dimanche 20 octobre 2013

Syrie : conflits et mensonges (Rebelion)….. quelle réalité se cache derrière les conflits qui transpercent la Syrie ?

Ni la tyrannie exercée par un dictateur, ni l’utilisation d’armes chimiques par le « régime », ni la nécessité de rétablir la démocratie ne peuvent expliquer, selon Nazanin Armanian, la décision des États-Unis d’attaquer la Syrie. Pour parvenir à une approche rigoureuse des faits, il est indispensable de commencer par démolir l’accumulation de mensonges relayés par le camp belliciste, puis « analyser la réalité syrienne comme une question complexe dans laquelle s’entremêlent plusieurs conflits, aux niveaux local, régional et mondial ». Quelle réalité se cache derrière les conflits qui transpercent la Syrie ?
Nazanin Armanian dénonce ce qui est devenu une « vérité commune » à tous les conflits militaires : la mort de la vérité. Les supercheries médiatiques en Syrie commencent par la définition même du régime et, surtout, par la comparaison avec d’autres régimes de la région. « La Syrie n’est pas une théocratie mais un pays laïque.
La religion est en effet relativement séparée du pouvoir. Il s’agit d’une république arabe héréditaire, gouvernée par un dictateur, au même titre que les autres dictatures imposées par les États-Unis dans la région », rappelle l’écrivain. C’est sûr, le dictateur Bachar el-Assad a réprimé (entre autres) le « printemps de Damas » dans le sang en 2000 ; mais on ne dit rien sur le cheikh qui règne sur l’Arabie saoudite, ni sur la violation des droits de l’Homme dans ce pays, notamment la situation des femmes, la persécution des homosexuels ou les conditions de travail des ouvriers immigrés (l’esclavage) dans l’industrie pétrolière.
On n’a presque rien dit non plus dans les médias occidentaux lorsque l’armée de l’Arabie saoudite (poussée par Obama) a étouffé les révoltes au Bahreïn contre le dictateur-calife en 2011. Armanian rappelle que la Ve flotte des États-Unis se trouve au Bahreïn, ce qui est d’une grande utilité pour surveiller l’Iran. Un autre des grands mensonges concerne les armes chimiques.
On accuse le gouvernement syrien de s’en servir, alors qu’on cache le fait qu’Israël en a utilisé sur Gaza ; les États-Unis en ont utilisé, eux, contre l’Irak (Falloujah), on peut en observer les conséquences sous forme de malformations génétiques, ainsi que contre l’Afghanistan (utilisation d’uranium appauvri). Mais le souci est qu’il n’y a pour l’instant pas d’images de la guerre, souligne Nazanin Armanian. Au Mali (pays riche en uranium et en or), il y a eu sept mois de bombardements, « dont la seule chose que l’on sait est qu’un Français y a trouvé la mort », ajoute Armanian.
La réalité est également faussée lorsque l’on affirme qu’Obama a retiré les troupes états-uniennes d’Irak (il reste encore 150.000 soldats). On cache également la présence de plusieurs « Guantanamos » en Afghanistan, pays que l’on a bombardé non pas à cause de la présence de talibans, ni pour la libération de la femme, ni pour instaurer une entente démocratique, mais bien dans l’intérêt de la route du gaz.
On nous cache les effets des attaques sur le Pakistan avec des drones (avions sans pilotes). On parle dans les médias de l’impact des pirates somaliens sur la sécurité maritime mondiale, alors que les intérêts stratégiques sont ailleurs : face à l’insécurité des routes terrestres (il semble très simple de porter atteinte à un gazoduc), la mer est devenue un élément capital pour le transport de marchandises et de matières premières. « C’est pour cette raison que les États-Unis ont militarisé la corne de l’Afrique ; le but est d’occuper les mers face au grand rival : la Chine », condamne la politologue.
Et d’autre part, quelle réalité se cache derrière les conflits qui transpercent la Syrie ? (Mis à part les champs de gaz et de pétrole existants dans ce pays et son intérêt stratégique pour les routes commerciales.)
Selon l’auteur de « Irak, Afganistán e Irán. 40 respuestas al conflicto en Oriente Próximo », le conflit de fond est généré par les relations entre Israël et l’Iran. En d’autres termes, « il y a un conflit de fond entre Israël et l’Iran, mais comme Israël ne peut pas affronter l’Iran seul, il demande le soutien de son grand allié : les États-Unis. »
