dimanche 19 juin 2011

Répression et résistance à Bahreïn.

Assassinats, torture, loi martiale, condamnations à mort de manifestants, censure et poursuite des journalistes, licenciements massifs d’ouvriers, prisonniers politiques par centaines, répression sauvage des manifestations, voilà comment la dynastie des Al Khalifa veut se maintenir, vaille que vaille, au pouvoir. Mais malgré cette répression sans précédent dans ce petit royaume, le peuple de Bahreïn résiste et continue à se battre, d’une manière différente, pour la démocratie et la dignité. Il s’agit d’un combat exemplaire mené par un peuple, armé de sa détermination et de son courage, contre une dictature cruelle utilisant les engins de mort les plus sophistiqués. Dans ce combat inégal et injuste, le régime est soutenu par les États du Golfe et surtout par l’impérialisme américain et européen (1). Les révoltes des peuples arabes ont démontré d’une manière éclatante, une fois encore, la complicité directe ou indirecte des États-Unis et de l’Europe avec les dictatures les plus féroces.
Les crimes et les atrocités commis par la dynastie des Al Khalifa contre le peuple de Bahreïn n’ont pas de limites. Même les médecins et les infirmières, qui ont eu le tort de tenter de sauver des vies humaines et de soigner les blessés, n’échappent pas à cette folie répressive. Au mépris de toutes les conventions internationales notamment celle de Genève, les manifestants blessés, ne méritent aucun soin ! Ainsi l’assistance médicale est refusée à tous les blessés ! La dictature pense aussi que les médecins et l’ensemble des soignants, qui sont parfois arrêtés par l’armée à l’intérieur même de l’hôpital, disposent « de preuves des atrocités commises par les autorités, les forces de sécurité et la police anti-émeute » (2).
Les mosquées ne sont pas épargnées non plus. Toute une campagne de destruction de ces lieux de culte est menée par les autorités (3). Le monument de la place de la Perle, haut lieu de la contestation populaire, a été détruit. La dictature veut effacer tous les symboles de la résistance. Cette place rappelle également la fameuse place Attahrir du Caire témoin éloquent de la chute d’une autre dictature, celle de Moubarak.
Les journalistes qui tentent de dénoncer la répression sont arrêtés et traduits devant les tribunaux, lorsqu’ils sortent vivant de la détention ! Karim Fakhrawi, membre du parti d’opposition Al-Wefaq et du directoire du quotidien Al-Wasat, est mort en détention après son arrestation. Les circonstances de son décès n’ont jamais été élucidées. Le correspondant de l’Agence Reuters Frederik Richter a été expulsé. Il faut que cette féroce répression se déroule à huis clos.
Après les arrestations et les tortures dans les centres clandestins du régime où quatre personnes ont déjà trouvé la mort, les tribunaux militaires prennent la relève pour juger des civils. Les procès expéditifs qui vont parfois jusqu’à la condamnation à mort des manifestants pacifiques, ont brisé des familles entières (4). En ce moment même, un tribunal militaire juge une vingtaine de leaders de l’opposition au régime ; ils risquent la peine de mort. Bref, tous les moyens, dont les plus abjects et les plus infâmes, sont utilisés pour briser cette magnifique volonté de changement du peuple de Bahreïn.
Cette répression et cette brutalité contre une population qui manifeste pacifiquement sont pratiquées sous le regard bienveillant des États-Unis et de l’Europe. Le silence des médias bourgeois sur ces exactions dans l’occident civilisé, n’a d’égal que le bruit assourdissant de la propagande qu’ils distillent chaque jour comme un venin dans les cerveaux des citoyens sur les droits de l’homme, la démocratie, la liberté etc.
Pour les États-Unis comme pour l’Europe, la liberté, la démocratie, la dignité etc. ne sont que des mots vides de tout sens ; mais qu’ils utilisent comme instruments de propagande pour mieux servir leurs propres intérêts. Faut-il rappeler que c’est à Bahreïn que se trouvent le quartier général de la Ve flotte et le port d’attache des bâtiments de guerre américains, et que l’Arabie Saoudite est le chien de garde local des intérêts des États-Unis dont elle représente un élément clé de leur sécurité énergétique ? Les dynasties locales qui règnent depuis des siècles sur cette région « bourrée » de pétrole utilisent toutes leurs forces pour briser la moindre velléité de changement qui risque d’emporter leurs immenses privilèges. L’Arabie Saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Oman et Qatar regroupés au sein du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) tentent d’écraser directement ou indirectement tout soulèvement populaire non seulement dans la région du Golfe mais aussi dans tout le monde arabe ; c’est la contre-révolution coalisée. Le Conseil cherche à attirer d’autres pays. La Jordanie et le Maroc feront peut-être bientôt partie de ce riche ensemble puisque les discussions sur leur adhésion sont en cours.

Le peuple de Bahreïn a été puni pour avoir osé relever la tête et réclamer un État moderne et démocratique. Le châtiment qui lui a été infligé, montre jusqu’à quel degré de cruauté dans la vengeance ces dictatures peuvent s’élever.
Cette folle cruauté dans la répression a nettement affaibli la lutte du peuple de Bahreïn, mais elle ne l’a pas écrasée. Tant que la contestation se poursuit, les forces du Conseil de coopération du golfe, dirigées par l’Arabie Saoudite, resteront à Bahreïn a déclaré le chef des armées du royaume. La population continue en effet, dans des conditions extrêmement difficiles, à s’opposer à la dictature. La résistance a pris d’autres formes. Tous les soirs à 22 heures, la population scande sur les toits des slogans contre l’intervention militaire saoudienne et pour le changement du régime. Les manifestations se déroulent souvent la nuit loin de Manama la capitale totalement quadrillée par les forces de « sécurité ».
Le soulèvement populaire à Bahreïn est le produit de décennies d’injustices, d’oppression et d’humiliations. On peut le réprimer, voire l’écraser, mais il renaîtra, tel un phénix, de ses cendres. Car il est né et a grandi sur le sol du despotisme et de l’arbitraire. Pour l’éradiquer, il faut que les gouvernements extirpent le despotisme et l’arbitraire qui sont les conditions qui leurs permettent de régner.
Mohamed Belaali

Il est urgent d’être fidèle à l’humanité : Frantz Fanon, 50 ans après (Counterpunch)

