samedi 7 mai 2011

Un vent nouveau souffle sur le monde arabe

06 mai 2011
Amman – Au cours de ces cinq dernières années, les Américains et leurs alliés nous ont souvent parlé d’un nouveau Moyen-Orient, tel qu’ils le percevaient. Ce qui se passe en ce moment dans le monde arabe est bien nouveau mais ce nouveau souffle émane des Arabes. Ce changement positif a commencé en Tunisie pour s’étendre ailleurs. Jusqu’où cela ira ? Nous ne le savons pas encore.
Bien que ce nouveau souffle dans le monde arabe ne soit pas encore bien défini, et que le Bahreïn, la Libye, la Syrie et le Yémen soient encore en proie à de terribles violences, un changement est en cours. On le voit au niveau de l’économie, de la politique et de la réaction des gouvernements face aux demandes de leurs citoyens ; la voie s’ouvre pour une vraie démocratie dans les pays arabes où les révoltes ont abouti.
C’est l’idée de se sacrifier pour les autres qui est à l’origine de ce vent nouveau. Tout a commencé quand Mohamed Bouazizi , simple citoyen tunisien, s’est immolé par le feu. Son acte est devenu alors le symbole de la révolution et continue d’être le cri de ralliement de milliers d’autres citoyens arabes, qui manifestent dans les rues, jour après jour, pour réclamer le changement. Ces manifestants sont tout à fait conscients des dangers qu’ils courent mais prennent tout de même le risque de se faire arrêter ou de se faire tirer dessus. Ils savent qu’en se sacrifiant, ils feront gagner à d’autres la dignité et la liberté.
La notion de respect, c’est ce qui ressort principalement de ce nouvel état d’esprit arabe. Les manifestants égyptiens de la Place Tahrir ont nettoyé les lieux derrière eux pour montrer qu’ils respectaient leur environnement. Cette idée de respect s’étend ensuite aux autres ; l’illustration évidente en est la barrière humaine formée par les Egyptiens chrétiens pour protéger les manifestants musulmans contre tous ceux qui s’attaquaient à eux. Il faut rappeler qu’avant la révolution, des musulmans avaient fait preuve de la même solidarité, en défendant une église chrétienne et ses occupants contre d’éventuelles attaques.
En Libye et au Yémen, les chefs tribaux ont abandonné leurs armes par respect pour la nature pacifique des manifestations auxquelles ils participent. Traditionnellement, ces hommes portent toujours une arme - un pistolet ou un petit sabre - en symbole de leur virilité. Mais à l’occasion des rassemblements de ces derniers jours, ils ont laissé leur arme de côté en signe de paix et de respect pour les autres manifestants.
Ce qui frappe le plus dans le changement en cours dans le monde arabe, ce sont les efforts que les gouvernements déploient particulièrement dans le domaine de la loi et de la constitution.
L’Egypte s’est dotée d’une constitution temporaire qui contient 62 articles, dont huit proviennent de la constitution de 1971, ceux-ci ont été amendés suite au référendum du 19 mars. Un article prévoit la réduction du mandat présidentiel de six à quatre ans. En Tunisie, les gens éliront une assemblée le 24 juillet prochain en vue d’une réforme constitutionnelle. Le souverain marocain Mohammed VI a quant à lui, déclaré qu’il renoncerait à son droit de désigner le premier ministre ; celui-ci sera désormais nommé par le parlement.
Les changements économiques et sociaux reflètent aussi la transformation qui est en train de se produire dans le monde arabe. Pour éviter les manifestations, les autorités de certains pays ont décidé d’améliorer les conditions de vie de leurs citoyens.
En Arabie saoudite, tous les fonctionnaires ont vu leur salaire augmenter et le salaire minimum a été fixé à 800 dollars US par mois, la notion de salaire minimum n’existant pas jusque-là. À l’instar d’autres pays qui ont fait des efforts de ce genre, l’Arabie saoudite essaie de maintenir le statu quo au moyen de ce type de changements. Même si ce sont là des initiatives positives, il faudrait passer à des mesures plus significatives permettant une vraie évolution vers un système politique démocratique.
Enfin, ce nouveau souffle a montré que la société arabe dans son ensemble croie en sa jeune génération et en son aptitude à diriger la révolution et reconnaît ses mérites. Cette reconnaissance des jeunes vient après de longues années de marginalisation, durant lesquelles on pensait que ces derniers ne s’intéressaient qu’à leurs petits problèmes - leurs histoires de cœur et l’Internet. En réalité, les pays qui ont été au cœur de ces révolutions s’y réfèrent en employant l’expression : « révolutions de la jeunesse ».Un vent nouveau souffle sur le monde arabe et c’est un vent de démocratie.
Mahmoud Amin Hishmeh

Source : Service de Presse de Common Ground (CGNews)

AL DJAZEERA,LA FIN D'UN REVE !

Depuis son ouverture au milieu des années 90, la chaîne qatarie « Al Jazzera » a constitué un événement dans les médias arabes, noyés de discours officiels lénifiants et insipides. Si, au début, nul ne parvenait à la situer politiquement, car sa carte de visite consistait à dire qu’elle a carte blanche sur tous les sujets, sauf concernant la situation au Qatar, la chaîne a vite gagné ses galons à partir de la guerre américaine en Afghanistan puis de l’invasion américaine en Irak en 2003, où elle essayait une version des faits plus proche de la réalité islamique et arabe que les autres médias arabes et occidentaux.

