vendredi 13 mai 2011

les evenements en Syrie - QUEL CAMP AVEZ-VOUS CHOISI ?

Quand l’impérialisme américain s’engage dans une agression contre l’un ou l’autre gouvernement ou mouvement, il est essentiel que les mouvements ouvriers et les mouvements politiques progressistes en faveur du changement puissent collecter le maximum d’informations disponibles et prendre position.

Il est lâche de rester neutre et c’est une trahison à l’égard de sa classe que de se ranger dans le même camp que celui de la pieuvre impérialiste qui cherche à dominer le monde.
C’est le b a ba des mouvements ouvriers depuis un siècle et demi de lutte des classes. C’est la base même du marxisme. Cela se retrouve dans les chants syndicaux qui posent la question : « Which side are you on ? » (De quel côté êtes-vous ?) et chez les organisateurs ouvriers qui ne cessent de répéter « En blesser un, c’est les blesser tous. »
Une explosion sociale ébranle le monde arabe. L’impérialisme américain et tous les anciens régimes qui lui sont liés dans la région tentent désespérément de gérer et de contenir ce soulèvement de masse incessant dans des voies qui ne mettent pas en péril la domination impérialiste sur le Proche et Moyen-Orient.
Les États-Unis et leurs collaborateurs essaient également de diviser et de saper les deux ailes de la résistance – les forces islamiques et les forces nationalistes laïques – qui, ensemble, ont renversé les dictatures soutenues par les États-Unis en Égypte et en Tunisie. On assiste actuellement à un effort américain concerté en vue de dresser ces mêmes forces politiques contre deux régimes de la région qui, dans le passé, se sont opposés à la domination américaine : en Libye et en Syrie. 
Ces derniers pays ont tous deux leurs propres problèmes de développement, lesquels sont exacerbés par la crise capitaliste mondiale en général et par des décennies de compromis qu’on leur a imposés du fait qu’ils tentaient de survivre dans un environnement hostile d’attaques incessantes – politiques et parfois militaires, le tout comprenant également des sanctions économiques.
Les bombardements de la Libye des œuvres des États-Unis et de l’Otan ont clairement montré où en est l’impérialisme vis-à-vis de ce pays. Les exploiteurs transnationaux sont bien décidés à s’emparer totalement des réserves pétrolières les plus riches de l’Afrique et de mettre un terme au flux de milliards de dollars par lequel la Libye contribuait au développement de pays africains beaucoup plus pauvres.
La Syrie est également visée par l’impérialisme – en raison de sa défense héroïque de la résistance palestinienne des décennies durant et de son refus de reconnaître l’occupation sioniste. L’aide de la Syrie au Hezbollah dans sa lutte pour mettre un terme à l’occupation israélienne du Liban et dans son alliance stratégique avec l’Iran ne peut être oubliée non plus.
Même si une grande partie de la situation interne de la Syrie est malaisée à comprendre, il convient de faire remarquer que, dans la lutte qui se déroule actuellement, des déclarations claires de soutien au gouvernement syrien et d’hostilité aux efforts américains de stabilisation ont été prononcées par Hugo Chávez au Venezuela, par le secrétaire général du Hezbollah, Seyyed Hassan Nasrallah, au Liban et par plusieurs dirigeants en exil du Hamas, l’organisation palestinienne élue par les habitants de Gaza. Ces dirigeants politiques ont vécu aux premières loges les campagnes américaines de déstabilisation, qui recouraient à l’invention de mythes par les médias traditionnels, à des groupes d’opposition financés de l’extérieur, à des assassinats bien ciblés, à des opérations spéciales de sabotage et se servaient d’agents bien entraînés travaillant sur Internet.
Du côté de ce qui est censé être « l’opposition démocratique », on trouve des réactionnaires comme le sénateur Joseph Lieberman, président de la puissante Commission sénatoriale pour la sécurité intérieure, qui a lancé un appel pour que les États-Unis bombardent la Syrie, après la Libye. Parmi les partisans déclarés de l’opposition en Syrie, on trouve également James Woolsey, ancien directeur de la CIA et conseiller de la campagne électorale du sénateur John McCain.  

Wikileaks dénonce le rôle des États-Unis
 Un article intitulé « Les États-Unis ont soutenu secrètement les groupes d’opposition syriens » et rédigé par Craig Whitlock (Washington Post, 18 avril) décrivait par le menu les informations contenues dans les câbles diplomatiques américains que Wikileaks avait adressés aux agences d’information du monde entier et publiés sur son site Internet. L’article résume ce que ces câbles du ministère américain des Affaires étrangères révèlent à propos du financement secret des groupes syriens d’opposition politique, y compris la transmission dans le pays d’émissions antigouvernementales et ce, via la télévision par satellite. 
L’article décrit les efforts financés par les États-Unis comme faisant partie d’une « campagne de longue haleine visant à renverser le dirigeant autocratique du pays, Bashar al-Assad », qui a fait ses débuts sous le président George W. Bush et a poursuivi sa carrière sous le président Barack Obama, même si ce dernier a prétendu qu’il reconstruisait les relations avec la Syrie et qu’il a installé un ambassadeur en Syrie pour la première fois depuis six ans.
Selon un câble d’avril 2009 signé par le diplomate le plus élevé en grade à Damas à l’époque, les autorités syriennes « considéraient sans aucun doute tout financement de groupes politiques illégaux comme équivalant à appuyer un changement de régime ». L’article du Washington Post décrit plus ou moins en détail les liens entre la chaîne de TV de l’opposition Barada, financée par les États-Unis, et le rôle de Malik al-Abdeh, qui fait partie de son conseil d’administration et diffuse des vidéos de protestation. Al-Abdeh fait également partie de la direction du Mouvement pour la justice et la démocratie, présidé par son propre frère, Anas Al-Abdeh. Les câbles secrets « font état de craintes persistantes, parmi les diplomates américains, que les agents de la sécurité d’État syrienne n’aient découvert que la piste de l’argent remontait jusqu’à Washington ».
  
Le rôle d’Al Jazeera
Peut-être le défi de la campagne de déstabilisation en Syrie, ainsi que sa dénonciation, sont-ils venus avec la démission de Ghassan Ben Jeddo, le journaliste bien connu des nouvelles émissions de télévision d’Al Jazeera et le responsable de l’agence d’Al Jazeera à Beyrouth. Ben Jeddo a démissionné pour protester contre la partialité d’Al Jazeera, mettant tout spécialement en exergue une « campagne de diffamation contre le gouvernement syrien » qui a transformé la chaîne de TV en « vulgaire organe de propagande ». 
Al Jazeera a couvert favorablement l’incontrôlable soulèvement de masse de millions de personnes en Égypte et en Tunisie. Cependant, cette chaîne d’information par satellite a également fait état par le détail de toute revendication et accusation politique, sans égard pour la façon dont elles pouvaient n’être pas fondées, qui ont été exprimées par l’opposition politique, tant en Syrie qu’en Libye. Al Jazeera est devenue la voix la plus forte de la région – elle est captée par des millions de spectateurs – pour réclamer l’intervention « humanitaire » des États-Unis, des zones d’exclusion de vol et le bombardement de la Libye. Ainsi donc, il est important de bien comprendre la position d’Al Jazeera en tant que société d’information, et tout particulièrement lorsqu’elle prétend s’exprimer en faveur des opprimés.
Al Jazeera, dont le siège est au Qatar, ne fait jamais état du fait que 94 pour 100 du travail au Qatar est effectué par des immigrés qui n’ont absolument aucun droit et qui survivent dans des conditions proches de l’esclavage. La répression brutale du mouvement de masse dans le royaume à monarchie absolutiste de Bahrein, voisin immédiat du Qatar et actuellement occupé par les troupes saoudiennes, ne reçoit que peu de couverture non plus de la part d’Al Jazeera.
Cette censure est-elle due au fait qu’Al Jazeera TV News a été fondé par le monarque absolu du Qatar, l’émir Sheikh Hamad bin Khalifa Al Thani ? 
Il est particulièrement important de faire remarquer qu’Al Jazeera ne mentionne jamais l’énorme base aérienne militaire du Commandement central américain, installé au Qatar précisément. Des drones en mission secrète dans la région décollent régulièrement de cette base. Le Qatar a également envoyé des avions pour participer aux bombardements en Libye des États-Unis et de l’Otan.
Le Qatar travaille en étroite collaboration avec le ministère américain des Affaires étrangères pour appuyer à fond l’intervention des États-Unis dans la région. Le Qatar a été l’un des premiers États arabes, et le premier des États du Golfe, à établir des relations avec israël. Lors des bombardements de Gaza par Israël, en 2009, il a suspendu ces relations mais, depuis, a proposé de les renouer.
  
