 7 août 1920, The Times [le quotidien impérial britannique] demandait de savoir «combien de temps encore des vies précieuses devront être sacrifiées pour l’objectif vain d’imposer sur la population arabe une administration élaborée et coûteuse qu’elle n’a jamais réclamée et dont elle ne veut pas!» Près d’un siècle plus tard, quand G.W.Bush enjoint à la Syrie de se démocratiser en prenant exemple sur l’Irak et sur l’Afghanistan, écrit Abdelaziz Kacem, de qui se moque-t-il?

 Des Arabes, certes, mais également de la démocratie, elle-même. Et cela est doublement inacceptable. Il a livré l’Irak au chaos et chevillé l’Afghanistan à ses deux opiums, le pavot et la religion. Je ne suis pas communiste, mais je dois reconnaître que le régime afghan prosoviétique a tenté d’insérer le pays dans l’histoire, ne serait-ce qu’en ouvrant les écoles aux filles. Le premier exploit de Ben Laden, c’est d’avoir fait exploser une classe d’école à Kaboul. Elle avait été visée parce qu’elle était mixte. Tous les enfants, garçons et filles, sont morts. Le maître, blessé, a été traîné dans la rue et achevé par éviscération.(3) Le professeur André Miquel résume en quelques lignes, douze siècles de confrontation euro-arabe:

«Ce problème des relations entre le Monde arabe et l’Europe, entre les deux rivages de la Méditerranée, s’est posé essentiellement à quatre moments de l’histoire. D’abord, ce que j’appellerais la grande période arabo-musulmane, celle de la transmission des sciences grecques à l’Occident; ensuite, l’époque des croisades; puis l’époque des impérialismes, à partir du XIXe siècle; et enfin la situation actuelle, qui s’articule autour de deux thèmes centraux: le pétrole et l’immigration.(4) Nous y voilà! le pétrole et toujours le faciès de l’émigré surtout s’il est arabe et musulman.

Décidément et sans verser dans le choc des civilisations que Samuel Huntington avait appelé de ses voeux, il faut convenir que les croisades au besoin matinées de mondialisation de capitalisme sauvage et naturellement de pétrole, se sont installées dans la durée. Antoine Sfeir, le directeur des Cahiers de l’Orient, craint un effet domino: «Après un tel éclatement, on irait vers celui du Liban, puis celui du Yémen. Puis en Egypte...«La contestation ne touche pas toute la Syrie, pour le moment, mais est localisée à la frontière syro-jordanienne à Deraa, une ville frontalière sur la route entre Damas et Amman. Et c’est une ville de minorités - Arméniens, Kurdes, Turkmènes...- ce qui a très probablement mis la mèche.(5) Leurs propres revendications se sont ajoutées aux revendications transversales des mouvements de contestation précédents en Tunisie, en Egypte ou en Libye.
La question est maintenant de savoir si la contestation va toucher les grandes villes, jusqu’à Damas. Car si tel est le cas, on peut craindre un démantèlement de la Syrie. Il ne faut pas oublier que tous les pays du Moyen-Orient ont été constitués sur la base du partage des territoires entre Français et Britanniques définis lors des accords Sikes-Picot en 1916 et non sur des notions de peuple. Et des troubles en Syrie pourraient amener un éclatement du pays où aujourd’hui différents peuples coexistent. Après un tel éclatement, on irait vers celui du Liban, puis celui du Yémen. Puis en Egypte, l’entité copte serait confirmée dans la Haute-Egypte...N’oubliez pas non plus que trois Etats coexistent en Irak et que le Sud-Soudan vient de faire sécession.(5) 
Pourquoi le deux poids,
Deux mesures?
 
Mohamed Belaali s’interroge sur la différence de traitement faite par l’Occident à même volonté de démocratie et de liberté. Il écrit: «L’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis ont envahi le petit royaume de Bahreïn dans l’indifférence quasi générale. Pourtant, l’évolution de la situation et les conséquences qui peuvent en découler, sont d’une importance capitale non seulement pour la région, mais aussi pour le monde entier. Il y a trop de pétrole dans cette partie du monde et la moindre étincelle peut embraser tout le Moyen-Orient. La révolte des peuples de la région qui veulent se débarrasser des tyrans d’un autre âge peut constituer cette étincelle. A Bahreïn par exemple, la population mène depuis plus d’un mois, un magnifique combat pacifique contre le despotisme de la dynastie des Al-Khalifa au pouvoir depuis trois siècles.(6) Le même vent de révolte souffle également sur le sultanat d’Oman dirigé depuis 1970 par le sultan Qaboos qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs. (..) Des régimes démocratiques, au Yémen, à Bahreïn et à Oman peuvent donner des idées et servir d’exemple aux autres peuples de la région qui subissent la même oppression, les mêmes injustices et les mêmes régimes tyranniques.