19 Juin 2011
« La civilisation mécanique vient de parvenir à son dernier degré de sauvagerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif ou l’utilisation intelligente des conquêtes de l’homme. »
« Devant les perspectives terrifiantes qui s’ouvrent à l’humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille la peine d’être menée, ce n’est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l’ordre de choisir définitivement entre l’enfer et la raison ». Albert Camus
Le 6 décembre 2011, 50 ans auront passé depuis la mort de Frantz Fanon. Partout dans le monde des gens se réunissent dans les universités, les bureaux des syndicats, les bidonvilles, les prisons, les salles paroissiales et autres endroits où les gens essaient de réfléchir ensembles pour se pencher sur le message d’un homme extraordinaire et sur les luttes que nous menons ici et maintenant.
Fanon est né en Martinique dans les îles Caraïbes françaises en 1925. L’île avait été colonisée par les Français qui avaient exterminé la population indigène et amené des esclaves d’Afrique noire et des travailleurs sous contrat indiens pour cultiver la canne à sucre. La conscience politique de Fanon s’éveilla à l’âge de 14 ans quand en 1939 il eut l’incroyable chance d’avoir pour professeur au lycée le grand poète et intellectuel anti-colonial, Aimée Césaire. L’année suivante, 5 000 marins français loyalistes du régime pro-Nazi de Vichy, sont arrivés sur l’île et les Martiniquais noirs qui s’étaient souvent crus Français se sont soudain trouvés confrontés à un racisme agressif, grossier et souvent aviné. Fanon qui était adolescent, a étonné ses amis en se jetant dans l’action le jour où il a surpris des marins français en train de battre un de ses compatriotes et il les a encore plus étonnés quand, à l’âge de 17 ans, il a quitté l’île et a rejoint en cachette les forces libres françaises qui combattaient le fascisme. Un des professeurs de Fanon avait dit à ses élèves que la guerre entre les blancs ne les concernait pas. Fanon l’a traité de crétin et a dit à ses amis : "Je m’engagerai toujours et partout pour défendre la liberté si elle est menacée".
Mais les forces françaises libres ne se sont pas comportées de la même manière envers les soldats noirs. Fanon a reçu la Croix de guerre pour son héroïsme dans le combat mais les soldats noirs ont toujours été traités comme des soldats de deuxième classe et on a même nié leur rôle dans la victoire finale.
Après la guerre, Fanon a étudié la médecine en France et il s’est spécialisé dans la psychiatrie. Il a publié son premier livre "Peau noire, masques blancs" en 1952 à l’âge de 27 ans. Le livre traite de ce que c’est que d’être noir dans un monde anti-noir. Il passe en revue les questions du langage, du désir sexuel, de la présence corporelle au monde, de la psychologie et des politiques d’identification à la lumière du rapport social aux noirs dans une société raciste, d’abord en Martinique puis en France. C’est un livre extraordinaire, à la fois beau et subversif, qui témoigne d’une fidélité absolue à l’idée de la liberté comme essence de l’humanité. Fanon a soumis son texte à ses examinateurs à l’université. Mais les universitaires sont souvent plus enclins à abrutir les jeunes gens qu’à encourager le libre épanouissement de leur intelligence et son travail fut rejeté. Certaines de ses figures de style inquiétaient ses éditeurs, mais quand on le questionnait sur un point particulier il donnait sa fameuse réponse : "Je ne peux pas mieux expliquer cette phrase. J’essaie, en écrivant cela, de toucher les nerfs de mon lecteur. C’est à dire, irrationnellement, presque sensuellement". Il est désormais universellement reconnu dans le monde académique que le racisme est une constituante fondamentale du monde moderne et que "Peau noire, masques blancs" est un des plus grands livres du monde moderne.
En 1953, Fanon a obtenu un poste dans un hôpital psychiatrique de l’Algérie colonisée. Sa collègue, Alice Cherki, qui allait devenir sa collaboratrice et sa biographe rappelle que le racisme des blancs d’Algérie était "habituel ; il était imperturbable, manifeste et considéré comme entièrement naturel." de plus l’hôpital était dirigé davantage comme une prison que comme un endroit où on guérissait des gens. Fanon a tout de suite fait enlever les chaînes des patients et a essayé de faire de l’hôpital une communauté thérapeutique. En novembre 1954 une insurrection anticoloniale s’est déclenchée et Fanon s’est mis à travailler en secret avec le mouvement national de libération de l’Algérie le FNL au début de l’année suivante. Deux ans plus tard, il a écrit une lettre de démission à l’hôpital dans laquelle il disait en substance que la société coloniale était plus folle que ses patients. On lui a donné 48 heures pour quitter le pays et il s’est exilé à Tunis où il a édité le journal du FLN et a continué d’exercer la médecine. En 1959 il a écrit : "L’an V de la révolution algérienne " un livre qui étudiait la manière dont la lutte dynamise la culture. Le chapitre le plus connu de ce livre se penche sur l’instrumentalisation du voile et son rôle dans la résistance contre le colonialisme.