Pour Nous Arabes, « Al Jazeera » est devenue une référence pendant la guerre israélienne de 2006 et pendant l’attaque contre Gaza en 2009. Mais au fur et à mesure que les positions se radicalisaient dans la région et que le plan israélo-américain se précisait, la chaîne si prisée a commencé à perdre son aura d’espace d’expression objective et professionnelle.
Tout a commencé en fait avec le déclenchement de la révolution populaire en Egypte et sa façon de mettre en avant certains des insurgés au détriment des autres, ainsi que son insistance à transformer le cheikh Kardaoui en véritable inspirateur de la révolution, alors qu’il s’y est rallié en retard et qu’il n’a cessé de tenir un langage confessionnel, loin des idéaux des insurgés. Les téléspectateurs fidèles de la chaîne, soucieux d’une information crédible et objective ont commencé à avoir des doutes, vite confirmés par la couverture de la chaîne des événements de Bahrein.
Alors qu’en Egypte et en Tunisie, « Al Jazeera » faisait une couverture « non stop », là il n’y avait plus moyen de savoir ce qui se passait véritablement, la chaîne faisant une couverture assez maigre de la situation à Bahrein, et ouvrant surtout sa tribune aux proches du pouvoir et à la thèse officielle.
Pourquoi les insurgés de Bahrein, qui constituent certainement l’opposition arabe la plus pacifiste n’avaient-ils pas droit à la neutralité, si ce n’est à l’appui, d’« Al Jazeera » ? En quoi étaient-ils moins intéressants, et leurs revendications moins justifiées que celles des autres insurgés arabes ? Les journalistes qui nous avaient habitués à une liberté de ton à l’égard des dirigeants, sont soudain devenus obséquieux avec les représentants du pouvoir à Bahrein et agressifs avec les rares représentants de l’opposition de Bahrein, qui, rapidement, n’ont plus eu voix au chapitre.
D’ailleurs, depuis quelques semaines, les événements de Bahrein, la destruction des mosquées, l’invasion des hôpitaux, les arrestations des opposants et des notables d’une confession déterminée n’intéressent pas « Al Jazeera », qui préfère consacrer son temps à appuyer l’opposition en Syrie et à inciter la population contre le régime là bas,(...).
Cheikh Kardaoui y a été de son discours incitant à la discorde confessionnelle, largement diffusé pare la chaîne, alors que les présentateurs des nouvelles passent leur temps à pousser les opposants à descendre dans la rue et à ne pas céder au régime.
Des films, soi-disant, de la répression sont diffusés en boucle et des informations basées sur « les témoignages de témoins oculaires » sont sans cesse évoqués. Or, les témoins oculaires n’ont aucune valeur en langage journalistique. « Al Jazeera » qui a fondé un institut pour apprendre le journalisme d‘investigation aux médias arabes le sait mieux que les autres, elle qui se veut un maître en matière d’exigence de crédibilité et de sérieux. Mais voilà, lorsqu’il s’agit de Bahrein ou de Syrie, la chaîne oublie son professionnalisme et son souci de vérité. En réalité, les masques sont aujourd’hui tombés : « Al Jazeera » ne défend que ce qui arrange ses « parrains » et finalement le plan américain. Le but est pour elle d’attirer le maximum de téléspectateurs, d’asseoir sa crédibilité et de commencer ensuite à influer sur les esprits arabes perturbés par cet emballement de l’Histoire.
Désormais, peu importe aux journalistes les morts qui tombent de façon atroce à Bahrein, les islamistes qui tuent les forces de l’ordre en Syrie et qui complotent contre un régime qui a su résister à toutes les pressions occidentales, la grandeur « d’Al Jazeera » est tombée aux portes de Bahrein et de Syrie. Le grand rêve d’un média arabe libre et défendant les aspirations réelles des peuples, au lieu de reproduire les thèses occidentales, est tombé aux portes de la Syrie et de Bahrein, en attendant que son manque d’objectivité se confirme dans d’autres pays. La méthode était pourtant subtile : gagner les esprits arabes épris de liberté et de dignité en couvrant les agressions israéliennes contre le Liban et la Palestine, avant de profiter de la brèche des aspirations arabes pour défendre discrètement les plans américains de déstabilisation de la région. Heureusement, ces manœuvres ne passent plus. Tant pis pour ce rêve-là. D’autres médias reprendront le flambeau et la résistance aura le mot de la fin.
Soraya Helou
source : Moqawama

LA SITUATION EN SYRIE,LA MANIPULATION DE L'OPINION EST A L'OEUVRE !

Quand un conflit se profile, la manipulation de l'opinion est à l'œuvre. De Syrie, nous recevons des témoignages mettant en doute la version que les médias imposent depuis plusieurs semaines. Voici des extraits de celui de Agnès-Mariam de la Croix. Elle travaille en Syrie à la réhabilitation d'un lieu de culte chrétien. Avec les membres du monastère, elle participe au réseau local et régional de la communauté.

Un nouveau-né très médiatisé
Les manifestations qui ont commencé en Egypte pour atteindre le Yémen, le Bahreïn, la Jordanie, la Libye et la Syrie sont acclamées et favorisées dans les médias mondiaux comme des mouvements légitimes et spontanés. Quoi de plus louable et digne de sympathie que des foules qui réclament la liberté, la démocratie et le changement constructif au sein de leurs pays respectifs dont les monarchies vétustes sont toutes tyranniques et corrompus ?
On nous annonce avec fracas qu’un enfant vient de naître des cendres de l’arabisme moribond : il s'appelle Révolution. Le nouveau-né a été déclaré enfant légitime de la communauté internationale alignée. Pour asseoir sa légitimité, il a eu pour témoins les cousins princiers du Golfe, Qatari en tête. Attendrie par sa naissance, la communauté internationale s’engage à le protéger contre tout mal, même au prix d’une ingérence qui sera, toujours dans son cas, strictement humanitaire. (...) Autour de son berceau une nouvelle arabophonie voit le jour en un phénomène médiatique nouveau.
Ce qui nous pose problème n’est pas le phénomène des manifestations contre les régimes de notre région mais le timing, et l’accompagnement tendancieux qui est réservé à ces dernières de la part des chaînes satellitaires, en coordination parfaite avec certains gouvernements.

Al Jazzirah, huée par les forces de la coalition en Iraq mais transformée aujourd’hui en porte-parole international des valeurs du nouveau Moyen-Orient.
Al Arabiyah, qui s’exprime au nom de la liberté à partir du fief de la plus grande théocratie arabe en Arabie Saoudite.
Al Hurra, née des cendres du régime de Saddam Hussein par insufflation de Washington. CNN, le vétéran de la guerre du Golfe, la très royale BBC News, France 24, à peine adoubée, dans leurs versions internationale et arabe. (...)

Notre expérience en Syrie
Tant que l’information ne nous concernait pas, nous ingurgitions passivement les nouvelles savamment orchestrées des autres pays en souffrance. Mais, lorsque il s’est agi des évènements en Syrie, nous avons commencé à nous rendre compte que ces chaînes n’informent pas. Elles cherchent à infléchir le cours des évènements par des moyens virtuels perfectionnés. Ce faisant, elles représentent un totalitarisme d’un type nouveau qui manipule l’opinion publique.

Il nous a été aisé de découvrir que les données médiatiques sont soumises à un subtil filtrage qui fausse leur sens. On les traite d’une manière sélective pour aboutir à une image donnée de la situation et, ce qui est pire, l’orienter insidieusement dans un sens voulu.
Par exemple : une nouvelle « source » de renseignements pour ces chaines est qu’elles quémandent les messages MMS. Ces messages téléphoniques sont souvent l’unique source d’information visuelle ou sonore pour retransmettre ce qui se passe. Nos jeunes ont été sollicités, par des SMS ou par des mails, à envoyer ces documents aux chaînes avec, en contrepartie, une rémunération financière promise.
Ainsi, tout et n’importe quoi est offert sur ce marché dérisoire de l’information. Un de nos contre-maîtres m’a montré un vidéo-clip local réalisé par des jeunes syriens pour illustrer une chanson arabe. On y voit une bande de jeunes habillés de noir circulant armés dans des voitures décapotables. A notre grande stupéfaction, cette même vidéo a été montrée sur la chaîne Al Jazeera comme étant la preuve de l’arrogance des services secrets syriens !
Comme cela a été attesté sur l’excellent Blog Syria Comment de Joshuah Landis, on arrive à transmettre le contraire de ce qu’attestent les personnes interviewées. Le Colonel Uday Ahmad témoigne qu’il roulait avec son beau-frère le colonel Yasir Qash’ur sur l’autoroute près de Banyas, le 10 avril dernier, lorsque des tirs les ont pris en chassé-croisé et ont tué sur le coup Qash’ur et huit autres soldats. A qui voulait l’entendre, le Colonel Uday a affirmé qu’ils n’avaient pas été tués par l’armée, mais dans un guet-apens d’inconnus. On lui a fait dire le contraire.

