lundi 15 août 2011

Il y a 66 ans, l’éradication d’Hiroshima et de Nagasaki était-elle morale ?

Netanyahu durcit les conditions de vie des prisonniers politiques palestiniens

Emeutes : La Voix des Sans-Pouvoir

15 Aout 2011

«Loi de la populace», «destructions gratuites», «brutalités stupides», «pure criminalité». Les médias, les politiciens et la police disent toujours la même chose au sujet des émeutes urbaines. En l’absence d’organisation politique, les émeutes peuvent en effet échapper à tout contrôle et absorber des gens ordinaires. Mais ce qui ne change pas est le fait que les émeutes prennent racine dans le terreau de l’oppression sociale. Les criminels peuvent tirer avantage des émeutes, ils n’en sont pas la cause. Les criminels travaillent en secret, non comme des armées de combattants des rues.
Les émeutes ont été une caractéristique de la société capitaliste depuis son émergence. En fait, elles remontent à beaucoup plus loin, dans des formes antérieures de la société de classes. Les émeutes urbaines modernes représentent la poursuite d’une ancienne tradition, «précapitaliste», de contestations populaires (voir à ce sujet l’article de John Rees et Lindsey German: Une brève histoire des émeutes londoniennes).
Des émeutes de masse ont éclaté lors de manifestations contre le chômage au centre de Londres dans les années 1880 et 1930; une vague d’émeutes a balayé les quartiers déshérités de Grande-Bretagne en 1981; la révolte contre la poll tax [1] a vu des émeutes devant les mairies ainsi qu’une émeute de masse dans le West End of London en 1989.
Les événements à Tottenham, Hackney, Croydon, Birmingham, Manchester et dans une douzaine d’autres zones urbaines durant les derniers jours ne sont pas une sinistre éruption d’un sous-prolétariat de criminels équipés de BlackBerry bougeant d’un point chaud à l’autre. Ils sont des explosions de colère contre les vies gâchées par la pauvreté.
La longue histoire des émeutes prouve que leur organisation ne dépend pas des réseaux sociaux électroniques. En outre, la grande majorité des émeutiers dans les rues de chaque quartier sont des jeunes du coin.
«Nique la police»
De plus, il est clair que la police est la première cible. «La morale de l’histoire c’est ‘Nique la police’», disait l’un des jeunes de Tottenham interrogé par un journaliste au sujet des émeutes.
Des centaines de jeunes de la cité Pembury d’Hackney étaient impatients de se battre avec la police. Un homme a été vu sprayant en rouge «Fuck Da Police» sur un mur. Un autre criait: «Viens nous chercher, mec», alors qu’il lançait une bouteille. «On ne va nulle part, déclarait un troisième, c’est notre cité.» Un quatrième expliquait: «J’ai eu envie de nous voir faire cela à la police depuis des années.»
La haine de la police grondant dans les cités populaires délabrées, surtout parmi les jeunes Noirs, est restée largement invisible pour les politiciens et les médias traditionnels. Toutefois, c’est une chose assez aisée à comprendre pour quiconque est intéressé à le découvrir.
Le chômage des jeunes en Grande-Bretagne se situe actuellement à hauteur de 20%. A Londres, il est proche de 25%. Parmi les jeunes Afro-Caribéens, la proportion est beaucoup plus élevée: à peine la moitié dispose d’un emploi.
Les crises capitalistes fonctionnent toujours ainsi. Ceux qui ont un travail s’y agrippent s’ils le peuvent. Les jeunes travailleurs arrivant sur le marché du travail pour la première fois font face à de plus sombres perspectives pour en trouver un. Et parmi eux, à cause des désavantages et de la discrimination d’origine raciale, les jeunes Noirs font face aux obstacles les plus sévères.
Les coupes du gouvernement conservateur-libéral-démocrate
A cause de cela, même ceux qui disposent d’un gagne-pain sont très vraisemblablement cantonnés dans des emplois à bas salaires et sans avenir: c’est tout ce qu’ils peuvent obtenir. Au même moment, les opportunités éducatives sont fermées par l’abolition, en janvier 2011, de l’EMA (Education Maintenance Grant: système de bourses pour les études) et par l’envol des frais d’inscription universitaires à 9000 livres sterling par année [11'250 CHF]. Avec des loyers et des prix des maisons qui atteignent des niveaux record, tout espoir de quitter des maisons familiales surpeuplées et s’installer de manière indépendante apparaît comme une lointaine perspective pour de nombreux jeunes.
Dans le même temps, les municipalités mettent en œuvre de massives coupes budgétaires. Haringey (dont Tottenham fait partie) vient juste d’accepter une réduction de 84 millions de livres sterling sur un budget de 273 millions. Cette réduction inclut des coupes de 75% dans son Service à la jeunesse, ainsi que la fermeture de 8 centres de jeunes sur 13.
Tout cela va encore s’aggraver. Le programme de coupes budgétaires et de privatisations du gouvernement de coalition conservateurs-libéraux démocrates n’a fait que commencer. Et, avec un système financier mondialisé proche d’un second crash et d’une récession à double creux (en W), beaucoup d’économistes parlent de deux décennies d’austérité avant que la gueule de bois provoquée par la dette ne passe.
Avec de bonnes raisons, «Fuck Cameron» a été sprayé sur au moins un mur de la zone d’émeutes. Les émeutes ne sont pas «apolitiques». Elles peuvent être spontanées, chaotiques, et sans direction; elles peuvent se centrer sur un combat avec la police, brisant des vitres, et pillant des magasins; mais cela ne signifie pas qu’elles ne sont pas alimentées par un profond sentiment d’injustice.
L’atmosphère anticapitaliste de la dernière décennie a pénétré les pores de la classe ouvrière britannique. Le fait que les banquiers s’attribuent des augmentations de salaire de 20% et des millions de livres sterling de bonus sur l’argent des contribuables [c’est-à-dire en prenant en compte le renflouement public de plusieurs banques] a rendu les émeutes plus probables. Des politiciens tripotant leurs dépenses [allusion aux déclarations truquées des dépenses des parlementaires et qui leur étaient remboursées] et des policiers recevant des pots-de-vin de journalistes de tabloïds [référence aux méthodes propres, entre autres, à la presse du groupe de Rupert Murdoch] ont rendu les émeutes plus probables. Une société gangrenée par une grotesque et croissante inégalité a rendu les émeutes plus probables.
Dans les profondeurs de la société, la plupart du temps cachées des regards, dans des millions de maisons au sein de mornes cités, s’accumulent les frustrations, l’aliénation et un amer ressentiment. Une expression crue et avancée de ce mécontentement se trouve dans les rapports entre la jeunesse et la police.
Leur système, leur crise, leur police