En Arabie Saoudite, le peuple aspire lui aussi, comme les autres peuples arabes, à une société nouvelle débarrassée du joug de la dynastie des Al Saoud qui domine le pays depuis des siècles. Et il ne faut surtout pas que le peuple saoudien emprunte le même chemin que les peuples voisins et renverse le régime anachronique des Al Saoud serviteur local des États-Unis comme l’ont fait les peuples tunisien et égyptien. Faut-il rappeler que le sol saoudien renferme les plus importants gisements de pétrole au monde, et que l’Arabie Saoudite est le premier exportateur mondial et le deuxième producteur de l’or noir? Elle est à ce titre un élément-clé de la sécurité énergétique des USA.
Les Américains sont les protecteurs armés de la dynastie saoudienne et leur soutien à la famille royale est inconditionnel. C’est dans ce cadre général qu’il faut situer l’intervention saoudienne et émiratie à Bahreïn le 14 mars 2011, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe et le silence complice de Washington. Les Américains, comme les Européens qui demandent le départ d’El Gueddafi et interviennent militairement en Libye, se taisent lamentablement sur cette intervention militaire saoudienne et ne formulent pas les mêmes exigences à l’égard du roi du Bahreïn. La place de la Perle, au coeur de Manama, la capitale de Bahreïn et haut lieu de la révolte populaire, a été évacuée dans le sang le 16 mars 2011. Une répression sauvage s’est abattue sur des hommes et des femmes qui manifestaient pacifiquement contre une dictature. Et la répression se poursuit toujours.

Alors que l’impérialisme américain et européen interviennent militairement en Libye «pour assurer la protection des civils», la population de Bahreïn, elle, non seulement n’a pas le droit à cette protection, mais on la réprime violemment avec l’aide des armées étrangères sous l’oeil bienveillant des États-Unis. Il faut préciser que c’est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d’attache des bâtiments de guerre américains. Le boucher du Yémen, au pouvoir depuis 32 ans, continue à massacrer sa propre population avec, là encore, le silence complice des États-Unis et de l’Europe. (...) C’est que Abdallah Saleh est considéré comme un allié par les Américains dans «la lutte contre Al Qaîda».(6)

On peut penser que plus rien ne peut arrêter la dynamique d’effritement des anciens pouvoirs arabes au profit de l’inconnu. Chacun s’interroge sur ce qui en restera quand l’inexorable tsunami de la contestation balaiera les pouvoirs en place. On peut parier que les royautés ne seront pas balayés ou au pire l’Occident trouvera la parade pour en faire transitoirement des monarchies parlementaires, ce qui n’amènera pas le bonheur aux Arabes mais permettra d’assurer encore pour quelques décennies le confort énergétique de l’Occident et assoiera définitivement Israël. L’hégémonie des nouveaux seigneurs sera alors définitivement scellée dans ce XXIe siècle largement structuré par la technologie. Un exemple, tous les Arabes terrorisent leurs peuples avec les armes occidentales, j’ai dit que les Arabes en sont encore au glaive et à l’arbalète. En Libye, un exemple tragique: la France a armé El Gueddafi, elle détruit maintenant son potentiel et déroute même ses radars dont elle a gardé les codes, elle arme maintenant les rebelles. C’est donc tout bénéfice.