Facebook et la contre-révolution
La CIA et le NED (National Endowment for Democracy – Fondation nationale en faveur de la démocratie) sont devenus des experts dans l’utilisation des barrages des médias sociaux tels que Facebook, Twitter et Youtube pour submerger les gouvernements visés de millions de messages fabriqués, de rumeurs et d’images incontrôlées.
Les alertes fabriquées sur les luttes et les scissions entre les factions rivales de l’armée syrienne, lesquelles auraient abouti à des démissions, étaient fausses. Par exemple, le général de division al-Rifai (retraité) a nié comme dénuées de fondements les informations par TV satellite prétendant qu’il dirigeait une scission au sein de l’armée. Il a ajouté qu’il était retraité depuis dix ans. 
Izzat al-Rashek, du Bureau politique du Hamas, et Ali Baraka, représentant du Hamas au Liban, ont infirmé publiquement des allégations prétendant que la direction de cette organisation palestinienne de résistance quittait Damas pour se réinstaller au Qatar. Ali Baraka a expliqué que c’était un bobard monté par les États-Unis pour exercer des pressions sur Mahmoud Abbas, du Fatah, et entraver la réconciliation palestinienne tout en attisant le conflit entre les mouvements de résistance et la Syrie. 
Le gouvernement syrien a accusé des snipers d’avoir tiré sur des manifestations, sur l’armée et sur la police dans l’intention de voir la police ouvrir à son tour le feu sur les manifestants. 
Les rumeurs, les messages anonymes sur Internet et les rapports émis par TV satellite dans l’intention d’exacerber les divergences sectaires font partie de la campagne de déstabilisation.

Le caractère dual de la Syrie
Il n’est pas difficile de comprendre pourquoi l’impérialisme américain et ses pions dans la région, y compris Israël et les monarchies corrompues et dépendantes que sont la Jordanie, le Qatar, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, aimeraient voir un « changement de régime » en Syrie. 
La Syrie est l’un des rares pays arabes à n’entretenir aucune relation avec Israël. Plusieurs organisations de résistance palestinienne ont des « bureaux en exil » en Syrie, y compris le Hamas. La Syrie est alliée de façon étroite à l’Iran et au Liban.
La Syrie aujourd’hui n’est ni un pays socialiste, ni un pays révolutionnaire. Le capitalisme - et l’inégalité qui en résulte - n’y a pas été renversé. Il existe une classe capitaliste, en Syrie : nombreux sont ceux qui, en sont sein, ont bénéficié des « réformes » au cours desquelles des industries anciennement aux mains de l’État ont été vendues à des capitaux privés. 
Toutefois, l’État syrien représente des forces contradictoires. Le pays a été un bastion de protection des gains obtenus lors des luttes et soulèvements anticoloniaux des masses arabes dans les années 60 et 70. Au cours de cette période, de nombreux gains sociaux importants ont été réalisés, des industries et ressources majeures ayant appartenu au capital étranger ont été nationalisées et d’importants progrès ont été enregistrés dans la garantie des soins de santé, dans le niveau de vie et l’enseignement.
La Syrie sous le parti socialiste arabe Ba’ath est résolument laïque. Elle a maintenu la liberté religieuse pour tous tout en n’autorisant aucun groupement religieux à dominer l’État ou à être promu par ce dernier. 
Mais le régime syrien a également réprimé sévèrement les efforts des mouvements de masse basés au Liban et en Syrie et qui voulaient poursuivre la lutte. Il a justifié sa répression des mouvements passés en insistant sur sa position précaire à proximité d’Israël, sur l’impact des deux guerres contre Israël, en 1967 et 1973, et sur l’occupation et l’annexion par Israël de l’importante région syrienne que sont les hauteurs du Golan, et ce, depuis 44 ans. 
Les années de sanctions de la part des États-Unis et les efforts de déstabilisation du passé ont également eu un effet cumulatif. L’appareil d’État, craignant depuis longtemps les perpétuelles interventions de l’extérieur, craint désormais le changement.
Il est essentiel de reconnaître ce caractère dual et de ne pas excuser ni d’ignorer tous les problèmes qui en découlent. 
La Syrie a assumé le fardeau supplémentaire de nourrir et d’héberger plus de 500.000 réfugiés palestiniens et leurs descendants ces 63 dernières années. Les conditions sont meilleures que dans n’importe quel pays avoisinant parce que, contrairement à ce qui se passe au Liban et en Jordanie, les soins de santé, l’éducation et le logement sont accessibles aux Palestiniens vivant en Syrie.
  
L’impact de la guerre en Irak 
L’invasion et la destruction massive par les États-Unis du pays voisin, l’Irak, la discussion entre Bush et Blair d’une semblable agression contre la Syrie en 2003 et les nouvelles sanctions très dures contre la Syrie ont encore accru l’intensité des pressions. 
Mais le facteur le plus destructeur n’a jamais été discuté dans les médias traditionnels : plus de 1.500.000 Irakiens ont afflué en Syrie afin d’échapper à l’occupation américaine de ces huit dernières années. 
Ceci a eu une importante influence sur un pays dont la population était de 18 millions d’habitants en 2006. Selon un rapport sorti en 2007 par le bureau du haut commissaire américain pour les Réfugiés, l’arrivée quotidienne de 2000 Irakiens désespérés a eu un impact extrême sur toutes les facettes de la vie en Syrie, particulièrement sur les services proposés par l’État à tous ses citoyens et à tous les réfugiés. La Syrie a le plus haut niveau de droits civiques et sociaux pour les réfugiés, dans toute la région. D’autres pays des alentours exigent un minimum de solvabilité bancaire et expulsent les réfugiés nécessiteux. 
L’arrivée inattendue de ces réfugiés irakiens a eu un impact dramatique sur les infrastructures, sur les écoles primaires et supérieures à la gratuité garantie, sur les soins de santé gratuits, sur la disponibilité des logements et sur les autres domaines de l’économie. Elle a provoqué une hausse des prix dans toute l’alimentation. Les prix des denrées alimentaires et des biens de première nécessité ont augmenté de 30 pour 100, les prix des propriétés de 40 pour 100 et les prix des loyers de 150 pour 100.
Les réfugiés irakiens ont également bénéficié de la part de l’État syrien de subsides pour le carburant, la nourriture, l’eau et autres produits essentiels pour tout le monde. Une telle masse de personnes sans emploi a amené une baisse des salaires et a augmenté la concurrence autour des emplois. L’impact du ralentissement économique mondial durant cette période difficile a encore aggravé les problèmes. (Middle East Institute, 10 décembre 2010, rapport sur la Coopération au profit des réfugiés).
Les États-Unis ont créé la crise des réfugiés, qui a amené le déplacement de plus de 25 pour 100 de la population irakienne en raison des violences sectaires. Pourtant, ils acceptent le nombre le plus bas de réfugiés et ils ont contribué aux frais des secours des Nations unies pour une somme moindre que le coût d’un seul jour de guerre en Irak. Les sanctions américaines contre la Syrie ont encore accru la désorganisation économique du pays. 
Tout cela a accru la conscience du gouvernement et du peuple de Syrie à propos des dangers de l’occupation américaine et de la déstabilisation interne et du bain de sang qui pourraient venir de la violence sectaire attisée par les États-Unis.
Washington prétend être ennuyé à propos de l’instabilité qui règne en Syrie. Mais l’impérialisme américain en tant que système est amené à créer l’instabilité. La domination et le pouvoir débordants de l’armée et des sociétés pétrolières sur l’économique américaine et les énormes profits résultant des contrats militaires renforcent cette motivation à rechercher des solutions militaires. 
Chaque déclaration faite par le gouvernement syrien a reconnu l’importance de réaliser des réformes internes tout en maintenant en place l’unité nationale dans un pays extrêmement diversifié présentant des différences historiques sur le plan de la religion, des tribus et des régions, et qui héberge actuellement près de deux millions de réfugiés. 
Les diverses nationalités, religions et groupes culturels en Syrie ont absolument le droit de faire partie de ce processus. Mais ce dont ils ont le plus besoin, c’est que soit mis un terme à l’intervention constante et sans relâche des États-Unis.
USA, bas les pattes !
 Sara FLOUNDERS
Source : workers.org
Traduction : JMF / Investig'Action

lundi 9 mai 2011

Faire taire ceux qui critiquent Israël

Helen Thomas et le nettoyage politique aux USA.