Le rôle de la police dans une société capitaliste est de protéger la propriété et de maintenir l’ordre pour que l’exploitation et l’accumulation du capital puissent se faire sans encombre. La police intervient en masse pour contenir la résistance collective de la classe ouvrière, et habituellement pour supprimer les petits crimes et troubles quotidiens dans les quartiers populaires.
Il est inhérent au rôle de la police qu’elle se concentre contre les parties les plus opprimées de la classe ouvrière, pour la simple raison que les plus pauvres sont ceux qui sont les plus susceptibles d’être conduits à commettre des désordres et des délits mineurs.
Voici la racine de l’actuelle panique à propos de la «culture de gang» et des «crimes au couteau» [la perception «publique» que ce type de violence est en croissance n’est pas confirmée par la statistique de la police – voir le quotidien The Guardian du 4 août 2011].  Il n’y a pas de tentatives sérieuses d’analyser les conditions sociales qui favorisent ces problèmes, et certainement aucune volonté politique de fournir des solutions réelles. Au lieu de cela, les peurs d’un «sous-prolétariat» dangereux sont mobilisées pour appuyer la répression policière des jeunes Noirs vivant dans les cités délabrées.
Le harcèlement policier des jeunes de la classe ouvrière, particulièrement s’ils sont Noirs, est une routine. Le militant noir de longue date Darcus Howe [originaire de Trinidad] indique que son petit-fils de 15 ans ne peut pas compter le nombre de fois où il a été interpellé et fouillé. A Haringey, deux tiers des personnes interpellées ont moins de 25 ans, il y a trois fois plus de probabilités que cela vous arrive si vous êtes Noir.
Un jeune travailleur d’Hackney, parcourant mardi [9 août] les lieux ayant subi des dégradations, parlait des harcèlements permanents et des  «officiers de police sautant de leurs camionnettes, appelant des jeunes de 18 ans salopes et nègres».
«C’est sacrément difficile pour ces gosses», a-t-il continué. « Il n’y a rien à faire. Les taxes universitaires ont augmenté. L’éducation coûte cher. Et il n’y a pas d’emplois. Cela revient de leur part à l’envoi d’un message.»
Les émeutes sont l’explosion d’un mécontentement socio-économique. Mais elles nécessitent un déclencheur. Encore et toujours, le déclencheur est fourni par la police. Souvent, il s’agit d’un assassinat policier ou de quelque chose de semblable. C’est la mort de Cynthia Jarrett qui déclencha l’émeute du quartier de Broadwater Farm à Tottenham en 1985 [2], et c’est lorsque Mark Duggan fut abattu que se déclencha l’émeute de Tottenham le week-end dernier [le 4 août lors d’une interception policière]. Derrière le déclencheur immédiat, il y a des années d’expériences de la corruption, du racisme et de la violence policière.
Une libération chaotique des tensions sociales
Dès que les émeutes commencent, il y a une énorme libération de la tension accumulée. Les émeutes semblent amusantes: c’est exaltant et cathartique. Les vies monotones sont subitement pleines d’excitation et de spectacles. Habituellement, il y a de l’impuissance face aux intimidations, arnaques et frustrations de la vie quotidienne. Mais dans une émeute, celle-ci est remplacée par un sentiment de solidarité, de communauté et de force collective. Le contrôle temporaire des rues peut être vécu comme un moment grisant de libération.
Ce contrôle fournit une occasion rare de se saisir de ce qui est habituellement inaccessible. Les entreprises visées par les émeutiers se lisent comme un appel nominal du capital néolibéral du secteur de la vente: McDonald’s et Starbucks; JD Sports [magasin de vêtements de sport] et LA Fitness; Comet [entreprise vendant des appareils électroniques, de l’ordinateur portable au congélateur] et PC World [détaillant d’ordinateurs]; Currys [entreprise également spécialisée dans l’électronique et l’électroménager], Sony et Carphone Warehouse [détaillant de téléphones portables, connu en dehors de Grande-Bretagne sous le nom de The Phone House]. L’émeute était une chance pour les pauvres d’accéder eux-mêmes aux iPod, ordinateurs portables, TV à écran plat, vêtements et chaussures à la mode qu’ils sont quotidiennement invités à acheter, mais qu’ils ne peuvent acquérir.
D’une autre manière, l’émeute est également une sorte de reconnaissance de «pouvoir». Lorsque la classe dominante perd le contrôle de ses cœurs urbains – lorsqu’il y a des combats, des pillages et des incendies dans les rues – la peur croît et l’on obtient de l’attention.
C’est pourquoi les politiciens rentrent en jet de leurs luxueuses vacances [allusion au retour précipité, dans un avion de l’armée, du premier ministre Cameron depuis sa villa, en Toscane] pour diriger des sommets sur l’ordre public et animer des conférences de presse. Cela explique aussi pourquoi Scotland Yard a présenté des excuses tardives à la famille Duggan. Attendez-vous plus à de tels gestes et à d’éventuelles critiques de la police et, peut-être, à une révision marginale de la gestion de la misère sociale et des programmes de coupes budgétaires.
D’autre part – dépendant en grande partie de comment tournera le débat public – l’Etat est capable d’utiliser les émeutes pour justifier l’usage des canons à eau, des balles en caoutchouc, des condamnations sévères et une surveillance accrue des cités populaires. [C’est ce qui se produit avec les décisions de Cameron – dont la politique est, sur l’essentiel, appuyée par le New Labour de Ed Miliband. Cameron a fait appel à l’expertise d’un policier des Etats-Unis, William Bratton, grand spécialiste de la «tolérance zéro» à New York, Los Angeles et Boston. Il est actuellement à la tête d’une société privée dite de sécurité, Kroll.]
Les émeutes peuvent être à double tranchant, et les réactions à celles-ci peuvent aller dans différentes directions.
Elle monte comme une fusée et chute comme un bâton
Comme forme de résistance populaire, l’émeute a de strictes limites et de grands dangers. Parce qu’elle n’est pas basée sur l’organisation politique, elle est toujours éphémère. Une émeute monte comme une fusée et tombe comme un bâton. Elle émet un avertissement et gagne un peu d’espace, mais chaque gain n’est que momentané s’il n’y a rien de plus.
Pire, parce que l’émeute n’est puissante qu’autant qu’elle dure et parce que les émeutiers se dispersent vers leurs maisons lorsqu’elle est terminée, elle laisse la police libre de se venger. L’Etat est trop puissant pour être défait par des combattants de rues locaux. Il est difficile de reprendre le contrôle des rues après une émeute. Lorsque cela se fait, de nouvelles arrestations de masse et une longue succession de procès spectacles peuvent en être le résultat.
Depuis la révolte étudiante de la fin de l’année dernière [contre la hausse des frais d’inscription], la militarisation de la police et la criminalisation des protestations ont gagné du terrain. Un actuel et réel danger, en train de se concrétiser, est que les émeutiers seront pourchassés, arrêtés et, dans de nombreux cas, coffrés pour de longues périodes. Le carillon de la rhétorique de la «loi et de l’ordre» par lequel nos gouvernants cherchent à expliquer les émeutes va sonner, niant tout contenu social et toute signification politique à celles-ci.
