lundi 14 décembre 2015

Lettre à un pauvre

Mon très cher pauvre, 3azizi Zawali,

Je t'ai vu marcher dans la rue et en croisant ton regard, je t'ai reconnu. Aucun autre regard ne ressemble au tien. C'est le regard de ces quelques uns qui pareils à des tours mal construites, voient s'effondrer autour d'eux les derniers étais qui la soutenaient.
J'ai vu aussi comment ton âme peut se tordre dans le désarroi de la solitude car les pauvres vivent dans la solitude, c'est même ce qui caractérise leur pauvreté.
Tu as connu l'amour absolu, cet amour tellement fort qu'en prétextant un RDV avec la vie, il a détourné les yeux de ton sort, oublié ses propres mots et en te tournant le dos, s'en est allé remplir sa mauvaise conscience des excuses de la raison.
Tu manques de tout, cher pauvre, et ceux qui pourraient te donner le fil ténu qui te relie à la vie, s'en indiffèrent en inventant un ailleurs propice, une envie d'autre chose.

Si tu étais riche, cher pauvre, tu serais entouré et ton amour enfui serait resté là, à vanter ton existence de repus, à manger sur ton dos les miettes de son hypocrisie.
Alors tu es seul, tu n'a rien sur terre, les portes se ferment, et dans ta nuit de cauchemar aucune voix ne vient apaiser les peurs ancrées au fond de ton ventre vide, et l'oppression du monde replie ses ailes noires sur ta désespérance.
Des fois, cher pauvre, il arrive que tu meures, et ton cortège funèbre n'est suivi par personne, Mais au fond cette mort t'arrange.
Avec ce que la vie t'offrait tu n'as rien perdu, car sous terre tu es au chaud et que ton enfer était sur terre.


Mon Très cher pauvre, 3azizi Zawali,

En Occident et aux USA donneurs de leçons de démocratie, les pauvres ne sont pas libres d’aller là où ils veulent et ne sont pas les bienvenus dans certains quartiers.
Les pauvres gênent, Cette hostilité est d’autant plus marquée qu’elle s’articule depuis quelques années à des politiques qui criminalisent la présence des sans abris et qui s’orientent vers l’invisibilisation de ceux-ci.
Ils n’ont désormais plus le droit d’afficher leur pauvreté, à la ville comme à la mort.
Même dans la mort, l’exclusion frappe. Les vivants ont pris soin de quadriller l’espace des morts selon une logique ségrégative : les riches dans des caveaux, les moins riches dans des fosses temporaires qui sont attribuées pour 10 ans (renouvellement selon les moyens de la famille), et les pauvres dans les trous du champ commun.
A l’écart des tombes en marbre, fleuries, honorées avec surcharge et légèrement kitsch, se dressent de grandes haies, des frontières vertes qui cachent les périmètres réservés formant une sorte de bocage de la mort indigente et anonyme. Des monticules de gravats, alignés en rang, des petits tas de cailloux pour signifier qu’il y a quelqu’un en dessous, mort. Quelques tombes sont surmontées d’un piquet avec tout au plus le numéro de la fosse.
Anonymes jusque dans la mort, les pauvres ne sont pas nommés. La misère est frappante à la vue des ces tombes de fortune qui tanguent, ornées de bouts de ferraille recyclés parfois par quelques membres de la famille ou amis qui luttent pour faire exister la mémoire du défunt.
Les pauvres sont doublement décédés, cliniquement et socialement.
Les pauvres morts-vivants socialement. Même au cimetière, ils sont séparés des autres, des moins morts qu’eux, qui continuent d’exister symboliquement dans le monde des vivants car nommés dans la communauté.

Je t'ai croisé, cher pauvre, tes yeux perdus cherchaient encore la voix mélodieuse de l'autre. Mais la voix est morte, elle a ravalé ses promesses ; les promesses n'engagent que ceux qui y croient.

Mon très cher pauvre, 3azzizi Zawali,

Nous avons fait route ensemble, toi mort, moi en sursis pour peu de temps, Je sais que maintenant tu reposes en paix.
Je fais le serment de continuer sur ton chemin toujours droit devant, toujours dans l’honneur, la dignité et la lutte permanente contre les inégalités, l’oppression, la discrimination et l’exploitation....La Bourgeoisie, Le Capitalisme....
POUR TOUTES LES VICTIMES, PAS UNE MINUTE DE SILENCE, TOUTE UNE VIE DE LUTTES.
Abat le capitalisme.
Que le Combat Continue !....


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