Vous vous souvenez d’Helen Thomas ? Elle était la correspondante de presse la plus âgée de la Maison Blanche et c’était toujours elle qui ouvrait les conférences de presse du président et les fermait en disant les mots magiques : "Merci Monsieur le Président".
Voici ce qu’on dit d’elle dans Wikipédia :
"Helen Thomas (née le 4 août 1920) est une auteure américaine et une ancienne reporter du News Service, membre du White House Press Corps et journaliste d’opinion. Elle a travaillé pour United Press International (UPI) pendant 57 ans, d’abord comme
correspondante puis comme chef du bureau de la Maison Blanche. Elle a écrit des articles pour Hearst Newspapers de 2000 à 2010 sur les affaires nationales et la Maison Blanche. Elle a couvert tous les présidents des USA des dernières années de l’administration Eisenhower jusqu’à la seconde année de l’administration Obama. Elle a été la première femme officier du National Press Club, la première femme et la première présidente de l’Association des Correspondants de la Maison Blanche, la première femme membre du Gridiron Club. Elle a écrit six livres ; son dernier ouvrage, co-écrit avec Craig Crawford, est "Listen Up, Mr. President : Everything You Always Wanted Your President to Know and Do (2009) (Ecoutez Monsieur le Président : Tout ce que vous voudriez que votre président sache et fasse).”
Helen a été congédiée de son poste de journaliste de Hearst après avoir répondu à une question posée par un rabbin dans une vidéo sur Israël. Elle a répondu, en toute franchise que les Israéliens devaient quitter la Palestine. A la question suivante du rabbin : "Et où devraient-ils aller ?"
Elle a répondu : "Là d’où ils viennent" et elle a cité l’Allemagne, la Pologne et d’autres endroits.
Nous savons tous que ces pays qui se sont montrés si cruels et meurtriers pour les Juifs européens ne sont plus ce qu’ils étaient dans les années quarante. Mais à en juger par la réaction des médias et celle d’Abe Foxman, le chef de la Ligue anti-diffamation (the Anti-Defamation League), on aurait pu croire qu’elle renvoyait les Juifs israéliens aux années 1940. Elle a été balayée par une tempête médiatique qu’il faut considérer comme un signal adressé à tous ceux qui oseraient s’éloigner de la ligne du parti en ce qui concerne Israël.
Helen a vite été renvoyée de Hearst news et son agent de conférences Nine Speakers,Inc. ne veut plus l’avoir comme cliente. Une conférence d’introduction qu’elle devait faire à Bethesda, Maryland high school a été annulée et l’Association des Correspondants de la Maison Blanche a fait une déclaration pour dire que sa remarque était "indéfendable".
Son alma mater*, Wayne State University, a dit que sa remarque était "offensante" et "inappropriée".
Le président Obama a dit que sa remarque était "offensante" et "hors de propos". Dans le passé, Helen Thomas avait posé des questions sur le soutien des USA à Israël et au cours d’une conférence de presse sur la capacité de l’Iran de fabriquer des armes nucléaires, elle avait interrogé le président Obama sur les armes nucléaires "secrètes" d’Israël et demandé pourquoi la Maison Blanche ne condamnait pas l’attaque israélienne de la flottille d’aide humanitaire pour Gaza.
Wikipédia indique aussi qu’un groupe de survivants et de parents de survivants de l’Holocauste avait reproché au Musée National Américain de Dearborn dans le Michigan, de vouloir placer une statue d’Helen Thomas dans le musée en disant que ce serait immoral de lui faire cet honneur et que "les valeurs américaines étaient en jeu".
Quelque temps plus tard, après une autre conférence d’Helen Thomas, la Ligue anti-diffamation a demandé aux écoles et aux organisations de journalisme d’abroger tous les distinctions honorifiques accordées à Thomas. L’organisation a dit que Thomas s’était "clairement et indubitablement révélée une vulgaire antisémite" dans sa conférence. Peu après, la Wayne State University de Detroit a cessé de décerner le Prix Helen Thomas de la Diversité d’Esprit Médiatique qu’elle attribuait depuis plus de dix donnant comme raison le caractère antisémite de ses remarques.
Helen a été dure avec tous les présidents des USA au cours des conférences de presse et à la différence des reporters lâches qui étaient assis avec elle dans la salle de presse de la Maison Blanche, elle ne laissait pas les présidents ni leurs secrétaires à la communication se défiler et ne pas répondre aux questions. Et on pense que c’est la raison pour laquelle Ari Fleischer a mené la charge pour qu’Helen soit ostracisée. C’était elle qui avait refusé d’accréditer les mensonges de Fleischer sur la guerre d’Irak de conférence de presse en conférence de presse.
Le dernier outrage est venu d’une direction inattendue : le groupe qui organise un meeting anti-AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) à Washington. Helen avait d’abord été invitée à parler au groupe qui préparait une contre-conférence au moment de la fête annuelle de l’AIPAC à Washington. AIPAC qui est peut-être le lobby le plus puissant de tous ceux qui opèrent dans la capitale, rassemble tous ses membres nationaux à un meeting annuel à Washington pour que tous les présidents, les candidats à la présidentielle et les amis spéciaux d’Israël qui sont au gouvernement puissent venir ramper devant la fontaine de financement politique qu’est l’AIPAC. C’est un organisme qui n’est pas un PAC (comité aux affaires publiques) qui donne simplement de l’argent aux politiciens. C’est une organisation qui peut donner l’ordre de financer -ou de ne pas financer- des candidats s’ils promettent de voter des aides à Israël avec l’argent des contribuables et de protéger Israël contre ceux qui critiquent les nombreux crimes qu’il commet en occupant les Palestiniens.
Helen a d’abord été invitée au meeting ant-AIPAC, puis elle a été cérémonieusement "désinvitée" pour la raison, lui a-t-on dit, qu’elle serait une "distraction". Pour commencer on a du mal à imaginer en quoi quelqu’un qui a les opinions d’Helen Thomas pourrait distraire qui que ce soit du message du groupe anti-AIPAC qui doit être, je suppose, d’énoncer tout le mal que fait l’AIPAC au plan politique. Helen n’a pas eu davantage d’explication et donc en l’absence d’une explication plus précise, nous pouvons seulement supposer que l’opération de nettoyage politique commencée par Abe Foxman et sa ligue anti-diffamation se poursuit en empruntant jusqu’à la plateforme érigée par les prétendus ennemis de l’AIPAC. L’intention des défenseurs d’Israël est clairement de faire disparaître toutes les Helen Thomas de la planète, en même temps que leurs opinions opposées à ce que fait Israël à ceux qu’il occupe ainsi qu’à ses voisins comme le Liban qui a souffert terriblement de l’agression d’Israël. L’invasion du Liban par Israël en 1982 a causé la mort de 30 000 Libanais, en majorité des civils, a blessé des milliers de personnes et détruit les maisons de dizaines de milliers de personnes.
Helen n’est pas la seule à être visée. Le lobby israélien a fait pression sur le juge Goldstone jusqu’à ce qu’il renie une partie de ce qu’il avait écrit auparavant. Son comité appointé par l’ONU a écrit un rapport qui faisait du tort à Israël en révélant et dénonçant comme crime le meurtre de 1 200 civils palestiniens sous les bombardements insensés de l’invasion de la bande de Gaza en 2008. Le Hamas fait aussi l’objet de critiques mais a malgré tout accepté le rapport. Tout le monde sait que Gaza constitue la plus grande prison à ciel ouvert avec ses frontières clôturées et gardées par l’armée israélienne, l’espace aérien contrôlé par l’armée de l’air israélienne et la mer par la marine israélienne. "Tirer sur des poissons enfermés dans un tonneau" est l’expression qui vient à l’esprit quand on lit les rapports sur ce qu’Israël a fait à Gaza.
D’après moi, la raison principale du nettoyage politique des personnes qui osent dire ce qu’elles pensent comme Helen Thomas, Norman Finkelstein, le juge Goldstone et quelques autres, c’est que ce sont les contribuables qui financent les activités criminelles d’Israël et Israël ne veut pas que le public et donc les contribuables sachent quelles activités ils financent.
La question qu’il faut se poser est la suivante : Les USA peuvent-ils se permettre d’interdire toute allusion aux actions d’Israël ? Pouvons-nous continuer a frapper d’ostracisme ceux qui critiquent la politique des USA envers Israël en les rejetant du monde universitaire et de la vie publique ? C’est une forme de contrôle de la pensée contre laquelle nous n’hésiterions pas à lutter avec ardeur si quelqu’un d’autre le faisait.
Notre soutien continuel de tout ce qu’Israël fait au Moyen-Orient et le musellement de ceux qui le critiquent rendent la vie de tous les Américains plus dangereuse et plus onéreuse.
James Abourezk
www.info-palestine.net, http://www.counterpunch.org/abourez...
Traduction : Dominique Muselet
Original :