Les émeutes elles-mêmes se prêtent à une telle interprétation. Parce qu’elles sont spontanées, imprévues et sans direction, elles peuvent rapidement perdre toute «orientation» et devenir indiscriminées. Cela est clairement arrivé. Beaucoup de petites boutiques ont été saccagées. Elles étaient souvent possédées par des propriétaires issus de minorités ethniques. Souvent, elles étaient possédées par des personnes qui affichaient des posters contre la guerre et mettaient à disposition des tracts contre les coupes budgétaires.
Les gangs criminels peuvent utiliser les émeutes pour des pillages à leur profit. Cela, aussi, est sans aucun doute arrivé. Encore une fois, les petits vendeurs souffrent autant que grande distribution.
Les incendies peuvent brûler autant les petites entreprises que les maisons de la classe ouvrière. Et, dans le chaos d’une émeute, des passants innocents peuvent être battus et même, ainsi que nous venons de l’apprendre, tués.
Parce que les émeutes peuvent entraîner des attaques indiscriminées contre des cibles communautaires locales, elles peuvent rapidement dégénérer en conflits sectaires et par l’apparition de groupes de surveillance des quartiers. Dans la nuit de lundi [8 août], la police a transformé une partie d’Hackney en une «zone libre» et a permis que le saccage de petits magasins puisse avoir lieu. Un groupe d’une centaine de Turcs et Kurdes ont rapporté s’être armés eux-mêmes en autodéfense contre les émeutiers.
Les émeutes créent la possibilité de divisions au sein des communautés de la classe ouvrière, d’une audience élargie pour la rhétorique de la «loi et de l’ordre» soutenant des mesures de répression policières dures.
Les émeutes et la gauche
Ces dangers imposent de sérieuses responsabilités à la gauche. Nous avons trois choses à faire.
• Premièrement, nous devons expliquer la nature de classe des émeutes – le fait qu’elles trouvent racine dans le chômage, la pauvreté, l’oppression et qu’elles sont déclenchées par la corruption, le racisme et la violence de la police.
Une dispute fait rage à travers la Grande-Bretagne, particulièrement dans les zones d’émeutes, et peut-être surtout parmi les populations locales impliquées dans les «nettoyages». La discussion oscille souvent de façon subtile entre ceux dénonçant les émeutiers comme des hooligans et ceux parlant de la pauvreté et des harcèlements policiers. Assez souvent, une même personne déplore la dévastation, mais dans la phrase suivante dit, comme cette jeune femme à Hackney: «Mais c’est peut-être aussi un cri demandant de l’aide. Les gens font cela pour être remarqués, parce qu’il y a un problème.» Nous devons donc insister sur les causes réelles.
• Deuxièmement, nous devons lier les problèmes de la pauvreté et du maintien de l’ordre avec l’ample crise du système dans lequel ils prennent place. L’expérience du chômage par les jeunes Noirs et de la police raciste, paramilitarisée de façon croissante, ne peut être séparée de la crise financière, de la profonde récession mondiale ainsi que de la corruption politique de l’élite néolibérale.
• Troisièmement, afin de prévenir le «diviser pour mieux régner», pour s’assurer que les communautés de la classe ouvrière ne se tournent pas l’une contre l’autre, nous devons transformer la colère et l’aliénation en une résistance de masse unie. Cela demande de l’organisation. Les émeutes sont la voie des sans-pouvoir. Mais, par rapport à la puissance de l’Etat et du grand capital, elles sont un tromblon contre un char d’assaut.
En outre, en raison de leur caractère imprévisible, elles peuvent se retourner contre les personnes ordinaires, les communautés locales et contre les émeutiers eux-mêmes. La contestation populaire tend à prendre la forme d’une émeute lorsqu’elle n’en a pas d’autre. Comme aujourd’hui. Les syndicats sont très affaiblis, le taux de grèves est très bas, les directions syndicales officielles sont enchaînées par des lois antisyndicales qu’elles ne sont pas près de briser. Le Parti travailliste a été évidé par le néolibéralisme et il est devenu un représentant sans vergogne des riches et du grand capital. Cela crée un vide politique de notre côté. Les émeutes – pour ce qui s’avérera un bref instant – l’ont rempli.
Nous avons besoin d’un mouvement de masse pour unir l’ensemble des résistances au régime conservateur–libéral-démocrate et à ses programmes de coupes budgétaires et de privatisations. Nous avons besoin d’un cadre qui unisse toutes les luttes et donne une direction ainsi qu’un but à chaque acte de révolte venant d’en bas. Les émeutes ouvrent quelquefois la voie à quelque chose de plus grand et de meilleur. Beaucoup de ceux qui participèrent aux grèves dans le centre de Londres en 1886 et 1887 ont été impliqués dans la vague de «nouveau syndicalisme» qui a balayé l’East End en 1889. Les émeutes de 1981 ont été suivies par quelqus-unes des plus grandes batailles de l’histoire de la classe ouvrière britannique au XXe siècle, et si elles furent défaites, la décennie s’est achevée par une victoire spectaculaire lors de révolte contre la Poll Tax – celle qui a renversé un impôt local régressif et conduit directement à la chute du premier ministre conservateur, Margaret Thatcher. Les émeutes représentent la voix des opprimés, mais nous devons prendre garde à leurs limites ainsi qu’à leurs dangers. Nous devons chercher à exploiter la colère et l’aliénation qu’elles représentent dans un large mouvement de classe contre la crise et l’austérité. La Coalition of Resistance [3] semble actuellement offrir l’instrument le plus prometteur pour y parvenir. (Traduction A l’Encontre)
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[1] La poll tax est un impôt forfaitaire par tête taxant les foyers et non les individus, et ce indépendamment des revenus et du capital éventuellement possédé. Cette disposition était donc très inégalitaire. C’est le gouvernement de Margaret Thatcher qui tenta de le mettre en application en 1990. Il fut abandonné à la suite d’émeutes.
[2] Le 5 octobre 1985, alors que la police tentait d’arrêter un jeune Afro-Caribéen à son domicile, sa mère, âgée de 49 ans, fut tuée alors qu’elle tentait de s’y opposer. Le lendemain, une émeute éclata durant laquelle un policier fut tué.
[3] Large coalition sociale, syndicale et politique qui s’est constituée en fin 2010 et a complété sa plate-forme contre le programme d’austérité de Cameron en 2011 – voir son site : http://www.coalitionofresistance.org.uk/. Le 1er octobre 2011, elle organise la mobilisation, dans le cadre européen, contre les politiques d’austérité.
* Cet article a été publié le 11 août 2011 sur le site britannique Counterfire.