En 1960, Fanon a été nommé ambassadeur du FLN au Ghana et il a voyagé dans un grand nombre de pays nouvellement indépendants du sud du Sahara pour représenter le mouvement algérien. A la fin de cette année-là il a découvert qu’il avait une leucémie. Il a immédiatement décidé d’écrire un nouveau livre, son dernier livre. Ce volume "Les damnés de la terre" a été écrit en dix semaines. Il s’ouvre sur la description d’une ville coloniale "un monde divisé en deux", passe à l’étude de ce qu’il appelle les mutations de la conscience qui accompagnent la lutte contre le colonialisme, et enfin il examine la crise des états post-coloniaux dans lesquels les gens qui ont lutté pour l’avènement de nouveaux régimes sont chassés de la vie politique active par une nouvelle élite plus prédatrice que salvatrice qui instrumentalise les mouvements de libération pour contenir les aspirations populaires et légitimer leurs machinations.
Fanon pensait que la promesse des luttes de libération nationale ne pouvait être tenue que si la conscience nationale laissait place à la conscience sociale. Il considérait comme essentielle la seconde lutte, la lutte pour atteindre ce qu’il appelait une perspective humaine. Dans son dernier livre comme dans son premier, il reste d’une fidélité absolue à la valeur de la liberté humaine. Le livre fut tout de suite interdit de publication et Fanon est mort dans les semaines suivantes. Il fut enterré au cours des dernières batailles de la guerre d’Algérie dans une forêt des montagnes qui séparent la Tunisie de l’Algérie.
L’oeuvre de Fanon a inspiré le mouvement de conscience noir de l’Afrique du Sud, les intellectuels emprisonnés aux USA et des gens du monde entier concernés par la question des luttes contre le racisme et le colonialisme ainsi que par la résistance contre les nouvelles élites qui avaient confisqué et détourné ces combats pour satisfaire leurs mesquines ambitions.
Fanon n’aurait certainement pas voulu être considéré comme une autorité canonique hors du contexte de sa lutte et de son témoignage écrit. Au contraire il a constamment souligné, de son premier livre au dernier, qu’une pensée vivante devait toujours être un engagement dans une situation donnée.
Mais 50 ans après sa mort, notre monde est à la fois étonnamment similaire et étonnamment différent du monde dans lequel Fanon vivait et luttait avec tant de passion brûlante. Ses remarques sur le pétrole de l’Irak qui a "supprimé tous les interdits et fait apparaître les vrais problèmes" et les Marines qui sont périodiquement envoyés à Haïti pour rétablir "l’ordre" sont toujours d’actualité. Sa description de la dégradation des luttes de libération nationale en pillage organisé est généralement considérée comme prophétique par ses nouveaux lecteurs d’Afrique du Sud.
Mais même si le printemps politique d’Afrique du nord et du Moyen Orient et avant lui quelques mouvements en Amérique Latine ont certainement troublé la tranquillité qui a prévalu dans le monde ces trente dernières années, on est loin de l’Afrique en révolution dans laquelle Fanon écrivait. On est loin de l’époque, semble-t-il, où des gens comme Fanon et Lumumba trouvaient parfaitement raisonnable de se considérer comme faisant partie d’un combat plus large pour l’avènement d’une nouvelle Afrique. Ici en Afrique du Sud, la génération des grands hommes est remplacée par un ramassis de bouffons sans scrupules qui dirigent un état de plus en plus violent et prédateur et de technocrates impassibles peut-être capables de se consacrer à une organisation politique mais certainement pas à la défense de la liberté.
Mais la résistance continue et 50 ans après Fanon nous exhorte toujours à ne pas abandonner la lutte dans cet espace social où les hommes et les femmes ordinaires peuvent encore remettre les choses en question et déployer la puissance et la sagesse d’un vrai projet politique.
Depuis la mort d’ Édouard Glissant en février de cette année, il semble juste de dire que Patrick Chamoiseau, ce romancier inventif, est probablement l’intellectuel martiniquais le plus éminent. Dans son livre le plus célèbre, Texaco, il parle d’un prolétariat sans usines ni ateliers, sans travail ni patrons, balloté de petits
boulots en petits boulots, noyé dans la survie et dont l’existence ressemble à une route parsemée de charbons ardents. C’est sur ce chemin, un chemin sur lequel il marche littéralement sur des charbons ardents et à travers les balles, des balles tirées par l’état, et au milieu des sacs plastiques pleins de diarrhée que la fidélité de Fanon envers l’humanité, toute l’humanité, doit être réaffirmée de toute urgence par notre génération.

Richard Pithouse
Richard Pithouse enseigne les sciences politiques à l’université de Rhodes en Afrique du Sud.

vendredi 17 juin 2011

Pourquoi les Etats Unis menent-ils une guerre permanente contre le système de santé Cubain ?

Au mois de janvier (2011) , le gouvernement des Etats-Unis d’Amérique a cru bon de saisir 4,2 millions de dollars alloués à Cuba par les Nations Unies dans le cadre du Fonds Global de lutte contre le Sida, la Tuberculose et la Malaria, pour le premier trimestre 2011.
Le fonds des Nations Unies est un programme d’un montant de 22 milliards de dollars par an et destiné à combattre ces trois pandémies mortelles dans 150 pays. (3)

« Cette politique mesquine, » a déclaré le gouvernement cubain, « vise à saper la qualité des services fournis à la population cubaine et à bloquer l’assistance médicale dans plus de 100 pays fournie par 40.000 travailleurs de la santé cubains. » La majorité des fonds sont consacrés à importer des médicaments onéreux contre le SIDA, où le traitement antirétroviral est fourni gratuitement à quelques 5.000 malades du SIDA. (4)

Les Etats-Unis voient le système de santé cubain et la solidarité engagée par la Havane comme un moyen pour Cuba de se faire des amis et des alliés dans le tiers-monde, particulièrement en Amérique latine. C’est une situation en total contradiction avec la politique américaine qui a longtemps consisté à isoler Cuba. Ces dernières années, les Etats-Unis ont tenté de contrer le succès international remporté par les Cubains en envoyant le navire US « Comfort » dans la région. Equipé de 12 blocs opératoires et de 1000 lits, l’ancien pétrolier reconverti a effectué des centaines de milliers d’interventions chirurgicales gratuites dans les pays comme Belize, le Guatemala, le Panama, El Salvador, le Pérou, l’Équateur, la Colombie, le Nicaragua et Haïti.

Mais les accostages du navire « Comfort » ont peu de chances de renforcer l’influence de l’Amérique sur le continent. « C’est difficile pour les Etats-Unis de concurrencer ainsi Cuba et le Venezuela,  » a dit Peter Hakim, président de Inter-American Dialogue, un groupe de recherches politiques pro-américain à Washington. « Ca donne l’image que nous sommes en train d’essayer de les imiter. Les médecins cubains ne mouillent pas quelques jours dans un port, mais sont présents dans le pays pendant des années. » (5)

Dans une récente révélation par Wikileaks de documents du Département d’Etat US, on trouve ceci : un câble expédié par Michael Parmly depuis la Section des Intérêts des Etats-Unis à La Havane, en juillet 2006, pendant les préparatifs de la conférence des pays du Mouvement des Non-Alignés. Il souligne qu’il est activement à la recherche « d’histoires humaines et autres informations pour briser le mythe des prouesses de la médecine cubaine. »

Michael Moore mentionne un autre câble de Wikileaks du Département d’Etat : « le 31 janvier 2008, un officiel du Département d’Etat basé à la Havane a recueilli une histoire inventée de toutes pièces et l’a transmise à Washington. Voici ce qu’il disait : (l’officiel) a déclaré que les autorités cubaines avaient interdit le documentaire de Michael Moore, « Sicko », pour cause de subversion. Bien que l’objectif du film était de critiquer le système de santé US en soulignant la qualité du système cubain, l’officiel a dit que le régime savait que le film était une falsification et ne voulait pas prendre le risque de provoquer la population cubaine en lui montrant des équipements qui n’étaient à l’évidence pas accessibles à la vaste majorité de la population. » Moore rappelle le communiqué de l’agence de presse Associated Press du 16 juin 2007 (sept mois avant le câble) qui titrait : « Le ministre de la santé de Cuba déclare que le documentaire « Sicko » de Michael Moore montre les « valeurs humaines » d’un système communiste ».