samedi 7 mai 2011

Un vent nouveau souffle sur le monde arabe

06 mai 2011
Amman – Au cours de ces cinq dernières années, les Américains et leurs alliés nous ont souvent parlé d’un nouveau Moyen-Orient, tel qu’ils le percevaient. Ce qui se passe en ce moment dans le monde arabe est bien nouveau mais ce nouveau souffle émane des Arabes. Ce changement positif a commencé en Tunisie pour s’étendre ailleurs. Jusqu’où cela ira ? Nous ne le savons pas encore.
Bien que ce nouveau souffle dans le monde arabe ne soit pas encore bien défini, et que le Bahreïn, la Libye, la Syrie et le Yémen soient encore en proie à de terribles violences, un changement est en cours. On le voit au niveau de l’économie, de la politique et de la réaction des gouvernements face aux demandes de leurs citoyens ; la voie s’ouvre pour une vraie démocratie dans les pays arabes où les révoltes ont abouti.
C’est l’idée de se sacrifier pour les autres qui est à l’origine de ce vent nouveau. Tout a commencé quand Mohamed Bouazizi , simple citoyen tunisien, s’est immolé par le feu. Son acte est devenu alors le symbole de la révolution et continue d’être le cri de ralliement de milliers d’autres citoyens arabes, qui manifestent dans les rues, jour après jour, pour réclamer le changement. Ces manifestants sont tout à fait conscients des dangers qu’ils courent mais prennent tout de même le risque de se faire arrêter ou de se faire tirer dessus. Ils savent qu’en se sacrifiant, ils feront gagner à d’autres la dignité et la liberté.
La notion de respect, c’est ce qui ressort principalement de ce nouvel état d’esprit arabe. Les manifestants égyptiens de la Place Tahrir ont nettoyé les lieux derrière eux pour montrer qu’ils respectaient leur environnement. Cette idée de respect s’étend ensuite aux autres ; l’illustration évidente en est la barrière humaine formée par les Egyptiens chrétiens pour protéger les manifestants musulmans contre tous ceux qui s’attaquaient à eux. Il faut rappeler qu’avant la révolution, des musulmans avaient fait preuve de la même solidarité, en défendant une église chrétienne et ses occupants contre d’éventuelles attaques.
En Libye et au Yémen, les chefs tribaux ont abandonné leurs armes par respect pour la nature pacifique des manifestations auxquelles ils participent. Traditionnellement, ces hommes portent toujours une arme - un pistolet ou un petit sabre - en symbole de leur virilité. Mais à l’occasion des rassemblements de ces derniers jours, ils ont laissé leur arme de côté en signe de paix et de respect pour les autres manifestants.
Ce qui frappe le plus dans le changement en cours dans le monde arabe, ce sont les efforts que les gouvernements déploient particulièrement dans le domaine de la loi et de la constitution.
L’Egypte s’est dotée d’une constitution temporaire qui contient 62 articles, dont huit proviennent de la constitution de 1971, ceux-ci ont été amendés suite au référendum du 19 mars. Un article prévoit la réduction du mandat présidentiel de six à quatre ans. En Tunisie, les gens éliront une assemblée le 24 juillet prochain en vue d’une réforme constitutionnelle. Le souverain marocain Mohammed VI a quant à lui, déclaré qu’il renoncerait à son droit de désigner le premier ministre ; celui-ci sera désormais nommé par le parlement.
Les changements économiques et sociaux reflètent aussi la transformation qui est en train de se produire dans le monde arabe. Pour éviter les manifestations, les autorités de certains pays ont décidé d’améliorer les conditions de vie de leurs citoyens.
En Arabie saoudite, tous les fonctionnaires ont vu leur salaire augmenter et le salaire minimum a été fixé à 800 dollars US par mois, la notion de salaire minimum n’existant pas jusque-là. À l’instar d’autres pays qui ont fait des efforts de ce genre, l’Arabie saoudite essaie de maintenir le statu quo au moyen de ce type de changements. Même si ce sont là des initiatives positives, il faudrait passer à des mesures plus significatives permettant une vraie évolution vers un système politique démocratique.
Enfin, ce nouveau souffle a montré que la société arabe dans son ensemble croie en sa jeune génération et en son aptitude à diriger la révolution et reconnaît ses mérites. Cette reconnaissance des jeunes vient après de longues années de marginalisation, durant lesquelles on pensait que ces derniers ne s’intéressaient qu’à leurs petits problèmes - leurs histoires de cœur et l’Internet. En réalité, les pays qui ont été au cœur de ces révolutions s’y réfèrent en employant l’expression : « révolutions de la jeunesse ».Un vent nouveau souffle sur le monde arabe et c’est un vent de démocratie.
Mahmoud Amin Hishmeh

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews)

AL DJAZEERA,LA FIN D'UN REVE !

Depuis son ouverture au milieu des années 90, la chaîne qatarie « Al Jazzera » a constitué un événement dans les médias arabes, noyés de discours officiels lénifiants et insipides. Si, au début, nul ne parvenait à la situer politiquement, car sa carte de visite consistait à dire qu’elle a carte blanche sur tous les sujets, sauf concernant la situation au Qatar, la chaîne a vite gagné ses galons à partir de la guerre américaine en Afghanistan puis de l’invasion américaine en Irak en 2003, où elle essayait une version des faits plus proche de la réalité islamique et arabe que les autres médias arabes et occidentaux.

Pour Nous Arabes, « Al Jazeera » est devenue une référence pendant la guerre israélienne de 2006 et pendant l’attaque contre Gaza en 2009. Mais au fur et à mesure que les positions se radicalisaient dans la région et que le plan israélo-américain se précisait, la chaîne si prisée a commencé à perdre son aura d’espace d’expression objective et professionnelle.
Tout a commencé en fait avec le déclenchement de la révolution populaire en Egypte et sa façon de mettre en avant certains des insurgés au détriment des autres, ainsi que son insistance à transformer le cheikh Kardaoui en véritable inspirateur de la révolution, alors qu’il s’y est rallié en retard et qu’il n’a cessé de tenir un langage confessionnel, loin des idéaux des insurgés. Les téléspectateurs fidèles de la chaîne, soucieux d’une information crédible et objective ont commencé à avoir des doutes, vite confirmés par la couverture de la chaîne des événements de Bahrein.
Alors qu’en Egypte et en Tunisie, « Al Jazeera » faisait une couverture « non stop », là il n’y avait plus moyen de savoir ce qui se passait véritablement, la chaîne faisant une couverture assez maigre de la situation à Bahrein, et ouvrant surtout sa tribune aux proches du pouvoir et à la thèse officielle.
Pourquoi les insurgés de Bahrein, qui constituent certainement l’opposition arabe la plus pacifiste n’avaient-ils pas droit à la neutralité, si ce n’est à l’appui, d’« Al Jazeera » ? En quoi étaient-ils moins intéressants, et leurs revendications moins justifiées que celles des autres insurgés arabes ? Les journalistes qui nous avaient habitués à une liberté de ton à l’égard des dirigeants, sont soudain devenus obséquieux avec les représentants du pouvoir à Bahrein et agressifs avec les rares représentants de l’opposition de Bahrein, qui, rapidement, n’ont plus eu voix au chapitre.
D’ailleurs, depuis quelques semaines, les événements de Bahrein, la destruction des mosquées, l’invasion des hôpitaux, les arrestations des opposants et des notables d’une confession déterminée n’intéressent pas « Al Jazeera », qui préfère consacrer son temps à appuyer l’opposition en Syrie et à inciter la population contre le régime là bas,(...).
Cheikh Kardaoui y a été de son discours incitant à la discorde confessionnelle, largement diffusé pare la chaîne, alors que les présentateurs des nouvelles passent leur temps à pousser les opposants à descendre dans la rue et à ne pas céder au régime.
Des films, soi-disant, de la répression sont diffusés en boucle et des informations basées sur « les témoignages de témoins oculaires » sont sans cesse évoqués. Or, les témoins oculaires n’ont aucune valeur en langage journalistique. « Al Jazeera » qui a fondé un institut pour apprendre le journalisme d‘investigation aux médias arabes le sait mieux que les autres, elle qui se veut un maître en matière d’exigence de crédibilité et de sérieux. Mais voilà, lorsqu’il s’agit de Bahrein ou de Syrie, la chaîne oublie son professionnalisme et son souci de vérité. En réalité, les masques sont aujourd’hui tombés : « Al Jazeera » ne défend que ce qui arrange ses « parrains » et finalement le plan américain. Le but est pour elle d’attirer le maximum de téléspectateurs, d’asseoir sa crédibilité et de commencer ensuite à influer sur les esprits arabes perturbés par cet emballement de l’Histoire.
Désormais, peu importe aux journalistes les morts qui tombent de façon atroce à Bahrein, les islamistes qui tuent les forces de l’ordre en Syrie et qui complotent contre un régime qui a su résister à toutes les pressions occidentales, la grandeur « d’Al Jazeera » est tombée aux portes de Bahrein et de Syrie. Le grand rêve d’un média arabe libre et défendant les aspirations réelles des peuples, au lieu de reproduire les thèses occidentales, est tombé aux portes de la Syrie et de Bahrein, en attendant que son manque d’objectivité se confirme dans d’autres pays. La méthode était pourtant subtile : gagner les esprits arabes épris de liberté et de dignité en couvrant les agressions israéliennes contre le Liban et la Palestine, avant de profiter de la brèche des aspirations arabes pour défendre discrètement les plans américains de déstabilisation de la région. Heureusement, ces manœuvres ne passent plus. Tant pis pour ce rêve-là. D’autres médias reprendront le flambeau et la résistance aura le mot de la fin.
Soraya Helou
source : Moqawama

LA SITUATION EN SYRIE,LA MANIPULATION DE L'OPINION EST A L'OEUVRE !

Quand un conflit se profile, la manipulation de l'opinion est à l'œuvre. De Syrie, nous recevons des témoignages mettant en doute la version que les médias imposent depuis plusieurs semaines. Voici des extraits de celui de Agnès-Mariam de la Croix. Elle travaille en Syrie à la réhabilitation d'un lieu de culte chrétien. Avec les membres du monastère, elle participe au réseau local et régional de la communauté.