La partition du Monde arabe est en marche. Il est à craindre que l’échec du GMO à la sauce Bush est comme le phoenix, il renaît de ses cendres sous Obama. En trois mois et avec «seulement moins d’un millier de morts» au lieu du million de morts qu’il a fallu pour normaliser pourrait-on dire d’une façon macabre, le redécoupage du Monde arabe, est devenu une réalité. La Syrie ne sera plus comme avant, les suivants d’El Assad accepteront une partition des Kurdes qui rêvent avec leurs frères Irakiens et Turcs d’avoir leur Etat. La Turquie est de ce fait, visée. Les prévisions d’Antoine Sfeir quant à une «Coptie» née de la partition de l’Egypte ne sont pas une vue de l’esprit. Et l’Algérie, rien n’indique que des plans ne sont pas à l’étude et là il n’y a, à Dieu ne plaise, que l’embarras du choix. Saurons-nous consacrer ce désir d’être ensemble et en faire, comme l’écrit à propos de la Nation, un plébiscite au quotidien? La question est posée à chacun de nous qui ne pourra pas dire, je ne savais pas.

Pr Chems Eddine CHITOUR

lundi 15 août 2011

Il y a 66 ans, l’éradication d’Hiroshima et de Nagasaki était-elle morale ?

Netanyahu durcit les conditions de vie des prisonniers politiques palestiniens

Emeutes : La Voix des Sans-Pouvoir

15 Aout 2011

«Loi de la populace», «destructions gratuites», «brutalités stupides», «pure criminalité». Les médias, les politiciens et la police disent toujours la même chose au sujet des émeutes urbaines. En l’absence d’organisation politique, les émeutes peuvent en effet échapper à tout contrôle et absorber des gens ordinaires. Mais ce qui ne change pas est le fait que les émeutes prennent racine dans le terreau de l’oppression sociale. Les criminels peuvent tirer avantage des émeutes, ils n’en sont pas la cause. Les criminels travaillent en secret, non comme des armées de combattants des rues.
Les émeutes ont été une caractéristique de la société capitaliste depuis son émergence. En fait, elles remontent à beaucoup plus loin, dans des formes antérieures de la société de classes. Les émeutes urbaines modernes représentent la poursuite d’une ancienne tradition, «précapitaliste», de contestations populaires (voir à ce sujet l’article de John Rees et Lindsey German: Une brève histoire des émeutes londoniennes).
Des émeutes de masse ont éclaté lors de manifestations contre le chômage au centre de Londres dans les années 1880 et 1930; une vague d’émeutes a balayé les quartiers déshérités de Grande-Bretagne en 1981; la révolte contre la poll tax [1] a vu des émeutes devant les mairies ainsi qu’une émeute de masse dans le West End of London en 1989.
Les événements à Tottenham, Hackney, Croydon, Birmingham, Manchester et dans une douzaine d’autres zones urbaines durant les derniers jours ne sont pas une sinistre éruption d’un sous-prolétariat de criminels équipés de BlackBerry bougeant d’un point chaud à l’autre. Ils sont des explosions de colère contre les vies gâchées par la pauvreté.
La longue histoire des émeutes prouve que leur organisation ne dépend pas des réseaux sociaux électroniques. En outre, la grande majorité des émeutiers dans les rues de chaque quartier sont des jeunes du coin.
«Nique la police»
De plus, il est clair que la police est la première cible. «La morale de l’histoire c’est ‘Nique la police’», disait l’un des jeunes de Tottenham interrogé par un journaliste au sujet des émeutes.
Des centaines de jeunes de la cité Pembury d’Hackney étaient impatients de se battre avec la police. Un homme a été vu sprayant en rouge «Fuck Da Police» sur un mur. Un autre criait: «Viens nous chercher, mec», alors qu’il lançait une bouteille. «On ne va nulle part, déclarait un troisième, c’est notre cité.» Un quatrième expliquait: «J’ai eu envie de nous voir faire cela à la police depuis des années.»
La haine de la police grondant dans les cités populaires délabrées, surtout parmi les jeunes Noirs, est restée largement invisible pour les politiciens et les médias traditionnels. Toutefois, c’est une chose assez aisée à comprendre pour quiconque est intéressé à le découvrir.
Le chômage des jeunes en Grande-Bretagne se situe actuellement à hauteur de 20%. A Londres, il est proche de 25%. Parmi les jeunes Afro-Caribéens, la proportion est beaucoup plus élevée: à peine la moitié dispose d’un emploi.