De même, sur ce blog, on fait état du journal anglais The Guardian qui assure que des soldats syriens avaient été fusillés parce qu’ils refusaient de tirer sur la foule et se réfère à une vidéo sur YouTube où, en réalité, l’intervieweur harcèle un soldat blessé pour lui arracher l’aveu qu’il avait refusé de tirer sur les gens. Question : quand vous n’avez pas tiré que s’est-il passé ? Le soldat ne comprend pas la question parce qu’il venait de dire qu’il n’avait pas reçu des ordres pour tirer sur les gens, aussi répond-t-il : « Rien, les tirs ont commencé de toutes les directions ». L’intervieweur répète sa question d’une autre manière en demandant : « Pourquoi tiriez-vous sur nous, des musulmans ? ». Le soldat lui répond : « Je suis aussi un musulman ». Alors l’intervieweur lui demande : « Pourquoi alors alliez-vous tirer sur nous ? », et le soldat de répondre : « Nous n’avons pas tiré sur les gens, on nous a tiré dessus depuis le pont ».Non seulement ces soldats sont les cibles de mercenaires, mais les médias s’évertuent à en faire des bourreaux !

Des ingérences étrangères dans les évènements

Quel zèle haineux a soudainement envahi les rédactions des médias pour qu’ils puissent à ce point mentir dans l’agencement de l’image et du son ? En campagne au nom de la liberté, les voici qui commencent par nous imposer un totalitarisme de l’opinion qui surpasse en efficacité celle des pires régimes d’antan. Il est décrété que les peuples arabes doivent se révolter et changer de régime à l’aveuglette et à n’importe quel prix. Il est clair qu’on cherche à créer un vide sécuritaire et à affoler l’habitant. Parallèlement les médias soufflent sur le feu pour l’amener au paroxysme. Ces agissements sont loin de la déontologie journalistique, ils sont manipulateurs, ils devraient être stigmatisés.
Alix Van Burren, reporter vétéran de
La Repubblica, est à Damas et il a envoyé un rapport sur le rôle possible d’agitateurs à la solde de Khaddam à Banyas. Dimanche, deux personnes de l’entourage de l’ex-vice président ont été arrêtées. Des membres d'associations des droits de l’homme ont confirmé qu’ils étaient en train de semer le trouble en distribuant de l’argent et des armes. Haytham al Maleh, de l’opposition, a été le plus explicite à montrer du doigt l’interférence des gens de Khaddam qui « joue avec le sang des innocents » dans et autour de Banyas. Il a aussi mentionné les chiens galeux, loyaux de Rifa’t al Assad, oncle mafieux et déchu de Bashar El Assad. Ces gens, d’après la Repubblica, sont actifs sur la côte entre Tartous et Lattaquieh.
Depuis l’assassinat de Rafic Hariri au Liban, son fils Saad qui accuse la Syrie d’avoir commandité le meurtre cherche à affaiblir le régime, voire à l’éradiquer par tous les moyens. La semaine passée nous avons lu dans Wikileaks que ce même Saad Hariri avait demandé aux USA de mettre fin au régime de Assad stipulant que Khaddam et les Frères Musulmans, aidés de Hikmat Al Shebahi, pourraient remplir le vide occasionné. Depuis quelques années, nous savons que des armes passent par les montagnes qui nous entourent, limitrophes avec le Liban, difficilement contrôlables. Pas plus tard qu’hier un tracteur a été intercepté contenant des armes,
(...) 

Un dialogue serein entre les diverses composantes de la Syrie
Jamais une ingérence étrangère ne pourra remplacer le dialogue dans une famille, une région ou une nation.

Un changement réalisé par la force coûtera cher laissant présager le pire des scénarios à l’avenir. C’est l’inconnu et l’horreur du vide, même si les médias et leurs distingués invités semblent confiants dans l’avenir et pressent vers la déstabilisation du régime. Sous cette angle les protestations violentes nuisent à la cause de la vraie réforme.
Notre désir est que l’on cesse de mettre de l’huile sur le feu et nous opposer aux formes dévoyées de toute ingérence tendancieuse qui ne peut qu’être intéressée, et ce faisant aveugle et insensible au bien de la patrie.

AGNES-MARIAM DE LA CROIX
Investig'Action


 

vendredi 6 mai 2011

DETTE TUNISIENNE : UN COMBAT NECESSAIRE !

Dans sa déclaration du 11 février au Forum social mondial à Dakar, l’Assemblée des mouvements sociaux affirme  : «  Nous continuons à nous mobiliser pour l’annulation inconditionnelle de la dette publique de tous les pays du Sud. Nous dénonçons également, dans les pays du Nord, l’utilisation de la dette publique pour imposer aux peuples des politiques injustes et antisociales  ».
Nous constatons que le montant prêté a été remboursé plusieurs fois et pourtant la dette continue de peser dans les budgets nationaux. En Tunisie comme ailleurs, le mécanisme de la dette siphonne la richesse en direction des créanciers c’est-à-dire des banquiers. C’est 750 Millions d’euros qui doivent être payés par le peuple tunisien en avril et septembre 2011en direction des banquiers qui ont soutenu Ben Ali.
Un audit, pourquoi ?
Le RAID CADTM Tunisie a lancé un appel pour qu’il y ai un audit sur la dette et que chaque détail soit examiné. Pour que la partie de la dette qui n’a profité qu’au régime de Ben Ali et à l’achat d’arme ne soit pas remboursé. C’est le principe juridique de la « dette odieuse ». La Tunisie peut réclamer et mettre en place cet audit, et ainsi faire reconnaître à la communauté internationale l’illégalité d’une partie de sa dette.
En mettant en évidence la complicité de certains financiers avec la dictature, elle pourra ainsi demander légitimement l’annulation de la part odieuse de la dette. «  Si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’État, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’État entier […]. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation  ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir.  »
L’audit dira aussi quelle est la partie de la dette qui a servi au peuple tunisien. Cette part restera à payer par les tunisiens, puisqu’elle a servi à construire le pays.

La TAAC
La TAAC – Tunisian American Chamber of Commerce – la chambre de commerce tunisienne aux USA, a soumis une liste de neuf requêtes aux membres du congrès américain, parmi lesquelles l’annulation de la dette de la Tunisie.
 "Sur la question de la dette, Abdelmajid Bouabdallah affirme que le gouvernement américain est favorable de l’annulation. Ce patron d’un cabinet de conseil précise que la dette souveraine de la Tunisie s’élève à 20 milliards de dollars –produisant des intérêts s’élèvant à 5 milliards de dollars.
Rappelant que la part des USA dans cette dette n’est que de 2,3%, Noomane Fehri, président de la section britannique de l’ATUGE, que la TACC a appelé à l’annulation de la dette tunisienne parce qu’elle y voit un moyen pour les USA d’aider la Tunisie « sans faire payer le contribuable américain ». "

Quels sont les effets de la dette ?
En Europe c’est au nom de la dette que les gouvernements détruisent la protection sociale et les services publics. Dans le monde, cette dette permet au FMI de mener ses Plans d’Ajustement Structurels. Ces P.A.S. contiennent plusieurs mesures, dont la politique d’austérité, et sont imposés à cause de la dette.
Nous savons que la politique d’austérité réduit l’investissement de l’état pour le social et pour la population dans son ensemble. Elle est désastreuse pour les populations les plus pauvres. Or nous avons vu en France que ce sont les dépenses de l’état et l’ampleur des services publics qui permettent de résister à la crise.