dimanche 14 août 2011

Lancer des pierres à l’occupant est-il un acte de violence ? (The Electronic Intifada)

Je l’ai nié trop longtemps, mais pour une Palestinienne, je lance très mal les pierres.
Lors d’un des vendredis que j’ai passé dans le village de Nabi Saleh en Cisjordanie je m’étais plainte de ne pas savoir le faire et je me suis tout de suite retrouvée entourée de professeurs zélés.
C’était le vendredi où les manifestants ont marché avec une maquette de la flottille de la liberté de Gaza. Ce jour-là nous sommes restés enfermés presque toute la journée car au bout de deux heures de manifestation les soldats israéliens ont tiré des gaz lacrymogène sur tous ceux qui essayaient de mettre le nez dehors.
A la fin de l’après-midi, il m’a semblé que les jeeps partaient et j’en ai profité pour sortir enfin. Avec deux autres jeunes filles, nous avons marché en direction des jeeps, nous nous sommes arrêtées là où la militante locale Nariman Tamimi se tenait avec son appareil vidéo et d’autres enfants du village nous ont rejoint. D’autres militants ont essayé de sortir mais comme ils étaient en groupe on leur a tout de suite tiré dessus. Depuis les toits, d’autres personnes se sont mises à maudire les soldats sur le mode ironique et ils leur ont aussi tiré dessus. Une des bombes lacrymogènes a roulé en arrière vers le soldat qui l’avait envoyée et il a été obligé de s’enfuir en trébuchant d’une manière comique, ce qui nous a tous fait pousser des gloussements de joie, les plus jeunes enfants riant ouvertement. Le soldat s’est lourdement dirigé vers nous d’un air menaçant, sa fierté était blessée et ses yeux lançaient des éclairs et il nous a lancé une bombe sonore. Nous nous sommes vite sauvés.