Les crises capitalistes fonctionnent toujours ainsi. Ceux qui ont un travail s’y agrippent s’ils le peuvent. Les jeunes travailleurs arrivant sur le marché du travail pour la première fois font face à de plus sombres perspectives pour en trouver un. Et parmi eux, à cause des désavantages et de la discrimination d’origine raciale, les jeunes Noirs font face aux obstacles les plus sévères.
Les coupes du gouvernement conservateur-libéral-démocrate
A cause de cela, même ceux qui disposent d’un gagne-pain sont très vraisemblablement cantonnés dans des emplois à bas salaires et sans avenir: c’est tout ce qu’ils peuvent obtenir. Au même moment, les opportunités éducatives sont fermées par l’abolition, en janvier 2011, de l’EMA (Education Maintenance Grant: système de bourses pour les études) et par l’envol des frais d’inscription universitaires à 9000 livres sterling par année [11'250 CHF]. Avec des loyers et des prix des maisons qui atteignent des niveaux record, tout espoir de quitter des maisons familiales surpeuplées et s’installer de manière indépendante apparaît comme une lointaine perspective pour de nombreux jeunes.
Dans le même temps, les municipalités mettent en œuvre de massives coupes budgétaires. Haringey (dont Tottenham fait partie) vient juste d’accepter une réduction de 84 millions de livres sterling sur un budget de 273 millions. Cette réduction inclut des coupes de 75% dans son Service à la jeunesse, ainsi que la fermeture de 8 centres de jeunes sur 13.
Tout cela va encore s’aggraver. Le programme de coupes budgétaires et de privatisations du gouvernement de coalition conservateurs-libéraux démocrates n’a fait que commencer. Et, avec un système financier mondialisé proche d’un second crash et d’une récession à double creux (en W), beaucoup d’économistes parlent de deux décennies d’austérité avant que la gueule de bois provoquée par la dette ne passe.
Avec de bonnes raisons, «Fuck Cameron» a été sprayé sur au moins un mur de la zone d’émeutes. Les émeutes ne sont pas «apolitiques». Elles peuvent être spontanées, chaotiques, et sans direction; elles peuvent se centrer sur un combat avec la police, brisant des vitres, et pillant des magasins; mais cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas alimentées par un profond sentiment d’injustice.
L’atmosphère anticapitaliste de la dernière décennie a pénétré les pores de la classe ouvrière britannique. Le fait que les banquiers s’attribuent des augmentations de salaire de 20% et des millions de livres sterling de bonus sur l’argent des contribuables [c’est-à-dire en prenant en compte le renflouement public de plusieurs banques] a rendu les émeutes plus probables. Des politiciens tripotant leurs dépenses [allusion aux déclarations truquées des dépenses des parlementaires et qui leur étaient remboursées] et des policiers recevant des pots-de-vin de journalistes de tabloïds [référence aux méthodes propres, entre autres, à la presse du groupe de Rupert Murdoch] ont rendu les émeutes plus probables. Une société gangrenée par une grotesque et croissante inégalité a rendu les émeutes plus probables.
Dans les profondeurs de la société, la plupart du temps cachées des regards, dans des millions de maisons au sein de mornes cités, s’accumulent les frustrations, l’aliénation et un amer ressentiment. Une expression crue et avancée de ce mécontentement se trouve dans les rapports entre la jeunesse et la police.
Leur système, leur crise, leur police
Le rôle de la police dans une société capitaliste est de protéger la propriété et de maintenir l’ordre pour que l’exploitation et l’accumulation du capital puissent se faire sans encombre. La police intervient en masse pour contenir la résistance collective de la classe ouvrière, et habituellement pour supprimer les petits crimes et troubles quotidiens dans les quartiers populaires.
Il est inhérent au rôle de la police qu’elle se concentre contre les parties les plus opprimées de la classe ouvrière, pour la simple raison que les plus pauvres sont ceux qui sont les plus susceptibles d’être conduits à commettre des désordres et des délits mineurs.
