samedi 28 novembre 2015

Syrie : Le grand retournement, la politique française depuis juin 2012 en Syrie s’est fracassée sur les réalités.



Samedi 28 novembre 2015

En début de semaine, la mainstream class nous vantait le marathon diplomatique de Hollande, suite au discours du Congrès où il avait annoncé la création d’une coalition unique contre Daech, avec standing ovation de nos parlementaires décervelés. A la fin de la semaine, Fabius annonce que la France est prêtre à coopérer avec l’armée nationale syrienne, sous les ordres donc de Bachar El-Assad. Un écroulement prévisible, mais spectaculaire et lourd de conséquences.
Petit retour en arrière ?...
La politique française a toujours été la nécessité de renverser le régime de Bachar El-Assad. 
En septembre 2013, Hollande entonnait la rhétorique de George W. Bush, voulant bombarder Damas : « La France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents. Le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse». L’ONU avait dit non, et Obama l’avait lâché.
Le 1er octobre 2015, le ministère des affaires étrangères avait manœuvré pour l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Paris pour « crimes de guerre » contre le régime Assad, Fabius étant grandiose : « Face à ces crimes qui heurtent la conscience humaine, à cette bureaucratie de l’horreur, face à cette négation des valeurs d’humanité, il est de notre responsabilité d’agir contre l’impunité de ces assassins ». Le 25 aout, Hollande souhaitait la « neutralisation de Bachar El-Assad ». Le 27 septembre, Hollande affirmait à la tribune de l’ONU vouloir battre Daech, mais sans El-Assad.
Le 5 octobre, Hollande affirmait comme évidence que « Monsieur Poutine n’est pas notre allié ».
Des déclarations en nombre,… jusqu’à hier
Aujourd’hui, les « assassins »  sont appelés à la rescousse par Fabius, sur RTL :  « Il y a deux séries de mesures : les bombardements, et des forces au sol qui ne peuvent pas être les nôtres, mais qui peuvent être à la fois des forces de l’Armée syrienne libre, des forces arabes sunnites, et pourquoi pas des forces du régime, et des Kurdes également bien sûr ».
Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, a salué les déclarations de Fabius : « Mieux vaut tard que jamais. Si Fabius est sérieux concernant l’idée de travailler avec l’armée syrienne et avec les forces sur le terrain qui combattent Daech, alors nous saluons» cette position. Mais cela nécessiterait un changement fondamental dans leur manière de gérer la crise».
Libération, le plus guerrier de nos journaux, marque son écœurement : « C’est une magnifique victoire diplomatique pour Bachar al-Assad ».
Il faut dire que le marathon diplomatique de Hollande a été calamiteux. Seul  Cameron a bronché, mais il doit passer par un vote des Communes, et c’est loin d’être acquis. En fait, il cherche surtout à mettre en difficulté le nouveau leader travailliste, Jeremy Corbyn. Obama a fait une déclaration, mais rien de plus. Merkel s’est montrée sympathique mais elle ne veut pas entendre parler du mot de guerre, et elle a proposé l’envoi de 650 soldats… au Mali ! Renzi a fait comprendre que l’Italie ne ferait rien, et que la priorité était la Libye. Hollande s’est rendu ni en Turquie, ni en Irak, ni en Arabie-Saoudite. Il a fini sa tournée par une visite à Poutine, qui lui a rappelé vertement l’excitation française contre la Russie, avec les gels d’avoir, les mesures antiéconomiques, la surenchère au sein de l’OTAN, et un discours d’une incroyable hostilité… allant jusqu’à contester le principe de la visite de Sarkozy en Russie il y a trois semaines.
Ce que nous constatons, quel que soient nos points de vue, c’est que la politique française depuis juin 2012 en Syrie s’est fracassée sur les réalités. Et la suffisance de Fabius pour annoncer comme si rien n’était ce retournement de la France… sidérant ! On attend maintenant les nouvelles contorsions de ces girouettes pour expliquer ce revirement à l’Arabie-Saoudite, au Qatar et à Israël, à tous ceux - surtout ceux vivant là-bas - qui avaient cru à ce choix politique.
Gilles Devers
Source : Palestine Solidarité

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