Le village était entouré de soldats. Les collines en fourmillaient, les vergers en débordaient. Nous regardions un escadron descendre de la colline de derrière les oliviers et ils pouvaient lire le mépris sur notre visage. Un soldat nous a dit au revoir de la main. Ma gorge s’est serrée pour retenir le millier de mots incendiaires qui me venaient devant ce geste soi-disant aimable. Le visage de la fille près de moi reflétait le mien : des yeux si dangereusement rapprochés qu’ils donnaient l’impression que nous louchions.
L’une après l’autre les jeeps prirent la route. Une pluie de cailloux se mit à tomber sur elles accompagnée de sifflements et d’applaudissements quand un caillou touchait un véhicule blindé. L’excitation était communicative et j’attrapais un caillou, le lançais puis enfouis ma tête dans le sol pendant la trajectoire hésitante du caillou qui retomba bêtement à environ deux mètres de moi. Près de moi, un enfant moitié moins grand que moi envoya une pierre qui manqua de peu une jeep qui se trouvait à environ 200 mètres de nous.
La technique du lancer de pierre
La technique comporte deux volets : comment tenir une pierre et comment lancer une pierre. La force d’occupation avait maintenant quitté le village dont les rues étaient jonchées de bombes sonores et de bombes lacrymogènes. Ma première leçon a eu lieu dans un petit coin désert plombé par le soleil.
"Voilà comment on tient un caillou" a dit un des shabab (jeunes). "Non, pas comme ça, comme ceci. Tu t’y prends mal. Non, regarde mes doigts ! Imagine que ton pouce et ton index sont une paire de pinces. Tiens-les comme ça. La pierre doit y reposer confortablement." Il cessa de m’expliquer, attrapa mes doigts et leur fit prendre la forme adéquate.
Un enfant toucha mon bras : "Laisse le caillou reposer sur le majeur. Voilà c’est ça !"
"Maintenant écarte le bras de ton corps" continue-t-il, "Non, ton bras est trop raide. Plie un peu le coude. Recule un peu le bras. Quand tu lances la pierre, il ne faut pas que ton épaule bouge. La pierre va plus loin si tu l’accompagnes d’un mouvement du bras. OK lance-la." La pierre a filé dans l’air d’une manière qui m’a semblé plus légère. J’ai crié de joie. "Vous avez vu ?" Mes maîtres ont acquiescé poliment et ont lancé leurs pierres. Elles sont arrivées plus loin que la mienne.
"OK c’est bien, mais il faut améliorer encore ta technique. Essaie encore. Attends, n’oublie pas de tenir ce doigt-là comme ça. Vas-y lance —attends, qu’est ce que tu fais, tu vises le chauffeur ? Laisse passer la voiture avant de commencer. Et fais attention aux enfants. Holà vous autres" cria-t-il gentiment "enlevez-vous de là !"
J’ai lancé la pierre avec un grand sourire. Je savais qu’il ne fallait pas dire que je ne lançais plus les pierres comme une fille -un des derniers cours que j’ai suivi à l’université s’appelait études féminines et il m’a beaucoup marqué. Les enfants étaient enchantés de me montrer leur adresse au tir de cailloux et de m’apprendre à choisir les pierres et les cibles.
L’ignorance des Israéliens
Plus tôt dans la journée, pendant que les militants étaient rassemblés chez Bilal et Manal Tamimi -des militants qui s’occupent aussi de documenter les manifestations- un militant israélien qui venait pour la première fois et se tenait debout au milieu de la pièce, se fit remarquer en affirmant bruyamment que jeter des pierres annulait automatiquement le caractère "non violent" d’une manifestation. Un autre militant lui rétorqua que les pierres ne faisaient pas grand mal, mais à mon sens l’essentiel leur échappait à tous les deux.
Un des hommes de la famille de Tamimi assis sur un matelas contre le mur regardait l’Israélien d’un air très mécontent et méprisant. "Tant que les soldats seront ici, tant qu’on empiétera sur notre terre, tant que les jeeps envahiront les villages et tant qu’ils continueront à envoyer des bombes lacrymogènes, nos shahab n’arrêteront pas de lancer des pierres" a-t-il déclaré.
"Très bien, mais alors vous ne pouvez pas dire qu’il s’agit d’une manifestation non violente" a rétorqué l’Israélien. Il a jeté un regard défiant autour de lui. "Ecoutez, je me rends bien compte que la plupart d’entre vous ne sont pas d’accord avec moi mais à mon avis, une manifestation non violente ne devrait pas comporter de manifestations de violence et pour moi lancer des pierres est un acte de violence."
"Un acte de violence !" a ricané l’autre militant. "En réponse aux gaz lacrymogènes, aux balles réelles, aux raids dans les maisons, aux arrestations et aux passages à tabac ? On ne peut comparer les tactiques israéliennes à des cailloux."
"Je ne les compare pas ! Absolument pas ! Mais pour moi une manifestation non violente...." "Ecoute" l’ai-je interrompu "Voilà la première erreur que tu fais. Il ne faut pas dire "non violents" il faut dire "désarmés, sans armes".
Le nouvel arrivant israélien relayait de toute évidence le discours des occidentaux qui prétend imposer aux Palestiniens ce que l’occident considère comme la bonne méthode pour lutter contre l’occupation. Il est clair que pour l’occident le terme "manifestation non violente" signifie que nous devons tout simplement nous retirer humblement devant l’agression quand l’armée israélienne répond à nos chants, à nos slogans et aux fleurs que nous mettons dans les canons de leurs fusils par une violente attaque. Il y a des quantités d’implications à cette expression, et nous ne devons pas nous laisser piéger par la façon de voir occidentale. La définition d’un terme doit prendre en compte le contexte.
Un geste symbolique