Moore ajoute que les Cubains ont pu voir son film à la télévision nationale, le 25 avril 2008. « Les Cubains ont tellement apprécié le film qu’il est l’un des rares films américains à avoir été diffusé dans les cinémas à Cuba. Je me suis personnellement assuré de faire parvenir une copie en 35 mm à l’Institut du Cinéma à la Havane. Des projections de Sicko ont été organisées partout dans le pays. » (6)

Les Etats-Unis interdisent aussi la vente à Cuba de médicaments et équipements essentiels, comme l’agent inhalateur Sevoflurane qui est devenu le médicament par excellence pour l’anesthésie générale chez les enfants ; et le Dexmetomidine, particulièrement utile chez les patients âgés qui doivent souvent subir de lourdes interventions chirurgicales. Ces deux produits sont fabriqués par la société US Abbot Laboratories.

Les enfants cubains qui souffrent de leucémie lymphoblastique ne peuvent pas utiliser du Erwinia L-asparaginasa, un médicament commercialisé sous le nom d’Elspar, puisque la société pharmaceutique US Merck and Co refuse de vendre son produit à Cuba. Washington a aussi interdit à l’ONG américain Pastors for Peace de donner à Cuba trois ambulances de marque Ford.

Les Cubains se voient aussi refuser des visas pour assister à des conférences sur l’Anesthésie et la Réanimation qui se déroulent aux Etats-Unis. Ce qui complique encore plus la vie des anesthésistes cubains pour se maintenir informés des progrès dans leur domaine, pour soigner les patients gravement malades, et pour être informés des progrès accomplis dans le traitement de la douleur.

Ce ne sont là que quelques exemples de la guerre incessante livrée par les Etats-Unis contre le système de santé cubain, qu’on peut trouver dans le rapport de Cuba à l’Assemblée Générale des Nations Unies du 28 octobre 2009 (et publié ICI sur Le Grand Soir, pardi – NdT)

En enfin, il ne faut pas oublier le programme d’immigration appelé Cuban Medical Professional Parole (CMPP), qui encourage les médecins cubains qui exercent à l’étranger à faire défection et d’entre immédiatement aux Etats-Unis comme réfugiés. Le Wall Street Journal a rapporté au mois de janvier de cette année que jusque décembre 2010, des visas CMPP avaient été accordés par les consulats US dans 65 pays à 1.574 médecins cubains dont la formation a été payée par le gouvernement Cubain au prises avec des problèmes financiers. (7) Ce programme, assez étrangement, a été lancé par le département US Homeland Security. Encore une victoire contre le terrorisme ? Ou le socialisme ? Ou est-ce la même chose ?

Attendez que les conservateurs américains découvrent que Cuba est le seul pays d’Amérique latine où l’avortement est libre et gratuit.

William Blum
http://killinghope.org/bblum6/aer94.html

OBAMA - A la recherche d'un second mandat

16 juin 2011
Le président Obama prépare sa campagne pour un second mandat. Un remake de sa première campagne n'était pas une option. Toutefois, il a parfaitement fait ce qu'il avait promis : la même chose et encore davantage que son prédécesseur quoiqu’avec un style très différent. Il n'a pas déçu, du moins pas ceux qui ont pris la peine de ne pas se limiter aux apparences et qui raisonnent de manière critique.
Les médias publics et commerciaux continueront comme ils l'ont toujours fait d’accorder beaucoup d'attention à la perception, plutôt que de perdre du temps en s’arrêtant sur le contenu. On peut blâmer les médias de masse pour nombre de choses mais pas pour leur imprévisibilité. Que du contraire, il s'agit d'une répétition de la couverture de la deuxième campagne de W. Bush, Bill Clinton, Bush Sr … remplacez les dates, les noms, les adjectifs et prenez le contrepied (selon votre préférence).
Tout d'abord, il y aura comme d'habitude un parti pris évident en faveur des Démocrates et contre les Républicains. Les Républicains excellent franchement dans ce domaine. Le Tea Party Movement ne rate pas une occasion de se ridiculiser au niveau international. Néanmoins, ce type de mouvement est loin d’être récent. Ce type de populisme se retrouve dans presque toutes les décennies de l'histoire américaine. Jusqu'au début des années 60, ce mouvement était largement ignoré par les médias de masse. La nouveauté est que les médias se focalisent tellement sur ces mouvements que ceux-ci ont désormais compris le mode de fonctionnement des médias actuels. S'il y a une chose que l’on ne peut reprocher au Tea Party Movement, c’est la non utilisation d’une stratégie sophistiquée des médias. Au contraire. Ils en ont également besoin et cela fonctionne. Sinon, comment expliqueriez-vous qu’un mouvement minoritaire suscite tant d’attention ?