Voici la racine de l’actuelle panique à propos de la «culture de gang» et des «crimes au couteau» [la perception «publique» que ce type de violence est en croissance n’est pas confirmée par la statistique de la police – voir le quotidien The Guardian du 4 août 2011].  Il n’y a pas de tentatives sérieuses d’analyser les conditions sociales qui favorisent ces problèmes, et certainement aucune volonté politique de fournir des solutions réelles. Au lieu de cela, les peurs d’un «sous-prolétariat» dangereux sont mobilisées pour appuyer la répression policière des jeunes Noirs vivant dans les cités délabrées.
Le harcèlement policier des jeunes de la classe ouvrière, particulièrement s’ils sont Noirs, est une routine. Le militant noir de longue date Darcus Howe [originaire de Trinidad] indique que son petit-fils de 15 ans ne peut pas compter le nombre de fois où il a été interpellé et fouillé. A Haringey, deux tiers des personnes interpellées ont moins de 25 ans, il y a trois fois plus de probabilités que cela vous arrive si vous êtes Noir.
Un jeune travailleur d’Hackney, parcourant mardi [9 août] les lieux ayant subi des dégradations, parlait des harcèlements permanents et des  «officiers de police sautant de leurs camionnettes, appelant des jeunes de 18 ans salopes et nègres».
«C’est sacrément difficile pour ces gosses», a-t-il continué. « Il n’y a rien à faire. Les taxes universitaires ont augmenté. L’éducation coûte cher. Et il n’y a pas d’emplois. Cela revient de leur part à l’envoi d’un message.»
Les émeutes sont l’explosion d’un mécontentement socio-économique. Mais elles nécessitent un déclencheur. Encore et toujours, le déclencheur est fourni par la police. Souvent, il s’agit d’un assassinat policier ou de quelque chose de semblable. C’est la mort de Cynthia Jarrett qui déclencha l’émeute du quartier de Broadwater Farm à Tottenham en 1985 [2], et c’est lorsque Mark Duggan fut abattu que se déclencha l’émeute de Tottenham le week-end dernier [le 4 août lors d’une interception policière]. Derrière le déclencheur immédiat, il y a des années d’expériences de la corruption, du racisme et de la violence policière.
Une libération chaotique des tensions sociales
Dès que les émeutes commencent, il y a une énorme libération de la tension accumulée. Les émeutes semblent amusantes: c’est exaltant et cathartique. Les vies monotones sont subitement pleines d’excitation et de spectacles. Habituellement, il y a de l’impuissance face aux intimidations, arnaques et frustrations de la vie quotidienne. Mais dans une émeute, celle-ci est remplacée par un sentiment de solidarité, de communauté et de force collective. Le contrôle temporaire des rues peut être vécu comme un moment grisant de libération.
Ce contrôle fournit une occasion rare de se saisir de ce qui est habituellement inaccessible. Les entreprises visées par les émeutiers se lisent comme un appel nominal du capital néolibéral du secteur de la vente: McDonald’s et Starbucks; JD Sports [magasin de vêtements de sport] et LA Fitness; Comet [entreprise vendant des appareils électroniques, de l’ordinateur portable au congélateur] et PC World [détaillant d’ordinateurs]; Currys [entreprise également spécialisée dans l’électronique et l’électroménager], Sony et Carphone Warehouse [détaillant de téléphones portables, connu en dehors de Grande-Bretagne sous le nom de The Phone House]. L’émeute était une chance pour les pauvres d’accéder eux-mêmes aux iPod, ordinateurs portables, TV à écran plat, vêtements et chaussures à la mode qu’ils sont quotidiennement invités à acheter, mais qu’ils ne peuvent acquérir.
D’une autre manière, l’émeute est également une sorte de reconnaissance de «pouvoir». Lorsque la classe dominante perd le contrôle de ses cœurs urbains – lorsqu’il y a des combats, des pillages et des incendies dans les rues – la peur croît et l’on obtient de l’attention.
C’est pourquoi les politiciens rentrent en jet de leurs luxueuses vacances [allusion au retour précipité, dans un avion de l’armée, du premier ministre Cameron depuis sa villa, en Toscane] pour diriger des sommets sur l’ordre public et animer des conférences de presse. Cela explique aussi pourquoi Scotland Yard a présenté des excuses tardives à la famille Duggan. Attendez-vous plus à de tels gestes et à d’éventuelles critiques de la police et, peut-être, à une révision marginale de la gestion de la misère sociale et des programmes de coupes budgétaires.