Le mois dernier, Ibrahim Shikaki qui est animateur de jeunes et chercheur en économie à Ramallah a écrit un article très important pour Al Jazeera en Anglais sur la résistance palestinienne. Shikaki fait remarquer que la couverture médiatique de la résistance palestinienne reflète la vision occidentale de la non violence et il proteste contre le dictat occidental concernant la manière dont la Palestine doit lutter ("What is the ’right’ type of resistance ?," 6 July 2011).
"Le fait est que s’opposer à une brutale machine de guerre avec des pierres est un geste symbolique" a écrit Shikaki. "’C’est un symbole de l’énorme inégalité de pouvoir entre le peuple palestinien et la machine de guerre israélienne. Les cailloux lancés contre les tanks israéliens et autres véhicules armés est une manière pour les Palestiniens d’exprimer leur refus de l’occupation et de l’oppression. Les jeunes, les femmes et les personnes âgées de tous les secteurs de la société participent à cette forme de résistance."
D’où vient donc historiquement l’acte de jeter des pierres, un acte qui a touché le coeur de millions de personnes dans le monde pendant la première intifada et inspiré d’autres peuples comme la nouvelle génération du Cachemire ? Bassem Tamimi, un militant célèbre qui est actuellement dans une prison israélienne a expliqué dans un interview avec The Electronic Intifada que des pierres étaient traditionnellement jetées aux ours et aux serpents pour les chasser. "Quand un soldat vient dans notre village et tire des bombes lacrymogènes, on ne va pas juste rester assis là comme des victimes impuissantes. Ils ont des armures qui les protègent des balles réelles donc on ne risque absolument pas de les tuer. Avec les pierres nous voulons juste leur dire : "Nous ne vous acceptons pas ici en tant qu’occupant. Vous n’êtes pas le bienvenu en tant que conquérant."
C’est pour cette raison que considérer le lancer de pierre comme un acte violent est absurde. La message est très clair : Nous lançons des pierres à l’ennemi pour exprimer notre mécontentement d’être occupés par des étrangers qui nous envahissent et nous exproprient de nos terres et de nos maisons. J’ai demandé à quelques enfants de Nabi Saleh pourquoi ils jettent des pierres. Leur réponse est très simple : Nous ne voulons pas de l’armée israélienne ici. C’est notre village. ils nous occupent.
Une propagande omniprésente
La machine de la Hasbara (propagande) israélienne excelle à dépeindre l’armée israélienne avec ses tanks Merkava, ses missiles F-16, ses fusils sous-marins, ses fusils d’assaut et ses balle de métal enrobées de caoutchouc, comme la vraie victime tout en décrivant les jeunes Palestiniens avec leurs cailloux comme des Arabes assoiffés du sang des juifs qu’ils haïraient d’une manière pathologique et comme des Arabes qui rejetteraient les accomplissements économiques, sociaux et culturels de l’homme blanc.
L’analogie de David contre Goliath n’a aucun effet sur ces "non violents" pleins de bonnes intentions. A vrai dire, la traduction littérale arabe de "non violent" n’est pas connue. Nous utilisons le terme muthahara silmiya qui signifie "manifestation pacifique". Cela me fait honte quand je me rappelle que moi aussi je regardais de haut ceux qui jetaient des cailloux à Bilin et à Nilin, réaction que j’attribue aujourd’hui à mon ignorance et mon inexpérience. Je pensais -en bonne victime de la propagande absorbée dans les médias occidentales- que jeter des pierres relevait du passé et que nous avions besoin de trouver de nouvelles manières de résister, pas exactement comme Gandhi mais quelque chose comme ça. Je remercie Dieu pour Nabi Saleh.
Récemment, quelqu’un m’a raconté comment le Spiderman de ce village, un enfant de quatre ans qui s’appelle Samer, avait réussi à briser le rétroviseur d’une jeep israélienne avec une pierre. Spiderman a ramassé le fruit de son exploit et ne voulait plus le lâcher. Il a probablement dormi avec la nuit suivante. Il n’est pas ici question d’enfants qui sont élevés dans la haine des Juifs pour devenir plus tard des bombes vivantes. Il s’agit d’enfants qui sont obligés de faire face à la présence dans leurs villages d’occupants brutaux.
J’ai ramassé un autre cailloux, je l’ai placé comme il faut dans ma main droite. Mes maîtres m’ont regardée avec approbation. "En rentrant chez toi, mets des objets sur une étagère et essaie de les faire tomber avec un cailloux" m’ont-ils dit en souriant "Dans une semaine tu seras une pro."
Linah Alsaafin
Linah Alsaafin vient d’être diplômée par l’université de Birzeit en Cisjordanie. Elle est née à Cardiff au pays de Galles et a été élevée en Angleterre, aux USA et en Palestine. Son site web est : http://lifeonbirzeitcampus.blogspot.com/.
Pour consulter l’original : http://electronicintifada.net/content/throwing-rocks-occupat...
Traduction : Dominique Muselet
EN COMPLEMENT :
« C’est un cliché de journaliste que de souligner le caractère futile de lancer des pierres contre des tanks. Faux. Il est certain qu’il s’agit là d’un acte symbolique, mais pas futile. Il faut beaucoup de courage pour affronter une monstre d’acier de 60 tonnes avec des pierres ; l’impuissance du lanceur de pierres à arrêter le tank ne fait que souligner l’impuissance du tank à faire ce qu’il est censé faire : terroriser la population. » - Gabriel Ash - extrait de 200 citations pour comprendre le monde passé, présent et à venir (Août 2011) http://www.legrandsoir.info/200-citations-pour-comprendre-le...
URL de cet article 14373 http://www.legrandsoir.info/lancer-des-pierres-a-l-occupant-est-il-un-acte-de-violence-the-electronic-intifada.html