Républicains-Démocrates : deux partis–une idéologie 

Dans les mois à venir, on n’apprendra certainement pas dans les bulletins d’informations diffusés par les grands médias que les Démocrates ne valent pas mieux que les Républicains et leurs partisans extrémistes. Par exemple, ces derniers mois, il y a eu beaucoup à écrire concernant les gouverneurs républicains qui ont interdit le droit au dialogue social avec les syndicats dans leur Etat. Moins d'attention a été accordée au fait que de nombreux gouverneurs démocrates ont lancé des initiatives similaires et que le parti démocrate pouvait difficilement être mis en concurrence avec les Républicains en termes d'attaque des droits sociaux de la classe moyenne. Cependant, ils ne le disent pas si agressivement ni ouvertement (si honnêtement ?) que leurs collègues républicains. C'est également une vieille tradition dans la politique américaine.
Celui qui ne connaît pas bien la culture politique des Etats-Unis, en particulier la classe moyenne, a bien sûr du mal à comprendre comment tant de grévistes dans le Wisconsin (où l'attaque contre le dialogue social a été déployée) sont également partisans du Tea Party Movement. En effet, comment les citoyens peuvent –ils être partisans d'un mouvement tellement en opposition avec leurs intérêts sociaux ? Comment cela peut-il aller de pair avec les sondages d'opinion indiquant que 70% des Etasuniens sont en faveur des soins de santé publics (selon le modèle canadien, le seul modèle connu des Etasuniens) ?
Obama déçoit-il ? Il a ouvert un second front de guerre en Afghanistan qui menace de s'étendre au Pakistan, la prison de Guantanamo n’a pas été fermée, la guerre en Irak se poursuit sans qu’on en voit la fin. Sa réforme des soins de santé s'est révélée être une boîte vide. Il n'entreprend rien contre les réductions d'aide sociale dans les Etats ... mais l’a-t-il bien promis ?
La couverture médiatique du candidat Obama n’a en effet pas laissé entendre que tout cela aurait bien lieu. On n’a pas perdu de temps à effectuer une analyse en profondeur car les gens ne lisent (écoutent - regardent) de toute façon pas, n’est-ce pas ? De nombreux Etasuniens progressistes se sont volontairement laissé duper. Ils ont entendu ce qu'ils voulaient entendre et ont pris les médias européens dans leur sillage. Obama a été dépeint comme un opposant à la guerre en Irak. Rien n'est moins sûr, cependant. Obama affiche certes des différences tactiques sur la manière de mener la guerre. Mais cet homme n'est pas contre le droit d'intervention des États-Unis, ni contre l’établissement de centaines de bases militaires dans le monde, en d'autres termes, cet homme est à 100% pour l'hégémonie US sur le monde. Il a certes d'autres idées que les Républicains sur la manière de gérer cet empire, ça oui ...
 

Obama : la promesse qui n’en a jamais été une !

Personnellement, je me souviens surtout du sentiment d'incrédulité que j'ai eu quand j'ai vu Obama faire son discours de victoire à la télévision. La foule en délire, les commentaires enthousiastes, c’était également le cas en Belgique. La désillusion qui allait inévitablement en découler était si profondément enracinée que vous ne pouviez pas manquer d’y jeter un œil. Cet homme a été et est toujours un fervent individualiste néolibéral qui n’avait/a pas l'intention de faire quoi que ce soit pour modifier le système politique US, qui s’oppose aux soins de santé publics (encore davantage que la candidate perdante Hillary Clinton), qui favorise l'expansion de la liste des crimes éligibles pour la peine de mort, qui est encore plus extrême à l’égard d’Israël que W. Bush, qui approuve le budget le plus élevé jamais alloué à la défense en temps de crise économique et ainsi de suite.
J'ai relu mes articles concernant le candidat Obama pendant les primaires - quand Obama était loin de faire l’unanimité- et ce que j’ai pu en voir de lui à l’époque se réalise maintenant presqu’à la lettre. … Ce candidat n’est pas parvenu à fermer Guantanamo, n’a pas mis fin à l'occupation de l'Irak, pas un problème de santé publique ... suis-je devin ? , est-ce que je vois des choses que les autres ne voient pas ? Malheureusement pas. J'ai même pensé qu’Hillary Clinton ressortirait vainqueur des primaires. Je suis d'ailleurs loin d’être le seul à avoir pensé qu’Obama ne réussirait pas. De nombreux Etasuniens progressistes ont pensé de la même façon. Ils avaient une chose en commun : ils ont été complètement ignorés par les médias (sauf dans de rares cas où leur voix peut être entendue). J'ai recensé leurs opinions sur de nombreux sites US progressistes. Pour mes articles sur les Etats-Unis, je me base d’ailleurs exclusivement sur des infos US.
 Obama - ou plutôt son équipe de campagne - a magnifiquement créé l'illusion. Il a fait encore mieux que la plupart de ses prédécesseurs. … Ce n’est pas pour rien que sa campagne électorale a été élue campagne de l'année par le secteur de la publicité ... Les Etats-Unis est le pays par excellence où les élections sont privatisées de facto. Il faut effectivement vraiment en faire beaucoup en tant que nouvel arrivant politique avec une expérience d’à peine deux ans au niveau national et malgré cela devenir président. En ce qui concerne la persévérance, cela peut compter. Et pour ce faire en tant que Noir américain, cela a été une réussite, une réussite supplémentaire. Le temps était en effet venu. … Mais de là à conclure que cet homme mènerait une autre politique ...
Cela ne peut bien entendu se produire qu'une seule fois. Tout comme Clinton, Bush père (en vain), Reagan, Carter (également sans succès), Nixon... Il va désormais surtout attirer l'attention sur l'absence d'alternative proposée par l'adversaire. Dans une deuxième campagne, le président en fonction sera en effet tenu de se concentrer sur l'autre partie : « Comme il n'y a pas des concurrents importuns dans leurs propres rangs. Moi-même ou la catastrophe des fanatiques du Tea Party. ». L'élite politique républicaine en est bien consciente mais ne peut plus résister davantage contre la violence verbale de ce mouvement.
 Quiconque pense que la bataille est gagnée, est dans l’erreur. McCain et Sarah Palin ont obtenu ensemble encore 46% des voix. Obama, l'homme du changement a en effet obtenu seulement 54%, malgré le fait que les Républicains ont été avec W. Bush, désignés pour avoir apporté le président le moins populaire de l'histoire d'après-guerre des Etats-Unis. La crise économique survenue pendant la campagne électorale a été une aubaine pour Obama. McCain avait en effet déclaré quelques semaines plus tôt que l'économie se portait "très bien" et qu'il ne prévoyait pas de problèmes. Une fois élu, Obama a immédiatement décidé d'un plan de sauvetage du secteur financier approuvé par le consentement presqu’unanime des Démocrates et des Républicains (certains Républicains ont voté contre parce qu'ils considéraient que ce plan n’allait pas assez loin). C’est logique puisque ce plan avait déjà été préparé par le cabinet de son prédécesseur. En outre, il a nommé comme conseillers économiques des économistes personnellement responsables de l'émergence de cette crise.
Des candidats tels que Sarah Palin ont bel et bien une chance
Cet avantage, Obama ne le possède désormais plus. Les Républicains, dont le contexte historique ne les ébranle pas le moins du monde, ont indiqué qu’ils ne l’aideront pas sous sa propre responsabilité (à juste titre ou non, peu importe).
Celui qui pense que la candidate Sarah Palin n’a aucune chance doit tout de même être prudent. Tout d'abord, l'ignorance de la politique international ou du monde extérieur ne gêne pas l'Etasunien moyen – par exemple John Kerry, l'un des rares Etasuniens à maîtriser une langue étrangère, le français de surcroit, a été attaqué sur ce point par les Républicains. McCain, lors d’une interview radiophonique au cours d'une incursion militaire colombienne en Equateur, a déclaré qu'il condamnait « l'invasion du Venezuela par la Colombie », et à une question concernant le Premier ministre Zapatero, sur le retrait d’Irak des troupes espagnoles, il a répondu qu'il ne traiterait jamais avec la guérilla mexicaine ... La connaissance n'est pas un atout pour les élections présidentielles américaines, au contraire. W. Bush a utilisé ses erreurs de langage en tant qu'élément de ses campagnes et a réussi à se créer l’image d'un gars ordinaire avec lequel vous pouvez aller boire une pinte. Pour un membre des 1% les plus riches de la population, sa prestation en tant que président a été une réussite.
Obama ne le sait que trop. Il sait comment plaire à un public européen autre que son public autochtone. C’est pourquoi il est important de comparer l'un de ses discours faits dans les États US, qui ne se retrouvent pas dans les médias. Ils excellent dans les platitudes « sloganesques » qui ne veulent rien dire et dans lesquelles chacun peut entendre ce qu’il souhaite. C’est ce qu’il a en commun avec ses prédécesseurs.
Les sondages d'opinion des think tanks conservateurs aux Etats-Unis, tels que l'Institut Brookings, révèlent que l'Américain moyen pense que la politique ne défend pas ses intérêts. D’ailleurs, les Etasuniens restent massivement chez eux pour les élections. Les élections présidentielles obtiennent encore un taux de participation « raisonnable » variant de 50 à 55%. Mais dans les parlements régionaux, les représentants sont élus par seulement 20% de leur population. Pour les élections communales, la police et les élections judiciaires (dans la plupart des Etats, les commissaires de police, les juges et les procureurs sont élus !), la participation est encore plus faible. En outre, il y a des millions d’Etasuniens qui ne jouissent pas du droit de vote. Curieusement, ils sont tout de même comptabilisés pour déterminer le nombre de sièges des Etats au Congrès. Au cours de l'esclavage, les esclaves étaient également inclus dans ce quota- ils ne pouvaient bien évidemment pas aller voter. 