Cependant la réalité est plus complexe et s’accompagne d’une gradation de conflits à différentes échelles. Tout d’abord la réalité socio-économique interne de la Syrie ces dernières années, marquée par la privatisation des entreprises publiques, la masse de chômeurs (à commencer par les jeunes), la pauvreté, l’inflation et une sécheresse extraordinaire qui force à l’exode rural. Tout ceci accompagné d’un phénomène d’explosion démographique et, dans le milieu politique et administratif, de clientélisme et de corruption.
En 2011, des protestations qui se régleront par l’arrestation de 15 jeunes donnent aux États-Unis et à Israël l’opportunité de commencer l’intervention en Syrie. L’instabilité comme alibi.
À ce stade on peut parler d’un conflit régional. La Syrie est le dernier allié de l’Iran au Moyen-Orient. « L’Iran a appris à Bachar el-Assad à se battre contre la guérilla urbaine (grâce à l’expérience acquise lors de la répression du “mouvement vert”) et a envoyé 5000 gardes islamiques ainsi qu’énormément d’argent », explique Armanian. Le gouvernement syrien jouit également du soutien de la Russie, ce qui (en plus de l’aide iranienne) lui permet de rester au pouvoir.
Par ailleurs, le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie financent l’opposition armée et le conflit prend alors une portée internationale.
Bien qu’il prenne surtout une ampleur mondiale pour les intérêts des États-Unis dans la zone, et plus particulièrement en Syrie : contrôler le Moyen-Orient méditerranéen (ils ont déjà fait tomber l’Irak, la Libye, le Mali et l’Égypte) ; éliminer un ennemi d’Israël ainsi que de l’Arabie saoudite et du Qatar ; ôter un allié à la Russie (la seule base militaire russe du Moyen-Orient se trouve en Syrie) et à l’Iran ; réanimer l’industrie des armes, un pilier de l’économie nord-américaine ; montrer aux républicains qu’Obama n’est pas un leader pusillanime ; et, enfin, enlever l’ONU comme mécanisme possible de résolution légale des conflits.
Cela dit, souligne Nazanin Armanian, il est évident que les États-Unis bénéficient actuellement de la situation de « chaos contrôlé » et de « guerre civile », très défavorable à d’autres pays tels que l’Iran, la Turquie, l’Arabie Saoudite, la Russie et la Chine (affectée par la hausse des prix du pétrole ou par l’instabilité générée dans sa zone d’influence par le conflit nuisant aux échanges commerciaux).
Il convient d’ajouter d’autres raisons tout aussi inavouables. Les États-Unis prétendent qu’aucun pays au monde n’est en contact avec les armes russes ; c’est-à-dire que la majorité des pays se voit forcée d’acquérir des armes produites par les entreprises américaines.
Et, bien sûr, les raisons de nature économique : d’une part le besoin d’une guerre pour se débarrasser du vieux matériel militaire et pour le rénover, ou comme laboratoire expérimental pour les nouvelles armes ; et d’autre part, le fait que l’Iran construise un gazoduc qui, en passant par l’Irak et la Syrie, devrait atteindre l’Europe par la Méditerranée. Cette initiative porterait préjudice aux projets de gazoducs alternatifs que le Qatar installe, ainsi qu’aux intérêts de la Turquie, en faisant partie des grandes routes stratégiques.
En définitive, quels sont les intérêts qu’Obama retire de la planification de cette attaque contre la Syrie ? Selon l’auteur, il désire créer une chaîne de pays autour de l’Iran afin de l’affaiblir et couper l’approvisionnement énergétique.
Tout cela malgré les conséquences qu’une attaque militaire pourrait avoir : des millions de victimes (morts, blessés et exilés), le développement de la course aux armements et le renforcement du wahhabisme promu par l’Arabie Saoudite et le Qatar. Finalement, l’attaque et le renversement de Bachar el-Assad auront-ils lieu ? « Il ne leur reste qu’à trouver un accord et à négocier les conditions pour s’en débarrasser ; une fois cette étape accomplie, ils agiront. », conclut la politologue hispano-iranienne.
Enric Llopis

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