Si l’on observe ces plans attentivement, on remarque que les autres mesures phares servent surtout à mettre les pays au service des intérêts étrangers :
  • Privatisation des entreprises d’État  : le but est de vendre ce qui est rentable pour diminuer l’endettement. Donc l’état vend ce qui lui permettrai de gagner de l’argent et verse directement le produit de cette vente aux investisseurs étrangers.
  • Augmentation des droits des investisseurs étrangers vis à vis de la loi : éviter que la loi favorise les investissements nationaux ou qu’elle pose des conditions légales à respecter par les investisseurs étrangers.
  • Diriger l’économie vers l’exportation et l’extraction des ressources : C’est très clair, le pays doit se mettre à extraire ses ressources pour les vendre à l’étranger, et à produire en direction du marché mondial. Surtout pas chercher à se construire lui-même. Pour équilibrer ses ventes le pays achètera sur le marché mondial.
  • Dévaluation de la monnaie : Les ressources extraites et les marchandises produites seront alors vendues moins chères sur le marché. Au profit des entreprises étrangères qui les achètent.
  • Libéraliser le commerce et les actions : éviter que l’état utilise des taxes et des lois pour protéger son marché. Ou que l’état profite de l’augmentation du commerce pour se financer. (et rembourser sa dette ?)
Un pays qui suit ces mesures à la lettre se retrouve esclave des investisseurs étrangers et du marché. Parce qu’elle n’a pas su annuler les dettes de la dictature puis s’est fait entrainer par les mesures du FMI, l’Argentine a plongé dans la faillite.

La note financière
Fitch, début Mars, puis Standard and Poor’s, mi-mars, ont décidé que la révolution tunisienne justifiait de baisser la note financière de la Tunisie. C’est cette note qui détermine le taux d’emprunt d’un pays sur les marchés. Plus elle est mauvaise plus les emprunts sont chers.
Pour les marchés, le régime de Ben Ali apportait plus de garantis qu’une démocratie naissante. Les élections détermineront en parti l’évolution de la note pour SP comme pour Fitch. En revanche de nouveaux sursauts politiques remettraient en cause cette note. C’est à dire que d’autres mouvements demandant plus de démocratie pourraient inciter à al revoir à la baisse. Comme le FMI, les agences de notation ont souvent l’audace de dicter la politique que doivent mener les pays.
Mais c’est surtout la politique économique qui les intéresse, c’est à dire la capacité à se plier aux exigences typiques que nous avons vues ci dessus. Si la Tunisie mène une politique mauvaise pour sa population mais bonne pour les investisseurs, la note augmentera. Dans le cas contraire la note baissera.
Les entreprises de notation préfèreront toujours une bonne dictature à une démocratie plus sociale. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas toujours suivre leurs recommandations. Surtout pour les couches les plus pauvres de la population. Un pays qui suit ces mesures verra sa fracture sociale s’accentuer, les pauvres s’appauvrir et les riches s’enrichir à mesure de leur collaboration avec les investisseurs.

Un atout majeur
Mais surtout la Tunisie possède un atout énorme : sa dette a été contractée par la dictature, elle peut faire reconnaître son illégitimité par la communauté internationale. Pour cela, il faut un audit mené par des économistes.
Si la lumière est faite sur la dette de Ben Ali ainsi que sur la responsabilité des financiers qui ont collaboré avec la dictature, alors il sera facile pour la Tunisie de faire annuler la part odieuse de sa dette.
Sa situation économique sera bien meilleure si la dette est annulée, et sa note montera forcément à terme.  
Surtout, il sera beaucoup plus facile pour la Tunisie de mener des politiques sociales. Le remboursement de la dette représente chaque année 5,6 fois le budget consacré à la santé.

Source : Actions solidaires internationales

28 ans aprés le massacre de Sabra et Chatila : l'histoire de Mounir

De multiples témoignages sur cette horreur ont été donnés depuis 30 ans par les survivants du massacre de Sabra et Chatila perpétré en septembre 1982. D’autres éléments surgissent parfois par pur hasard car la plupart des témoins potentiels ont péri dans le massacre. D’autres témoins oculaires commencent à peine à émerger d’un traumatisme profond ou d’un silence volontaire. Certains témoignages seront partagés ce mois-ci par des survivants du massacre du camp de Chatila. Ils s’assoiront avec les visiteurs étrangers sans cesse plus nombreux qui viennent chaque année pour commémorer l’un des crimes les plus horribles du 20eme siècle.

Chaque témoignage est unique
Zeina, une jolie femme d’une quarantaine d’année, amie de la famille de Mounir, a demandé l’autre jour à un étranger : « 28 ans déjà ? J’ai l’impression que c’était l’année dernière, lorsque mon mari Hussam et nos deux filles, Maya, 8 ans, et Sirham, 9 ans, ont quitté notre maison de deux pièces pour aller chercher de la nourriture parce que l’armée israëlienne avait imposé un blocus au camp de Chatila depuis près de deux jours et peu de gens à l’intérieur du camp en avaient encore. Aujourd’hui encore, je prie et j’attends leur retour. »
Dans le camp de réfugiés palestinien de Chatila et autour de l’abri d’Abu Yassir, les impacts de balles sont encore visibles dans la partie inférieure des 11 « murs de la mort » où une partie du sang séché imprègne le mortier. Un vieux monsieur, Abu Samer, a encore quelques souvenirs des pistolets automatiques américains munis de silencieux et quelques couteaux et haches accrochés à la ceinture de certains tueurs tandis qu’ils tiraient en silence, découpaient, charcutaient tous ceux qu’ils croisaient depuis environ 18h, ce Jeudi 16 septembre 1982. Ces armes avaient été un cadeau du Congrès US à Israël, et elles ont ensuite été remises, avec des drogues et de l’alcool et autres « équipement de maintien de l’ordre », par Ariel Sharon aux assassins de son « armée la plus morale du monde ».

Plus tôt cette année, un des assassins de la milice Numour al-Ahrar (Tigres des Libéraux), la branche armée du parti de droite libanais Parti Libéral National, fondé par l’ancien président libanais Camille Chamoun, a nonchalamment admis que « parfois nous employions ces accessoires pour avancer en silence dans les allées de Chatila pour ne pas provoquer une panique inutile pendant notre travail. » La milice des Tigres, une des cinq unités d’assassins chrétiennes, était appuyée à l’intérieur de camps de Chatila par deux douzaines d’agents du Mossad israélien et dirigée par le propre fils de l’ancien président, Dani Chamoun.
Aucun signe ou plaque commémorative ne rappelle les événements qui se sont déroulés à cet endroit.
Le monde a appris le massacre de Sabra et Chatila le dimanche matin, le 19 septembre 1982. Des photos, dont de nombreuses sont désormais disponibles sur Internet, ont été prises par des témoins tels que Ralph Schoenman, Mya Shone, Ryuichi Hirokawa, Ali Hasan Salman, Ramzi Hardar, Gunther Altenburg, et le personnel de l’hôpital « Gaza et Akka Palestine Red Crescent Society (PRCS) », et conservent les sordides souvenirs profondément enfouis dans les mémoires des survivants.