D’autre part – dépendant en grande partie de comment tournera le débat public – l’Etat est capable d’utiliser les émeutes pour justifier l’usage des canons à eau, des balles en caoutchouc, des condamnations sévères et une surveillance accrue des cités populaires. [C’est ce qui se produit avec les décisions de Cameron – dont la politique est, sur l’essentiel, appuyée par le New Labour de Ed Miliband. Cameron a fait appel à l’expertise d’un policier des Etats-Unis, William Bratton, grand spécialiste de la «tolérance zéro» à New York, Los Angeles et Boston. Il est actuellement à la tête d’une société privée dite de sécurité, Kroll.]
Les émeutes peuvent être à double tranchant, et les réactions à celles-ci peuvent aller dans différentes directions.
Elle monte comme une fusée et chute comme un bâton
Comme forme de résistance populaire, l’émeute a de strictes limites et de grands dangers. Parce qu’elle n’est pas basée sur l’organisation politique, elle est toujours éphémère. Une émeute monte comme une fusée et tombe comme un bâton. Elle émet un avertissement et gagne un peu d’espace, mais chaque gain n’est que momentané s’il n’y a rien de plus.
Pire, parce que l’émeute n’est puissante qu’autant qu’elle dure et parce que les émeutiers se dispersent vers leurs maisons lorsqu’elle est terminée, elle laisse la police libre de se venger. L’Etat est trop puissant pour être défait par des combattants de rues locaux. Il est difficile de reprendre le contrôle des rues après une émeute. Lorsque cela se fait, de nouvelles arrestations de masse et une longue succession de procès spectacles peuvent en être le résultat.
Depuis la révolte étudiante de la fin de l’année dernière [contre la hausse des frais d’inscription], la militarisation de la police et la criminalisation des protestations ont gagné du terrain. Un actuel et réel danger, en train de se concrétiser, est que les émeutiers seront pourchassés, arrêtés et, dans de nombreux cas, coffrés pour de longues périodes. Le carillon de la rhétorique de la «loi et de l’ordre» par lequel nos gouvernants cherchent à expliquer les émeutes va sonner, niant tout contenu social et toute signification politique à celles-ci.
Les émeutes elles-mêmes se prêtent à une telle interprétation. Parce qu’elles sont spontanées, imprévues et sans direction, elles peuvent rapidement perdre toute «orientation» et devenir indiscriminées. Cela est clairement arrivé. Beaucoup de petites boutiques ont été saccagées. Elles étaient souvent possédées par des propriétaires issus de minorités ethniques. Souvent, elles étaient possédées par des personnes qui affichaient des posters contre la guerre et mettaient à disposition des tracts contre les coupes budgétaires.
Les gangs criminels peuvent utiliser les émeutes pour des pillages à leur profit. Cela, aussi, est sans aucun doute arrivé. Encore une fois, les petits vendeurs souffrent autant que grande distribution.
Les incendies peuvent brûler autant les petites entreprises que les maisons de la classe ouvrière. Et, dans le chaos d’une émeute, des passants innocents peuvent être battus et même, ainsi que nous venons de l’apprendre, tués.
Parce que les émeutes peuvent entraîner des attaques indiscriminées contre des cibles communautaires locales, elles peuvent rapidement dégénérer en conflits sectaires et par l’apparition de groupes de surveillance des quartiers. Dans la nuit de lundi [8 août], la police a transformé une partie d’Hackney en une «zone libre» et a permis que le saccage de petits magasins puisse avoir lieu. Un groupe d’une centaine de Turcs et Kurdes ont rapporté s’être armés eux-mêmes en autodéfense contre les émeutiers.
Les émeutes créent la possibilité de divisions au sein des communautés de la classe ouvrière, d’une audience élargie pour la rhétorique de la «loi et de l’ordre» soutenant des mesures de répression policières dures.
Les émeutes et la gauche
Ces dangers imposent de sérieuses responsabilités à la gauche. Nous avons trois choses à faire.
• Premièrement, nous devons expliquer la nature de classe des émeutes – le fait qu’elles trouvent racine dans le chômage, la pauvreté, l’oppression et qu’elles sont déclenchées par la corruption, le racisme et la violence de la police.