samedi 13 août 2011

Fidel Castro, la fraîcheur d’un homme authentique.

vendredi 12 août 2011

TEL AVIV ,Tente 1948

Abir Kopty
publié le lundi 8 août 2011.

Si vous êtes Palestinien, vous aurez du mal pour trouver quelque chose à quoi vous identifier dans le village de tentes sur le boulevard Rothschild de Tel-Aviv, jusqu’à ce que vous parveniez à Tente 1948. Ma première virée là-bas a été il y a quelques jours, lorsque j’ai décidé me joindre à la Tente 1948. Le message central de la Tente 1948 est que la justice sociale devrait être pour tous. Elle rassemble les citoyens juifs et palestiniens qui croient en une souveraineté partagée dans un Etat pour tous ses citoyens.
Pour moi, comme Palestinienne, je ne me sens pas faire partie du mouvement du 14 juillet, et je ne suis pas là comme participante. Presque tous les coins de ce camp me rappellent que ce lieu ne veut pas de moi. Ma première virée dedans a été assez déprimante, j’ai trouvé pleins de drapeaux israéliens, un homme faisant un discours à des jeunes avec une vision sioniste sur ses souvenirs de la « guerre de 48 », un autre groupe avec des panneaux appelant à la libération de Gilad Shalit, un autre poussant des chants sionistes. Ce n’est sûrement pas un lieu où les 20 % de la population se sentiraient chez eux. Le lendemain, j’ai trouvé Ronen Shuval, d’Im Tirtzu, l’association d’extrême droite, faisant un exposé provocateur et haineux contre les associations de gauche et des droits humains. Les colons avaient déjà monté une tente et dansaient avec joie.
L’existence de Tente 1948 dans le camp est un défi vers les gens qui participent au mouvement du 14 juillet. Les premiers jours, la tente a été attaquée par un groupe de droite, qui a battu les militants de la tente et détruit son drapeau palestinien. Certains leaders du mouvement du 14 juillet ont dit clairement qu’avancer les questions centrales concernant la communauté palestinienne en Israël ou l’occupation ferait « perdre sa force » à la lutte. Ils ont souvent dit que la lutte est sociale, pas politique, comme s’il y avait une différence. Ils avaient peur de perdre des supporters s’ils appuyaient sur les questions palestiniennes.
La vérité, c’est que c’est vrai.
En vérité, c’est exactement ce qui pourrait aider Netanyahou ; s’il appuyait sur le bouton de la peur, recréait l’« ennemi » et reproduisait la « menace sécuritaire », il serait capable de faire taire le mouvement. Le problème n’est pas avec Netanyahou, ce n’est pas le premier leader israélien à faire appel à ça. Le problème principal, c’est que les Israéliens ne sont pas encore prêts à voir au-delà des murs qui les entourent.
Pourtant, il faut l’admettre, il se passe quelque chose, les Israéliens se réveillent. Il y a un développement ; les gens se rencontrent, discutent des questions. L’assemblée générale du camp a décidé vendredi qu’elle n’accepterait aucun message raciste parmi ses participants. Même à Tente 1948, beaucoup d’Israéliens sont venus, ont lu les tracts, écouté ce que représente Tente 1948 et discuté calmement. Peut-être, si j’étais une israélienne juive, je serais fière du mouvement du 14 juillet. Mais je ne suis pas juive, je ne suis pas sioniste, je suis palestinienne.
Je ne veux pas béatifier la réalité, ni cacher quoi que ce soit pour servir une « tactique » et je n’accepterai pas des miettes. Je veux parler de la justice historique, je veux parler de l’occupation, je veux parler de la discrimination et du racisme, je veux tout mettre sur la table, et je veux parler de cela au cœur de Tel-Aviv.
La justice sociale ne peut pas être divisée ou classifiée. Si ce n’est pas une justice pour tous y compris tous les Palestiniens, alors c’est une fausse justice, une justice d’élite ou une « justice pour juifs seulement » exactement à la manière dont fonctionne la démocratie israélienne « pour juifs seulement ». Le mouvement du 14 juillet est une grande occasion pour les Israéliens pour refuser à leur Etat de continuer à sombrer en un régime d’apartheid.
* Abir Kopti est une militante politique palestinienne et une analyste des media. Elle a été membre du Conseil municipal de Nazareth et porte-parole de Mossawa, the Advocacy Center for Palestinian-Arab Citizens in Israel. Ses travaux sont sur son site et sur Twitter à @abirkopty. Traduction : JPB-CCIPPP
source :
http://mondoweiss.net/2011/08/tent-1948.html#more-48846
traduction