La commission israélienne Kahan, cinq mois plus tard et dans son rapport du 7 février 1983, a lavé Israël de toute responsabilité en qualifiant à plusieurs reprises le massacre de « guerre ».
Zeina m’a entraîné dans une allée étroite qui part de sa maison jusqu’au mur de 3 x 8 mètres de la maison de sa soeur, tout en aspergeant le chemin avec un aérosol. Elle s’est excusée pour l’aérosol en disant qu’on pouvait encore sentir l’odeur du massacre qui s’était déroulé ici il y a 30 ans.
Pour les lecteurs qui ne connaissent pas l’emplacement du camp de réfugiés de Chatila à Beyrouth, ce « mur de la mort » particulier est situé en face de l’hôpital PRCS Akka, resté en l’état après des années sans financement ou soutien suffisant d’ONG. Pour localiser les 11 « murs de la mort » il faut l’aide des quelques vieux Palestiniens qui vivent encore dans le quartier. Ils font partie de ceux qui vivent encore sur la scène des massacres et qui se souviennent encore des détails. Certains fournissent des portraits détaillés de certaines victimes du massacre, comme s’ils espéraient leur redonner un semblant de vie, en décrivant souvent un trait de caractère ou le nom de leur village natal en Palestine.

« Un garçon gentil qui adorait ses frères aînés Mutid et Bilal ».
Zeina se souvient que Mounir Mohammad avait 12 ans le 16 septembre 1982, et qu’il était un élève à l’école du camp de Chatila, appelée Jalil (Galilée). Pratiquement toutes les 75 écoles de l’UNRWA (Nations Unies) qui existent encore au Liban, comme d’autres institutions palestiniennes, portent le nom d’un village ou d’une ville de la Palestine occupée. Souvent elles portent le nom d’un village qui n’existe même plus, car ce dernier fait partie des 531 villages rasés par les colonisateurs sionistes pendant et après la Naqba (« Catastrophe ») de 1947-48.
Zeina se souvient qu’il était tard ce jeudi après midi du 16 septembre, et que le bombardement israélien s’était intensifié. L’objectif était de pousser les habitants du camp dans les abris que les services de renseignent israéliens - qui s’étaient présentés la veille dans trois véhicules blancs en se faisant passer pour des « membres d’ONG » - avaient identifiés et localisés sur leurs cartes. Certains résidents, croyant avoir affaire à des humanitaires venus leur porter secours avaient même révélé leur cachettes secrètes. D’autres, qui avaient connu les abris surpeuplés pendant la précédente campagne israélienne de bombardements aveugles du camp qui a duré 75 jours - opération baptisée « Paix en Galilée » - ont suggéré aux « humanitaires » que les abris avaient besoin d’une meilleure ventilation et que peut-être que les visiteurs pouvaient les aider.

Selon Zeina, les agents israéliens ont rapidement dessiné l’emplacement des abris et les ont marqué d’un cercle rouge puis sont retournés à leur QG qui était situé à moins de 70 mètres sur une élévation de terrain au sud-est du camp de Chatila, encore connue sous le nom de « Turf Club Yards ». Aujourd’hui encore, cette zone sablonneuse contient trois fosses où, selon la regrettée journaliste américaine Janet Stevens, sont enterrés quelques centaines de cadavres qui n’ont jamais été retrouvés parmi les plus de 3000 victimes du massacre. Janet a émis l’hypothèse qu’un deuxième massacre de Sabra et Chatila a eu lieu le dimanche matin 19 septembre, un massacre qui a suivit le premier et qui fut dirigé depuis le QG Israélo-phalangiste connu sous le nom du stade Cite Sportiff situé de l’ouest du camp de Chatila,. Tandis que les soldats israéliens prenaient en charge les Palestiniens survivants que les phalangistes leur remettaient, des camions entraient dans la stade chargés de centaines d’habitants du camp qu’on emmenait vers un « centre de rétention ».
Des proches qui sont restés à l’extérieur ont entendu des salves de coups de feu et des hurlements à l’intérieur du stade. Quelques heures plus tard, les mêmes camions ont été aperçus qui s’éloignaient vers une destination inconnue et dont la cargaison était dissimulée par des bâches.
Une habitante du camp, Mme Sana Mahmoud Sersawi, fait partie des 23 personnes qui ont porté plainte en Belgique contre Ariel Sharon (plainte actuellement en sommeil mais pas enterrée), explique :
« Les Israéliens qui étaient postés devant l’ambassade du Koweit et la station service Rihab benzene à l’entrée du camp de Chatila nous ont ordonné par hauts-parleurs de sortir. C’est comme ça que nous nous sommes retrouvés entre leurs mains. Ils nous ont emmené au Cite Sportiff, et les hommes marchaient derrière nous. Puis ils ont enlevé leurs chemises et ont commencé à leur bander les yeux. Les israéliens ont interrogé les plus jeunes et ensuite les phalangistes ont livré encore 200 personnes aux Israéliens. C’est là que mon mari et le mari de ma soeur ont disparu. »
Le journaliste Robert Fisk et d’autres qui ont enquêté sur ces événements, se rejoignent pour dire que les massacres se sont poursuivis pendant encore 24 heures après le samedi matin, 8 heures, heure à laquelle la Commission Kahan, qui a refusé de faire témoigner des Palestiniens, a déclaré que les Israéliens avaient mis fin aux massacres.
Des témoins oculaires ont aussi déclaré que les « humanitaires » décrits par Zeina ont transmis les descriptions et emplacements des abris aux espions de l’armée libanaise Elie Hobeika et Fadi Frem ainsi qu’à leur allié, le major Saad Haddad de l’armée du Sud Liban, alliée d’Israël. Le jeudi soir, Hobeika, commandant de facto depuis l’assassinat la semaine précédente du dirigeant phalangiste et président élu Bashir Gemayel, a dirigé lui-même un des escadrons de la mort qui opérait à l’intérieur de la zone Horst Tabet prés de l’abri d’Abu Yassir.
C’est dans 8 de ces abris localisés et marqués par les Israéliens (sur les 11 que comportait le camp) que les premières victimes ont été promptement et méthodiquement massacrées. Parce que peu de crimes sont parfaits, y compris les massacres, les tueurs n’ont pas réussi à trouver 3 abris. Un de ces abris n’était qu’à 25 mètres de celui d’Abu Yassir. A part ceux qui étaient réfugiés dans ces 3 abris, il n’y a pratiquement eu aucun survivant à Chatila.
Le journaliste américain David Lamb a écrit sur la première nuit de boucherie et les « murs de la mort » :
« Des familles entières ont été exécutées. Des groupes composés de 10-20 personnes étaient alignés contre des murs et abattus. Des mères sont mortes en serrant leurs bébés dans les bras. Tous les hommes avaient apparemment été abattus dans le dos. Cinq adolescents en age de combattre furent traînés dans les rues derrière un camion avant d’être abattus. »
Vers 8 heures du soir, le 18 septembre, Mounir Mohammad est entré dans l’abri bondé d’Abu Yassir, en compagnie de sa mère Aida et ses frères et soeurs, Iman, Fayda, Mufid et Mu’in. Il était courant de céder les rares places dans les abris en priorité aux femmes et aux enfants, tandis que les hommes tentaient leur chance à l’extérieur alors que le massacre se déroulait. Mais quelques hommes sont entrés dans les abris pour tenter de calmer les jeunes enfants.
« Si l’un d’entre vous est blessé, nous vous emmènerons à l’hôpital ».
Mounir se rappelle de cette nuit : « Les tueurs sont arrivés à la porte de l’abri et ont hurlé pour faire sortir tout le monde. Les hommes qu’ils trouvaient étaient alignés contre le mur à l’extérieur. Ils étaient immédiatement abattus à la mitraillette. » Tandis que Mounir regardait, les tueurs sont partis tuer d’autres groupes puis sont soudainement revenus et ont ouvert le feu sur tout le monde, et tout le monde est tombé. Mounir est resté couché sans bouger, ne sachant pas si sa mère et ses soeurs étaient encore en vie. Puis il a entendu les tueurs hurler : « Si l’un d’entre vous est blessé, nous vous emmènerons à l’hôpital. Ne vous en faites pas. Levez-vous et vous verrez. » Quelques-uns ont tenté de se lever ou ont poussé un gémissement et ils ont été immédiatement abattus d’une balle dans la tête.
Mounir se souvient : « Même si le camp était éclairé par les torches israéliennes, les tueurs avaient des lampes puissantes pour fouiller dans les coins sombres. Les tueurs cherchaient dans les coins sombres. ». Soudain, le corps de sa mère a bougé dans la pile de corps qui l’entourait. Mounir lui a murmuré « ne te lève pas, mère, ils mentent » Et Mounir est resté immobile toute la nuit, osant à peine respirer, faisant semblant d’être mort.
Mounir ne pouvait oublier les paroles des tueurs. Des années plus tard, il les répéterait à un interviewer tandis qu’ils passaient devant la cimetière de Chatila appelé la Place des Martyrs. « Après qu’ils aient tiré sur nous, nous étions tous par terre, et eux ils allaient et venaient et ils disaient « si quelqu’un est encore en vie, nous aurons pitié et nous l’emmènerons à l’hôpital. Allez, vous pouvez nous faire confiance. » Si quelqu’un gémissait ou disait qu’il avait besoin d’une ambulance, il était abattu sur place. Ce qui m’a perturbé n’était pas uniquement toute cette mort autour de moi. Je... ne savais pas si ma mère et mes soeurs et mon frère étaient morts. Je savais que la plupart de ceux autour de moi étaient morts. Et c’est vrai, j’avais peur de mourir. Mais ce qui m’a le plus perturbé, c’est qu’ils riaient très fort, se soûlaient et se sont amusés toute la nuit. Ils ont jeté des couvertures sur nous et nous ont laissé là jusqu’au matin. Toute la nuit (jeudi 16 septembre), je pouvais entendre les voix des filles en train de pleurer et de hurler. « Je vous en supplie, laissez-moi... ». Je ne sais pas combien de filles ils ont violées. Les voix des filles, leur peur et leur douleur, je ne pourrais jamais les oublier. »
Dans le film « Massaker » de 2005 de l’allemande Monika Borgmann, une demi-douzaine d’assassins de la milice confessent avec la même désinvolture. Un d’eux opine : « Pendu ou fusillé, vous ne faites que mourir. Mais comme ça, on en prend deux fois plus. » Il explique alors comment il a attrapé un vieux Palestinien et l’a collé contre un mur, puis il l’a charcuté au couteau, en l’ouvrant en croix. « Ainsi, vous mourrez deux fois, la première par la peur, » a-t-il dit avec désinvolture tout en décrivant la chair blanche et les os comme s’il attendait d’être servi dans une charcuterie.