Un nouveau-né très médiatisé
Les manifestations qui ont commencé en Egypte pour atteindre le Yémen, le Bahreïn, la Jordanie, la Libye et la Syrie sont acclamées et favorisées dans les médias mondiaux comme des mouvements légitimes et spontanés. Quoi de plus louable et digne de sympathie que des foules qui réclament la liberté, la démocratie et le changement constructif au sein de leurs pays respectifs dont les monarchies vétustes sont toutes tyranniques et corrompus ?
On nous annonce avec fracas qu’un enfant vient de naître des cendres de l’arabisme moribond : il s'appelle Révolution. Le nouveau-né a été déclaré enfant légitime de la communauté internationale alignée. Pour asseoir sa légitimité, il a eu pour témoins les cousins princiers du Golfe, Qatari en tête. Attendrie par sa naissance, la communauté internationale s’engage à le protéger contre tout mal, même au prix d’une ingérence qui sera, toujours dans son cas, strictement humanitaire. (...) Autour de son berceau une nouvelle arabophonie voit le jour en un phénomène médiatique nouveau.
Ce qui nous pose problème n’est pas le phénomène des manifestations contre les régimes de notre région mais le timing, et l’accompagnement tendancieux qui est réservé à ces dernières de la part des chaînes satellitaires, en coordination parfaite avec certains gouvernements.

Al Jazzirah, huée par les forces de la coalition en Iraq mais transformée aujourd’hui en porte-parole international des valeurs du nouveau Moyen-Orient.
Al Arabiyah, qui s’exprime au nom de la liberté à partir du fief de la plus grande théocratie arabe en Arabie Saoudite.
Al Hurra, née des cendres du régime de Saddam Hussein par insufflation de Washington. CNN, le vétéran de la guerre du Golfe, la très royale BBC News, France 24, à peine adoubée, dans leurs versions internationale et arabe. (...)

Notre expérience en Syrie
Tant que l’information ne nous concernait pas, nous ingurgitions passivement les nouvelles savamment orchestrées des autres pays en souffrance. Mais, lorsque il s’est agi des évènements en Syrie, nous avons commencé à nous rendre compte que ces chaînes n’informent pas. Elles cherchent à infléchir le cours des évènements par des moyens virtuels perfectionnés. Ce faisant, elles représentent un totalitarisme d’un type nouveau qui manipule l’opinion publique.

Il nous a été aisé de découvrir que les données médiatiques sont soumises à un subtil filtrage qui fausse leur sens. On les traite d’une manière sélective pour aboutir à une image donnée de la situation et, ce qui est pire, l’orienter insidieusement dans un sens voulu.
Par exemple : une nouvelle « source » de renseignements pour ces chaines est qu’elles quémandent les messages MMS. Ces messages téléphoniques sont souvent l’unique source d’information visuelle ou sonore pour retransmettre ce qui se passe. Nos jeunes ont été sollicités, par des SMS ou par des mails, à envoyer ces documents aux chaînes avec, en contrepartie, une rémunération financière promise.
Ainsi, tout et n’importe quoi est offert sur ce marché dérisoire de l’information. Un de nos contre-maîtres m’a montré un vidéo-clip local réalisé par des jeunes syriens pour illustrer une chanson arabe. On y voit une bande de jeunes habillés de noir circulant armés dans des voitures décapotables. A notre grande stupéfaction, cette même vidéo a été montrée sur la chaîne Al Jazeera comme étant la preuve de l’arrogance des services secrets syriens !
Comme cela a été attesté sur l’excellent Blog Syria Comment de Joshuah Landis, on arrive à transmettre le contraire de ce qu’attestent les personnes interviewées. Le Colonel Uday Ahmad témoigne qu’il roulait avec son beau-frère le colonel Yasir Qash’ur sur l’autoroute près de Banyas, le 10 avril dernier, lorsque des tirs les ont pris en chassé-croisé et ont tué sur le coup Qash’ur et huit autres soldats. A qui voulait l’entendre, le Colonel Uday a affirmé qu’ils n’avaient pas été tués par l’armée, mais dans un guet-apens d’inconnus. On lui a fait dire le contraire.

De même, sur ce blog, on fait état du journal anglais The Guardian qui assure que des soldats syriens avaient été fusillés parce qu’ils refusaient de tirer sur la foule et se réfère à une vidéo sur YouTube où, en réalité, l’intervieweur harcèle un soldat blessé pour lui arracher l’aveu qu’il avait refusé de tirer sur les gens. Question : quand vous n’avez pas tiré que s’est-il passé ? Le soldat ne comprend pas la question parce qu’il venait de dire qu’il n’avait pas reçu des ordres pour tirer sur les gens, aussi répond-t-il : « Rien, les tirs ont commencé de toutes les directions ». L’intervieweur répète sa question d’une autre manière en demandant : « Pourquoi tiriez-vous sur nous, des musulmans ? ». Le soldat lui répond : « Je suis aussi un musulman ». Alors l’intervieweur lui demande : « Pourquoi alors alliez-vous tirer sur nous ? », et le soldat de répondre : « Nous n’avons pas tiré sur les gens, on nous a tiré dessus depuis le pont ».Non seulement ces soldats sont les cibles de mercenaires, mais les médias s’évertuent à en faire des bourreaux !

Des ingérences étrangères dans les évènements

Quel zèle haineux a soudainement envahi les rédactions des médias pour qu’ils puissent à ce point mentir dans l’agencement de l’image et du son ? En campagne au nom de la liberté, les voici qui commencent par nous imposer un totalitarisme de l’opinion qui surpasse en efficacité celle des pires régimes d’antan. Il est décrété que les peuples arabes doivent se révolter et changer de régime à l’aveuglette et à n’importe quel prix. Il est clair qu’on cherche à créer un vide sécuritaire et à affoler l’habitant. Parallèlement les médias soufflent sur le feu pour l’amener au paroxysme. Ces agissements sont loin de la déontologie journalistique, ils sont manipulateurs, ils devraient être stigmatisés.
Alix Van Burren, reporter vétéran de
La Repubblica, est à Damas et il a envoyé un rapport sur le rôle possible d’agitateurs à la solde de Khaddam à Banyas. Dimanche, deux personnes de l’entourage de l’ex-vice président ont été arrêtées. Des membres d'associations des droits de l’homme ont confirmé qu’ils étaient en train de semer le trouble en distribuant de l’argent et des armes. Haytham al Maleh, de l’opposition, a été le plus explicite à montrer du doigt l’interférence des gens de Khaddam qui « joue avec le sang des innocents » dans et autour de Banyas. Il a aussi mentionné les chiens galeux, loyaux de Rifa’t al Assad, oncle mafieux et déchu de Bashar El Assad. Ces gens, d’après la Repubblica, sont actifs sur la côte entre Tartous et Lattaquieh.
Depuis l’assassinat de Rafic Hariri au Liban, son fils Saad qui accuse la Syrie d’avoir commandité le meurtre cherche à affaiblir le régime, voire à l’éradiquer par tous les moyens. La semaine passée nous avons lu dans Wikileaks que ce même Saad Hariri avait demandé aux USA de mettre fin au régime de Assad stipulant que Khaddam et les Frères Musulmans, aidés de Hikmat Al Shebahi, pourraient remplir le vide occasionné. Depuis quelques années, nous savons que des armes passent par les montagnes qui nous entourent, limitrophes avec le Liban, difficilement contrôlables. Pas plus tard qu’hier un tracteur a été intercepté contenant des armes,
(...) 

Un dialogue serein entre les diverses composantes de la Syrie
Jamais une ingérence étrangère ne pourra remplacer le dialogue dans une famille, une région ou une nation.

Un changement réalisé par la force coûtera cher laissant présager le pire des scénarios à l’avenir. C’est l’inconnu et l’horreur du vide, même si les médias et leurs distingués invités semblent confiants dans l’avenir et pressent vers la déstabilisation du régime. Sous cette angle les protestations violentes nuisent à la cause de la vraie réforme.
Notre désir est que l’on cesse de mettre de l’huile sur le feu et nous opposer aux formes dévoyées de toute ingérence tendancieuse qui ne peut qu’être intéressée, et ce faisant aveugle et insensible au bien de la patrie.

AGNES-MARIAM DE LA CROIX
Investig'Action


 

vendredi 6 mai 2011

DETTE TUNISIENNE : UN COMBAT NECESSAIRE !

