jeudi 8 août 2013

États-Unis : Affaire Snowden - Big Brother plus nu que jamais...Les Etats-Unis ne peuvent pas prouver que Snowden ment. Au contraire, comme il dit la vérité et met à nu leur machinerie de contrôle mondial, on l’accuse de « trahison » et on veut le rapatrier pour lui infliger « le châtiment mérité ».


Beaucoup ont cru que le « Big Brother » du roman « 1984 » de George Orwell faisait référence à l’Union Soviétique (URSS). Nous voyons aujourd’hui avec l’affaire Snowden qu’il fait écho à la réalité dans l’Occident « civilisé ». Les Etats-Unis ne peuvent pas prouver que Snowden ment. Au contraire, comme il dit la vérité et met à nu leur machinerie de contrôle mondial, on l’accuse de « trahison » et on veut le rapatrier pour lui infliger « le châtiment mérité ».
(Tiré du site Avanti)
Les révélations de l’espion informatique au service de la CIA ont provoqué une crise internationale qui a tendu les relations entre les Etats-Unis, la Russie et l’Amérique latine, tout en mettant en pleine lumière la soumission de l’Union européenne. Elle a surtout mise à nu la prétention de Washington d’instaurer un nouveau concept de la souveraineté dans le monde.
La boîte de Pandore ouverte par Edward Snowden, un ex-agent de la CIA, dépasse déjà le scandale provoqué à l’époque par les documents de WikiLeaks. Les révélations ne cessent pas et pas un jour ne se passe sans que la « taupe » ne dévoile de véritables secrets d’Etat.
Espionnage massif
La dernière révélation en date, au moment d’écrire ces lignes, est que la puissante compagnie Microsoft livrait certaines clés aux espions technologiques pour qu’ils puissent accéder sans médiation aux conversations des centaines de millions d’utilisateurs de réseaux informatiques comme Outlook et Skype.
Tout a commencé dans la première semaine du mois de juin dernier quand des médias ont révélé que les services de sécurité du gouvernement des Etats-Unis écoutaient les appels téléphoniques gérés par la plus grande compagnie de téléphone de ce pays impérialiste. On a ensuite appris que l’Agence de Sécurité Nationale (NSA, pour ses sigles en anglais) avait mise en route un programme secret appelé « Prism » avec lequel elle accédait aux communications privées gérées par les plus grandes entreprises d’Internet (Google, Yahoo, Facebook, Microsoft, Paltalk, Skype, YouTube, AOL et Apple). On a su également que l’empire du Nord espionnait les communications de nombreux pays européens et d’Amérique latine.
Comme si ce n’était pas suffisant, on apprend maintenant que l’Angleterre a espionné les présidents et les hauts fonctionnaires qui ont assisté au sommet du G-20 dans ce pays et que la France dispose d’un système similaire de contrôle social et politique.
L’avion d’Evo
L’une des conséquences de cet espionnage massif a été la quasi-séquestration de l’avion présidentiel du chef d’Etat bolivien Evo Morales et la provocation implicite du prétexte avancé selon lequel Snowden se trouvait caché à son bord pour quitter l’aéroport de Moscou en direction de la Bolivie sous la protection du mandataire bolivien.