Les tueurs ont aussi expliqué comment ils se sont lancés dans une course contre la montre pour se débarrasser d’un maximum de cadavres avant l’arrivée des médias. Un d’entre eux a témoigné comment l’armée israélienne leur avait fourni de grands sacs poubelles pour les cadavres. Un autre a avoué qu’ils ont forcé des gens à monter dans des camions militaires qui les ont emportés à Cite Sportiff où ils ont été tués. Puis ils ont utilisé des produits chimiques pour faire disparaître de nombreux cadavres. Plusieurs ont révélé que des officiers israéliens s’étaient consultés avec les dirigeants des milices à Beyrouth, la veille du massacre.

Une haine qui perdure
Encore aujourd’hui, le Hurras al-Arz (Gardiens des Cèdres) se vante de son rôle dans le carnage. Moins de deux semaines avant le massacre, le parti a lancé un appel pour la confiscation de tous les biens au Liban appartenant à des Palestiniens, l’interdiction pour eux de posséder une maison et la destruction de tous les camps de réfugiés.
La déclaration du parti du 1er septembre 1982, déclare : « Il faut prendre des mesures pour réduire le nombre de réfugiés palestiniens au Liban, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucun Palestinien sur notre sol. »
En 1982, certains partis politiques parlaient des Palestiniens comme de « microbes qui doivent être exterminés » et on pouvait lire sur les murs des graffitis tels que « le devoir de tout Libanais est de tuer un Palestinien » - la même haine qui est couramment exprimée aujourd’hui dans la Palestine occupée par les colons, les rabbins et les politiciens extrémistes.
L’appel des « Gardiens » pour une interdiction aux Palestiniens de posséder des biens a été concrétisé en 2001 par une loi rédigée par l’actuel ministre du Travail libanais qui a promis le 1er septembre 2010 que « le Parlement ne permettra jamais aux réfugiés palestiniens de posséder des biens. »
L’état d’esprit qui a permis le massacre de Sabra et Chatila en 1982 est pratiquement le même en 2010, tandis que le Liban refuse de céder aux appels de la communauté internationale d’accorder aux survivants des massacres leurs droits civiques élémentaires. Certains, qui ont examiné les sites internet en Arabe et observé les rassemblements des partis politiques impliqués dans les massacres de 1982, affirment qu’aujourd’hui le langage de haine est pire encore et qu’il est employé pour forcer le Parlement à nier les droits civiques aux Palestiniens.
Dans le mois qui a suivi le massacre de 1982, le Dr. Paul Morris, un britannique, a soigné Mounir à l’hôpital Gaza, à environ un kilomètre au nord de l’abri d’Abu Yassir, et il a gardé le jeune homme en observation. Le Dr Morris a confié au chercheur Bayan Nuwayhed al Hout ( dans le livre « Sabra and Shatila : September 1982 », Pluto Press, Londres, 2004) que Mounir « souriait de temps en temps, mais ne réagissait pas spontanément comme les autres enfants de son age, sauf à de rares occasions. » Puis le docteur a frappé du poing sur la table, et a dit « il faut sauver ce garçon. Il doit quitter le camp, ne serait-ce que le temps de récupérer. »

Lorsque al Hout a demandé à Mounir s’il envisageait un jour de prendre les armes pour se venger, le pré-adolescent a répondu « Non. Non. Jamais je ne me vengerais en tuant des enfants. Comme eux ils nous ont tué. Qu’est-ce que les enfants ont fait de mal ? »
Le frère de Mounir, Mufid, 15 ans, était parmi les premiers à entrer dans l’abri d’Abu Yassir, mais il est parti et a réapparu à l’hôpital Akka avec une blessure par balle. Après avoir reçu un pansement, il est reparti pour chercher un refuge et sa famille. On ne l’a plus jamais revu. Pendant longtemps, Mounir n’arrivait même pas à prononcer son nom.
Selon les habitants du camp, le frère aîné de Mounir, Nabil, 19 ans, était en age de combattre et par conséquent aurait été abattu sur le champ. Conscient de cela, le cousin de Nabil et la femme du cousin se sont enfuis avec lui alors que le bombardement israélien redoublait d’intensité et que les habitants signalaient des tueries. Les trois ont réussi à éviter les balles des tireurs embusqués et ont trouvé refuge dans une maison de soins où travaillait sa mère. Comme Mounir, Nabil apprendrait plus tard que toute sa famille avait péri.