Dans sa déclaration du 11 février au Forum social mondial à Dakar, l’Assemblée des mouvements sociaux affirme  : «  Nous continuons à nous mobiliser pour l’annulation inconditionnelle de la dette publique de tous les pays du Sud. Nous dénonçons également, dans les pays du Nord, l’utilisation de la dette publique pour imposer aux peuples des politiques injustes et antisociales  ».
Nous constatons que le montant prêté a été remboursé plusieurs fois et pourtant la dette continue de peser dans les budgets nationaux. En Tunisie comme ailleurs, le mécanisme de la dette siphonne la richesse en direction des créanciers c’est-à-dire des banquiers. C’est 750 Millions d’euros qui doivent être payés par le peuple tunisien en avril et septembre 2011en direction des banquiers qui ont soutenu Ben Ali.
Un audit, pourquoi ?
Le RAID CADTM Tunisie a lancé un appel pour qu’il y ai un audit sur la dette et que chaque détail soit examiné. Pour que la partie de la dette qui n’a profité qu’au régime de Ben Ali et à l’achat d’arme ne soit pas remboursé. C’est le principe juridique de la « dette odieuse ». La Tunisie peut réclamer et mettre en place cet audit, et ainsi faire reconnaître à la communauté internationale l’illégalité d’une partie de sa dette.
En mettant en évidence la complicité de certains financiers avec la dictature, elle pourra ainsi demander légitimement l’annulation de la part odieuse de la dette. «  Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’État entier […]. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation  ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir.  »
L’audit dira aussi quelle est la partie de la dette qui a servi au peuple tunisien. Cette part restera à payer par les tunisiens, puisqu’elle a servi à construire le pays.

La TAAC
La TAAC – Tunisian American Chamber of Commerce – la chambre de commerce tunisienne aux USA, a soumis une liste de neuf requêtes aux membres du congrès américain, parmi lesquelles l’annulation de la dette de la Tunisie.
 "Sur la question de la dette, Abdelmajid Bouabdallah affirme que le gouvernement américain est favorable de l’annulation. Ce patron d’un cabinet de conseil précise que la dette souveraine de la Tunisie s’élève à 20 milliards de dollars –produisant des intérêts s’élèvant à 5 milliards de dollars.
Rappelant que la part des USA dans cette dette n’est que de 2,3%, Noomane Fehri, président de la section britannique de l’ATUGE, que la TACC a appelé à l’annulation de la dette tunisienne parce qu’elle y voit un moyen pour les USA d’aider la Tunisie « sans faire payer le contribuable américain ». "

Quels sont les effets de la dette ?
En Europe c’est au nom de la dette que les gouvernements détruisent la protection sociale et les services publics. Dans le monde, cette dette permet au FMI de mener ses Plans d’Ajustement Structurels. Ces P.A.S. contiennent plusieurs mesures, dont la politique d’austérité, et sont imposés à cause de la dette.
Nous savons que la politique d’austérité réduit l’investissement de l’état pour le social et pour la population dans son ensemble. Elle est désastreuse pour les populations les plus pauvres. Or nous avons vu en France que ce sont les dépenses de l’état et l’ampleur des services publics qui permettent de résister à la crise.

Si l’on observe ces plans attentivement, on remarque que les autres mesures phares servent surtout à mettre les pays au service des intérêts étrangers :
  • Privatisation des entreprises d’État  : le but est de vendre ce qui est rentable pour diminuer l’endettement. Donc l’état vend ce qui lui permettrai de gagner de l’argent et verse directement le produit de cette vente aux investisseurs étrangers.
  • Augmentation des droits des investisseurs étrangers vis à vis de la loi : éviter que la loi favorise les investissements nationaux ou qu’elle pose des conditions légales à respecter par les investisseurs étrangers.
  • Diriger l’économie vers l’exportation et l’extraction des ressources : C’est très clair, le pays doit se mettre à extraire ses ressources pour les vendre à l’étranger, et à produire en direction du marché mondial. Surtout pas chercher à se construire lui-même. Pour équilibrer ses ventes le pays achètera sur le marché mondial.
  • Dévaluation de la monnaie : Les ressources extraites et les marchandises produites seront alors vendues moins chères sur le marché. Au profit des entreprises étrangères qui les achètent.
  • Libéraliser le commerce et les actions : éviter que l’état utilise des taxes et des lois pour protéger son marché. Ou que l’état profite de l’augmentation du commerce pour se financer. (et rembourser sa dette ?)
Un pays qui suit ces mesures à la lettre se retrouve esclave des investisseurs étrangers et du marché. Parce qu’elle n’a pas su annuler les dettes de la dictature puis s’est fait entrainer par les mesures du FMI, l’Argentine a plongé dans la faillite.

La note financière
Fitch, début Mars, puis Standard and Poor’s, mi-mars, ont décidé que la révolution tunisienne justifiait de baisser la note financière de la Tunisie. C’est cette note qui détermine le taux d’emprunt d’un pays sur les marchés. Plus elle est mauvaise plus les emprunts sont chers.
Pour les marchés, le régime de Ben Ali apportait plus de garantis qu’une démocratie naissante. Les élections détermineront en parti l’évolution de la note pour SP comme pour Fitch. En revanche de nouveaux sursauts politiques remettraient en cause cette note. C’est à dire que d’autres mouvements demandant plus de démocratie pourraient inciter à al revoir à la baisse. Comme le FMI, les agences de notation ont souvent l’audace de dicter la politique que doivent mener les pays.
Mais c’est surtout la politique économique qui les intéresse, c’est à dire la capacité à se plier aux exigences typiques que nous avons vues ci dessus. Si la Tunisie mène une politique mauvaise pour sa population mais bonne pour les investisseurs, la note augmentera. Dans le cas contraire la note baissera.
Les entreprises de notation préfèreront toujours une bonne dictature à une démocratie plus sociale. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas toujours suivre leurs recommandations. Surtout pour les couches les plus pauvres de la population. Un pays qui suit ces mesures verra sa fracture sociale s’accentuer, les pauvres s’appauvrir et les riches s’enrichir à mesure de leur collaboration avec les investisseurs.

Un atout majeur
Mais surtout la Tunisie possède un atout énorme : sa dette a été contractée par la dictature, elle peut faire reconnaître son illégitimité par la communauté internationale. Pour cela, il faut un audit mené par des économistes.
Si la lumière est faite sur la dette de Ben Ali ainsi que sur la responsabilité des financiers qui ont collaboré avec la dictature, alors il sera facile pour la Tunisie de faire annuler la part odieuse de sa dette.
Sa situation économique sera bien meilleure si la dette est annulée, et sa note montera forcément à terme.  
Surtout, il sera beaucoup plus facile pour la Tunisie de mener des politiques sociales. Le remboursement de la dette représente chaque année 5,6 fois le budget consacré à la santé.

Source : Actions solidaires internationales

28 ans aprés le massacre de Sabra et Chatila : l'histoire de Mounir

De multiples témoignages sur cette horreur ont été donnés depuis 30 ans par les survivants du massacre de Sabra et Chatila perpétré en septembre 1982. D’autres éléments surgissent parfois par pur hasard car la plupart des témoins potentiels ont péri dans le massacre. D’autres témoins oculaires commencent à peine à émerger d’un traumatisme profond ou d’un silence volontaire. Certains témoignages seront partagés ce mois-ci par des survivants du massacre du camp de Chatila. Ils s’assoiront avec les visiteurs étrangers sans cesse plus nombreux qui viennent chaque année pour commémorer l’un des crimes les plus horribles du 20eme siècle.

Chaque témoignage est unique
Zeina, une jolie femme d’une quarantaine d’année, amie de la famille de Mounir, a demandé l’autre jour à un étranger : « 28 ans déjà ? J’ai l’impression que c’était l’année dernière, lorsque mon mari Hussam et nos deux filles, Maya, 8 ans, et Sirham, 9 ans, ont quitté notre maison de deux pièces pour aller chercher de la nourriture parce que l’armée israëlienne avait imposé un blocus au camp de Chatila depuis près de deux jours et peu de gens à l’intérieur du camp en avaient encore. Aujourd’hui encore, je prie et j’attends leur retour. »
Dans le camp de réfugiés palestinien de Chatila et autour de l’abri d’Abu Yassir, les impacts de balles sont encore visibles dans la partie inférieure des 11 « murs de la mort » où une partie du sang séché imprègne le mortier. Un vieux monsieur, Abu Samer, a encore quelques souvenirs des pistolets automatiques américains munis de silencieux et quelques couteaux et haches accrochés à la ceinture de certains tueurs tandis qu’ils tiraient en silence, découpaient, charcutaient tous ceux qu’ils croisaient depuis environ 18h, ce Jeudi 16 septembre 1982. Ces armes avaient été un cadeau du Congrès US à Israël, et elles ont ensuite été remises, avec des drogues et de l’alcool et autres « équipement de maintien de l’ordre », par Ariel Sharon aux assassins de son « armée la plus morale du monde ».

Plus tôt cette année, un des assassins de la milice Numour al-Ahrar (Tigres des Libéraux), la branche armée du parti de droite libanais Parti Libéral National, fondé par l’ancien président libanais Camille Chamoun, a nonchalamment admis que « parfois nous employions ces accessoires pour avancer en silence dans les allées de Chatila pour ne pas provoquer une panique inutile pendant notre travail. » La milice des Tigres, une des cinq unités d’assassins chrétiennes, était appuyée à l’intérieur de camps de Chatila par deux douzaines d’agents du Mossad israélien et dirigée par le propre fils de l’ancien président, Dani Chamoun.
Aucun signe ou plaque commémorative ne rappelle les événements qui se sont déroulés à cet endroit.
Le monde a appris le massacre de Sabra et Chatila le dimanche matin, le 19 septembre 1982. Des photos, dont de nombreuses sont désormais disponibles sur Internet, ont été prises par des témoins tels que Ralph Schoenman, Mya Shone, Ryuichi Hirokawa, Ali Hasan Salman, Ramzi Hardar, Gunther Altenburg, et le personnel de l’hôpital « Gaza et Akka Palestine Red Crescent Society (PRCS) », et conservent les sordides souvenirs profondément enfouis dans les mémoires des survivants.