Après avoir passé par Hong Kong, l’ex espion s’est retrouvé à Moscou, où pratiquement interdit de sortie et sans passeport, il espère obtenir l’asile dans un pays latino-américain (c’est finalement la Russie qui lui a accordé cet asile, NdT).
La présence du président bolivien à Moscou, où il avait participé à un sommet des principaux exportateurs de gaz du monde, a été l’opportunité saisie par les services secrets étatsuniens pour ourdir cette trame et mettre sous pressions les pays européens- qui avaient préalablement approuvé le plan de vol – afin qu’ils prennent la décision inédite de refuser leur espace aérien à l’avion présidentiel. Un petit avion ayant peu d’autonomie de vol et qui a donc couru de sérieux risques, mettant en péril la vie d’Evo Morales. Peut être que quelques « faucons » à Washington ont rêvé d’un tel « accident ».
En tous les cas, cette affaire a constitué une véritable violation coloniale du droit international et de l’immunité présidentielle, ainsi que du droit d’asile. L’attitude des gouvernements d’Italie, du Portugal, d’Espagne et même de l’orgueilleuse France, a été digne de carpettes face au pouvoir impérialiste nord-américain. Et ce n’est pas une donnée mineure que cette action coordonnée de ces quatre pays s’est déroulée au moment de frictions importantes autour des Malouines, de l’asile de Julien Assenge en Equateur, du blocage des accords de libre-échange ou pour certaines mesures protectionnistes prises par nos pays.
Les relations entre l’Amérique latine et l’UE ne sont donc pas au beau fixe en ce moment tandis que, parallèlement, on assiste au développement d’organismes régionaux latino-américains débarrassés de l’ingérence des Etats-Unis.
Le prétexte du terrorisme
La lutte « contre le terrorisme international » et le « crime organisé » ne sont que des prétextes qui masquent les prétentions ambitieuses du gendarme mondial. Il convient de revenir au moment des attentats du 11 septembre 2001 pour comprendre la situation.
La réponse de l’administration républicaine de George W. Bush au 11S fut un redéploiement militariste avec les guerres d’Irak et d’Afghanistan – qui, soit dit en passant, contribuèrent à la réactivation de l’économie étatsunienne – et la création du Ministère de la Sécurité Intérieure. Le président Obama n’a fait que poursuivre et perfectionner ses méthodes en faisant du contrôle de ses citoyens – et aussi des gouvernants et des citoyens de nombreux pays, comme on le constate maintenant – une politique d’Etat assumée par tant par les Démocrates que les Républicains.
L’ampleur des contrôles est colosse et est bien mise en lumière par le fait que Skype à lui seul compte quelques 500 millions d’utilisateurs.
Les Etats-Unis terroristes
Noam Chomsky a souligné il y a quelques années - comme le rappelle John Brown dans son texte « La guerre de l’empire : logique d’exception et retour de la souveraineté » - que c’est l’administration des Etats-Unis qui correspond le mieux à la définition du terrorisme établie par son propre Département de la Défense. Que dit cette définition du terrorisme ? « Utilisation calculée de la violence dans le but de faire pression ou d’intimider des gouvernements et des sociétés, en poursuivant des objectifs généralement politiques, religieux et idéologiques ».
Mais un peu plus de deux mois après les attentats du 11 Septembre, cette définition a été légèrement modifiée. La qualitatif-substantif « illégal » accompagne depuis lors le mot « violence ». Ce changement est significatif dans le contexte du déploiement guerrier mené par les Etats-Unis après le 11S. Il était indispensable dans le cadre de la violence politique calculée de l’administration nord-américaine.
Guerres humanitaires, guerres préventives, guerres contre le terrorisme, toutes reposent sur la nécessité de recréer un ennemi de manière permanente. De là l’importance de cette redéfinition qui admet la logique d’exception. Ainsi, s’il existe une violence illégale, cela signifie qu’il existe également une violence légale. Si, auparavant, la violence de l’Etat sur d’autres Etats était masquée, on la présente aujourd’hui comme étant légitime. Il s’agit d’un nouveau concept de souveraineté dont l’état d’exception est la forme permanente et qui met en crise toute l’architecture juridique du droit internationale construit dans la seconde moitié du siècle passé.
Cela est bien mis en évidence lorsque les Etats-Unis ne nient nullement la véracité des révélations de Snowden et qu’ils l’accusent au contraire d’être un traitre à sa patrie pour avoir dit la vérité. L’accusé, pour sa part, nie avoir fait du tort aux intérêts de son pays parce qu’il place les intérêts de ses citoyens avant tout, ajoutant que c’est « l’opinion publique qui doit décider si ces programmes sont un bien ou un mal ». De réseaux et de printemps
La violation de la vie privée des citoyens du monde, qui met à mal les législations nationales et la souveraineté des Etats, est ce qui est en jeu avec cet espionnage global mené à une échelle inouïe. Ceci est particulièrement significatif au moment où l’on observe une vague de protestations – massivement juvéniles – dans les pays arabes, en Espagne, au Portugal, au Chili et maintenant au Brésil et quo sont quasiment toutes organisées au travers des réseaux sociaux sur Internet, qui constituent aujourd’hui un instrument stratégique pour les mobilisations sociales et politiques.
Les Etats-Unis s’arrogent ainsi le droit de mener un espionnage informatique frénétique et un contrôle exclusif de ces réseaux. Mais les révélations de Snowden – qui n’est nullement un traitre mais bien un défenseur des libertés et de la vie privée des citoyens – ont mises à nu Big Brother et soulevé une vague d’indignation anti-impérialiste au moment même où les Etats-Unis conspirent contre l’Unasur, la Celac et l’ALBA et qu’ils stimulent l’Alliance du Pacifique. Tout cela aiguise les tensions mondiales et élève la conscience sur les réels enjeux de pouvoir.

Source : http://www.anred.org/spip.php?artic... Traduction française pour Avanti4.be : Ataulfo Riera


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