Une dispute fait rage à travers la Grande-Bretagne, particulièrement dans les zones d’émeutes, et peut-être surtout parmi les populations locales impliquées dans les «nettoyages». La discussion oscille souvent de façon subtile entre ceux dénonçant les émeutiers comme des hooligans et ceux parlant de la pauvreté et des harcèlements policiers. Assez souvent, une même personne déplore la dévastation, mais dans la phrase suivante dit, comme cette jeune femme à Hackney: «Mais c’est peut-être aussi un cri demandant de l’aide. Les gens font cela pour être remarqués, parce qu’il y a un problème.» Nous devons donc insister sur les causes réelles.
• Deuxièmement, nous devons lier les problèmes de la pauvreté et du maintien de l’ordre avec l’ample crise du système dans lequel ils prennent place. L’expérience du chômage par les jeunes Noirs et de la police raciste, paramilitarisée de façon croissante, ne peut être séparée de la crise financière, de la profonde récession mondiale ainsi que de la corruption politique de l’élite néolibérale.
• Troisièmement, afin de prévenir le «diviser pour mieux régner», pour s’assurer que les communautés de la classe ouvrière ne se tournent pas l’une contre l’autre, nous devons transformer la colère et l’aliénation en une résistance de masse unie. Cela demande de l’organisation. Les émeutes sont la voie des sans-pouvoir. Mais, par rapport à la puissance de l’Etat et du grand capital, elles sont un tromblon contre un char d’assaut.
En outre, en raison de leur caractère imprévisible, elles peuvent se retourner contre les personnes ordinaires, les communautés locales et contre les émeutiers eux-mêmes. La contestation populaire tend à prendre la forme d’une émeute lorsqu’elle n’en a pas d’autre. Comme aujourd’hui. Les syndicats sont très affaiblis, le taux de grèves est très bas, les directions syndicales officielles sont enchaînées par des lois antisyndicales qu’elles ne sont pas près de briser. Le Parti travailliste a été évidé par le néolibéralisme et il est devenu un représentant sans vergogne des riches et du grand capital. Cela crée un vide politique de notre côté. Les émeutes – pour ce qui s’avérera un bref instant – l’ont rempli.
Nous avons besoin d’un mouvement de masse pour unir l’ensemble des résistances au régime conservateur–libéral-démocrate et à ses programmes de coupes budgétaires et de privatisations. Nous avons besoin d’un cadre qui unisse toutes les luttes et donne une direction ainsi qu’un but à chaque acte de révolte venant d’en bas. Les émeutes ouvrent quelquefois la voie à quelque chose de plus grand et de meilleur. Beaucoup de ceux qui participèrent aux grèves dans le centre de Londres en 1886 et 1887 ont été impliqués dans la vague de «nouveau syndicalisme» qui a balayé l’East End en 1889. Les émeutes de 1981 ont été suivies par quelqus-unes des plus grandes batailles de l’histoire de la classe ouvrière britannique au XXe siècle, et si elles furent défaites, la décennie s’est achevée par une victoire spectaculaire lors de révolte contre la Poll Tax – celle qui a renversé un impôt local régressif et conduit directement à la chute du premier ministre conservateur, Margaret Thatcher. Les émeutes représentent la voix des opprimés, mais nous devons prendre garde à leurs limites ainsi qu’à leurs dangers. Nous devons chercher à exploiter la colère et l’aliénation qu’elles représentent dans un large mouvement de classe contre la crise et l’austérité. La Coalition of Resistance [3] semble actuellement offrir l’instrument le plus prometteur pour y parvenir. (Traduction A l’Encontre)
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[1] La poll tax est un impôt forfaitaire par tête taxant les foyers et non les individus, et ce indépendamment des revenus et du capital éventuellement possédé. Cette disposition était donc très inégalitaire. C’est le gouvernement de Margaret Thatcher qui tenta de le mettre en application en 1990. Il fut abandonné à la suite d’émeutes.
[2] Le 5 octobre 1985, alors que la police tentait d’arrêter un jeune Afro-Caribéen à son domicile, sa mère, âgée de 49 ans, fut tuée alors qu’elle tentait de s’y opposer. Le lendemain, une émeute éclata durant laquelle un policier fut tué.
[3] Large coalition sociale, syndicale et politique qui s’est constituée en fin 2010 et a complété sa plate-forme contre le programme d’austérité de Cameron en 2011 – voir son site : http://www.coalitionofresistance.org.uk/. Le 1er octobre 2011, elle organise la mobilisation, dans le cadre européen, contre les politiques d’austérité.
* Cet article a été publié le 11 août 2011 sur le site britannique Counterfire.