La commission israélienne Kahan, cinq mois plus tard et dans son rapport du 7 février 1983, a lavé Israël de toute responsabilité en qualifiant à plusieurs reprises le massacre de « guerre ».
Zeina m’a entraîné dans une allée étroite qui part de sa maison jusqu’au mur de 3 x 8 mètres de la maison de sa soeur, tout en aspergeant le chemin avec un aérosol. Elle s’est excusée pour l’aérosol en disant qu’on pouvait encore sentir l’odeur du massacre qui s’était déroulé ici il y a 30 ans.
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas l’emplacement du camp de réfugiés de Chatila à Beyrouth, ce « mur de la mort » particulier est situé en face de l’hôpital PRCS Akka, resté en l’état après des années sans financement ou soutien suffisant d’ONG. Pour localiser les 11 « murs de la mort » il faut l’aide des quelques vieux Palestiniens qui vivent encore dans le quartier. Ils font partie de ceux qui vivent encore sur la scène des massacres et qui se souviennent encore des détails. Certains fournissent des portraits détaillés de certaines victimes du massacre, comme s’ils espéraient leur redonner un semblant de vie, en décrivant souvent un trait de caractère ou le nom de leur village natal en Palestine.

« Un garçon gentil qui adorait ses frères aînés Mutid et Bilal ».
Zeina se souvient que Mounir Mohammad avait 12 ans le 16 septembre 1982, et qu’il était un élève à l’école du camp de Chatila, appelée Jalil (Galilée). Pratiquement toutes les 75 écoles de l’UNRWA (Nations Unies) qui existent encore au Liban, comme d’autres institutions palestiniennes, portent le nom d’un village ou d’une ville de la Palestine occupée. Souvent elles portent le nom d’un village qui n’existe même plus, car ce dernier fait partie des 531 villages rasés par les colonisateurs sionistes pendant et après la Naqba (« Catastrophe ») de 1947-48.
Zeina se souvient qu’il était tard ce jeudi après midi du 16 septembre, et que le bombardement israélien s’était intensifié. L’objectif était de pousser les habitants du camp dans les abris que les services de renseignent israéliens - qui s’étaient présentés la veille dans trois véhicules blancs en se faisant passer pour des « membres d’ONG » - avaient identifiés et localisés sur leurs cartes. Certains résidents, croyant avoir affaire à des humanitaires venus leur porter secours avaient même révélé leur cachettes secrètes. D’autres, qui avaient connu les abris surpeuplés pendant la précédente campagne israélienne de bombardements aveugles du camp qui a duré 75 jours - opération baptisée « Paix en Galilée » - ont suggéré aux « humanitaires » que les abris avaient besoin d’une meilleure ventilation et que peut-être que les visiteurs pouvaient les aider.

Selon Zeina, les agents israéliens ont rapidement dessiné l’emplacement des abris et les ont marqué d’un cercle rouge puis sont retournés à leur QG qui était situé à moins de 70 mètres sur une élévation de terrain au sud-est du camp de Chatila, encore connue sous le nom de « Turf Club Yards ». Aujourd’hui encore, cette zone sablonneuse contient trois fosses où, selon la regrettée journaliste américaine Janet Stevens, sont enterrés quelques centaines de cadavres qui n’ont jamais été retrouvés parmi les plus de 3000 victimes du massacre. Janet a émis l’hypothèse qu’un deuxième massacre de Sabra et Chatila a eu lieu le dimanche matin 19 septembre, un massacre qui a suivit le premier et qui fut dirigé depuis le QG Israélo-phalangiste connu sous le nom du stade Cite Sportiff situé de l’ouest du camp de Chatila,. Tandis que les soldats israéliens prenaient en charge les Palestiniens survivants que les phalangistes leur remettaient, des camions entraient dans la stade chargés de centaines d’habitants du camp qu’on emmenait vers un « centre de rétention ».
Des proches qui sont restés à l’extérieur ont entendu des salves de coups de feu et des hurlements à l’intérieur du stade. Quelques heures plus tard, les mêmes camions ont été aperçus qui s’éloignaient vers une destination inconnue et dont la cargaison était dissimulée par des bâches.
Une habitante du camp, Mme Sana Mahmoud Sersawi, fait partie des 23 personnes qui ont porté plainte en Belgique contre Ariel Sharon (plainte actuellement en sommeil mais pas enterrée), explique :
« Les Israéliens qui étaient postés devant l’ambassade du Koweit et la station service Rihab benzene à l’entrée du camp de Chatila nous ont ordonné par hauts-parleurs de sortir. C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés entre leurs mains. Ils nous ont emmené au Cite Sportiff, et les hommes marchaient derrière nous. Puis ils ont enlevé leurs chemises et ont commencé à leur bander les yeux. Les israéliens ont interrogé les plus jeunes et ensuite les phalangistes ont livré encore 200 personnes aux Israéliens. C’est là que mon mari et le mari de ma soeur ont disparu. »
Le journaliste Robert Fisk et d’autres qui ont enquêté sur ces événements, se rejoignent pour dire que les massacres se sont poursuivis pendant encore 24 heures après le samedi matin, 8 heures, heure à laquelle la Commission Kahan, qui a refusé de faire témoigner des Palestiniens, a déclaré que les Israéliens avaient mis fin aux massacres.
Des témoins oculaires ont aussi déclaré que les « humanitaires » décrits par Zeina ont transmis les descriptions et emplacements des abris aux espions de l’armée libanaise Elie Hobeika et Fadi Frem ainsi qu’à leur allié, le major Saad Haddad de l’armée du Sud Liban, alliée d’Israël. Le jeudi soir, Hobeika, commandant de facto depuis l’assassinat la semaine précédente du dirigeant phalangiste et président élu Bashir Gemayel, a dirigé lui-même un des escadrons de la mort qui opérait à l’intérieur de la zone Horst Tabet prés de l’abri d’Abu Yassir.
C’est dans 8 de ces abris localisés et marqués par les Israéliens (sur les 11 que comportait le camp) que les premières victimes ont été promptement et méthodiquement massacrées. Parce que peu de crimes sont parfaits, y compris les massacres, les tueurs n’ont pas réussi à trouver 3 abris. Un de ces abris n’était qu’à 25 mètres de celui d’Abu Yassir. A part ceux qui étaient réfugiés dans ces 3 abris, il n’y a pratiquement eu aucun survivant à Chatila.
Le journaliste américain David Lamb a écrit sur la première nuit de boucherie et les « murs de la mort » :
« Des familles entières ont été exécutées. Des groupes composés de 10-20 personnes étaient alignés contre des murs et abattus. Des mères sont mortes en serrant leurs bébés dans les bras. Tous les hommes avaient apparemment été abattus dans le dos. Cinq adolescents en age de combattre furent traînés dans les rues derrière un camion avant d’être abattus. »
Vers 8 heures du soir, le 18 septembre, Mounir Mohammad est entré dans l’abri bondé d’Abu Yassir, en compagnie de sa mère Aida et ses frères et soeurs, Iman, Fayda, Mufid et Mu’in. Il était courant de céder les rares places dans les abris en priorité aux femmes et aux enfants, tandis que les hommes tentaient leur chance à l’extérieur alors que le massacre se déroulait. Mais quelques hommes sont entrés dans les abris pour tenter de calmer les jeunes enfants.
« Si l’un d’entre vous est blessé, nous vous emmènerons à l’hôpital ».
Mounir se rappelle de cette nuit : « Les tueurs sont arrivés à la porte de l’abri et ont hurlé pour faire sortir tout le monde. Les hommes qu’ils trouvaient étaient alignés contre le mur à l’extérieur. Ils étaient immédiatement abattus à la mitraillette. » Tandis que Mounir regardait, les tueurs sont partis tuer d’autres groupes puis sont soudainement revenus et ont ouvert le feu sur tout le monde, et tout le monde est tombé. Mounir est resté couché sans bouger, ne sachant pas si sa mère et ses soeurs étaient encore en vie. Puis il a entendu les tueurs hurler : « Si l’un d’entre vous est blessé, nous vous emmènerons à l’hôpital. Ne vous en faites pas. Levez-vous et vous verrez. » Quelques-uns ont tenté de se lever ou ont poussé un gémissement et ils ont été immédiatement abattus d’une balle dans la tête.
Mounir se souvient : « Même si le camp était éclairé par les torches israéliennes, les tueurs avaient des lampes puissantes pour fouiller dans les coins sombres. Les tueurs cherchaient dans les coins sombres. ». Soudain, le corps de sa mère a bougé dans la pile de corps qui l’entourait. Mounir lui a murmuré « ne te lève pas, mère, ils mentent » Et Mounir est resté immobile toute la nuit, osant à peine respirer, faisant semblant d’être mort.
Mounir ne pouvait oublier les paroles des tueurs. Des années plus tard, il les répéterait à un interviewer tandis qu’ils passaient devant la cimetière de Chatila appelé la Place des Martyrs. « Après qu’ils aient tiré sur nous, nous étions tous par terre, et eux ils allaient et venaient et ils disaient « si quelqu’un est encore en vie, nous aurons pitié et nous l’emmènerons à l’hôpital. Allez, vous pouvez nous faire confiance. » Si quelqu’un gémissait ou disait qu’il avait besoin d’une ambulance, il était abattu sur place. Ce qui m’a perturbé n’était pas uniquement toute cette mort autour de moi. Je... ne savais pas si ma mère et mes soeurs et mon frère étaient morts. Je savais que la plupart de ceux autour de moi étaient morts. Et c’est vrai, j’avais peur de mourir. Mais ce qui m’a le plus perturbé, c’est qu’ils riaient très fort, se soûlaient et se sont amusés toute la nuit. Ils ont jeté des couvertures sur nous et nous ont laissé là jusqu’au matin. Toute la nuit (jeudi 16 septembre), je pouvais entendre les voix des filles en train de pleurer et de hurler. « Je vous en supplie, laissez-moi... ». Je ne sais pas combien de filles ils ont violées. Les voix des filles, leur peur et leur douleur, je ne pourrais jamais les oublier. »
Dans le film « Massaker » de 2005 de l’allemande Monika Borgmann, une demi-douzaine d’assassins de la milice confessent avec la même désinvolture. Un d’eux opine : « Pendu ou fusillé, vous ne faites que mourir. Mais comme ça, on en prend deux fois plus. » Il explique alors comment il a attrapé un vieux Palestinien et l’a collé contre un mur, puis il l’a charcuté au couteau, en l’ouvrant en croix. « Ainsi, vous mourrez deux fois, la première par la peur, » a-t-il dit avec désinvolture tout en décrivant la chair blanche et les os comme s’il attendait d’être servi dans une charcuterie.