Une culture politique basée sur l’ignorance

 Les Etasuniens n'ont aucune expérience, aucune compréhension, aucune notion d'autres systèmes - si tant peu soit-il qu’ils savent ou peuvent s’imaginer que d'autres systèmes existent. Pourtant, la lutte sociale aux Etats-Unis a été beaucoup plus forte qu'en Europe, et la répression beaucoup plus sévère. L'individualisme est tellement ancré dans les mœurs que même les employés des entreprises, sans couverture sociale ni assurance maladie plaident pour l'abolition du dialogue social dans le secteur public et les grandes entreprises ...
Obama, comme tous les présidents avant lui, sera réélu ou non sur la base de sa politique intérieure. La politique étrangère joue un rôle mineur. Cette réélection est loin d'être certaine. Il suffit de demander, à Jimmy Carter et George Bush Sr.
Devrions-nous nous inquiéter s’il ne devait pas être réélu ? Oui quand-même. Obama est un homme du système de la continuité, ce qui est assez mauvais pour le mendiant sans-abri de Manhattan et pour l'agriculteur bombardé en Afghanistan... mais un fanatique républicain est encore pire.
Les mass médias font chaque fois un spectacle de l'élection présidentielle US. Et c’est précisément ce qu’elle est. C’est passionnant à regarder. Mais elle ne va pas à l’essentiel. Les présidents ne changent rien tant que l'opinion publique ne les oblige pas à le faire. Franklin Roosevelt s’est vu contraint de créer le New Deal pour sauver le capitalisme de la destruction, Johnson a été obligé d’accorder le droit de vote aux Noirs américains parce qu'il craignait que le soulèvement populaire ne dégénère. Il en va de même pour Obama. Cet homme ne fera quelque chose que s’il s’ y sent obligé par l'opinion publique de son propre pays – et non à l'étranger ! Pour l'instant, il semble peu probable que ce soit le cas.
Les éditorialistes européens auront largement exposé les nombreuses concessions qu'il a du faire avec les Républicains. C'est vrai, ce ne sont que des concessions tactiques, et non des concessions sur le fond. En effet, le système bipartite US ne le permet pas. Ils sont d’accord sur l’essentiel.
Faut-il pour autant désespérer ? Il va de soi que ce qui se passe aux Etats-Unis nous concerne tous, et même si la puissance des Etats-Unis s’est étayée, un ours blessé peut encore faire de gros dégâts. Mais le changement survient toujours à des mauvais moments. Le mouvement des droits civiques américain a défendu l'égalité des droits en vain pendant 80 ans jusqu'à ce que survienne le changement dans les années 60. C'est justement dans des moments comme aujourd'hui où la situation semble désespérée que la lutte politique est indispensable. Les droits ne sont pas offerts, ils sont extorqués. C'est encore le cas aujourd'hui.
Obama sera probablement réélu, mais au prix de lourds efforts. Cependant, qu’Obama soit réélu ou non, la lutte pour la justice et la démocratie continue de toute façon.
LODE VANOOST
Source : uitpers.be
Traduit du néerlandais par Valérie Théria pour Investig'Action

samedi 4 juin 2011

L’OTAN veut libérer l’Afrique du joug des Africains !

vendredi 3 juin 2011
Glen Ford (Black Agenda Report)