Post-scriptum
A présent, Mounir et Nabil vivent aux Etats-Unis et mènent des vies relativement « normales », si on considère l’horreur qu’ils ont vécu à Sabra et Chatila. Mounir et Nabil font honneur à Chatila, à la Palestine et à leur pays d’adoption. Ils vivent près de Washington DC. Mounir est marié et travaille. Nabil se consacre à militer pour la paix et la justice au Moyen Orient au sein d’une ONG. Les deux retournent régulièrement à Chatila.
D’autres vivent aussi des vies apparemment « normales ». Ce sont les six tueurs des milices « chrétiennes » qu’on voit dans le film « Massaker » de Borgmann. « Ils mènent tous une vie normale. Un d’entre eux est chauffeur de taxi » explique Borgmann.
Il est bien connu que les massacres de Sabra et Chatila constituent sans aucun doute des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, et un génocide. Chaque assassinat constitue une violation du droit international tel que défini par la Quatrième Convention de Genève, par la Loi Coutumière Internationale et le Jus Cogens (Le jus cogens regroupe les normes impératives de droit international général. Cf Wikipedia – NdT) Pour des crimes similaires, on a vu les inculpations d’officiels Rwandais, de l’ancien président du Chili Augusto Pinochet, l’ancien président du Tchad Hissein Habre, l’ancien président Serbe Milosevic, Taylor du Liberia et Bachir du Soudan.

Personne n’a été puni ni même fait l’objet d’une enquête pour les massacres de Sabra et Chatila. Le 28 mars 1991, le parlement libanais a rétroactivement exempté les tueurs de toute responsabilité pénale. Cependant, cette mesure n’a aucune valeur devant le droit international et la communauté internationale a l’obligation légale de punir les coupables. Les victimes et leurs familles ainsi que pratiquement toutes les organisations de défense des droits de l’homme s’opposent avec fermeté à une amnistie générale pour les tueurs. Ils affirment que 1991 viole la constitution du Liban, ainsi que le droit international et promeut l’impunité pour les auteurs de crimes abjects.
C’est précisément pour rendre justice aux victimes de tels crimes que la Cour Pénale Internationale a été constituée. La CPI doit s’atteler à la tâche sans plus tarder et toutes les personnes de bonne volonté doivent encourager le Liban d’accorder aux survivants du massacre et Sabra et Chatila leur droits civiques élémentaires.

Franklin Lamb
investig'Action michelcollon.info

jeudi 5 mai 2011

LES REVOLUTIONS ARABES ET LA CAUSE PALESTINIENNE !

Les révolutions arabes se poursuivent au Maghreb comme au Machrek, le vent de la révolte souffle, on assiste à une vague de contestation radicale dans plusieurs de ces pays contre l’injustice, pour la démocratie, pour un changement de pouvoir et de régime, et pour la justice sociale.
Les jeunes, le mouvement national, et les différents courants sociaux et politiques participent à des manifestations quotidiennes qui réclament le changement d’un système corrompu, autoritaire et répressif, un système qui, au pouvoir pendant de très, de trop, nombreuses années, n’a jamais réalisé leurs aspirations les plus élémentaires à vivre dans la dignité (économique et politique) et dans le respect de leurs droits de citoyens à la liberté d’expression, la liberté d’organisation, et à une justice équitable.
Nous souhaitons que les peuples arabes aillent jusqu’au bout de leurs révolutions pour se débarrasser, une fois pour toutes, de ces bourreaux, internes et externes, afin de se réapproprier leur dignité et les richesses qui leur ont été confisquées !
Nous Palestiniens, sommes, pour notre part, très attentifs à l’évolution de ces derniers mois dans un monde arabe en pleine révolution, dont les régimes, restés longtemps aux commandes des pays, sont en train de s’effondrer.
Au cours de l’histoire de ces 20, voire 30 dernières années, entre ces régimes arabes et les représentants du peuple palestinien, ses institutions, tels l’Organisation de la Libération de la Palestine (OLP), l’Autorité palestinienne et les différents partis politiques, les relations ont été souvent tendues, du fait de l’alliance des ces régimes avec la politique américaine, politique de soutien permanent à celle de l’occupation israélienne.
Et c’est le peuple palestinien, à l’intérieur comme à l’extérieur, qui en a fait les frais et en a souffert, et en souffre encore ; citons comme exemple l’expulsion des Palestiniens du Koweït après la première guerre du Golfe lorsque l’OLP a pris position aux côtés de l’Irak ; le blocus cruel et inhumain imposé à la population de Gaza en est un autre ; et l’on pourrait en énumérer encore bien d’autres.... !
La réaction des grandes puissances internationales, qui semblent toutes avoir été prises de court devant ces révoltes arabes, est surtout marquée par une grande hypocrisie, et l’application constante de la politique du « deux poids, deux mesures » : d’une part, réaction rapide contre les dirigeants arabes contestés, leurs plus fidèles alliés de la veille, au non du non-respect, dans leur pays, de la démocratie et des droits de l’homme ; et de l’autre, la perpétuation de leur silence complice devant les crimes israéliens quotidiens contre les Palestiniens. 
Nous, Palestiniens, qui suivons avec beaucoup d’attention les événements de ces derniers mois dans le monde arabe, attendons l’instauration d’un nouveau pouvoir dans ces pays afin d’observer quelle sera leur position vis-à-vis de la cause palestinienne.
Dans cette expectative, l’opinion palestinienne se divise actuellement deux points de vue :
- Le premier, optimiste, pense que ces événements sont positifs et rassurants pour la cause palestinienne et notre peuple ; le changement va toucher tout un système, complice des Américains et des Israéliens ; les forces nationalistes et démocratiques qui vont prendre le pouvoir dans ces pays vont soutenir les Palestiniens dans leur lutte légitime contre l’occupant et ainsi, la Palestine trouvera de la part de peuples frères, longtemps contraints d’ignorer son attente, un soutien officiel et populaire.
- Le second est pessimiste et exprime l’inquiétude des Palestiniens qui craignent que le nouveau pouvoir de ces pays soit long à organiser des élections, à instaurer un nouveau régime ; ceci ne pourra se faire du jour au lendemain et nécessitera beaucoup de temps et d’efforts, ce nouveau pouvoir aura beaucoup de défis à relever et de priorités à assurer qui relégueront la cause palestinienne au second rang de leurs préoccupations.
Ces deux positions montrent, une fois de plus, combien les événements du monde arabe peuvent influencer l’évolution de la situation en Palestine. Les Palestiniens, instigateurs de deux Intifada héroïques qui ont servi en partie de modèle ou de source d’inspiration aux révoltes des populations arabes, sont actuellement dans une situation d’encerclement et d’avancée du projet de colonisation israélienne dramatique. Les divisions interpalestiniennes et les graves questions de leadership renforcent leur impuissance et l’absence de perspectives du moment, apparentes, face à une situation d’oppression de plus en plus forte. 
Les frères arabes qui se réveillent dans leur combat pour la démocratie et la justice peuvent être à leur tour une source d’inspiration pour nous et représenter un espoir pour l’avenir et le renforcement d’une solidarité concrète.