Les tueurs ont aussi expliqué comment ils se sont lancés dans une course contre la montre pour se débarrasser d’un maximum de cadavres avant l’arrivée des médias. Un d’entre eux a témoigné comment l’armée israélienne leur avait fourni de grands sacs poubelles pour les cadavres. Un autre a avoué qu’ils ont forcé des gens à monter dans des camions militaires qui les ont emportés à Cite Sportiff où ils ont été tués. Puis ils ont utilisé des produits chimiques pour faire disparaître de nombreux cadavres. Plusieurs ont révélé que des officiers israéliens s’étaient consultés avec les dirigeants des milices à Beyrouth, la veille du massacre.

Une haine qui perdure
Encore aujourd’hui, le Hurras al-Arz (Gardiens des Cèdres) se vante de son rôle dans le carnage. Moins de deux semaines avant le massacre, le parti a lancé un appel pour la confiscation de tous les biens au Liban appartenant à des Palestiniens, l’interdiction pour eux de posséder une maison et la destruction de tous les camps de réfugiés.
La déclaration du parti du 1er septembre 1982, déclare : « Il faut prendre des mesures pour réduire le nombre de réfugiés palestiniens au Liban, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun Palestinien sur notre sol. »
En 1982, certains partis politiques parlaient des Palestiniens comme de « microbes qui doivent être exterminés » et on pouvait lire sur les murs des graffitis tels que « le devoir de tout Libanais est de tuer un Palestinien » - la même haine qui est couramment exprimée aujourd’hui dans la Palestine occupée par les colons, les rabbins et les politiciens extrémistes.
L’appel des « Gardiens » pour une interdiction aux Palestiniens de posséder des biens a été concrétisé en 2001 par une loi rédigée par l’actuel ministre du Travail libanais qui a promis le 1er septembre 2010 que « le Parlement ne permettra jamais aux réfugiés palestiniens de posséder des biens. »
L’état d’esprit qui a permis le massacre de Sabra et Chatila en 1982 est pratiquement le même en 2010, tandis que le Liban refuse de céder aux appels de la communauté internationale d’accorder aux survivants des massacres leurs droits civiques élémentaires. Certains, qui ont examiné les sites internet en Arabe et observé les rassemblements des partis politiques impliqués dans les massacres de 1982, affirment qu’aujourd’hui le langage de haine est pire encore et qu’il est employé pour forcer le Parlement à nier les droits civiques aux Palestiniens.
Dans le mois qui a suivi le massacre de 1982, le Dr. Paul Morris, un britannique, a soigné Mounir à l’hôpital Gaza, à environ un kilomètre au nord de l’abri d’Abu Yassir, et il a gardé le jeune homme en observation. Le Dr Morris a confié au chercheur Bayan Nuwayhed al Hout ( dans le livre « Sabra and Shatila : September 1982 », Pluto Press, Londres, 2004) que Mounir « souriait de temps en temps, mais ne réagissait pas spontanément comme les autres enfants de son age, sauf à de rares occasions. » Puis le docteur a frappé du poing sur la table, et a dit « il faut sauver ce garçon. Il doit quitter le camp, ne serait-ce que le temps de récupérer. »

Lorsque al Hout a demandé à Mounir s’il envisageait un jour de prendre les armes pour se venger, le pré-adolescent a répondu « Non. Non. Jamais je ne me vengerais en tuant des enfants. Comme eux ils nous ont tué. Qu’est-ce que les enfants ont fait de mal ? »
Le frère de Mounir, Mufid, 15 ans, était parmi les premiers à entrer dans l’abri d’Abu Yassir, mais il est parti et a réapparu à l’hôpital Akka avec une blessure par balle. Après avoir reçu un pansement, il est reparti pour chercher un refuge et sa famille. On ne l’a plus jamais revu. Pendant longtemps, Mounir n’arrivait même pas à prononcer son nom.
Selon les habitants du camp, le frère aîné de Mounir, Nabil, 19 ans, était en age de combattre et par conséquent aurait été abattu sur le champ. Conscient de cela, le cousin de Nabil et la femme du cousin se sont enfuis avec lui alors que le bombardement israélien redoublait d’intensité et que les habitants signalaient des tueries. Les trois ont réussi à éviter les balles des tireurs embusqués et ont trouvé refuge dans une maison de soins où travaillait sa mère. Comme Mounir, Nabil apprendrait plus tard que toute sa famille avait péri.

Post-scriptum
A présent, Mounir et Nabil vivent aux Etats-Unis et mènent des vies relativement « normales », si on considère l’horreur qu’ils ont vécu à Sabra et Chatila. Mounir et Nabil font honneur à Chatila, à la Palestine et à leur pays d’adoption. Ils vivent près de Washington DC. Mounir est marié et travaille. Nabil se consacre à militer pour la paix et la justice au Moyen Orient au sein d’une ONG. Les deux retournent régulièrement à Chatila.
D’autres vivent aussi des vies apparemment « normales ». Ce sont les six tueurs des milices « chrétiennes » qu’on voit dans le film « Massaker » de Borgmann. « Ils mènent tous une vie normale. Un d’entre eux est chauffeur de taxi » explique Borgmann.
Il est bien connu que les massacres de Sabra et Chatila constituent sans aucun doute des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et un génocide. Chaque assassinat constitue une violation du droit international tel que défini par la Quatrième Convention de Genève, par la Loi Coutumière Internationale et le Jus Cogens (Le jus cogens regroupe les normes impératives de droit international général. Cf Wikipedia – NdT) Pour des crimes similaires, on a vu les inculpations d’officiels Rwandais, de l’ancien président du Chili Augusto Pinochet, l’ancien président du Tchad Hissein Habre, l’ancien président Serbe Milosevic, Taylor du Liberia et Bachir du Soudan.

Personne n’a été puni ni même fait l’objet d’une enquête pour les massacres de Sabra et Chatila. Le 28 mars 1991, le parlement libanais a rétroactivement exempté les tueurs de toute responsabilité pénale. Cependant, cette mesure n’a aucune valeur devant le droit international et la communauté internationale a l’obligation légale de punir les coupables. Les victimes et leurs familles ainsi que pratiquement toutes les organisations de défense des droits de l’homme s’opposent avec fermeté à une amnistie générale pour les tueurs. Ils affirment que 1991 viole la constitution du Liban, ainsi que le droit international et promeut l’impunité pour les auteurs de crimes abjects.
C’est précisément pour rendre justice aux victimes de tels crimes que la Cour Pénale Internationale a été constituée. La CPI doit s’atteler à la tâche sans plus tarder et toutes les personnes de bonne volonté doivent encourager le Liban d’accorder aux survivants du massacre et Sabra et Chatila leur droits civiques élémentaires.

Franklin Lamb
investig'Action michelcollon.info