Les Arabes du Golfe, l’Union Européenne, les chefs d’état de Washington, Paris et Londres - tout le monde a été consulté avant l’attaque de la Libye sauf les Africains dont le dernier plan de paix a été rejeté d’emblée. Au final l’opinion des soi-disant "rebelles" libyens ne comptera pas non plus. "Ces rebelles ont perdu toute légitimité en décidant de devenir les troupes au sol d’une invasion néocoloniale de l’Afrique du Nord". En tant que subordonnés, ils n’auront qu’à obéir aux ordres.
Les USA et l’Europe considèrent que les Africains n’ont pas leur mot à dire sur ce qui se passe en Afrique. Le président d’Afrique du Sud, Jacob Zuma, a fait un second voyage en Libye cette semaine au nom de l’Union Africaine pour négocier une fin diplomatique à la guerre de l’OTAN contre le gouvernement de Mouammar Kadhafi. Le colonel Kadhafi a accepté le plan de paix exactement comme il avait accepté celui d’une mission de paix précédente de l’Union Africaine, au début du mois d’avril. Et exactement de la même manière, les soi-disant rebelles et leurs patrons étasuniens et européens ont refusé d’envisager même un cessez le feu. Il est évident depuis le début de cette farce "humanitaire" que les Grands Manitous Blancs européens et la "mascotte de Wall Street" des USA comme on a appelé Obama, veulent un changement de régime en Libye et rien d’autre -et au diable les Africains et leurs idées sur la question !
Les Euro-Etasuniens mépriseront bientôt tout autant leurs anciens alliés arabes de Benghazi qui prétendent aujourd’hui mener une "révolution" contre Kadhafi. Mais ces rebelles ont perdu toute légitimité en acceptant de devenir les troupes au sol d’une invasion néocoloniale de l’Afrique du Nord. Les révolutionnaires luttent contre le pouvoir. Les membres du gang de Benghazi ne sont que des pions de l’impérialisme et n’ont aucune crédibilité en tant que révolutionnaires. Il s’agit d’une guerre impérialiste menée dans un but impérialiste. Les rebelles ont choisi de devenir des mascottes de l’impérialisme qui attendent comme de misérables petits Gunga Dins* que les Anglais et les Français arrivent avec des hélicoptères d’attaque pour brûler et tuer leurs concitoyens.
L’OTAN dirige ses laquais libyens comme des enfants. L’OTAN a récemment "donné l’instruction" aux rebelles de ne pas avancer dans le désert au delà d’une certaine limite de façon à ne pas entrer dans les champs de mort que les riches patriarches blancs préparent pour l’incinération des soldats du gouvernement libyen. Les rebelles feront bien sûr exactement ce qu’on leur dit de faire puisqu’il ne s’agit pas de leur révolution. De fait, la Libye est la ligne de front de la contre-révolution étasunienne et européenne. La chaîne de commandement est en contact permanent avec Paris, Londres et Washington. Benghazi est redevenu l’avant-poste colonial qu’il était quand les Italiens avaient le contrôle de la région -sauf que maintenant au 21ième siècle, tous les Européens plus les Etasuniens viennent prendre le pouvoir sur les Libyens qui sourient et étripent tout en remerciant les colonisateurs de revenir libérer l’Afrique du joug des Africains.
Il est donc tout à fait normal qu’une proposition de paix du président d’Afrique du Sud, le pays le plus puissant et le plus riche d’Afrique noire, qui agit au nom de l’organisation qui comprend tous les pays du continent, soit complètement ignorée vu qu’elle ne cadre pas avec le projet impérialiste à l’oeuvre. L’occident encourage le président Sud-Africain Jacob Zuma à faire rentrer dans le rang les pays d’Afrique noire chaotiques, mais Zuma et l’Union Africaine ne sont pas autorisés à interférer avec les guerres impériales sur le continent. Ca c’est "l’affaire des Blancs".
Quand les hélicoptères d’attaque occidentaux arriveront, les rebelles de Benghazi applaudiront comme s’ils avaient gagné quelque chose. les Gunga Dins feraient bien d’observer attentivement ces hélicoptères et leurs puissance de feu meurtrière parce qu’un jour ces armes se retourneront probablement contre eux. Les USA et l’Europe n’ont aucune intention de laisser les Libyens gouverner la Libye. Et après tout pourquoi les impérialistes confieraient-ils tout ce pétrole à une poignée de natifs minables qui n’ont même pas été capables de faire leur propre guerre ?

Glen Ford
Glen Ford est le rédacteur en chef de BAR (Black Agenda Report News), le journal de l’action et de la pensée politiques étasuniennes vis à vis de l’Afrique : www.BlackAgendaReport.com. On peut le contacter à Glen.Ford@BlackAgendaReport.com.

Traduction : Dominique Muselet

vendredi 3 juin 2011

Le Bassin du Levant assiégé par Israël


A la fin de l’année 2012, Israël commencera à pomper du gaz dans le gisement offshore de Tamar, confié à un consortium international chapeauté par la société états-unienne Noble Energy. Celle-ci apportera ce mois-ci une seconde plate-forme de forage (Pride North America) pour étendre les prospections dans le Bassin du Levant.
Dans cette zone de la Méditerranée orientale -estime l’agence gouvernementale états-unienne U.S. Geological Survey- se trouvent des réserves de gaz se montant à 3.500 milliards de m3, et des réserves de pétrole pour 1,7 milliards de barils. On se prépare donc à de grandes affaires : en une année, l’indice énergétique de la Bourse de Tel Aviv a augmenté de 1.700 %.
Mais il y a un problème : les réserves énergétiques du Bassin du Levant n’appartiennent qu’en partie à Israël. Les gisements de gaz Tamar et Léviathan se trouvent à environ 100 Kms des côtes, hors des eaux territoriales israéliennes qui s’étendent jusqu’à 22 Kms de la côte. Toutefois, selon la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer, Israël peut exploiter les réserves offshores de gaz et de pétrole dans une zone allant jusqu’à 370 Kms de la côte. Mais il en va de même pour les autres pays riverains. Il est donc déterminant de définir les zones respectives.
Dans les eaux libanaises, d’après la compagnie norvégienne Petroleum Geo-Services, il y a de gros gisements de gaz et pétrole. A ce propos, le ministre des affaires étrangères Ali Shami a demandé le 4 janvier au Secrétaire Général des Nations Unies d’empêcher que ces gisements soient exploités par Israël. La réponse ne s’est pas faite attendre : le jour suivant, le porte-parole onusien Martin Nesirsky a rejeté la requête en déclarant que les Nations Unies ne sont pas préparées pour intervenir dans la dispute. Même réponse de la part de l’Unifil (United Nations Interim Force in Lebanon) : le porte-parole Andrea Tenenti a déclaré au quotidien libanais The Daily Star (6 janvier) qu’ « une frontière maritime n’a jamais été établie » et que « la ligne de bouées dans la zone de Naqoura, non reconnue par le gouvernement libanais, a été instaurée unilatéralement par Israël ». Puis, le coordinateur spécial pour le Liban, Michael Williams, a diplomatiquement déclaré qu’« il pourrait y avoir un rôle pour les Nations Unies, mais nous devons en discuter avec nos juristes à New York » (The Daily Star, 11 janvier).
En réalité, donc, l’ONU laisse les mains libres à Israël dont le gouvernement a prévenu qu’il n’hésitera pas à employer la force pour protéger « ses » gisements. Comme le parlement libanais a approuvé une loi sur l’exploration des réserves énergétiques offshore et allouera les premières concessions au début de 2012, s’ouvre ainsi un contentieux qui pourra facilement conduire à une nouvelle guerre israélienne contre le Liban.