Londres flambe,la Bourse se noie,le Chomage va déferler - Solution :? Bombardons la Libye !

11 août 2011

A Londres, des jeunes sans espoir brûlent maisons et magasins. A quelques kilomètres de là, des gens qui ont amassé des milliards en Bourse s’affolent à l’idée d’en gagner un peu moins...



Et comment les ont-ils gagnés, ces milliards ? En obligeant les entreprises à diminuer les salaires et les emplois. C’est-à-dire qu’on détruisait l’avenir de ces jeunes pour augmenter les bénéfices des sociétés. D’où la crise évidemment : si vous ôtez leur gagne-pain aux consommateurs, comment feront-ils pour acheter ?A présent, que font les maîtres de la Bourse ? Ils exigent des Etats davantage de coupes sociales, c’est-à-dire davantage de jeunes sans espoir.
Et pendant ce temps, les ministres - dont les mesures néolibérales ont permis ce massacre social - font semblant de ne pas comprendre la révolte. Il leur suffirait pourtant d’aller un peu écouter ces désespérés. Mais envoyer des flics dans les quartiers populaires, c’est tellement plus simple que de les envoyer à la Bourse.

Alors, au lieu d’utiliser tous ses budgets à créer des emplois, le gouvernement britannique vient d’envoyer des bombardiers supplémentaires pour tuer encore plus de civils en Libye et semer encore plus de haine. Paris, Washington et Bruxelles font pareil… Faire main basse sur le pétrole et les réserves financières des Libyens, ça fera un peu d’argent de poche pour payer les dettes.
Mais s’ils arrivent à renverser Kadhafi, que se passera-t-il ? Plus d’Etat-providence en Libye, mais un maximum de privatisations. Plus de redistribution sociale de l’argent du pétrole, mais sa confiscation par les multinationales. Plus d’aide libyenne au développement autonome des pays africains, mais davantage d’exploitation des ressources par l’Occident.
Conséquence ? Encore plus d’Africains sans avenir seront forcés d’émigrer et de s’ajouter aux désespérés de Londres, Paris et Bruxelles. Où ils travailleront pour rien, ce qui fera le malheur des uns et le bonheur des autres.
Un système absurde et inhumain. Combien de temps laisserons-nous faire ?


Bruxelles, 11 août 2011


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Des questions ? Rendez-vous sur le FORUM MICHELCOLLON.INFO
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Quelques faits et chiffres dont on ne parle guère
  1. Les salaires britanniques ont été gelés par Cameron alors que le prix de la nourriture vient d’augmenter de 5%.
  2. A Tottenham (Londres), il y a 54 demandeurs pour chaque emploi vacant.
  3. Aucun agent de la Metropolitan Police  londonienne n’a jamais été condamné alors que, depuis 1988, 333 personnes sont mortes en garde à vue. 
  4. L’Etat grec a une dette de 350 milliards d’euros. Les capitalistes grecs ont 600 milliards sur des comptes en Suisse.
  5. L’agence de notation Standard & Poors a dégradé la note des USA notamment parce que « le plan du Congrès et de l’administration ne prévoit que des changements mineurs dans la politique de Medicare » (équivalent de la Sécurité sociale pour l’assurance maladie).
  6. J-F Copé, secrétaire-général de l’UMP (France) : « Nous avons déjà réformé les retraites, il faut maintenant faire la réforme de la dépendance et celle de l'Assurance-maladie. » (10 août 2011)