Certes, il y a encore beaucoup d’incertitude quant à l’avenir de ce printemps des peuples arabes pour l’émancipation, la dignité et la justice - combat pour lequel tant de jeunes martyrs ont déjà donné leur vie ! -, mais nous avons confiance que ces peuples ne se laisseront pas confisquer leur révolution et continueront leur combat. 
Nous-mêmes, Palestiniens, ne resterons pas silencieux très longtemps. Nous allons bouger, nous devons bouger contre les forces d’oppression de l’occupation, pour l’unité de notre peuple, la défense de notre terre et de nos droits, la liberté et la justice.
En attendant le changement, la solution, nous, Palestiniens, sommes toujours debout, et allons continuer de nous attacher à ce principe : « Résister à l’occupation, c’est être libre ! ».
ZIAD MEDOUKH
MICHELCOLLON.INFO

CINQ REMARQUES SUR L'INTERVENTION MILITAIRE EN LYBIE .

1. Humanitaire, mon œil ! 2. Qui a le droit de « changer un régime » ? 3. Les buts cachés. 4. La « communauté internationale » existe-t-elle ? 5. Apprendre des précédents médiamensonges.



1. Humanitaire, mon œil !
Vous croyez aux raisons humanitaires ? Obama, Cameron et Sarko sauveurs des Libyens alors qu’ils envoient des troupes saoudiennes massacrer les démocrates du Bahrein ? L’Occident soucieux de démocratie alors qu’il protège la répression du dictateur au Yemen ?
Vous croyez que Bernard-Henri Lévy se soucie vraiment de « sauver des Arabes », lui qui applaudissait aux bombardements sur les civils de Gaza ? « Le plus remarquable dans l’affaire, le vrai sujet d’étonnement, ce n’est pas la « brutalité » d’Israël. C’est, à la lettre, sa longue retenue » avait-il affirmé.

2. Qui a le droit de « changer de régime » ?
Le peuple libyen mérite certainement un meilleur leader qu’un dictateur qui a rempli les comptes suisses de toute sa famille. Kadhafi a aussi soutenu quelques dictateurs africains détestés.
D’un autre côté, il a fermement soutenu les Palestiniens et nationalisé le pétrole pour assurer des services sociaux à sa population. Le contraire de Moubarak et Ben Ali. Et c’est pour ça que l’Empire voudrait le remplacer par une parfaite marionnette.
Si demain, les Libyens étaient dirigés par un Chavez ou un Evo Morales, pour une véritable démocratie avec une justice sociale, qui n’applaudirait pas ? Mais si c’est pour le remplacer par des agents US comme Karzaï ou Al-Maliki et plonger ce pays dans le chaos pour des décennies comme l’Irak et l’Afghanistan... Comment appeler ça un progrès ?
Chaque peuple a le droit de se débarrasser de dirigeants qui ne lui conviennent pas, mais ce droit n’appartient pas aux grandes puissances impériales : USA, France et Grande-Bretagne. Celles-ci ne poursuivent que leurs intérêts propres. En fait, les intérêts de leurs multinationales.

3. Les buts cachés.
S’il n’y avait pas de pétrole en Libye, jamais l’Occident ne serait intervenu. Il faut quand même rappeler que la plupart des dictateurs africains ont été mis en place et sont protégés par les Etats-Unis ou la France, ou les deux ensemble.
Le véritable but de cette guerre, comme en Irak, c’est de conserver le contrôle du pétrole. A la fois source de profits énormes et instrument de chantage pour contrôler toutes les économies. En fait, les USA n’utilisent pas eux-mêmes le pétrole du Moyen-Orient, mais veulent contrôler l’or noir dans le monde entier. Comme instrument d’hégémonie.
Pour garder ce contrôle, il leur faut absolument sauver Israël. Et pour ça, lui assurer un cordon protecteur de régimes arabes corrompus mais présentant trois qualités :

  • Dociles envers Washington
  • Conciliants avec Tel-Aviv
  • Refusant d’appliquer la volonté de leurs peuples de faire respecter les droits des Palestiniens.
4. La « ommunauté internationale » existe-t-elle ?
Manipulé par l’argent et les chantages des USA, l’ONU n’est pas démocratique et ne représente pas les peuples. Les grandes puissances (néo)coloniales - USA, France et Grande-Bretagne - prétendent parler au nom de la « communauté internationale ».
Mais leur agression n’est soutenue ni par l’Allemagne, ni par la Russie, ni par la Chine. De plus, le Conseil de l’Europe avait exigé que l’Union africaine donne son acord, pour une intervention en Libye ; or, celle-ci a rejeté l’intervention.
Et toute l’Amérique latine a soutenu l’idée d’une médiation lancée par Hugo Chavez. Pourquoi les Occidentaux ont-ils refusé ? Parce que ce qui les intéressait n’était pas de sauver des gens, mais de s’emparer du pétrole.
En fait, les agresseurs sont une minorité. Comme par hasard, il s’agit des puissances les plus riches et les plus coloniales, et le terme « communauté internationale » est juste un terme de marketing. Car la politique des multinationales (vol des matières premières, surexploitation de la main d’œuvre, destruction de l’agriculture locale et des ressources naturelles, maintien de dictatures, provocation de guerres civiles) maintient dans la pauvreté une grande partie de l’humanité. Les intérêts sont donc entièrement opposés. Parler de « communauté internationale » est donc une imposture politique. Quand les médias reprennent cette expression, ils se rendent complices.
Si un peuple est uni et déterminé contre un dictateur, il trouvera la force de le renverser. Mais s’il s’agit d’une guerre civile (et personne ne nie que Kadhafi a également des soutiens importants), la solution de ce conflit n’est pas dans l’agression par les grandes puissances. Partout où elles sont intervenues (Irak, Afghanistan, Yougoslavie), la situation s’est aggravée. Elles ne poursuivent que leurs intérêts indignes, et s’ils l’emportent, le peuple libyen sera appauvri et plus exploité.
Dans le tiers monde, on comprend tout ceci beaucoup plus facilement. Mais dans les pays riches, non. Pourquoi ?

5. Chaque guerre est précédée d’un grand médiamensonge.
Même dans la gauche européenne, on constate une certaine confusion : intervenir ou pas ? L’argument – massue « Kadhafi bombarde les civils » a pourtant été démenti par des sources occidentales et des sources de l’opposition libyenne. Mais répété des centaines de fois, il finit par s’imposer.
Etes-vous certains de savoir ce qui se passe vraiment en Libye ? Quand l’Empire décide une guerre, l’info qui provient de ses médias est-elle neutre ? N’est-il pas utile de se rappeler que chaque grande guerre a été précédée d’un grand médiamensonge pour faire basculer l’opinion ? Quand les USA ont attaqué le Vietnam, ils ont prétendu que celui-ci avait attaqué deux navires US. Faux, ont-ils reconnu des années plus tard. Quand ils ont attaqué l’Irak, ils ont invoqué le vol des couveuses, la présence d’Al-Qaida, les armes de destruction massive. Tout faux. Quand ils ont bombardé la Yougoslavie, ils ont parlé d’un génocide. Faux également. Quand ils ont envahi l’Afghanistan, ce fut en prétendant qu’il était responsable des attentats du 11 septembre. Bidon aussi.



MICHEL COLLON
Source : michelcollon.info