Qu’entend faire l’Italie, qui joue un rôle de premier plan dans l’Unifil, d’un point de vue naval aussi ? Attendra-t-elle que les navires de guerre israéliens bombardent les côtes libanaises, comme ils le firent déjà en 2006, pour s’emparer des réserves offshore du Liban ?

Il est plus difficile encore que les Palestiniens réussissent à exploiter les réserves énergétiques de leurs Territoires. Il résulte de la carte établie par U.S. Geological Survey (voir ci-dessous, NdA) que la plus grande partie des gisements de gaz se trouve dans les eaux côtières et dans le territoire de Gaza. L’Autorité palestinienne en a confié principalement l’exploitation à la compagnie British Gas, qui a creusé deux puits, Gaza Marine-1 et Gaza Marine-2, qui ne sont cependant jamais entrés en fonction.

Le gouvernement israélien a d’abord rejeté toutes les propositions, présentées par l’Autorité palestinienne et par British Gas, d’exporter le gaz en Israël et en Égypte. Elle a ensuite ouvert une négociation directe ave la compagnie britannique, qui détient la majorité des droits d’exploitation, pour arriver à un accord excluant les Palestiniens. Ce n’est pas un hasard si la négociation a été lancée en juin 2008, ce même mois où commençait (selon ce qui est admis même par des sources militaires israéliennes) la préparation de l’opération « Plomb durci » lancée contre Gaza en décembre 2008 (voir l’article par Michel Chossudovsky « La guerre et le gaz naturel : l’invasion israélienne et les gisements de Gaza en mer », Mondialisation.ca, le 12 janvier 2009, NdA). L’embargo qui a suivi, blocus naval compris, a de fait exproprié les Palestiniens du droit d’exploiter leurs propres réserves énergétiques, dont Israël veut s’emparer d’une façon ou d’une autre.

Le plan prévoit de relier, à travers un gazoduc sous-marin, les puits palestiniens de Gaza au port israélien d’Ashqelon, où, à partir de 2012, arrivera le gaz du gisement de Tamar. À une dizaine de kilomètres, au sud, il y a Gaza où les autorités israéliennes laissent passer au compte-gouttes le combustible pour la centrale électrique : ce qui provoque de continuels black-out qui, en laissant hôpitaux et stations d’épuration sans énergie, augmentent les victimes de l’embargo.

 MANLIO DINUCCI
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio
Source : Mondialisation.ca

Avez-vous déjà imaginé une femme palestinienne accouchant en prison, les pieds et mains liés ?

15 mars 2011

Depuis les cellules de la prison, on peut entendre des voix parfois indignées qui parlent des droits de l’homme….Ces hommes politiques, ces gouvernements qui prétendent défendre les droits de l'homme et appliquer la justice savent-ils ce qui se passe dans les prisons de l'occupation israélienne ? Savent-ils que plus de 8000 prisonniers sont victimes de mort lente ?
Parfois des voix s’élèvent lors de réunions au sommet, il arrive que quelqu'un parle des prisonniers politiques palestiniens mais on parle de nous comme des terroristes, des numéros sans visage alors que comme tous les êtres humains, nous sommes parfois faibles, parfois forts, nous aimons et nous détestons, nous rions, nous avons même des moments de joie ou nous pleurons aussi quand nous pensons à nos familles.

Pour exprimer notre souffrance, il me faudrait écrire 100 livres mais même une encyclopédie ne ferait pas bouger vos consciences s’il vous en reste une après la course au pétrodollar de l’Oncle Sam qui occupe l’Irak en guise de démocratie.

Vous soutenez la justice et les droits de l’homme dans certains endroits du monde mais ici, vous soutenez et légitimez l’occupation et nous en payons le prix dans nos cellules.

Avez-vous déjà imaginé une femme palestinienne accouchant en prison, les pieds et mains liés ?

Avez-vous déjà vu un enfant de 12 ans menotté a un check point et laissé des heures au soleil ou sous la pluie par la volonté d'un simple soldat ?


Savez-vous qu’un grand nombre de mes camarades a déjà passé plus de 20 ans derrière les barreaux ? Beaucoup ont perdu leurs parents sans pouvoir leur dire "adieu".

Les gouvernements occidentaux se doivent de réviser leurs positions concernant le Proche- orient avant qu’il ne soit trop tard.

Depuis quelque temps, les révolutions de peuples arabes sont en train de mettre fin á des dictatures qui ont le plus souvent servi vos intérêts au lieu de défendre leurs peuples.

Vive les révolutions arabes !
Vive le pouvoir des peuples !
Vive la liberté !


Salah Hamouri
Section 1
Prison de Guilboa, le 20 février 2011


Source : Salah Hamouri

Salah Hamouri, né de mère française et de père palestinien, possédant un passeport français, était étudiant à l'université de Béethléem lorsqu'il a été abusivement arrêté par la justice israélienne en 2005. Il est à ce jour, toujours en prison et, malgré les appels de sa famille et de différents comités de soutien qui plaident la cause du jeune garçon, l'Etat français n'entrepend pas de démarches significatives pour libérer son ressortissant des geôles israéliennes.